Le partage des os, Reginald Hill
« Le partage des os » présente un superbe suspense au climat pesant dont la construction et la mise en scène relèvent de la tragédie classique.
Deux intrigues s'entrecroisent : un suicide annoncé par une succession de lettres anonymes au super-intendant Dalziel, et une série de décès et de disparitions aux circonstances confuses et controversées.
Le récit ne se refuse pas à l'humour quand Dalziel fait « planer des nuages de soupçons du côté de chez Swain », nom d'un des suspects.
De même, lorsque Dalziel s'interroge sur « deux pédés en train de monter le même bateau ». Wield, le flic homo, s'insurge. Dalziel l'a jadis protégé d'une sordide enquête interne, mais il remet cependant son supérieur à sa place : « Non, chef, je ne crois pas qu'ils soient gays. Encore qu'ils ne soient pas toujours faciles à reconnaître, n'est-ce pas ? »
L'humour tourne parfois à l'ironie douloureuse. Wield est ainsi passé à tabac sur un lieu de drague où il ne se rendait que pour les besoins de son enquête. Le cri de haine d'un des agresseurs rend compte de l'homophobie : « Sale pédé de merde, qui refile le sida aux gens normaux ! »
Reginald Hill sait raconter une histoire sans oublier de montrer à ses lecteurs les ravages de l'ignorance et des préjugés.
■ Le partage des os, Reginald Hill, Éditions Le Masque, 1992, ISBN : 2702422284
Du même auteur : Un amour d'enfant