La vie silencieuse de Marianna Ucria, Dacia Maraini
Un roman où tous les ingrédients de la fiction sont réunis : un décor superbe, la Sicile, une époque complexe, le début du XVIIIe siècle quand s'insinuent les premières aspirations démocratiques, des personnages hauts en couleur de l'aristocratie et du petit peuple.
Mais le coup de maître de l'auteure est d'avoir choisi une héroïne à rebours : Marianna Ucria est muette. Elle perçoit d'autant plus le monde qu'elle n'en communique rien. Elle regarde et respire, interprète, décrypte, assemble et comprend.
Bien mieux que ceux qui croient aux phrases du mensonge. Très loin de la langue de bois qui abuse des codes. Marianna ausculte le temps avec la méticulosité des entomologistes qui repèrent dans le vol des insectes la signification suprême de la mort.
Ce roman raconte une vie de femme dans un temps où la femme était soumise aux hommes. Entre père et vieux mari, confite aux souffrances de l'enfantement répété, Marianna cherche sa voie. Elle capte l'autre rythme, celui des voyeurs qui absorbent le paysage, volent la vie secrète des étrangers, leurs amours et leurs concupiscences.
Ce roman est la fresque somptueuse d'une société égoïste qui se suicide dans le cérémonial de ses fêtes et ne saisit pas les conséquences de sa barbarie, emportée par le rituel de son auto-vénération.
La romancière Dacia Maraini a créé l'écriture du silence. Elle réussit une performance : faire parler un personnage deux fois oublié parce qu'atteint de la double infirmité d'être femme et muette.
Hommage à l'épopée intérieure d'un individu qui se sauve par les livres. Marianna qui n'a pas voix au chapitre prend luxueusement toute la place d'un livre voué à la nostalgie et à l'espoir.
■ traduction de l'italien par Donatella Saulnier, éditions Robert Laffont/Pavillons poche, 2006, ISBN : 222110644X























