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Taxi zum Klo, un film de Frank Ripploh vu par Renaud Camus

Publié le par Jean-Yves Alt

L'image est à peine un peu crasseuse pour mon goût, et je n'aime pas trop la scène où le narrateur-auteur se déguise en femme, tombant ainsi dans l'un des clichés dont il est si heureusement exempt partout ailleurs : il y a bien entendu des homosexuels qui aiment se déguiser en femme, et c'est le moindre de leurs droits ; mais on les a déjà beaucoup vus.

Taxi zum Klo à force d'éviter la tragédie rituelle, s'approche ici de la farce codée qui lui fait face et la soutient en grande stéréotypie. Le reste du temps, il suit son chemin, et l'invente.

Je ne souhaite pas d'embellissements de la réalité, ni ne crois qu'ils l'entraîneraient à leur suite, la forçant à se faire plus douce. Rien se serait plus imbécile que de prétrendre imposer telle ou telle image supposée « positive », et d'interdire ou rejeter les autres. Mais les maîtres de la manière noire me paraissent en retard sur la vie. L'homosexualité a ses bonheurs, je ne les ai tout de même pas rêvés. Pourquoi les voit-on si peu cinéma ? « Montre les toi-même, fais ton propre film, puisque ceux des autres ne te suffisent pas », me disent mes amis, lassés par mes doléances. Chiche ! Mais j'aurais besoin d'un fameux conseiller technique.

Renaud Camus

■ in Chroniques Achriennes, Editions P.O.L., 1984, ISBN : 2867440173, page 158

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Mon regard sur le « saint Sébastien » de José De Araujo

Publié le par Jean-Yves Alt

Rares sont les représentations de ce saint en un plan si serré. Tête et torse suffisent, par leurs seules présences, à inoculer, en moi, un nouveau trouble.

Tête indistincte de l'androgyne posée sur un torse éminemment masculin. D'un, José De Araujo a fait deux, produisant une figure hiératique et, en même temps, un homme toujours debout, empli de tendresse qu'il accorde à ses frères, les hommes.

Sébastien ne se présente pas tel un Titan : le corps m'apparaît imperceptiblement vouté, les yeux détournés des miens, dans un mélange d'attention émue et de distance physique qui m'oblige à une attitude de miséricorde.

Le silence de cette scène – tout se passant entre lui et moi – est pur. Le cadrage du saint fait qu'il me plaît d'imaginer ses bras attachés à l'avant produisant une extrême soumission, sans possible esquive : ce qui m'invite à la plus sincère compassion.

José De Araujo – Saint Sébastien – 2007

dessin au crayon noir (colorisé numériquement par Franck Poncet), 24cm x 32cm

Le sourire de ce Sébastien ne serait-il qu'une éblouissante revanche à l'imperfection humaine ?

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Dans l'ordre des choses et pourtant par Didier Cornaille

Publié le par Jean-Yves Alt

« Oui, mon grand-père, il était paysan. Et même petit paysan, je n'ai pas peur de le dire, moi. Il est mort il y a trois mois, mon grand-père. Je ne vous en ai rien dit parce que ça ne regardait que moi. Perdre son grand-père, c'est à la fois presque normal, prévisible, et pourtant insoutenable.

Il faut s'y attendre, c'est dans l'ordre des choses, mais quand ça arrive, on se rend compte qu'on n'avait rien prévu du tout, qu'on ne s'était pas le moins du monde préservé. On ne se préserve pas contre la peine de la perte d'un être si cher. J'avais une véritable adoration pour mon grand-père. Je crois qu'il me le rendait bien. Je passais toutes mes vacances chez lui. Il m'a tout appris de la campagne et de son métier. Quelques jours après sa mort, j'ai su qu'il m'avait légué sa ferme. Tout : la maison, les bâtiments, les champs, les prés. Depuis trois mois, je ne pense plus qu'à ça. C'est devenu comme une obsession. »

Didier Cornaille

■ in Les gens du pays, Didier Cornaille, éditions Albin Michel, 2005, ISBN : 2226159770, pages 108/109

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Quand le cortège des mages louait les splendeurs de la chair…

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans l'art toscan du XVe siècle, je reste troublé par l'exaltation de la beauté du corps masculin.

Des artistes, comme Benozzo Gozzoli à travers les jeunes pages du Cortège des rois mages, ont donné alors une image très séduisante des corps.

Sur cette fresque, la splendeur de l'escorte participe bien sûr à la magnificence princière, en l'occurrence celle de Laurent le Magnifique.

Mais elle révèle aussi – comme dans ce détail – la beauté de la chair.

Benozzo Gozzoli – Le Cortège des Rois Mages (détail) – 1459

Fresque, chapelle du Palais Medici-Riccardi, Florence

Des corps qui dévoilent l'inexprimable de la vie intérieure…

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Passion, Marcel Jouhandeau

Publié le par Jean-Yves Alt

« La passion a cela d'étrange qu'elle vous rend aussi sensible qu'invulnérable. Écorché vif et aux anges. Plus heureux que plus déchiré. Peut-être ce qui manque aux hommes est-ce le goût du respect, que je veux porter en moi à ses extrêmes limites. »

Marcel Jouhandeau

■ in « Du pur amour » (1ère partie), Editions Gallimard, 1969, ISBN : 2070234401, page 41


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