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Souvenirs palestiniens : La beauté des jeunes feddayin par Jean Genet

Publié le par Jean-Yves Alt

« Les deux premiers feddayin étaient si beaux que je m'étonnai moi-même de n'avoir aucun désir pour eux, et plus je connus les soldats palestiniens en armes ornés par elles, costumés léopard bérets rouges sur l'œil, tels enfin que chacun paraissait non seulement la transfiguration de mes fantasmes, mais leur matérialisation m'attendant là, devant moi, et, « comme s'ils » m'étaient offerts.

C'est peut-être cela : d'abord le mot « ornés », « ornés d'armes », écrit et sans doute pensé, or les fusils servaient. Ils étaient outils, non ornements. Les feddayin ne m'obéissaient pas, ils n'apparaissaient ni ne disparaissaient à ma convenance ce que je pris longtemps pour une sorte de limpidité, d'absence totale d'érotisme était peut-être imposé par l'autonomie de chaque soldat. Pour le dire plus brièvement - mais il faudra que j'y revienne – je dois employer le mot prostitution. Elle était absente, et tout désir l'était. Le seul trouble que j'éprouvais : que cette absence de désir correspondît avec la « matérialisation » de mes propre désirs amoureux, à moins, comme je l'ai dit, que cette « réalité-là » rendît vaine la « réalité en moi » des fantasmes. Ainsi en avait-il été des Panthères Noires, aux USA. »

Jean Genet

■ in Un captif amoureux, éditions Gallimard/Folio, 1995, ISBN : 2070392988

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L'angoisse du transsexuel juste avant l'opération par Jean Genet

Publié le par Jean-Yves Alt

« Quand décide le jeune garçon, après de longs jours d'inquiétude et de perplexité, de changer de sexe, selon le mot assez horrible de transsexuel, alors que sa décision est prise une joie l'envahit à l'idée du sexe nouveau, des deux seins qu'il caressera réellement de ses mains trop petites et trop moites, l'épilation, mais surtout à mesure que le sexe ancien se fanera, espérant qu'il tombât, définitivement inutilisable, une joie proche peut-être de la démence quand, parlant de soi, il ne dira plus « il » mais « elle », comprenant alors que la grammaire aussi se partage en deux et que, tournant sur elle-même, une moitié s'applique à lui, la féminine, alors qu'on imposait l'autre du langage. Le passage de l'une à la moitié non velue doit être délicieux et terrible. "Ta joie m'inonde..." "Adieu chère moitié, je meurs à moi-même...". »

Jean Genet

■ in Un captif amoureux, éditions Gallimard/Folio, 1995, ISBN : 2070392988

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Complémentarité par Théodore Géricault

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans la partie gauche du tableau de Théodore Géricault, Le radeau de la Méduse, il y a un couple étonnant : un homme mûr, prostré, le front appuyé sur sa main, soutient de son autre bras un jeune homme de la plus grande beauté, entièrement nu, la tête renversée en arrière.

Le plus âgé est mourant. L'autre est déjà mort.

Derrière ce couple, je lis une véritable scène d'amour et de possession : renaissance de l'éraste et de l'éromène.

Le radeau de la Méduse [détail], Théodore Géricault, 1818-1819

Huile sur toile – Musée du Louvre

Quand deux hommes, le premier possédant l'expérience, le second, la jeunesse et la beauté, s'apportent mutuellement ce qui manque à l'autre…

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L'homophilie comme pratique normale de la sexualité humaine et l'homosexualité comme minorité par Paul Veyne

Publié le par Jean-Yves Alt

« Vivre avec un homme, préférer les garçons aux femmes... c'est une question de caractère, de complexe d'Œdipe et de tout ce qu'on voudra, et ce n'est sûrement pas le cas majoritaire, ni d'ailleurs très minoritaire. » (1)

Paul Veyne

À travers cette lapalissade, il y a le désir d'évoquer, sinon de désigner l'origine d'une vérité sexuelle essentielle à chacun : autrement dit, Paul Veyne explique que tout le monde - à peu près - « peut avoir des relations physiques avec son propre sexe, et avec plaisir », mais qu'un hétéro n'en devient pas pour autant homo. Ce n'est pas certes ce qu'il écrit, mais ce que sa démonstration implique. Ainsi, si l'homophilie est revendiquée comme une pratique normale de la sexualité humaine, l'homosexualité serait reléguée à une minorité, si importante soit-elle.

(1) in Communications n° 35 - Sexualités Occidentales, éditions du Seuil, 1982

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Regard sur les homos

Publié le par Jean-Yves Alt

Aujourd'hui, le fait homosexuel irradie les émissions de télévision ; l'homosexualité y est présente au même titre que d'autres éléments, qui font partie du paysage social.

En en une génération, c'est l'image de l'homosexuel, à la télévision, au cinéma, etc., qui a été complètement modifiée. On a, me semble-t-il, dépassé le problème de savoir si l'homosexuel est bien ou mal représenté : il est présent.

Cette banalisation, au bon sens du terme, de l'homosexuel, dans le paysage amoureux, intervenant de la même manière (comique, dramatique, tragi-comique, ordinaire, frustrée, etc.) que l'hétérosexualité, est le signe d'un changement de la société.

Je me réjouis de la fin du temps où les homos ne voulaient faire connaître de l'homosexualité qu'une facette belle, pure, ce qui n'était qu'une négation de la réalité humaine.

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