"Des morts qui dérangent" par le Sous-commandant Marcos et Paco Ignacio Taibo II
Des morts qui dérangent est paru en feuilleton hebdomadaire dans le quotidien de Mexico "La Jornada", en douze épisodes entre le 5 décembre 2004 et le 20 février 2005. Les chapitres impairs du roman ont été rédigés par le sous-commandant Marcos, les chapitres pairs par Paco Ignacio Taibo II.
Libération publie quotidiennement en ce mois d'août, ce livre (1/2 chapitre chaque jour avec parfois des coupes - dûment signalées - mais nécessaires pour des questions de mise en page.)
"Des morts qui dérangent" fera l'objet d'une publication, prévue pour janvier 2006 aux éditions Rivages. La traduction est de René Solis.
Extrait : (Chapitre IX, première partie)
Le mal et le méchant selon Federico García Lorca, espagnol et poète, fusillé par les phalangistes de Francisco Franco, accusé d'être un homosexuel, un intellectuel, un critique de l'Eglise et un ennemi du conservatisme.
Les chevaux sont de couleur noire,
noirs les fers des chevaux aussi.
On voit sur les capes des taches
reluisantes d'encre et de cire.
Ils ont, et ne peuvent pleurer,
le crâne fait de plomb massif
et s'approchent sur le chemin
avec un cœur de cuir verni.
Ils sont nocturnes et bossus,
ordonnant là où ils agissent
des silences de caoutchouc
et des sables de crainte fine.
Ils passent s'ils veulent passer,
au fond de leur tête, ils remisent
un rêve abstrait de pistolets
pour une vague astronomie.
(Complainte de la garde civile espagnole, traduit de l'espagnol par Line Amselem, in Federico García Lorca : Complaintes gitanes, éditions Allia, Paris, 2003, ISBN : 2844851126)
Le mal et le méchant selon Magdalena
– Tu vois, Elías, toi peut-être tu peux me comprendre parce que tu es indien et que la discrimination et le racisme, tu sais ce que c'est. Je ne sais pas, il y a comme de la haine contre ce qui est différent. Et cette haine, ce n'est pas seulement que tu es mal considéré, qu'on se moque de toi, qu'on fait des plaisanteries sur toi ou qu'on t'humilie et qu'on t'insulte. C'est quelque chose qui peut aller jusqu'au meurtre. C'est déjà arrivé à certaines, ou certains, d'entre nous. Et je ne parle pas de meurtre à cause d'un braquage ou d'un enlèvement. Non, ils nous tuent juste parce que notre différence les rend fous. Et en plus, rien que parce que nous sommes ce que nous sommes, dès qu'il se passe quelque chose, nous sommes les premières ou les premiers qu'on soupçonne.
Parce qu'ils pensent que notre différence n'est pas naturelle, que c'est une perversion, quelque chose de mal. Comme si notre orientation sexuelle était le produit d'un cerveau criminel, un signe de délinquance… ou d'animalité, parce qu'un évêque a même déclaré que nous étions comme des cafards. Et il faut bien constater que, si on est homosexuel, lesbienne, transsexuel ou travailleur du sexe, on est toujours en tête de la liste des suspects.
Et on est obligé de cacher sa différence ou de se réfugier dans l'obscurité des ruelles. Mais pourquoi cacher ce que nous sommes ? Nous travaillons comme les autres, nous aimons et nous haïssons comme les autres, nous rêvons comme les autres, nous avons des qualités et des défauts comme les autres, nous sommes semblables aux autres, mais différents. Mais non, pour eux, nous ne sommes pas normaux, nous sommes comme d'horribles phénomènes, des dégénérés qu'il faut éliminer.
Et ne me demande pas qui sont ceux qui le pensent, parce que je ne pourrais pas te répondre clairement. Eux. Eux tous. Même ceux qui se disent progressistes, démocrates, de gauche. Tu as vu que, dans l'affaire des meurtres de Digna Ochoa et de Pável González, les autorités ont dit qu'elle était lesbienne et que Pável était homosexuel, comme si c'était un argument pour que justice ne soit pas faite. Et voilà, ils étaient comme ça, ils ont déprimé et ils ont préféré se suicider. ça donne envie de vomir.
Qui a dit que Mexico était la ville de l'espoir ? Et si l'un ou l'une de nous a des ennuis, tout le monde dit «c'est mérité», «il n'y a pas de fumée sans feu» et ce genre de choses.
Et pourquoi, quand on veut insulter quelqu'un, l'allusion à l'homosexualité elle ressort toujours, «pédé, enculé, femmelette…» ? Mais je ne t'apprends rien, «Indien !», ça reste une insulte dans ce pays qui s'est construit et développé sur le dos des peuples indigènes.
Tu veux savoir qui c'est «eux» ? Tout le monde. Ou personne. Comme une atmosphère. Quelque chose dans l'air. Et en plus ce sont des hypocrites, parce que les mêmes qui nous insultent et nous pourchassent le jour viennent nous chercher la nuit «pour savoir comment ça fait», ou pour que leurs corps avoue ce que leur tête refuse, c'est-à-dire qu'ils sont en fait comme nous. C'est vrai qu'il nous arrive à nous aussi d'être agressifs, mais parce que c'est notre seul moyen de défense.
Quand on est en permanence en train de se faire emmerder, la première chose qu'on se dit quand quelqu'un nous approche c'est qu'il nous veut du mal. La répulsion que nous suscitons, nous l'utilisons pour nous protéger.
Mais pourquoi faut-il que ce soit comme ça ? Je voudrais que ce que tu m'as dit soit vrai, je voudrais pouvoir me faire opérer et que mon corps soit ce que je suis, et me marier, et avoir des enfants. Mais je ne voudrais pas mentir à mes enfants, en ne leur disant pas ce que j'ai été. Et je ne voudrais pas qu'ils aient honte de moi.
C'est vrai qu'il y a eu des changements, que l'homosexualité masculine et féminine n'est plus autant pourchassée, mais ça concerne surtout les gens d'en haut, ceux qui ont l'argent ou le prestige. Ici en bas, c'est toujours la même saloperie.
Le mal, il est dans l'incapacité des gens à essayer de comprendre la différence, parce que essayer de comprendre, c'est déjà respecter. Et les gens, ils pourchassent ce qu'ils ne comprennent pas.
Le mal, Elías, Elías mon soutien – tu veux bien que je t'appelle mon soutien ? C'est plus joli que souteneur –, le mal, Elías mon soutien, c'est l'incompréhension, la discrimination, l'intolérance.
Qui sont partout. Ou nulle part.
1871. Sur le quai d’une petite gare des Ardennes, Arthur Rimbaud, 17 ans, attend le train pour Paris, où il doit retrouver Paul Verlaine. Mais à la gare de l’Est, les deux hommes se ratent et Rimbaud gagne seul le domicile de son hôte. Il y fait la connaissance de l’épouse de Verlaine, enceinte de huit mois, et de sa belle-mère.
Son manque de savoir-vivre et sa mise négligée effarouchent les deux femmes, qui s’étonnent que Verlaine, le reçoive avec tant d’égards. Ce dernier voit en effet en Rimbaud un poète de génie et ne tarde pas, malgré les réticences de sa femme, à partager sa vie de bohème.
On peut lire dans l’œuvre de Jules Verne, dont on commémore le centenaire de la mort cette année, le grand combat du déterminisme scientifique contre l’obscurantisme. Avec, au final, la défaite de la science face à la nature, et l’explosion ultime de l’île mystérieuse.
Une constante de la nature humaine est de savoir, au fond d'elle-même, sa fragilité face aux éléments. De la grande peste (1348) à l’épidémie de grippe espagnole qui tua, en 1918, environ 30 millions de personnes, à celle, contemporaine, du SIDA en passant par le tremblement de terre de Lisbonne (1er novembre 1755), les catastrophes ont hanté l’imaginaire de nos ancêtres.
Présentation de l’éditeur : Ce que la mort a de monumental, d’inattendu et de collectif, tel est le sujet de cet ouvrage. Il aborde les morts collectives à travers un regard sociologique, la question centrale étant : la mort d’un collectif d’hommes, outre les traitements habituels, ne suscite-t-elle pas des réactions et pratiques spécifiques en lien avec le caractère collectif de ces morts ? De ce point de vue, cette mort serait collective parce qu’elle génère un traitement original différent des décès "ordinaires". Cette recherche se construit sur un corpus d’une vingtaine d'accidents majeurs ayant eu lieu sur le territoire français au XXe siècle. Le plus ancien est celui de l'incendie du Bazar de la Charité en 1897, les plus meurtriers ceux des mines de Courrières en 1906 et de la rupture du barrage de Malpasset en 1959, le plus récent celui de l’incendie du tunnel du Mont-Blanc en 1999. Y sont étudiées les dangerosités sociales, les réactions émotionnelles, les ritualisations du deuil et la construction d’une mémoire collective. Aujourd'hui les morts collectives ne s’expliquent plus par une vengeance divine ou une Nature furieuse, c’est la responsabilité humaine qui est en question. Se pose alors le problème quasi insoluble d'une responsabilité collective de l’homme, très complexe en terme de droit. En découle l’idée d’un passage impossible, d’où aussi la nécessité d’une sur-ritualisation et d’un oubli récurrent.
Accroché depuis près de cent ans dans un bureau de l'Institut Cervantes à Madrid, un tableau parmi d’autres, auquel plus personne ne prête attention. C’est un portrait d’un cardinal, inscrit au patrimoine national espagnol, d’auteur inconnu. Il aurait pu rester ainsi des années encore...
« La fonction du récit n’est pas de représenter, elle est de constituer un spectacle qui nous reste encore très énigmatique mais qui ne saurait être d’ordre mimétique ; […] Le récit ne fait pas voir, il n’imite pas ; la passion qui peut nous enflammer à la lecture d’un roman n'est pas celle d’une "vision" (en fait nous ne "voyons" rien), c’est celle du sens, c’est-à-dire d’un ordre supérieur de la relation, qui possède lui aussi ses émotions, ses espoirs, ses menaces, ses triomphes : "ce qui se passe" dans le récit n’est, du point de vue référentiel, à la lettre, rien, "ce qui arrive", c'est le langage tout seul, l’aventure du langage, dont la venue ne cesse jamais d’être fêtée. »






















