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films

Avis de recherches, un film de Stanley R. Jaffe (1983)

Publié le par Jean-Yves Alt

Le mélodrame est souvent considéré avec un certain mépris car il exploiterait et flatterait les instincts prétendus primaires du public : les vallées de larmes seraient incompatibles avec la raison.

Dans Avis de recherches, un enfant, Alex Selky (Daniel Brian Corkill), est au cœur du drame, puisque c'est une histoire d'enlèvement que raconte Stanley R. Jaffe.

Le début de l'histoire est laborieux : les petites choses de la vie quotidienne qui tournent autour de la jeune mère divorcée Susan (Kate Nelligan), de son fils Alex et du chien ne parviennent guère à remplir l'écran. Puis on voit le jeune garçon dire au revoir à sa maman, s'éloigner avec son petit cartable, regarder à gauche, regarder à droite, traverser la rue, se retourner et lancer un dernier signe de la main, disparaître enfin derrière un pâté de maisons…

L'engrenage qui mène lentement à l'oppression et aux larmes met ensuite en action ses dents cruelles.

Pauvre Susan qui ne voit pas son fils rentrer de l'école !

Pauvre Susan qui apprend qu'Alex n'a même pas été vu à l'école ce jour !

Pauvre Graham Selky (David Dukes) qui demeure malgré tout le père de l'enfant (il est divorcé) et sur qui pèsent les premiers soupçons de l'inspecteur Menetti (Judd Hirsh).

Le suspense commence ; chacun peut s'identifier à la mère habitée à la fois par l'angoisse et le fol espoir... Le temps passe et l'inspecteur Menetti, qui n'a pas inventé la poudre, patauge…

Le jeune homme qui fait le ménage chez Susan et chez qui l'on peut déceler un comportement efféminé un peu stéréotypé est soudain accusé du rapt, et même du meurtre d'Alex. Il a été retrouvé à son domicile, parmi diverses preuves de ses mauvaises mœurs, un slip taché de sang appartenant au garçon disparu.

La mère, Susan, est pourtant la première convaincue de l'innocence du pauvre Philippe (Keith McDermott) qui passe en quelques instants du statut de sale pédé à celui de martyr.

Stanley R. Jaffe va crescendo pour accentuer le côté mélodramatique de cette histoire, qui fonctionne à merveille.

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Paysage dans le brouillard, un film de Théo Angelopoulos (1988)

Publié le par Jean-Yves Alt

Voula et Alexandre, une fillette presque adolescente et son petit frère, décident de quitter leur mère et leur pays pour partir en quête de leur père, qu'ils ne connaissent pas et qu'on leur a dit vivre en Allemagne.

Cette idée fixe les anime d'un bout à l'autre du film, et leur errance qui les mène à la frontière se veut initiation, apprentissage de la vie et du fonctionnement du monde.

La première scène s'ouvre d'ailleurs sur un plan noir, dans la chambre où Voula raconte à Alexandre l'histoire de la création, plan qu'interrompt la lumière entrée par la porte ouverte quand la mère (qu'on ne voit pas) vient vérifier si ses enfants dorment.

Le film débute ainsi par des mots qui suscitent le rêve, il se terminera par l'image d'un arbre surgi du brouillard, à une frontière que les enfants croiront être sans doute (autre façon de rêver) celle de l'Allemagne, alors qu'on imagine bien les difficultés qu'il leur reste à affronter géographiquement pour atteindre leur but. Angelopoulos réussit cependant à nous faire oublier ce détail de la réalité et à faire nôtre le rêve des deux enfants, à nous faire croire qu'ils sont quasi arrivés.

Cette dimension onirique toujours très subtile - parce que intégrée à la marche des choses - est le moteur du voyage. Voula et Alexandre sont agis par l'image rêvée, idéalisée du père. Dès lors qu'ils auront osé monter dans l'express pour l'Allemagne, on comprend que rien ne pourra plus les arrêter. C'est pourquoi la dernière image, malgré son irréalisme, est optimiste : s'ils ont réussi à traverser la Grèce, ils traverseront aussi avec succès les autres espaces qui les séparent de leur père.

Le voyage en Grèce est parsemé de rencontres - d'hommes exclusivement -, et d'embûches qui sont autant d'épreuves surmontées. La confrontation avec le contrôleur du train et la police leur enseigne l'existence d'un ordre social (par exemple, il faut un billet pour voyager), auquel il faut se soumettre (acheter un billet) ou avec lequel il faut ruser (les enfants feront du stop).

● L'oncle les renvoie à une réalité familiale qu'ils refusent : enfants du hasard nés de père inconnu, donc frappé d'inexistence.

● La rencontre avec le camionneur est aussi celle, d'un calme brutal et d'une insoutenable lenteur, avec le sexe. Voula y est initiée dans le pire des schémas possibles : celui du viol dont elle ne pourra trouver consolation complice auprès de personne ; seule la poursuite du rêve que réclame Alexandre la remet, si l'on peut dire, en route. Du viol, Angelopoulos ne montre rien directement, mais c'est bien plus terrible : plus forte encore que la suggestion de l'action dans le hors-champ, est la suggestion du viol derrière la bâche que fixe la caméra.

● Reste la rencontre avec le bel Oreste, qui sillonne la Grèce dans un vieil autocar avec lequel il transporte sa moto et les costumes d'une troupe de comédiens. Oreste sera quelque temps le grand frère protecteur, prêt à entrer dans le rêve des deux enfants parce qu'il est artiste et possède assez d'imagination.

Ce voyage-rêve pour quitter la Grèce est donc aussi un voyage d'homme en homme, et aucun d'eux ne pourra jamais être un substitut à la figure paternelle qui jusqu'au bout demeure comme un chaînon manquant dans les rôles attribués aux figures masculines du film.

Oreste était certainement l'homme avec qui quelque chose de bien aurait pu se passer. Il éprouve une confuse attirance pour la petite Voula, qui après l'expérience terrible du viol, cherche avec lui une relation de tendresse. Mais Oreste se dérobe dans la scène de l'hôtel, et fournit une possible explication à cette dérobade dans une scène étrange et nocturne de rassemblement de motards où il vend sa moto à un jeune mec en noir après un manège qui ressemble fort à un processus de drague homo. Ce qui sera confirmé par la scène de la boîte de nuit où il abandonne un moment les enfants dans un coin, pour s'éloigner seul avec le même garçon, sans équivoque possible.

Voula ne supporte pas cette « infidélité », qui lui est prétexte pour ne pas s'arrêter en chemin, pour ne pas céder à la tentation d'interrompre sa quête du père, pour prendre aussitôt son petit frère par la main et reprendre la route.

Paysage dans le brouillard est donc bien le voyage au bout du rêve, magnifique de force et de poésie : un chef-d'œuvre.

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La pirate, un film de Jacques Doillon (1984)

Publié le par Jean-Yves Alt

Alma est incapable de choisir entre l'amour qu'elle porte à son mari Andrew et la passion qu'elle nourrit envers Carol, son amie. Elle décide de partir loin d'eux afin de faire le point.

Mais cette fuite ne résoud en rien ses problèmes de cœur car un autre homme est amoureux d'elle. Cet homme est dénommé "numéro 5" par une jeune fille qui accompagne toujours Carol - puisque, effectivement, cet homme est le cinquième personnage de l'histoire.

"Numéro 5" est aussi une sorte de gardien engagé par Andrew pour surveiller sa femme. Et il s'ensuit un véritable ballet tragique, par lequel Andrew rattrape un moment Alma et la reprend en mains, avant de la perdre au profit de Carol, qui la perd à son tour... Mais "numéro 5" et la jeune fille tirent aussi les ficelles, dans la coulisse, chacun de son côté...

Tout va se jouer et se dénouer lors d'un voyage vers le Nord. Alma et Andrew prennent le bateau à Dunkerque, vers l'Angleterre. Carol, "numéro 5" et la jeune fille suivent de très près et embarquent eux aussi in extremis.

Sur ce navire froid et désert, l'affreux ballet va reprendre. Les cinq protagonistes continuent à se déchirer. Et Alma est toujours l'enjeu de cette sombre fête. À tel point qu'elle finit par ne plus avoir la volonté de vivre. Mais elle n'a pas non plus le courage de mourir, ou tout au moins de se donner la mort... Ce qu'elle ignore, c'est que la jeune fille qui accompagne Carol porte sur elle un pistolet. Et, à un moment où Alma est encore écartelée entre Andrew, Carol et "numéro 5", la jeune fille va lui tirer une balle en plein cœur, la délivrant ainsi à jamais de ses tourments. C'est peut-être elle, cette adolescente irréelle, surgie on ne sait d'où, qui a le mieux compris Alma...

Résumé tiré du site du Ciné-club de Caen

Malgré parfois un certain ridicule dans les dialogues, sinon une certaine prétention, "La Pirate" est un peu la réponse féminine, un an après, à L'Homme blessé, film qui lui avait aussi provoqué un certain nombre de remous.

L'histoire que raconte Jacques Doillon n'a, à la limite, aucune importance : on pourrait se passer de tout fil conducteur ; le canevas n'est que prétexte. La haute tension psychologique et passionnelle que le réalisateur impose pendant quatre-vingt-dix minutes prend aux tripes et bouleverse, pour peu qu'on soit encore capable d'être bouleversé.

Je ne crois pas que la relation entre Alma [Jane Birkin] et Carol [Maruschka Detmers] soit représentative de l'amour entre femmes, pas plus que celle entre Henri [Jean-Hugues Anglade] et Vittorio Mezzogiorno [Jean] ne prétendait donner le reflet de l'homosexualité masculine, dans le film de Patrice Chereau.

Il faut simplement dépasser les apparences pour partager l'intensité des luttes et des névroses dont sont porteurs les protagonistes.

Si l'on s'en tient au premier degré, des phrases comme «je ne suis pas venue pour t'embrasser, je suis venue pour te cogner les dents» (Alma) ou encore «on finira bien par se débarrasser des hommes» (la jeune fille qui tire les ficelles du drame), on peut effectivement ricaner. Et il faut être bien prude, hypocrite ou les deux à la fois pour ne voir dans les ébats d'Alma et Carol qu'une provocation pornographique, car franchement, il n'y a pas de quoi fouetter un chat !

Philippe Léotard ("numéro 5") nous fait un pathétique numéro de poivrot déchiré, et Jane Birkin a un rôle à la mesure de sa sensibilité.

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Eat the rich, un film de Peter Richardson (1987)

Publié le par Jean-Yves Alt

Décapant, franchement subversif derrière sa façade au comique gras et lourd, tel est "Eat The Rich" (mangez les riches), du Britannique Peter Richardson.

Ce film est d'autant plus jouissif qu'il est de bon ton actuellement de s'accommoder du monde tel qu'il est. Toutes les théories révolutionnaires d'antan passent curieusement pour désuètes, comme si tout allait bien, alors que jamais sans doute l'idéologie dominante n'a compromis l'avenir de l'humanité autant qu'aujourd'hui.

Le mode burlesque permet presque au cinéaste de faire une critique en règle de la société pourrie, par la bouche d'Alex, un serveur de restaurant courageux, ouvertement pédé, et qui sert aux spectateurs de guide pour leur prouver que le système social tel qu'il est ne mérite guère autre chose que la destruction.

Alex et quelques amis forment un gang et, comble de la dérision, armés d'arcs et de flèches, prennent possession du restaurant « Le Bastards » d'où Alex a été viré : ils en font le lieu le plus snob de Londres ; tout le monde s'y précipite pour manger - à l'insu de tous - le tartare de chair humaine. On y bouffe même du ministre !

Selon la formule de circonstance : à voir ou revoir !

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L'œuvre au noir, un film d'André Delvaux (1987)

Publié le par Jean-Yves Alt

Le héros est un marginal de la fin du Moyen Age, un alchimiste pourchassé pour son non-conformisme religieux, politique et sexuel, et en quête de la connaissance.

Sur les canaux du vieux Bruges, le cinéaste André Delvaux a du considérablement simplifier le roman, notamment réduire le nombre des personnages.

Dans le livre de Marguerite Yourcenar, on suit Zenon de l'âge de vingt ans à l'âge de soixante ans, lorsque, sous un faux nom, il revient à Bruges, où il est démasqué et traduit en justice. Le cinéaste a décidé de centrer son film sur cette seconde partie : Zenon (Gian Maria Volonte), âgé, revient dans sa ville natale grâce à la complicité du prieur (Sami Frey), et il devient médecin du dispensaire du prieuré. Le spectateur revit toutes les rencontres qui l'ont marqué et fait passer pour hérétique, illustrant cette vérité intemporelle que « la police ne referme jamais un dossier ».

On pourra toujours critiquer la manière dont Delvaux a procédé à son adaptation et la structure plutôt banale des retours de Zenon sur les étapes les plus marquantes de son passé, de son enfance avec son cousin et complice Henri Maximilien (Philippe Léotard) aux épisodes d'autodafés, en passant par l'évocation de sa carrière médicale tout entière tournée vers la recherche, avec ses implications de modernisme qui la mettent hors la loi, en passant aussi par les allusions à la liberté de mœurs de Zenon qui pratiquait sans vergogne la bisexualité (il fut donc accusé aussi pour ses amours masculines). Sans oublier la quête alchimique qui ponctue tout le film.

Il reste que "L'œuvre au noir" est un film intimiste, qui scrute à travers les gros plans le mystère des gens, et qui, à l'image de Zenon venu se replier sur ses origines, referme l'espace : très rares sont les scènes d'extérieur donnant une impression d'évasion.

Dans le livre de Yourcenar, Zenon maîtrise plusieurs langues.

André Delvaux a conservé la pointe d'accent de ses comédiens flamands. Il a banni tout accent parisien.

C'est un film du Nord : un mélange de voix très harmonieux.

Delvaux ne montre pas les bûchers, les scènes de torture dont parle le livre. Il a banni l'aspect spectaculaire du film d'époque. Il ne réalise, pas une illustration. Ce qu'il fait avec ses acteurs a un côté purement matériel. Il a tourné un film pauvre d'allure, qui se révèle riche à l'arrivée.

A la suite du roman, ce film est aussi un plaidoyer universel en faveur de la liberté, contre l'intolérance et l'absurdité de l'ordre moral. « Les temps sont à la sottise et à la cruauté », dit au début le prieur à Zenon, une réflexion répétée à la fin du film comme pour en accentuer le caractère universel et intemporel.

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