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films

Weisse Reise (Weiße Reise), un film de Werner Schroeter (1980)

Publié le par Jean-Yves Alt

"Weisse Reise" a le charme désuet des films muets de Méliès par la gestuelle des acteurs : gestes outrés, postures exacerbées, regards fardés dans lesquels roulent ou glissent des yeux amoureux ou effarés.

Sur fond de décors peints, en longs plans hésitants, et soutenu par une bande sonore patchwork, ce ruban de rêves est proche des débuts du cinéma.

Thomas et Fausto se sont rencontrés sur un navire militaire pendant leur service et sont tombés amoureux l'un de l'autre sans faille, sans dissension.

Cet amour les met totalement à l'écart du monde qu'ils vont parcourir sur d'autres bateaux qui les entraînent vers ces lieux ouverts que sont les ports. Les amants ne sont plus que des spectateurs un peu indifférents aux vicissitudes des autres, enfermés qu'ils sont dans leur propre vision.

De Tunis à Hong-Kong, ils errent pour montrer leur indéfectible union, leur parfaite union. Une histoire à l'eau de rose, au visage de regards languissants et de gestes languides, tout imprégnée d'harmonie intangible sur laquelle vient se greffer un commentaire off qui fait peut-être de ce film une comédie vraiment gaie.

Ces deux matelots sont des amants qui offrent un rire honnête sur les homos.

Et même leur mort n'est pas tragique (une mort avec un sourire sur les lèvres, niais parce qu'heureux : mourir d'amour dans une venelle folle de Hong-Kong, enlacés, amants éternels, éternellement heureux), permettant d'échapper à la camaraderie qui vient si souvent sanctionner les passions interdites dans d'autres films.

Tout en même temps, "Weisse Reise" décode tant et tant de petits faits, de petits gestes que je trouve drôles. La voix qui longe l'image, par son sérieux imperturbable, me met à l'aise face à moi-même : l'amour totalement désacralisé, devenu monnaie forte, courante et sans malédiction pour les homos.


Du même réalisateur : Le Roi des roses (1984)

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Le crime d'amour, un film de Guy Gilles (1981)

Publié le par Jean-Yves Alt

Une belle histoire comme sait si bien les raconter Guy Gilles, mettant en scène le ténébreux Richard Berry en journaliste homosexuel face à Jacques Penot, irradiant.

"Le crime d'amour" ne pourrait être qu'un fait divers : Jean Doit (Jacques Penot), jeune mec de La Courneuve, « né dans la rue », met sur la piste d'un meurtre un journaliste homosexuel (Richard Berry) et accessoirement la police. Jean affirme d'abord n'être pour rien dans la mort de Jeanne (Macha Méril) dont il prétend seulement exploiter la découverte pour gagner quelque argent. Mais Jean dit des mensonges, le mystère s'installe, jusqu'au moment où on découvre que la victime avait une sœur jumelle. Le fait divers devient vite un alibi : Guy Gilles évite les clichés comme il contourne le mélodrame, ménageant ses effets (Jean soudain s'accuse du crime) , faisant tisser à ses personnages une toile un peu irréelle dont Jean est le centre.

Jean semble peu à peu se perdre dans son propre filet, comme s'il était dépassé par l'événement qu'il n'a peut-être pas créé, du moins auquel il a donné cette tournure étrange.

Guy Gilles offre le paradoxe d'une sensibilité à la fois poétique et froide, dans sa façon de cadrer un corps ou un visage, dans l'image insolite qu'il donne de caractères a priori stéréotypés :

● Macha Méril est conforme à une idée de la féminité particulière au monde homo : trop belle, trop déifiée pour être objet de désir.

● Jean n'est pas un petit loubard sorti d'un moule (sinon la dégaine et les santiags, ou la fausse assurance), il aime la solitude et la poésie, et n'a façonné cette histoire que pour devenir un héros de roman… qu'il écrira d'ailleurs.

En fait, Guy Gilles fouille la psychologie d'un milieu adolescent-loubard qu'il place en contre-champ de la société. Les situations s'éclairent autant par des silences révélateurs, des phrases qui en sous-entendent d'autres, que par un dialogue théâtral et construit.

C'est là que le cinéaste est parvenu à me prendre au piège, celui d'un langage où s'opère une communion originale des mots, des silences et de l'image.


Du même réalisateur : Nuit docile

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Birdy, un film d'Alan Parker (1984)

Publié le par Jean-Yves Alt

…s'envoler vers un imaginaire meilleur

Birdy montre un troublant duo de garçons (Matthew Modine, déjà remarqué dans Streamers de Robert Altman, sans oublier Nicolas Cage, craquant) lié par une étrange amitié. Le jeune Birdy plane, son seul désir est de se confondre avec les oiseaux.

On l'appelait Birdy à cause de sa passion pour les oiseaux. Jusque-là, rien de grave. Le problème survint dès son retour du Vietnam, à force de les étudier de trop près, il a fini par leur ressembler.

Pour le ramener à une réalité plus terre à terre, et le sortir de sa prostration muette, son ami et complice, au lieu de le ramener à la raison en évoquant les souvenirs du passé, va sombrer à son tour dans une douce folie, dans un pays où l'on plane si bien qu'on ne songe pas à en revenir.

Ce film est d'une intense beauté, certes un peu tape à l'œil, auréolée d'une double prestation masculine de haute voltige.

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Le festin nu, un film de David Cronenberg (1991)

Publié le par Jean-Yves Alt

1953, New York. Intellectuel et drogué, Bill Lee gagne sa vie en tuant des cafards. Il voudrait abandonner la drogue dont Joan, sa femme, ne peut plus se passer puisqu'elle se défonce même à l'insecticide. Ses amis Hank et Martin le poussent à écrire mais il est victime d'hallucinations : un être étrange, le mugwump, le tient en son pouvoir. Il découvre que Joan couche avec Hank et Martin et la tue accidentellement d'une balle dans la tête.

David Cronenberg a parfaitement compris que William Burroughs n'a jamais écrit qu'un seul livre : épars, fragmentaire, disséminé sous la multiplicité des titres, et dans l'éclectisme formel proprement vertigineux qui est le sien.

L'adaptation du «Festin nu» est délibérément infidèle à ce roman que l'écrivain américain, a rédigé en 1956, plus ou moins en collaboration avec Kerouac et Ginsberg.

David Cronenberg oppose sa version métaphorique d'un univers où homosexualité, complot planétaire et drogues dures assurent la trinité fondatrice.

Le film "Le festin nu" est bien, accessoirement, l'adaptation du livre du même nom : mais c'est surtout, transposée dans la luxuriance de l'image, la restitution scrupuleuse de ce flot jaculatoire de la langue. Celle des «Garçons sauvages» mais aussi bien celle d' «Exterminateur», de «Queer», où Cronenberg puise sans compter.

D'ailleurs, David Cronenberg n'a pas attendu Naked Lunch (titre original du film) pour piller allègrement Burroughs : fascination pour la violence sexuelle, les mutations génétiques, les insectes... Même goût pour un fantastique cauchemardesque, érotisé.

Bref, le film, à la fois hors du livre et dans le livre, appartient surtout à la même constellation mythologique, dans un espace d'écriture à géométrie variable. D'où, également, ces emprunts d'un certain nombre d'éléments à la biographie de l'écrivain. En particulier le drame de la mort accidentelle de Joan, sa femme, en septembre 1951 : au jeu de Guillaume Tell, un verre sur la tête, en plein Mexique : William releva le défi, mais en pointant le colt 45 un peu trop bas... Homicide involontaire. Burroughs, aussitôt, replongeait dans la morphine.

Cet épisode, chez Cronenberg, revient aux deux bouts du film, à la façon dont un cauchemar se répète :

Le héros, Bill Lee, gagnera la frontière de l'«Annexie» au volant d'un étrange véhicule, à la fois futuriste et archaïque : des sentinelles en chapka exigent alors de lui la preuve qu'il est bien écrivain - l'auteur de ce rapport improbable baptisé "Le festin nu". Bill Lee exhibe son stylo : l'arme parfaite pour shooter son épouse. La vocation trempée dans le sang de la Femme ? Ou bien l'écriture pour exorciser son meurtre ?

William Burroughs se définit comme un écrivain homosexuel (il ira même jusqu'à rêver d'un Etat utopique de nature exclusivement homo, régi et défendu par des lois antihétéros, une police et des tribunaux gays). On peut même dire que la fantasmatique de l'acte homosexuel (à travers la torture, la sodomie, la décharge de sperme, assimilée à l'infection de drogue, etc.) atteint chez lui à une dimension poétique absolue. Visionnaire tragique, toute l'œuvre de William Burroughs peut être lue comme une prémonition apocalyptique du sida. C'est là que se situe la fracture :

Lee, dans le film, cerné par les gigolos, les michetons, les transsexuels, est comme étranger à sa propre homosexualité. Elle ne le concerne pas.

Il la vit comme une conduite passive, opportuniste. « L'homosexualité est la meilleure des couvertures qu'un agent puisse avoir », lui assure-t-on. Stratégie d'espion, donc, les pulsions du héros font partie de son contrat. Dans le film, toute l'intrigue est recentrée autour de lui, la narration s'aligne sur son périple, de manière beaucoup plus classique que dans le livre.

Lee, l'exterminateur de parasites assassins en cavale dans «l'Interzone» de Tanger, se croira (réalité, hallucination ?) investi à ses dépens d'une mission de noyautage, commanditée par une puissance étrangère : ses amis écrivains en feront les frais. Il reçoit ses ordres par l'entremise de sa machine à écrire, transformée au gré de ses visions en cafard-anus ou en mille-pattes érectile, créatures microphonées dans la voix desquels on reconnaît sans peine le timbre fameux de Burroughs en personne : pis, bites, étrons, tétons, ces muqueuses mobiles sécrètent paroles ou semence - c'est tout comme.

Le coup de génie de David Cronenberg : avoir identifié la logorrhée à l'éjaculation, l'insecticide à la poudre hallucinogène. Avoir transposé le porno dans le fantasme, substitué aux lieux emblématiques une topologie onirique : irréalité de New York, Tanger autarcique et nocturne.

Cronenberg a joué à fond la carte métaphorique.

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Pixote, la loi du plus faible, un film d'Hector Babenco (1981)

Publié le par Jean-Yves Alt

Pixote, ne me regarde pas comme ça : seuls les poètes croient que la terre est une orange bleue…

Trois scènes du film Pixote rompent, l'espace d'un espoir, la tension implacable du récit d'une fatalité sociale : un enfant devient criminel. Ce sont les seules où la femme - son symbole - apparaît, témoin bâillonné de la monstrueuse machination des hommes.

● L'institutrice, la doctoresse attardent leur regard professionnel sur cet enfant de dix ans englouti dans l'engrenage de la délinquance.

● Madame Sueli, la putain, serre le meurtrier sur son ventre mort.

● Devant la mer - quelques secondes de bonheur - Pixote pose sa tête sur l'épaule de Lilica, jeune homosexuel : « Il n'y a rien à attendre quand on est pédé », dit-il...

Trois lueurs sur de possibles renaissances pour rendre d'autant plus intolérable l'univers de la violence. Non pas que le film d'Hector Babenco dénonce le sexe et la drogue. Il situe le crime dans le détournement machiste et mercantile du plaisir, de l'amour et du rêve.

Ce n'est qu'un des aspects du film. Documentaire réaliste et tragédie grandiose de la solitude et de la mort, il s'inscrit dans de bien plus vastes dimensions.

Dans les taudis de Sao Paulo, un enfant ajuste un revolver. Dans la misère de Sao Paulo un enfant tue. Il se retourne vers nous : son regard de faon blessé vire peu à peu au noir d'un voyage sans retour.

Les rapports homosexuels sont très honnêtement décrits dans ce film : ceux violents de l'univers carcéral, ceux aussi de l'amour. Ces adolescents ont interdit la mère : trop de pauvreté a brouillé les cartes : la dame de cœur n'a pas eu le temps de bercer son petit.

Comment traverser le temps sans ce viatique qui apprend l'amour au guerrier ?

La femme suspecte et le tenace besoin de tendresse inventent le pédé au grand cœur, fausse femme des délires machos, mais aussi, plus insidieusement, l'amour incommensurable des mecs entre eux, sexualité et tendresse sauvages contre l'adultre traître, quand la dureté vacille un soir trop doux d'été.

Film exceptionnel, film unique, film total sur l'enfance. Enfance d'un truand, éducation sentimentale d'un dur ? Peut-être. Mais aussi regard lucide sur les désirs du garçon, analyse juste d'un âge qu'on s'entête à idéaliser pour mieux se pardonner la lâcheté adulte.

Il faut s'arrêter sur le visage en gros plan de Pixote s'appliquant à écrire cette phrase à hurler :

« La terre est ronde comme une orange ».

Pixote, ce n'est pas encore le jour du fruit-bonheur.


Du même réalisateur : Le baiser de la femme araignée

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