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films

Voyage au bout de l'enfer, un film de Michael Cimino (1978)

Publié le par Jean-Yves Alt

Ils aimaient tous les deux chasser le chevreuil. Avec une bande de copains farfelus qui, eux aussi, bossaient dur dans les hauts fourneaux de cette petite ville américaine.

Avec eux, les mariages du coin c'était le pied, on finissait des fois à poil, ivre mort, à se faire des serments : « Jure moi que tu ne me laisseras pas au Vietnam. » Ils sont partis, là-bas, aider les gars, car il y avait comme un manque dans leur petite vie un peu alcoolisée. Quoi au juste ? Ils ne pourraient pas le dire.

Dans l'enfer de la jungle, les voilà torturés par le Vietcong.

Le film : une chaude ambiance, bon enfant pendant le mariage où la tendresse l'emporte sur les rites, elle plonge sans ménagement vers l'autre visage de l'Amérique, la guerre du Vietnam… minutes d'horreur où les copains sont face à face, obligés de jouer à la roulette russe pendant que leurs geôliers jouent du fric.

Retour de l'un dans la petite ville en fête pour « le héros du Vietnam ». Manque de l'autre, en dérive dans l'univers nocturne des bordels de Saïgon.

C'est alors le brusque souvenir du serment. Et c'est reparti là-bas, dans la ville en proie à la débâcle des yankees. Un cri d'amour est alors hurlé dans ce cauchemar, après tant de bitures, de chasses au chevreuil, mais aussi tant de sang, toujours entre hommes qui se tapent sur le dos.

Destin scellé pourtant, couple infernal de l'amour et de la guerre, de la famille et de la patrie, du boulot et de l'alcool, du sexe et du colt.

L'homosexualité, toujours présente et jamais nommée, court comme un fil mauve dans les rapports entre les copains : mais le temps choisira plutôt la mort et le sang que l'aveu et la tendresse.

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Adieu Bonaparte, un film de Youssef Chahine (1984)

Publié le par Jean-Yves Alt

"Adieu Bonaparte" retrace une tranche d'histoire : durant sa campagne d'Egypte en 1798, Bonaparte (Patrice Chéreau) avait recruté une soixantaine de chercheurs parmi lesquels le général Caffarelli (Michel Piccoli), qui se prend d'un attachement profond pour deux jeunes autochtones, tandis que le petit caporal fait couler le sang à travers le pays.

Youssef Chahine raconte avec une très grande pudeur comment un amour peut commencer : « qu'est-ce qu'un premier regard ? »

Ce film n'est pas une fresque sur la campagne égyptienne de Bonaparte : il se situe loin des délires du Corse malgré les déploiements d'artillerie et les reconstitutions méticuleuses. L'irrespect de Youssef Chahine envers le général y est largement perceptible, ce qui n'est que justice à l'égard d'un tyran arrogant qui saigna à blanc la jeunesse européenne pour satisfaire sa seule volonté de puissance.

Pour le réalisateur donc, l'expédition en Egypte n'est qu'un prétexte : pendant que Bonaparte répand le sang, il focalise l'attention du spectateur sur le général Caffarelli, un savant uni-jambiste en qui semblent se jouer toutes les luttes de l'âme. A travers l'amour de Caffarelli pour deux jeunes frères égyptiens, à travers l'amitié qu'ils lui rendent (ce qui n'est pas évident étant donné la situation), Chahine nous montre la conscience d'un homme encore humain devant la souffrance, devant l'injustice, devant l'absurdité dans laquelle les foules sont entraînées, de part et d'autre.

C'est une histoire d'amour à trois personnages : Caffarelli, Yehia la tête (Mohamed Atef) et Ali les jambes (Mohsen Mohiedine). Tout le film est axé sur la sublimation, l'engouement que suscitent les deux frères égyptiens, de culture et de coutumes islamiques. Caffarelli veut comprendre, apprendre, aimer, quitte à émettre des avis contraires à la parole de Bonaparte fiévreux, possédé par la mégalomanie.

Toutes les relations, crescendo, de l'approche amicale aux aveux de l'homme qui meurt, sont d'une exquise beauté, finement ciselées par Chahine et soutenues par l'interprétation juste et grave d'un Piccoli au meilleur de sa forme.

L'important, à travers le personnage de Caffarelli, c'est de voir le début d'un amour, ses mécanismes, la difficulté parce que l'autre est différent. L'important n'est pas qui on aime mais comment on aime. Caffarelli finit par transcender sa passion, il parvient à aimer moins pour aimer mieux.

"Adieu Bonaparte", une parabole universelle sur l'amour : est-ce que Caffarelli pourra aimer Ali tel qu'il est, pour ce qu'il est, sans vouloir le réduire à une image qui lui convient, sans tomber dans le stéréotype style "Indiana Jones", le dieu « civilisé » qui viendra séduire et baiser toutes les femmes, et pourquoi pas sauver le tiers monde ?

Derrière la façade fragile d'une reconstitution historique qui n'est qu'un alibi, Chahine nous offre une réflexion philosophique sur l'amour, et cela est admirable.

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Mishima, un film de Paul Schrader (1985)

Publié le par Jean-Yves Alt

Une vie en quatre chapitres

25 novembre 1970 : Mishima se suicide par hara-kiri. Paul Schrader a reconstitué le film de sa vie pour expliquer son geste. Mais il a gommé l'homosexualité de l'écrivain japonais.

Un homme de quarante-cinq ans se réveille, le 25 novembre 1970 et s'apprête à vivre sa dernière journée, minutieusement programmée par lui. Jusqu'à l'instant fatal, il va se remémorer par des flash-backs en noir et blanc des événements de sa vie passée, dès l'enfance, et illustrer de façon théâtrale certains passages de son œuvre où le héros, plus peut-être qu'ailleurs, est son décalque parfait (ici, Schrader utilise la couleur dans de superbes décors d'ambiance).

Le film est harmonieusement structuré en quatre "chapitres", quatre tableaux qui sont eux-mêmes rigoureusement mis en scène. Les trois premiers nous montrent Mishima au cours de cette dernière journée : à chaque chapitre, il est plus proche de l'instant fatal. Il a d'abord pris soin de faire remettre le manuscrit qu'il vient d'achever ; il s'est vêtu de son costume de parade spécialement conçu pour la milice privée au service de l'empereur, la Tatenokai ; il est rejoint par quatre de ses jeunes disciples, dont l'ami fidèle Morita. Mishima conduit lui-même la voiture, souriant, jovial même. Trois fois donc, l'ultime journée de Mishima sert d'introduction au chapitre, après quoi il nous renvoie, en voix off, à son passé, ou bien nous fait jouer par des acteurs des scènes de son œuvre.

- Le premier chapitre s'intitule "La Beauté". C'est un retour à la prime enfance, avec l'influence étouffante d'une grand-mère autoritaire : l'enfant, puis l'adolescent, est chétif, en proie à une difficulté d'intégration au monde. Atteint en outre d'un bégaiement prononcé qu'il gardera assez tardivement, il se sent exclu de la société. La vue d'un martyre de saint Sébastien provoque sa première éjaculation : il prend conscience alors du pouvoir tragique de la beauté, et cette beauté restera toujours liée à celle du corps masculin. En même temps, évolue Mizoguchi, le héros bègue du "Pavillon d'Or", roman publié en 1956 : c'est un jeune moine qui sert dans un temple célèbre de Kyoto, temple zen du XVe siècle qui constitue pour le jeune homme un idéal de beauté qu'il faut détruire. Mizoguchi est harcelé par le pied-bot Kashiwagi, qui le provoque sur sa virginité en lui montrant comment, malgré son infirmité, il parvient à séduire les femmes.

- Le second chapitre s'intitule "L'Art". Petit employé de bureau, Mishima a publié "Confession d'un masque", où il décrit les fantasmes homosexuels et sado-masochistes d'un jeune homme de sa génération. Il devient célèbre. Il décide de s'adonner à la musculation, de se sculpter un corps d'athlète digne de son idéal de beauté, par une pratique à la mesure de son narcissisme. Les scènes théâtrales nous montrent cette fois Osamu, l'un des héros du roman "La Maison de Kyoko", un acteur fragile qui trouve l'affirmation de soi grâce au culturisme, mais se demande s'il existe vraiment, s'enfonçant avec sa maîtresse, beaucoup plus âgée que lui, dans une relation sado-masochiste de plus en plus sanglante, comme si le sang répandu était garant de l'existence : je saigne donc je suis ! C'est l'époque où Mishima descend dans les boîtes de nuit pédés, qu'il se fait photographier en saint Sébastien, en gangster, ou en samouraï : l'ancien voyeur devient exhibitionniste.

- Le troisième chapitre est celui de "L'Action". L'écrivain crée sa milice privée, construit son image de samouraï moderne au service des valeurs traditionnelles du Japon impérial, à travers un processus qui peut paraître fascisant, et même fasciste. En même temps évolue Isao, le héros de "Chevaux échappés", un jeune illuminé adepte du kendo qui complote d'assassiner (ça se passe au début des années 30) des responsables politiques corrompus avant de se donner la mort selon le rite du seppuku.

- Le quatrième chapitre est celui de "L'Harmonie de la plume et du sabre". Schrader considère que le spectateur en sait suffisamment sur son héros pour comprendre le déroulement des derniers moments : prise en otage du général Mashita, harangue de Mishima aux soldats qui ricanent, et hara-kiri de l'écrivain. Pendant ce temps, les héros de romans achèvent aussi leur mission : Mizoguchi jubile parmi les flammes du pavillon incendié, Osamu gît dans une flaque de sang, et Isamo accomplit son seppuku face au soleil levant.

Tout cela se tient admirablement. Schrader a vraiment réussi une chose : l'explication du suicide de Mishima par sa vie toute entière. Il a aussi compris que parler de la vie et de la mort de Mishima revient à parler de son œuvre, et vice versa.

Paul Schrader n'évoque pourtant pas avec assez de clarté la relation de Mishima et de Morita, et notamment l'influence que ce dernier a exercé sur le maître dans l'élaboration de l'acte final. Pourtant, il ne faut jamais perdre de vue que Mishima préconisait un retour au code des samouraïs et que l'Un de ses livres préférés était le "Hagakure", un recueil du XVIIIe siècle qui laisse entendre clairement que, très souvent, les samouraïs étaient des amants homosexuels.

Paul Schrader a - me semble-t-il - minimisé un élément de la construction dans un ensemble où justement rien n'aurait dû être gommé, comme l'aspect homosexuel de Mishima.

Il reste que "Mishima" est un très beau film.

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Pourquoi pas ?, un film de Coline Serreau (1977)

Publié le par Jean-Yves Alt

Deux hommes et une femme vivent ensemble en banlieue. Et ils s'aiment. Ils font la cuisine et le ménage ensemble. Mais aussi l'amour...

Le succès du film de Coline Serreau "Pourquoi pas ?" a d'abord été celui du bouche à oreille. En 1977, je me souviens, il envahissait toutes les conversations. Il est aussi celui d'une rencontre entre un sujet et une époque. La fin des années 70 a marqué, qu'on le veuille ou non, le début d'une ouverture d'esprit et de comportement que nous regardons aujourd'hui comme si elle avait toujours existé.

Deux hommes (Fernand/Sami Frey et Louis/Mario Gonzalès) et une femme (Alexa/Christine Murillo), vaguement post-soixanthuitards, vivent ensemble dans un pavillon de la région parisienne. Alexa gagne l’argent de ce ménage à trois. Et ils s'aiment. Vraiment. Ils font l'amour, la cuisine, le ménage ensemble.

Un film pas intello. Aucun discours pontifiant ou psy-quelque chose sur la bisexualité, l'homosexualité et toutes ces notions-là. Aucune leçon de morale. "Pourquoi pas ?" n'est ni un pensum, ni un film de propagande pour une quelconque officine de libération des mœurs sur fond de marches militantes. C'est seulement un film sensible et émouvant, une histoire d'amour avec les inévitables problèmes qui se posent à de nombreux couples.

Et ne croyez pas que lorsqu'on est heureux à trois, la jalousie n'a pas son mot à dire. Elle se déchaîne même lorsqu'un quatrième vient s'inscrire dans le tableau. Une quatrième, pour être plus précis. Et alors là...

"Pourquoi pas ?" est un film qui m'a d'abord fait rêver. Je me rappelle qu'à sa sortie, j'ai envié la liberté et le naturel de ces personnages qui vivaient exactement comme ils l'entendaient, sans se soucier de l'opinion des autres et sans, surtout, se mettre des étiquettes superflues sur le dos.

Maintenant, je sais que cette vision de la liberté totale ne marche pas. Car cette comédie a oublié qu'il y a le plus souvent un dindon de la farce... dommage que cette dimension n'ait pas été prise en compte par la cinéaste.

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Le clochard de Beverly Hills, un film de Paul Mazursky (1986)

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce film n'a plus rien à voir avec la mouture française, dont il s'est légèrement inspiré : Boudu sauvé des eaux, de Jean Renoir (1932), avec Michel Simon.

Ici, le clochard, américain, n'est pas dupe, il préfère fouiller et fréquenter les poubelles de Beverly Hills que celle des bas-fonds de Los Angeles.

Après s'être fait volé son chien appelé "Kérouac" (quel programme !), il décide de mettre fin à ses jours en se jetant dans la piscine la plus chic de Beverly Hills. C'était sans compter sur la famille la plus branque et la plus dissolue qui n'a de cesse de lui redonner goût à la vie.

En son sein cette famille comprend :

■ un père désabusé, self-made man ayant fait fortune dans les cintres

■ une mère carrément cintrée, se réfugiant dans la méditation orientale et la bouffe macrobiotique

■ une fille anorexique, étudiante en psy

■ un fils décalé, aux très nettes tendances homosexuelles

De quoi remplir le divan d'un savant docteur Freud pour de nombreuses séances.

Ce "Boudu sauvé des eaux", confortablemtent installé au cœur de cette famille perturbée, va mettre à profit sa philosophie et sa saine conscience pour démêler l'écheveau passablement emmêlé de la tribu. Dans l'ordre des urgences : il va réveiller et animer la vie du PDG qui avait fini par oublier de sourire ; coucher avec l'épouse afin que les tissus se détendent une bonne fois pour toutes ; libérer la bonne et la fille par des culbutes révélatrices ; et rassurer le fils homo quant à sa sexualité, sans toutefois coucher avec, et ce dernier de s'affirmer tellement bien qu'il finira en folle démente, petite sœur de Boy George, au temps de sa splendeur.

Malgré un scénario généreux et plein de bonnes intentions, ce film provoque un malaise, car il vire souvent à la banalité et au superficiel. Résultat, les acteurs cabotinent…

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