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films

La triche, un film de Yannick Bellon (1984)

Publié le par Jean-Yves Alt

« Rien ne dérange davantage une vie que l'amour »

François Mauriac

Le commissaire principal Michel Verta (Victor Lanoux) est un notable respecté, autant en raison de l'image conventionnelle et calme donnée par sa vie de famille qu'en raison de sa compétence professionnelle. C'est un chef obéi de ses subalternes et un fonctionnaire bien noté par ses supérieurs. Verta, on le sait dès la première scène du film, a pu cependant préserver un jardin secret : derrière la façade du bon époux et père de famille, derrière l'hétérosexuel bien calé dans son fauteuil d'honorabilité, il y a l'homme qui vit, comme il le peut, sa véritable nature, refoulée par les exigences de l'ordre social. Pour tout dire, ce cher commissaire ne peut résister de temps à autre à la tentation de s'envoyer en l'air avec un garçon.

A la suite du meurtre d'un vieux pédé trafiquant de drogue (Michel Galabru), le commissaire principal Verta mène une enquête au cours de laquelle Bernard (Xavier Deluc), jeune sportif et musicien dont le témoignage est peut-être important, lui tape dans l'œil et le séduit.

Cette soudaine passion de Verta, qui se contentait jusqu'ici de simples aventures charnelles, va effectivement bouleverser le cours des événements... Mais au bout du compte, la morale bourgeoise, qui n'est fondée que sur l'apparence, sera sauve. Le commissaire restera un notable respecté, et c'est bien entendu le jeune homme qui fera les frais de l'histoire.

Yannick Bellon a réussi dans l'ensemble un film très juste et très sensible. J'ai pourtant eu "peur" au cours du premier quart d'heure : Michel Galabru y véhicule des relents de "Cage aux folles", un travesti fait un play-back sur une chanson de Dalida… Mais en nous montrant ces clichés caricaturaux (donc rassurants), Yannick Bellon donne plus de force à ses deux personnages principaux, dont l'un exerce un "métier d'homme" et l'autre pratique un sport "viril" (soit dit en passant, Xavier Deluc est ici un excellent comédien mais manque un peu d'étoffe pour jouer les rugbymen) : jamais ils ne sont ridicules, jamais ils n'entrent dans le schéma réducteur qui permet à la majorité des bien-pensants de se sentir en sécurité dans leur "normalité".

La cinéaste a également bien évoqué la façon dont la société, avec la meilleure conscience du monde, renvoie au fond du même panier toutes les marginalités : pédés, petits truands, proxénètes et dealers.

J'ai beaucoup aimé le jeu de Victor Lanoux qui fait une étonnante composition, et la scène de séduction réciproque avec Xavier Deluc, où les jeux de regards sont filmés avec une subtile intelligence, est un grand moment d'émotion.

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Nous étions un seul homme, un film de Philippe Vallois (1979)

Publié le par Jean-Yves Alt

Nous étions un seul homme : En 1943, dans le Lot et Garonne, Guy, un jeune forestier, recueille et cache dans sa ferme un soldat allemand blessé : Rolf.

N'ayant pas connu ses parents, Guy se prend d'une profonde affection pour son visiteur, et l'empêche une fois guéri de rejoindre son armée. Rolf se surprend à rester, sans réaliser tout d'abord qu'il tombe fou amoureux de son jeune ami. Les deux êtres se rapprochent, au cours de confidences, de chahuts, de beuveries, et sous le regard complice de la fiancée de Guy. Au cœur de la forêt, ces deux hommes suivent un parcours de doutes, d'angoisses et de violence avant de donner enfin libre cours à leur passion.

"Nous étions un seul homme", c'est l'illustration d'une relation amoureuse à deux, dans un contexte particulièrement hostile.

Guy (Serge Avedikian) est un jeune paysan qui a fuit l'asile psychiatrique quand il a entendu dire que l'occupant allemand (nous sommes en 1943 dans la campagne du Lot-et-Garonne) exterminait les fous : pas si fou que ça, il faut admettre. Un jour, il recueille Rolf (Piotr Stanislas), jeune soldat allemand blessé, qu'il soigne et nourrit dans la bâtisse isolée ou il se tient lui-même à l'écart. Les deux garçons sont le jour et la nuit : brun et blond, sale et propre, instinctif et rationaliste, ignare et cultivé. Avec beaucoup de sensibilité et de justesse psychologique, Philippe Vallois nous montre comment ces deux êtres si dissemblables vont se rapprocher, communiquer, se comprendre, s'aimer enfin.

Pour Guy, l'Allemand est l'assassin, et il ne se prive pas de le dessiner et de l'inscrire sur les murs ; pourtant, il s'oppose à ce que Rolf le quitte pour rejoindre son unité. Des deux garçons, on se rend compte que c'est Rolf qui est homosexuel, et qui sait ce que signifie une relation entre garçons. Guy a de temps à autre une fille qui vient le voir et le soulager de ses désirs, et le contact physique avec Rolf n'évoque d'abord rien en lui de sexué : Philippe Vallois semble, à ce propos, être un partisan convaincu de l'homosexualité latente du contact sportif, de l'érotisme refoulé du sport. Le jeune paysan dans son innocence n'acceptera de passer à l'acte que lorsqu'il comprendra que c'est le seul moyen de garder son compagnon et que son attachement à «l'Assassin» n'est rien d'autre que de l'amour. Cet amour dont le prix sera la mort de l'un des amis, tué par l'autre dans une scène très belle et très émouvante, dans un geste d'amour désespéré.

Avec ce film, Philippe Vallois a réalisé un film qui va droit au cœur. A découvrir ou à revoir.

Le DVD de ce film est disponible dans l'essai de Didier Roth-Bettoni : "Différent ! "Nous étions un seul homme" et le cinéma de Philippe Vallois", Editions ErosOnyx, Collection Images, 108 pages, mars 2016, ISBN : 978-2918444282, 23€50


Du même réalisateur : Haltéroflic (1983) - Johan, carnet intime d'un homosexuel (1976)

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Noir et Blanc, un film de Claire Devers (1985)

Publié le par Jean-Yves Alt

Fortement inspirée par la nouvelle de Tennessee Williams, "Le masseur noir", Claire Devers envoie son héros (expert-comptable) dans une salle de gymnastique et de musculation, pour mettre à jour les comptes et bilans de cette société en constante progression.

Profitant des installations, le fonctionnaire découvre les vertus du sauna, de la piscine, puis du masseur noir (Jacques Martial). Imposant par sa carrure et sa dextérité. Il façonne le corps chétif, le réveille, le bouscule. Le plaisir exulte par tous les pores de la peau. Sous le franc doigté de son masseur, le comptable va oublier ses chiffres et se dépenser sans compter. Un désir sourd le titillait déjà ? On ne le saura jamais, il ne s'en expliquera pas. Il se contentera de "jouir" et de pousser, à chaque fois un peu plus loin, les limites de son endurance. Comme un défi à lui-même. Son seul commentaire, il le fera pour exprimer ce bonheur salvateur :

« J'étais trop timide, sans curiosité. Ma peur a disparu. Une fois là, il n'y a plus que l'envie de l'assouvir. Mon désir est trop grand. Je ne redoute plus la souffrance. Frappe de toute ta puissance... »

Claire Devers n'y va pas de main morte. En quatre-vingts minutes, elle transporte le spectateur jusqu'aux frontières de "l'insupportable", placé en position de voyeur.

"Noir et Blanc", parfait de concision dans sa forme, a la force psychologique des coups que l'on assène, mais que l'on ne voit jamais. Le poids du non-dit et le choc de la mise à mal.

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Gabrielle, un film de Patrice Chéreau (2005)

Publié le par Jean-Yves Alt

Pour quelle raison rester avec quelqu'un sans l'aimer ? Peut-être, tout simplement, parce que cela demande moins d'énergie que de se risquer ailleurs.

Ce film est une adaptation d'une nouvelle de Joseph Conrad, "Le retour". Le film commence comme dans un classique drame bourgeois : un homme, Jean, insupportable de suffisance, considère sa femme, Gabrielle, comme un objet de collection. Celle-ci décide un beau jour de partir, sans que rien ne puisse le présager, mais revient aussitôt, incapable de passer à l'acte.

Pourquoi part-elle, et pourquoi revient-elle ? Le mystère n'est jamais vraiment levé. C'est le retour de Gabrielle qui déclenche l'éclatement du couple dans cette étouffante et feutrée scène de ménage. C'est cela qui est passionnant dans ce film. La question du pouvoir affleure ici constamment. Le fait que cette histoire se déroule en 1912, la rend encore plus réaliste qu'une histoire contemporaine.

Gabrielle (Isabelle Huppert), effrayante et ambiguë, émerge du fond de l'abîme. Elle prend progressivement le dessus sur son mari (Pascal Grégory), pour finalement, dans une douceur cruelle, symboliquement l'annihiler. Elle découvre la jouissance que donne, au sein de la désaffection, une domination sur l'autre. Lui pense connaître sa femme, et croit surtout la posséder. Elle ne cherche pas à le connaître, et se défait de lui avec détachement.

Gabrielle va apprendre la délectation d'ensevelir Jean sous l'indifférence. Elle a compris que l'indifférence polie, avec laquelle elle parle à son mari comme à un étranger, est bien plus angoissante que la haine. Elle ne l'aime plus, et le lui dit avec patience, sans la passion brutale de ceux qui croient encore en la vie. Jean devient transparent à ses yeux. Elle l'efface.

Gabrielle est dans la vérité, alors que Jean veut se la cacher. D'ailleurs, il se saoule de paroles, il la coupe, fait les réponses à sa place. Gabrielle dit la solitude, l'absence d'amour. Elle demande même à son mari :

« Pourquoi n'avez-vous pas tué en moi tout sentiment ? »

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Victor-Victoria, un film de Blake Edwards (1982)

Publié le par Jean-Yves Alt

Paris, 1934 : Bien qu'elle soit dotée d'une superbe voix, Victoria court les cabarets pour se faire embaucher. Tenaillée par la faim, elle entre dans un restaurant et commande un repas gargantuesque. Toddy, un artiste homosexuel au chômage, qui l'a déjà entendue chanter se joint à elle.

Une fois repue, Victoria tente d'échapper à l'addition en affirmant avoir trouvé un cafard dans sa salade. Toddy et Victoria profitent de la panique semée par la bestiole dans l'établissement pour s'éclipser. Toddy a une idée : puisque personne ne s'intéresse à Victoria et à sa belle voix d'opéra, elle n'a qu'à devenir Victor, comte polonais renié par sa famille pour avoir voulu devenir artiste et être homosexuel. Grâce à Toddy, la métamorphose et la supercherie marchent parfaitement…

C'est l'hiver. Il neige. Un jeune homme un peu fragile quitte le grand lit où un homme plus âgé se prélasse encore. C'est Toddy (Robert Preston dans un rôle de composition réussi), chanteur dans une boîte gay, caricature fripée car plus vraiment jeune mais impeccablement pomponnée, au masque pathétique et digne de vieille femme qui ne fait pas son âge.

"Victor-Victoria" est entièrement construit comme un spectacle, autour de l'enchaînement de situations créé par le double jeu de Julie Andrews.

L'inventaire des clichés que traîne l'homosexualité a fourni à Blake Edwards ses flèches empoisonnées contre les censeurs : «La honte est un sentiment sans joie inventé par les bigots» et surtout la perfide remarque du garde du corps à son patron "mafioso macho hétéro troublé" «Vous savez, patron, ce type, c'est le champion de France des poids moyens... mais vous n'avez rien à craindre, c'est une tapette !».

Cette comédie parvient à ridiculiser l'un des derniers remparts de l'ordre hétérosexuel : non seulement l'image du pédé incapable d'assurer une fonction sociale virile est remise en question, mais que ce pédé soit en outre une femme travestie ajoute à la confusion, brouillant délicieusement un jeu de cartes que la femme et le pédé n'ont jamais été invités à distribuer.

Pourtant je crains que le côté spectacle (auquel j'ai eu du mal à adhérer) de "Victor-Victoria" n'empêche d'en lire la satire.

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