Itinéraire d'un enfant gâté, un film de Claude Lelouch (1988)
Sam Lion, enfant abandonné, élevé dans le milieu du cirque, devient homme d'affaires blasé après un accident de trapèze.
Un père fort et intelligent comme Sam ne peut qu'avoir exercé sur ses enfants une indélébile fascination : aussi sa fille nourrit-elle pour lui un amour aveugle quand elle tombe amoureuse d'Albert Duvivier, c'est parce que celui-ci agit exactement comme l'aurait fait Sam, et pour cause, puisque ce dernier le manipule !
Aussi son fils, Jean-Philippe, devant une image tellement parfaite de l'homme, ne peut-il aimer les femmes et recherche-t-il dans l'homosexualité cette figure masculine inaccessible.
Roi du travelling tous azimuts – à tort et à travers, sans qu'on ait l'impression d'une nécessité –, Lelouch a créé un mélodrame de grande presse à sensation, qui se cantonne dans les clichés, afin sans doute que tout le monde comprenne bien.
Comme tout est poncif, l'homosexualité aussi : le fils homo ne pense qu'à draguer le personnel et à dépenser sans compter, incapable évidemment d'être un gestionnaire efficace.
Pédé = futile !
Tout cela est dans l'Itinéraire d'un enfant gâté ; sans aucune mauvaise intention, sans aucune méchanceté, sans volonté critique. C'est d'une gentille bêtise, voilà tout.
Une nature ce garçon, bougeant comme un danseur de smurf, il ne mâche pas ses mots pour exprimer ses mécontentements ou ses désirs.
Enclin à connaître le Paris by night, José, pour s'en sortir, plonge lui aussi dans cette faune, le conduisant d'un cabaret sordide ou il se produit en travesti à des soirées très spéciales chez Madame Solange.
Dans les chausse-trapes, les coulisses, les double fonds et les trompe-l'oeil de ce labyrinthe, le diaogue fait écho à des séquences rompues, dans un incessant contrepoint de situations parallèles où l'humour, efficace, sobre, sert de liant. Dommage que La Maison Russie se boucle par une scène finale un peu convenue.
Sexe et argent sont les deux mamelles de ce microcosme déprimant. Le cynisme du film n'est pas seulement celui des héros ; il tient plus profondément à cette vision extraordinairement étriquée du monde. Pas un atome de sympathie n'émane de ces créatures à l'affect robotisé.






















