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films

Paradise Now, un film du réalisateur palestinien Hany Abu Assad (2005)

Publié le par Jean-Yves Alt

À Naplouse, deux amis d'enfance font un soir, sans crier gare, leurs adieux à leur vie ordinaire et à leur famille. Bientôt, ces jeunes hommes seront des héros de la cause palestinienne. Les deux kamikazes, malgré les doutes, veulent accomplir leur mission.

Je suis ressorti troublé de ce film. Si j'ai suivi avec un vif intérêt les préparatifs de l'attentat (jamais mis en images), la volonté de susciter l'émotion et l'attachement du spectateur pour les deux protagonistes m'a dérangé. Oui, ces hommes sont humains. Mais dois-je pour autant éprouver de la compassion ? Le réalisateur a-t-il eu raison de permettre aux spectateurs de s'identifier aux terroristes ? Je ne sais pas. Pour ma part, cette identification s'est opérée uniquement pour me poser des questions, et pas pour les glorifier.

J'ai apprécié par contre de voir que les auteurs de l'attentat aient une histoire, le plus souvent niée et qui pourtant explique le parcours qui les a conduit à ce geste. J'ai aimé à la fois les préparatifs des explosions et l'état d'esprit de ceux qui vont mourir même si je ne pourrai jamais totalement les comprendre.

Dans ce film, deux figures de la masculinité se font face : "Pères" humiliés, "pères" triomphants. Cette humiliation du père servira comme mobile aux fils perdus, gagnant leur "paradis" à coups de dynamite. Les femmes, quant à elles, y apparaissent comme les spectatrices douloureuses de la violence issue de l'honneur masculin bafoué.

Paradise Now remet en cause la croyance des Occidentaux qui rattachent ces attentats à une question religieuse alors que l'aspect mystique n'est que le moyen de donner au désespoir des Palestiniens une dimension qui les transcende. La justification religieuse n'a cours que parce qu'ils se sentent en position d'infériorité sociale et politique. La religion, instrumentalisée par ceux qui les poussent au suicide, leur donne - à tort - un nouvel argument de lutte, et leur permet aussi d'espérer. Jusqu'à se lancer dans un acte contraire aux fondements même de la religion.

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Bombón el Perro, un film de Carlos Sorin (2004)

Publié le par Jean-Yves Alt

Le réalisateur argentin Carlos Sorin sait rendre poétiques les vies les plus insignifiantes . Bombón el Perro (Bombón le chien, actuellement sur les écrans) est de la même veine que son précédent film, Historias minimas.

Ces deux fictions, tournées comme des documentaires, s'attardent avec plaisir sur les petites gens, leur parler et leurs visages, dans une Argentine pauvre aux paysages désertiques.

Ici, le héros est un ancien mécanicien de station-service, au chômage, qui taille des manches de couteaux pour survivre. Mais doux et triste comme il est, il ne vend rien. C'est alors que survient l'improbable : une veuve lui donne le chien de son mari. un superbe dogue argentin digne de tous les concours canins, au regard aussi doux et triste que celui de son nouveau propriétaire. On se dit que le pauvre homme va encore se faire avoir.

Mais Juan Villegas goûte au bonheur grâce à Bombón.

Et Bombón découvre la joie de vivre grâce à Juan. Et nous, spectateurs, arrivons à croire qu'il n'est rien de plus beau sur terre que la félicité de ces deux-là.

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La ballade de Narayama, un film de Shohei Imamura (1983)

Publié le par Jean-Yves Alt

Je dois aller à Narayama, comme mes ancêtres y sont allés, voilà grosso modo le discours qui dicte à la vieille Orin sa conduite. Une notion du devoir qui peut paraître bien inhumaine puisque le voyage au sommet de Naramaya (la montagne aux chênes) n'est autre que le dernier de l'existence, la marche vers la mort à laquelle doivent se soumettre les vieilles personnes qui ont atteint l'âge fatidique de 70 ans.

Rien ne prouve que la légende sur laquelle s'appuie le film d'Imamura (lui-même librement adapté de deux nouvelles de Shichiro Fukazawa) repose sur une quelconque réalité historique. En dehors de la réussite du film sur le plan esthétique et celui de l'interprétation, le principal intérêt est d'avoir implicitement confronté deux mondes aux valeurs totalement différentes, celui qu'illustre la vie d'un village misérable d'un Japon archaïque aux mœurs tribales et celui d'aujourd'hui qui juge, assis dans la salle obscure, par référence à son propre système moral.

Imamura a donc choisi de placer la légende dans une société rurale extrêmement pauvre du milieu du XIXe siècle : excepté un fusil sans doute anachronique dans ce lieu à l'écart de tout, il s'est livré à une description très réaliste d'une organisation sociale primitive que maintient la puissance de la coutume et des lois de la nature. La nature, d'ailleurs, ou plutôt le cycle de la nature est en permanence au cœur du cycle humain. Les superbes plans sur les forêts enneigées d'avant-générique, on les retrouvera à la fin : la boucle sera bouclée. Les règles de la nature cimentent ce microcosme et le rendent cohérent : l'homme est lié à elle, communique avec elle, lui obéit jusque dans sa façon de vivre le sexe à propos duquel Imamura entretient tout au long du film un parallélisme avec le comportement sexuel des animaux, en particulier celui des serpents.

Un mot sur l'histoire que nous conte Imamura : la vieille Orin (Sumiko Sakamoto) va atteindre la fameuse barre des 70 ans et se prépare à rejoindre bientôt l'au-delà. Son fils aîné Tatsuhei (Ken Ogata), veuf avec trois enfants, se révolte contre cette loi qui veut qu'un être humain doive mourir pour permettre de nourrir une bouche nouvelle. Il préfigure une autre conception de l'homme qui s'est attaché à domestiquer la nature, à la réduire, à s'accommoder le moins possible de ses désagréments. Mais la loi est la plus forte : Orin, qui possède encore toutes ses dents, n'ira-t-elle pas jusqu'à se les casser elle-même contre de la pierre, se mutilant afin de mieux correspondre à l'image « normale » du vieillard édenté.

« On n'agit pas par sentiment », dit la vieille, ce qui signifie qu'on n'agit que par nécessité : ici, les bébés en trop sont tués s'ils sont des garçons, on peut les vendre s'ils sont des petites filles ; ici toujours, une famille convaincue d'avoir volé les voisins est enterrée vivante. Quant à la mort des vieillards, loin de s'inscrire dans une quelconque idéologie de destruction ou dans un processus de cruauté gratuite, elle obéit à la conviction que le cycle naturel de la vie humaine se termine en communion avec le dieu de Narayama. La scène finale est interminable d'émotion et d'intensité : lorsque le fils quitte sa mère, celle-ci est déjà en prise sur le monde céleste d'où tombent les flocons.

Il faut aussi souligner chez Imamura le sens du détail, la particulière utilisation du gros plan. Le personnage du « puant », frère cadet de Tatsuhei, apporte à la gravité de la légende un élément à la fois pitoyable et burlesque. Le jeune homme (Tonpei Hidari) sent très mauvais de la bouche et est rejeté par toute la communauté (seuls sa mère et son frère semblent ne pas s'apercevoir de sa puanteur). On le voit (du moins on le devine) en train de se faire un plaisir intime tandis qu'il espionne son frère faire l'amour avec sa future seconde épouse, puis on le voit s'enhardir et tenter de baiser le chien des voisins ! Finalement une vieille femme sollicitée par Orin trouvera une seconde jeunesse en acceptant de remédier au néant sexuel du « puant » : ce sera l'union des laissés pour compte…

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Un seul type d'homme en Israël par Eytan Fox, réalisateur du film «Yossi & Jagger»

Publié le par Jean-Yves Alt

Yossi et Jagger (2002) : Au cœur de l’hiver, une garnison israélienne prépare une opération sur le plateau du Golan. Deux jeunes soldats vivent un amour secret. Chronique d’une passion à l’issue tragique, inspirée d’une histoire vraie.

Ce film a été diffusé sur ARTE, mardi 6 septembre 2005 à 22.45

Article de Libération :

Eytan Fox, né à New York en 1964, a grandi à Jérusalem et étudié à l'école de cinéma de Tel Aviv. Ses films sont des succès en Israël.

Culture macho.

«Je suis homosexuel et j'ai été soldat, ça a été une époque importante de ma vie. Israël, pays encore très macho, est en train de changer. Avant, les jeunes Israéliens passaient trois ans dans l'armée et se contentaient d'être des bons soldats. Maintenant, il n'y a plus une seule histoire d'Israël.»

Un héros.

«Il n'y a qu'un seul type d'homme en Israël : un héros fort et protecteur que sa femme, qui n'est jamais son égale, doit soutenir et qu'il peut traiter comme il veut, comme un objet. Ces hommes n'ont en eux que ce modèle, qui a été ressenti comme une nécessité après l'holocauste. Dans les années 80, c'était impossible de dire son homosexualité dans l'armée. Prétendre aimer lire suffisait à vous faire passer pour un dingue.»

Venu de France.

«Mon film est inspiré d'une histoire vraie : l'amant d'un de mes amis est mort dans ses bras, pendant la guerre contre le Liban. Le jeune homme était français et quand sa famille est venue chercher son corps, mon ami ne pouvait pas dire qu'il l'aimait, c'était impensable. Dans un film américain, il aurait dit : "Sa petite amie, c'était moi", pas ici. Les agressions contre Israël entraînent une régression des mentalités. Mais les gens savent qu'ils veulent vivre autrement, normalement. Ils se sentent de plus en plus prisonniers dans leur propre pays. Cependant, cette prison psychologique subit actuellement des modifications en profondeur.»

Libération, Isabelle Potel, mardi 06 septembre 2005


Lire aussi sur ce blog : Tu marcheras sur l'eau, un film de Eytan Fox (2004)

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Priscilla, folle du désert un film de Stephan Elliott (1994)

Publié le par Jean-Yves Alt

Bernadette vient de perdre son compagnon. Ex-star dans une version australienne du Paradis Latin, la transsexuelle accepte de se joindre à deux drag queens, Felicia et Mitzi, pour aller se produire au fin fond du bush. Les comparses affrètent Priscilla, bus scolaire reconverti en loge ambulante d'artistes. Parsemée d'embûches et de rencontres, la traversée est un voyage inoubliable vers la liberté.

La fantaisie à l’état pur côtoie l'émotion pour nous entraîner loin des sentiers battus et des idées toutes faites sur l'homosexualité.

Derrière le prix du public reçu par ce road movie au Festival de Cannes, il y a bientôt dix ans, fallait-il comprendre que seule l'excentricité était la dimension acceptable pour les homosexuels ? Pour ma part, j'ai trouvé à l’époque derrière les rires et les paillettes, une véritable ode à la liberté et à la différence.


Les bonus du DVD :

Gloria Gaynor et son fameux « I will survive » ouvre le bal, suivie de Village People, Abba, Lena Horne... C'est le must du disco !

Le bêtisier : Avec un sérieux imperturbable, les acteurs se prennent les pieds dans leurs robes extravagantes. En prime, dans la caravane, des techniciens déguisés en portemanteau.

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