Paradise Now, un film du réalisateur palestinien Hany Abu Assad (2005)
À Naplouse, deux amis d'enfance font un soir, sans crier gare, leurs adieux à leur vie ordinaire et à leur famille. Bientôt, ces jeunes hommes seront des héros de la cause palestinienne. Les deux kamikazes, malgré les doutes, veulent accomplir leur mission.
Je suis ressorti troublé de ce film. Si j'ai suivi avec un vif intérêt les préparatifs de l'attentat (jamais mis en images), la volonté de susciter l'émotion et l'attachement du spectateur pour les deux protagonistes m'a dérangé. Oui, ces hommes sont humains. Mais dois-je pour autant éprouver de la compassion ? Le réalisateur a-t-il eu raison de permettre aux spectateurs de s'identifier aux terroristes ? Je ne sais pas. Pour ma part, cette identification s'est opérée uniquement pour me poser des questions, et pas pour les glorifier.
J'ai apprécié par contre de voir que les auteurs de l'attentat aient une histoire, le plus souvent niée et qui pourtant explique le parcours qui les a conduit à ce geste. J'ai aimé à la fois les préparatifs des explosions et l'état d'esprit de ceux qui vont mourir même si je ne pourrai jamais totalement les comprendre.
Dans ce film, deux figures de la masculinité se font face : "Pères" humiliés, "pères" triomphants. Cette humiliation du père servira comme mobile aux fils perdus, gagnant leur "paradis" à coups de dynamite. Les femmes, quant à elles, y apparaissent comme les spectatrices douloureuses de la violence issue de l'honneur masculin bafoué.
Paradise Now remet en cause la croyance des Occidentaux qui rattachent ces attentats à une question religieuse alors que l'aspect mystique n'est que le moyen de donner au désespoir des Palestiniens une dimension qui les transcende. La justification religieuse n'a cours que parce qu'ils se sentent en position d'infériorité sociale et politique. La religion, instrumentalisée par ceux qui les poussent au suicide, leur donne - à tort - un nouvel argument de lutte, et leur permet aussi d'espérer. Jusqu'à se lancer dans un acte contraire aux fondements même de la religion.
Ici, le héros est un ancien mécanicien de station-service, au chômage, qui taille des manches de couteaux pour survivre. Mais doux et triste comme il est, il ne vend rien. C'est alors que survient l'improbable : une veuve lui donne le chien de son mari. un superbe dogue argentin digne de tous les concours canins, au regard aussi doux et triste que celui de son nouveau propriétaire. On se dit que le pauvre homme va encore se faire avoir.
Un mot sur l'histoire que nous conte Imamura : la vieille Orin (Sumiko Sakamoto) va atteindre la fameuse barre des 70 ans et se prépare à rejoindre bientôt l'au-delà. Son fils aîné Tatsuhei (Ken Ogata), veuf avec trois enfants, se révolte contre cette loi qui veut qu'un être humain doive mourir pour permettre de nourrir une bouche nouvelle. Il préfigure une autre conception de l'homme qui s'est attaché à domestiquer la nature, à la réduire, à s'accommoder le moins possible de ses désagréments. Mais la loi est la plus forte : Orin, qui possède encore toutes ses dents, n'ira-t-elle pas jusqu'à se les casser elle-même contre de la pierre, se mutilant afin de mieux correspondre à l'image « normale » du vieillard édenté.
Derrière le prix du public reçu par ce road movie au Festival de Cannes, il y a bientôt dix ans, fallait-il comprendre que seule l'excentricité était la dimension acceptable pour les homosexuels ? Pour ma part, j'ai trouvé à l’époque derrière les rires et les paillettes, une véritable ode à la liberté et à la différence.






















