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films

Eclipse Totale (Rimbaud-Verlaine) un film d'Agnieszka Holland (1997)

Publié le par Jean-Yves Alt

1871. Sur le quai d’une petite gare des Ardennes, Arthur Rimbaud, 17 ans, attend le train pour Paris, où il doit retrouver Paul Verlaine. Mais à la gare de l’Est, les deux hommes se ratent et Rimbaud gagne seul le domicile de son hôte. Il y fait la connaissance de l’épouse de Verlaine, enceinte de huit mois, et de sa belle-mère.

Son manque de savoir-vivre et sa mise négligée effarouchent les deux femmes, qui s’étonnent que Verlaine, le reçoive avec tant d’égards. Ce dernier voit en effet en Rimbaud un poète de génie et ne tarde pas, malgré les réticences de sa femme, à partager sa vie de bohème.

La cinéaste d'origine polonaise, pour son film produit par les Américains, a choisi de ne s'intéresser qu'à la relation (sexuelle, physique, fantasmatique, irrationnelle) des deux poètes. C'est de cette quasi absence de hors champ sur la création littéraire, sur la famille de l'un et de l'autre, que naît l'intérêt de son film : montrer à nu un lien qui fut tout sauf purement intellectuel, entre un jeune homme exigeant, rebelle, provocateur, sûr de son pouvoir et de son génie, et son aîné, suicidaire et masochiste.

Et c'est de leur confrontation au sordide partout présent (sexe et manque d'argent mêlés) que naît la force d'une mise en scène par ailleurs assez lourde.

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Charlie et la chocolaterie, un film de Tim Burton (2004)

Publié le par Jean-Yves Alt

Voilà une rencontre magique : d'un côté, un classique de la littérature enfantine, de l'autre, un réalisateur passé maître dans l'art du merveilleux et du fantastique. Le mariage du roman de Roald Dahl et de l'univers de Tim Burton tient de l'enchantement : un conte de fées moderne, doux-amer et satirique.

Garçon pauvre, mais chéri par une famille unie, Charlie est admis dans ce temple de la confiserie qu'est la gigantesque et mystérieuse chocolaterie de Willie Wonka (Johnny Deep). Quatre enfants accompagnent Charlie : un obèse qui s'empiffre à tout-va, une capricieuse chipie, un accro des jeux vidéo prétentieux et une arrogante Barbie.

Aux côtés de ces petits monstres, victimes d'une éducation dévoyée, Willie Wonka dépareille à peine. Il est de ces marginaux dont Tim Burton raffole : un être malheureux retranché dans un monde étrange. Assurément, autant que le touchant Charlie, c'est lui le héros de ce récit. Et Johnny Deep n'a pas trop de mal à nous convaincre que la folie, sous ses dehors comiques, cache une vraie souffrance.

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Happy together, un film de Wong Kar-Wai (1997)

Publié le par Jean-Yves Alt

Le récit de "Happy together" est à la fois très ténu, un peu malingre, mais absolument bouleversant parce que touchant à l'essentiel : ce qui fait la rencontre entre deux êtres, ce qui fait leur séparation, ce qui fait naître leurs désirs et ce qui les éteint.

Au centre de ces interrogations, trois garçons dont deux stars du cinéma asiatique : Leslie Cheung ici dans le rôle de Ho et qui a déjà participé à "Adieu ma concubine" et Tony Leung ici dans le rôle de Lai et qui a joué dans "Cyclo".

Le film s'ouvre sur le couple d'amants Lai-Ho dans une scène de sodomie superbement filmée. Les deux garçons vivent en couple et décident de quitter Hong Kong pour l'Argentine dans le seul but de voir les chutes d'eau d'Iguaçu. Arrivés là-bas, ils se déchirent dans de nombreuses scènes de ménage plutôt violentes. Ils voudraient se séparer et en même temps ils sont poussés constamment l'un vers l'autre. Quand ils rompent, Lai tente désespérément de recoller les morceaux. Quand ils se réconcilient, c'est dans de torrides étreintes, mais le désir se lassent vite. En voulant se retrouver, Lai et Ho se perdent. Lai rencontre alors dans le restaurant où il travaille un jeune garçon hétéro, Chang, dont il s'éprend à la folie tout en sachant que cette histoire ne dépassera jamais le stade d'une amitié même pas particulière. Une histoire n'arrive pas à finir tandis que l'autre désespère de commencer.

A quel moment faut-il abandonner de revenir vers l'autre ? Il y a une terrible mélancolie dans ce film où même les moments de bonheur sont assiégés par le sentiment que tout ça ne peut durer, que le présent est déjà caduque.

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Eternal Sunshine of the Spotless Mind un film de Michel Gondry (2003)

Publié le par Jean-Yves Alt

Joël et Clémentine ne voient plus que les mauvais côtés de leur tumultueuse histoire d'amour, au point que celle-ci fait effacer de sa mémoire toute trace de cette relation. Effondré, Joël contacte l'inventeur du procédé Lacuna, le Dr. Mierzwiak, pour qu'il extirpe également de sa mémoire tout ce qui le rattachait à Clémentine.

Deux techniciens, Stan et Patrick, s'installent à son domicile et se mettent à l’œuvre, en présence de la secrétaire, Mary. Les souvenirs commencent à défiler dans la tête de Joël, des plus récents aux plus anciens, et s'envolent un à un, à jamais. Mais en remontant le fil du temps, Joël redécouvre ce qu'il aimait depuis toujours en Clémentine. L’inaltérable magie d'un amour dont rien au monde ne devrait le priver. Luttant de toutes ses forces pour préserver ce trésor, il engage alors une bataille de la dernière chance contre Lacuna...

La mémoire est fortement identifiée à la personne. Pourtant, la personne est plus que sa mémoire, et la mémoire individuelle elle-même est toujours débordée par sa dimension collective. Étrange, tous ces films évoquant la mémoire... Eternal Sunshine of the Spotless Mind, de Michel Gondry, narre l'histoire d'un couple où chacun tente d'effacer l'autre de sa mémoire à la suite d'un conflit, grâce à un neurologue irresponsable louant ses services à ceux que les souvenirs font souffrir.

L'intrigue du film se noue autour du désir du protagoniste masculin de faire marche arrière en plein traitement, et de résister au lavage de cerveau.

Que reste-t-il de ce qui fait l'essentiel de nos vies, une fois la mémoire disparue ? Cet essentiel n'est-il pas inscrit au cœur de nos fibres, de notre regard, de notre personne ? Même le dernier souvenir effacé, un « je ne sais quoi » persiste alors de l'attirance entre les héros, comme si celle-ci ne se résumait pas aux souvenirs communs.

Je perçois, en filigrane de ce thème, l'angoisse devant la maladie d'Alzheimer, dans laquelle ceux que nous avons aimés semblent se dissoudre, alors que, pourtant, une vapeur subtile de leur personne, de leur attitude, de leur regard est encore là.

Un autre aspect de ce type de film est lié à l'extrême individualisation de notre vie : comme nous sommes les seuls garants de notre trajectoire, et que nous désirons être les seuls à en contrôler le récit, nous perdons de vue le fait que la validation sociale de notre mémoire nous aide à la faire exister.

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La moustache, un film d'Emmanuel Carrère (2005)

Publié le par Jean-Yves Alt

C'est l'histoire en apparence banale de Marc, qui, un jour, décide de raser sa moustache. Par jeu, par curiosité, pour tester aussi le regard des autres. Marc (Vincent Lindon) guette la réaction de sa femme (Emmanuelle Devos) : rien. Il espère une remarque de ses amis ou collègues : toujours rien. « Tu n'as jamais porté de moustache », lui répète tout un chacun. L'expérience, qui ressemble à une mauvaise blague, vire au cauchemar. Le réel se dérobe sous les pas du malheureux. Un peu comme si sa mémoire se délitait. La folie guette, une atmosphère bizarre, absurde, enveloppe le film.

Mais Emmanuel Carrère s'interdit tout artifice : cette moustache, le spectateur l'a bien vue. Il ne peut que partager le trouble de Vincent Lindon. À ce jeu, l'acteur, en digne héritier du burlesque, excelle. Il livre toute la gamme des émotions, de l'amusement à la peur panique, du désespoir à l'apaisement. Car la Moustache, c'est aussi le récit d'un homme qui perd un peu de lui-même, mais finit par se trouver. Non sans un détour par Hong Kong et par l'étrange.

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