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films

De battre mon coeur s'est arrêté un film de Jacques Audiard (2005)

Publié le par Jean-Yves Alt

Les cloportes qui se métamorphosent en héros, Jacques Audiard en raffole. Dans le genre bête sombre candidate à la rédemption, Tom est un spécimen du plus bel effet : 28 ans, un costume noir et des mœurs de voyou. Tom fait dans l'immobilier, cogne le squatter, déloge le pauvre, engraisse le spéculateur. Une tradition familiale. Tom frappe, papa applaudit.

Mais ce fils parfait se rêve aussi en concertiste, comme maman. Une rencontre le pousse à reprendre le piano. Il s'enferme, se reconstruit, s'acharne sur son clavier avec le concours d'une virtuose chinoise.

La jeune femme ne parle pas un mot de français. Qu'importe, Tom se doit de réapprendre le langage des sentiments. Et au passage tuer le père, pour enfin revivre. La trame est inspirée de Mélodie pour un tueur (film américain, 1978), de James Toback, mais Jacques Audiard se la réapproprie, en fait un magnifique combat de l'ombre et de la lumière. L'histoire d'une renaissance qu'incarne avec une rare intensité Romain Duris.

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Au feu ! un film de Pjer Zalica (2004)

Publié le par Jean-Yves Alt

Branle-bas de combat dans ce village de Bosnie-Herzégovine ! Le président des États-Unis, Bill Clinton, vient d'annoncer sa venue et la cité se prépare, en ces lendemains de guerre, à célébrer la toute fraîche réconciliation entre Serbes et Bosniaques. Voilà les ennemis d'hier obligés de feindre l'amitié pour encaisser les dividendes de la paix !

Sous le regard des caméras, les pompiers des deux bords font vaille que vaille équipe ensemble, la maison de passe locale est rebaptisée centre culturel, et de faux réfugiés jouent la comédie du retour... Ce qui n'empêche pas les fantômes de venir clamer leur dû. Et la douleur de sourdre : une jeune femme qui saute sur une mine ou un père incapable de faire le deuil d'un fils disparu.

Mais Au feu ! tient de la comédie endiablée. Le ton est à l'humour grinçant, assaisonné d'une pointe d'amertume et de mélancolie. Pour un peu, on se croirait chez Milos Forman ou, orchestre tzigane oblige, chez Emir Kusturica. De prestigieuses références pour un jeune cinéaste bosniaque qui a été récompensé du Léopard d'Argent au Festival du Film de Locarno 2003 et honoré du Grand Prix Marrakech 2003. À découvrir.

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Va, vis et deviens, un film de Radu Mihaileanu (2004)

Publié le par Jean-Yves Alt

Le sujet peut sembler lointain. Qui se souvient encore des Falashas, des Éthiopiens juifs accueillis par Israël en 1984 ? C’est le sujet de ce film raconté à travers l’histoire d’un enfant noir, Schlomo, que sa mère chrétienne confie à une mère juive éthiopienne, avant qu'il ne soit adopté par une troisième mère, israélienne : un long voyage, géographique, et plus encore psychique, un périple éprouvant qui démarre en Ethiopie, se poursuit en Israël, passe par la France et s'achève dans un camp de réfugiés au Soudan. Schlomo doit mentir pour survivre : taire sa religion chrétienne, se dire juif et orphelin.

C'est au prix de ce terrible déchirement, qu'il est adopté par une famille israélienne. Schlomo grandira obsédé par ce pays où il a pourtant promis de ne jamais revenir. Il n'aura de cesse de retrouver sa mère restée dans un camp de réfugiés.

L'histoire, touffue, peut paraître complexe, d'autant qu'elle brasse mille et une questions passionnantes sur l'identité juive, la singularité d'Israël, terre d'accueil et d'exclusion, sans oublier le délicat problème de l'intégration des Falashas qui pourrait être qualifiée d’« imposture positive »... Imposture qui permet à Schlomo de survivre. Une question essentielle reste : à quel moment l'adaptation, processus normal, devient trahison de soi et de l'autre ?

Radu Mihaileanu (un cinéaste français d'origine roumaine) ne discourt pas, ne théorise pas, il conte le lien universel entre une mère et son enfant. Il filme des êtres de chair et de sang, des personnes riches et attachantes. Schlomo, l'étranger, le lointain, devient proche. Ce n'est pas là le moindre des miracles de ce grand film bouleversant. Voilà longtemps que je n’avais pas pleuré ainsi au cinéma.

■ Avec : Yaël Abecassis (Yaël), Roschdy Zem (Yoram), Moshe Agazai (Schlomo enfant)

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