De battre mon coeur s'est arrêté un film de Jacques Audiard (2005)
Les cloportes qui se métamorphosent en héros, Jacques Audiard en raffole. Dans le genre bête sombre candidate à la rédemption, Tom est un spécimen du plus bel effet : 28 ans, un costume noir et des mœurs de voyou. Tom fait dans l'immobilier, cogne le squatter, déloge le pauvre, engraisse le spéculateur. Une tradition familiale. Tom frappe, papa applaudit.
Mais ce fils parfait se rêve aussi en concertiste, comme maman. Une rencontre le pousse à reprendre le piano. Il s'enferme, se reconstruit, s'acharne sur son clavier avec le concours d'une virtuose chinoise.
La jeune femme ne parle pas un mot de français. Qu'importe, Tom se doit de réapprendre le langage des sentiments. Et au passage tuer le père, pour enfin revivre. La trame est inspirée de Mélodie pour un tueur (film américain, 1978), de James Toback, mais Jacques Audiard se la réapproprie, en fait un magnifique combat de l'ombre et de la lumière. L'histoire d'une renaissance qu'incarne avec une rare intensité Romain Duris.
Sous le regard des caméras, les pompiers des deux bords font vaille que vaille équipe ensemble, la maison de passe locale est rebaptisée centre culturel, et de faux réfugiés jouent la comédie du retour... Ce qui n'empêche pas les fantômes de venir clamer leur dû. Et la douleur de sourdre : une jeune femme qui saute sur une mine ou un père incapable de faire le deuil d'un fils disparu.
L'histoire, touffue, peut paraître complexe, d'autant qu'elle brasse mille et une questions passionnantes sur l'identité juive, la singularité d'Israël, terre d'accueil et d'exclusion, sans oublier le délicat problème de l'intégration des Falashas qui pourrait être qualifiée d’« imposture positive »... Imposture qui permet à Schlomo de survivre. Une question essentielle reste : à quel moment l'adaptation, processus normal, devient trahison de soi et de l'autre ?






















