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livres

Hommage à Joseph Hansen

Publié le par Jean-Yves Alt

L'auteur de polar, Joseph Hansen est mort le 24 novembre 2004 en Californie à l’âge de 81 ans.

Hansen avait ouvert la voie au polar gay dans les années 70 en créant Dave Brandstetter, un ancien agent d’assurances homo, qui, de ce fait, se trouvait à mener des enquêtes où l’homosexualité est le sujet ou la toile de fond.

Ce faisant, ses romans donnaient à voir l’homosexualité côté faits divers (les meurtres, les viols, etc.) mais aussi au quotidien et dans toutes ses dimensions (scènes d’amour, coming out, affirmation, découverte du sida, etc.).

Bien que gay, Joseph Hansen avait épousé Jane Bancroft avec laquelle il avait eu un enfant.

BIBLIOGRAPHIE sélective :

- Le poids du monde, Editions du Masque, 2000, ISBN : 2702429009 [version intégrale d'Un blond évaporé paru en 1970]

"Le poids du monde" est la version intégrale du roman paru en 1970 dans la collection Série noire sous le titre "Un blond évaporé". Dave Brandstetter vient de perdre son compagnon Rod, mort d'un cancer après vingt ans d'histoire d'amour. Il se remet à travailler pour essayer de faire son deuil. Son job d'enquêteur d'assurances l'amène sur la disparition sans corps retrouvé de Fox Olson un homme bien connu et aimé de tous dans sa ville de Pima.

Extrait : ─ Tu connais ces vers, Madge ? « Le poids du monde, c'est l'amour. Sous le fardeau de solitude, sous le fardeau de l'insatisfaction, le poids que nous portons est l'amour... »

- En haut des marches, Rivages Noir, 1999, ISBN : 2743605561

Nathan Reed vit avec Hoyt Stubblefield depuis quelques semaines. La condition que Hoyt a posée à l'emménagement de Nathan chez lui est que ce dernier ne l'interroge pas sur ses absences répétées. Nathan, confiant en l'homme qu'il aime, a accepté mais est tout de même curieux et suit un matin son amant car il lui semblait pas très en forme ces derniers jours. Il découvre que celui-ci se rend à l'enterrement d'une femme, militante communiste, écrasée par un tramway. Quelques temps plus tard, un agent du FBI rend visite à Nathan et évoque les activités communistes de Hoyt ; or nous sommes en pleine Seconde Guerre mondiale et il ne fait pas bon être communiste aux États-Unis à ce moment-là.

Ce roman ne fait pas partie de la série "Brandstetter".

- Les ravages de la nuit, Gallimard, Folio, 1994, ISBN : 2070388719

Dave Brandstetter enquête pour une compagnie d'assurance sur la mort prétendument accidentelle d'un chauffeur de poids lourd. C'est en fait l'explosion d'une bombe qui a précipité le camion dans un canyon. Pourquoi ? Et que transportait ce camionneur en plein cœur de la nuit ? Difficile de le savoir car les pistes sont brouillées et apparemment, les enjeux sont importants...


Du même auteur : Les mouettes volent bas - Le garçon enterré ce matin - Un pied dans la tombe - Par qui la mort arrive - Petit Papa pourri - Pente douce


Lire aussi sur ce blog : Joseph Hansen et son détective homosexuel, Dave Brandstetter

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Naît-on homme ou femme ou le devient-on ?

Publié le par Jean-Yves Alt

L'auteur, s'appuyant sur ses connaissances constructionnistes, dénonce « la fausse et criminelle équation sexe = genre, la plus belle invention du patriarcat sexiste pour dominer les femmes. »

Précisions : le constructionnisme s'appuie sur l'idée que le genre (terme correspondant à l'anglais « gender », difficile à traduire en français) est un concept social qui dès la naissance, est employé inconsciemment la plupart du temps pour séparer les enfants en deux groupes sociaux bien distincts : garçons et filles. Cela ne met pas en cause, bien évidemment, le fait qu'il existe, d'un point de vue biologique, deux sexes ; sans oublier pourtant que même au stade biologique, nombre de combinaisons sont possibles, comme le cas des individus « intersexuels » (environ 1 % de la population) parfois considérés comme des « ratés » de la nature ou au mieux des handicapés, alors qu'ils sont tout simplement nés « différents »...

Le genre qui s’impose par les habitudes sociales dès la naissance n'est pas le sexe, mais un rôle, une façade que les normes et les traditions distribuent dans certains cas arbitrairement ; ce qui a pour effet d’amplifier la binarité homme / femme. L'enfant est vu dès sa naissance comme garçon ou fille avant même de le considérer comme un individu ; il est ainsi enfermer dans un comportement pré-formaté : les petites filles jouent à la poupée, les garçons au foot… Les femmes font le ménage et la vaisselle, les hommes vont à la chasse ; les femmes accouchent des enfants, les hommes d'œuvres… avec toutes les dérives déplorables connues et qui, aujourd'hui encore, entravent les efforts de parité. La « police du genre » va encore plus loin en assimilant sexe, genre et orientation sexuelle, elle impose ainsi une norme hétérosexuelle dominante et un modèle familial qui sanctionne moralement les comportements qui n'entrent pas dans cette norme (quand on sait qu'environ 10 % de la population est homosexuelle, on imagine les ravages que cette norme peut engendrer !)

La dictature au quotidien

Ce que Georges-Claude Guilbert, [adepte du constructionnisme anglo-saxon], nomme « la dictature du genre » est ainsi décortiqué avec de nombreux exemples pris dans la vie quotidienne et commentés avec habileté. « Pour les constructionnistes, l'être humain se différencie de l'animal grâce au langage, à la création artistique, à la religion, au meurtre gratuit éventuellement, mais surtout grâce au fait qu'il est moins assujetti à ses instincts que l'animal, notamment et surtout en matière de genre et de sexualité. (...) Et les constructionnistes remettent sans cesse en question tout rôle, tout attribut, tout mode de pensée traditionnellement considéré comme féminin ou masculin. » Face à eux, les « essentialistes » (ou « différentialistes ») qui croient à toutes sortes de différences innées entre les filles et garçons. Retour à l'éternel débat qui oppose l'inné et l'acquis, la prédétermination et le libre arbitre...

L'auteur dénonce aussi les nombreuses femmes qui participent avec ferveur au renforcement de leur propre esclavage, complices, souvent inconsciemment, d'une société où hommes et femmes féministes sont parfois considérés comme des illuminés ou des empêcheurs de tourner en rond. Les femmes qui acceptent l'oppression patriarcale sont, pour l’auteur, « traîtresses à la cause des femmes » mais aussi les victimes d'un grand « lavage de cerveau ». Pour lui, l'un des pires exemples, après Christine Boutin, de complicité active favorisant l’oppression des femmes, est l’auteur Ellen Willet, qui a publié en 2002, « Les hommes, les femmes etc. » un ouvrage grand public destiné à prouver que si les hommes et les femmes se comportent différemment, c'est bien parce que c'est leur nature en s'appuyant sur tous les poncifs existants et autres stéréotypes...

C'est pour un garçon ou pour une fille ? La Dictature du genre de Georges-Claude Guilbert, Éditeur : Autrement, mai 2004, Collection : Frontières, ISBN : 2746705060

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Mon frère et son frère, Hakan Lindquist

Publié le par Jean-Yves Alt

« Dans le séjour, posée sur un poste de télévision, une photographie, un visage, celui d'un jeune garçon. - C'est qui, là ? dis-je en m'adressant à mes parents. - C'est ton frère, répond maman. - C'est ton frère Paul. Il est mort avant ta naissance, explique papa. »

Jonas commence alors un long travail d'investigation, un peu à la manière d'un Sherlock Holmes, il enquête pour essayer de mieux connaître ce frère absent. Ce frère avec qui il aurait aimé jouer, parler, rire et vivre. De questions en questions auprès de ses parents ou de Daniel, l'ami de la famille, il finira par en savoir un peu plus. Son obstination devient douleur pour ses proches, elle réveille en eux le malheur de la disparition, le deuil jamais conclu, la souffrance du manque et de la culpabilité. Ce qui n'était au début qu'un simple questionnement, une recherche d'attitude pour se construire, trouver sa propre image, devient une obsession et un risque. Pour Jonas, ne rien savoir de ce frère pourrait vouloir dire ne rien savoir de lui-même. C'est alors qu'il va découvrir le journal de Paul …et découvre l'intimité de son frère, ses photos, et des lettres. Ces mots aussi, surtout ces mots qu'il ne comprend pas, écrits en tchèque: tjuv milenec. Ahoj muj bratre ou encore : Mému malému Princi. Princi comme prince... Paul aimait les garçons, et un garçon en particulier, Petr, un jeune Tchèque libéré. Loin de s'en émouvoir, il est au contraire fasciné par leur histoire. Elle n'a duré que peu de temps, interrompue par la mort brutale de son frère, mais a été d'une rare intensité. Poussé par la curiosité, il parvient même à retrouver la trace de Petr après toutes ces années.

Mon frère et son frère, Hakan Lindquist

L'histoire est simple, belle, l'écriture sobre. Elle saisit le lecteur et le laisse en haleine jusqu'au dénouement. L'homosexualité y est traitée de deux façons : d’abord, celle de Daniel vécue avec beaucoup de culpabilité et, ensuite, celle épanouie et libre des deux adolescents, Paul et Petr. Un magnifique livre qui évoque l'homosexualité avec naturel et spontanéité.

Häkan Lindquist est né en 1958 en Suède. Il vit à Stockholm depuis l'âge de 19 ans, où il a travaillé auprès des enfants puis dans une librairie et un magasin de disques. L'écriture l'accompagne depuis son plus jeune âge mais il ne publie son premier roman « Mon frère et son frère» qu’en 1993. Autodidacte et curieux de tout, Häkan Lindquist offre une place de choix dans sa vie à l'art sous toutes ses formes : musique, sculpture, peinture, littérature.

■ Mon frère et son frère, Hakan Lindquist, Editions Gaïa, 2002, ISBN : 2910030962


Du même auteur : De collectionner les timbres


Lire l'article de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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Un sujet de conversation, Sophie Simon

Publié le par Jean-Yves Alt

Cette identité qu'on lui refuse avec constance, Sophie Simon l'a trouvée dans les mots et le style, en retraçant un destin de femme, chaotique et désespérant. Pourra-t-elle continuer, être enfin une femme heureuse en étant romancière ? On ne le sait pas.

La narratrice d'« Un sujet de conversation », Marion, a toujours été une femme. Une petite fille qui ne parvenait pas à comprendre ce qu'elle faisait dans un corps de garçon. Ce trouble sur son identité,, elle l'a manifesté dès l'âge de 5 ans.

Un matin, avant de partir à l'école, sa mère -qui avait alors quatre enfants et était occupée à préparer la petite dernière - lui avait demandé de s'habiller seule : « Tout naturellement, j'étais allée prendre une des robes de mes sœurs et l'avais passée… ensuite revenue à la cuisine, fière comme toutes les gamines du monde qui se sont fait belles. Heureuse. » On imagine sans peine la suite : « Va finir enfermé, c'con là ! Va m'enlever ça, espèce de con. Et pis t'as pas intérêt de recommencer, sinon tu vas t'en rappeler, cinoque!»

« Je n'étais pas moi. Le regard d'autrui me voyait UN, j'étais UNE. Leur "réalité" et ma vérité ne coïncidaient pas, n'avaient jamais coïncidé. C'est aussi bête que ça. »

Marion alias Sophie Simon ne souhaite pas vivre « COMME » les femmes : à quoi bon, d’ailleurs, puisqu’elle est une femme ? La transsexualité ne se ramène pas à une affaire de garde-robe : il serait bon d’intellectualiser un peu plus les choses. Etre trans, ce n’est pas être discrète : « Je ne suis pas un homme devenu femme, je n’ai jamais été un homme ! »

Le lecteur est, avec elle, tour à tour révolté, humilié, blessé, plein d'espoir et accablé de désespoir. Mais personne, sûrement, n'a envie de l'entendre proférer cette vérité :

« J'ai souvent comparé la transsexualité au handicap ... Le tétraplégique détient dans son cerveau les commandes nécessaires à la mobilité de ses membres, mais les connexions de sa moelle épinière sont rompues, et son corps reste résolument immobile. La transsexuelle dispose de toutes les spécificités mentales qui déterminent la femme, elle se comporte comme telle pendant que son corps se masculinise obstinément. »

L’auteur : Sophie Simon est née en 1962 et vit à Dijon. Elle se consacre exclusivement à l'écriture depuis quelques années. Un Sujet de conversation est l'un des rares manuscrits qu'elle n'ait pas détruit.

Un sujet de conversation, Sophie Simon, Editions Stock, 232 p., ISBN : 2234056942, mai 2004


Lire aussi Je serai elle de Sylviane Dullak

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Le retour d'Alain, Pierre Jeancard (1975)

Publié le par Jean-Yves Alt

Pierre Jeancard publiait en 1970 un roman : « La cravache » (1) dont Pierre Kalfon tirait un film. En 1973 paraissait la suite : « Sainte-Férule » (2). Ces deux livres aux titres suggestifs connurent un beau succès auprès des homosexuels.

« Le retour d'Alain », ce troisième roman continue le panégyrique d'une relation sado-maso et l'exaltation d'un personnage, Thierry, déjà au centre des deux premiers récits.

« Une sorte d'ivresse me gagne. Je vois la scène comme si elle se déroulait déjà : je l'ai tellement vécue moi-même ! Cette fois, c'est moi qui ordonne. "Déculotte-toi !" Et Alain s'exécute sans demander grâce. Il se penche sur la table de travail – comme moi autrefois. La cravache cingle ses fesses. A peine s'il bronche. Non sans un certain plaisir, il accepte ma justice. Je frappe plus fort. Il crie légèrement. Je suis saisi de vertige. J'ai honte de ce que je fais mais, en même temps, j'en suis heureux. Je frappe encore et encore. Le cuir laisse sur la chair une trace sanguinolente. Punition terminée. Alain se redresse péniblement. Il a mal. Pourtant, il me remercie en souriant, me demande pardon et me prie de ne jamais le ménager. Réalisant enfin le caractère sadique de mon rêve éveillé, je me regarde avec effroi, refusant les excuses. Je ne cherche nullement à exorciser le passé mais à me procurer une trouble satisfaction des sens. Je veux agir comme mon père que j'admirais peut-être inconsciemment. Essentiel : donner à Alain le goût de la révolte, l'obliger à riposter, me casser la gueule même. Mais, pas avant que je ne l'aie battu une fois au moins. Prétexte : la curiosité. J'ai toujours été du côté des victimes. Je veux connaître les impressions du bourreau. » (« Le retour d'Alain, pp. 42-43)

« Sainte-Férule » (2) et « Le retour d'Alain » ne sont que des répliques de « La cravache » (1) même si, dans le dernier tome de la trilogie, les protagonistes sont plus âgés. A la sortie du premier volume en 1970, l'auteur jouait bien sûr la carte de l'audace du sujet. La recherche au niveau de la création romanesque était faible : histoire linéaire transcrite dans un style plat, conventionnel. On peut même dire que l'attrait principal de ce premier roman résidait dans la totale inféodation de l'écriture au thème. Ce thème reconduisait l'idéologie de la splendeur des amitiés viriles, un rêve pour jeunes filles transposé dans l'univers fantasmagorique des garçons.

On peut dire que cette idéologie ne fait aucun mal sauf qu'elle est inscrite dans les schémas privilégiés de la société hétéro : la puissante fraternité masculine qui fait l'armée, les prisons et autres récupérations du désir homosexuel.

La trilogie oscille aussi entre les deux pôles de la fascination homosexuelle : le sadomasochisme et l'amour impossible.

« L'ancienne et solide affection amoureuse qui existe entre Alain et moi, cette tendre complicité qui nous rive l'un à l'autre, nos disputes et nos retrouvailles, tout cela fait déjà vieux couple. Nous nous embrassons pour nous dire au revoir un peu comme des gens mariés qui en ont depuis longtemps l'habitude. » (« Le retour d'Alain », p. 141)

Le sadomasochisme entre dans le bon ordre du patriarcat triomphant (avec en prime l'odeur excitante de l'inceste). Le père fouette ses fils – on se déculotte beaucoup – mais le fils aîné cravache le cadet qui à son tour établit avec son ami d'enfance des rapports de maître à esclave.

Une succession de soumissions ; au terme de cette hiérarchie de la flagellation : Alain, le seul pour qui l'amour et la fidélité sont des évidences.

« Il me serre contre lui, m'embrasse dans la nuque avec beaucoup de douceur, me libère un peu et soupire : "Comme je t'aime, Thierry !" » (« Le retour d'Alain », p. 71)

Alain est une victime en somme. Il tuera sa sœur Yvette surprise dans les bras de l'ami trop aimé. Quant à Thierry, le héros narrateur, c'est le prototype de l'homosexuel qui « n'en est pas » : l'idéal ! Il se laisse aimer poursuivant un itinéraire clair comme la morale. Il se rebelle contre le père fouettard mais il l'estime de lui avoir inculqué la force de soumettre les autres. Il connaît les extases gonflées de sexualité entre garçons musclés.

Après les coups, la tendresse, l'amour fraternel, les voluptés aux limites de la possession, toute une mystique de l'éternelle connivence des hommes où s'amalgament la violence et la chair.

L'auteur n'oublie pas les femmes, mais il les contourne. La mère morte fige la dévotion. Yvette meurt assassinée. Restent celles du plaisir car Thierry désire la femme : quelle qualité du don qu'il fait à ses amis et à Alain.

Le retour d'Alain, Pierre Jeancard (1975)

La trilogie de Pierre Jeancard se lit jusqu'au bout. Le voyeur sentimental y trouve sa nourriture. Ici pas de folles et autres efféminés. L'auteur vénère l'épithète « paysan » et sa connotation d'herbe odorante, de plaisirs brusques, un décalage qui éloigne l'opprobre.

La séduction que procurent ces romans n'a rien à voir avec la littérature. Elle chatouille les fantasmes du lecteur. Ces romans accréditent une vision faussée du vécu homosexuel. La même qu'entretient l'hétérosexuel pour sauvegarder ses nostalgies quand il relègue ses « étranges » désirs dans les paysages de l'enfance.

Ces trois romans associent l'homosexualité à la jeunesse, un état idéal et primitif, pour mieux oublier la réalité qui attend. Dans un tel désir de fiction, la maîtrise de l'écriture romanesque aurait été alors essentielle.

■ Le retour d'Alain, Pierre Jeancard (1923-1981), éditions Fayard, 1975, 252 pages, ISBN : 978-2213001838


■ Quatrième de couverture : Après quatre ans de prison et une année de service militaire dans les bataillons disciplinaires, Alain Cuisiat retrouve le Revermont, ses parents et surtout son meilleur ami, Thierry, pour lequel il éprouve une passion si forte qu'elle l'a conduit à tuer sa sœur à coups de cravache.

Thierry, qui tient de son père un certain sadisme, traite Alain, qu'il a pourtant reçu à bras ouverts, comme un domestique, un esclave. Jouant sur sa jalousie, il va jusqu'à lui infliger ses liaisons avec d'autres, garçons et filles, ses nouveaux amis. Mais au fond de son âme, Thierry est toujours le petit garçon qui regrette la férule de son père disparu.

En psychologue averti, l'auteur nous montre comment Alain saura retourner la situation et créer ainsi, entre Thierry et lui, les sentiments stables auxquels il n'a cessé d'aspirer.

L'auteur : Fondateur de trois journaux clandestins sous l'occupation allemande, Pierre Jeancard a été journaliste à Paris-Match et rédacteur en chef à Jours de France. Il a également collaboré aux radio-télévisions canadienne et française, pour lesquelles il a écrit de nombreuses dramatiques. Après La Cravache et Sainte Férule, Le Retour d'Alain est son troisième et dernier roman consacré aux aventures de Thierry et d'Alain.


(1) Perdues dans la campagne, loin de toute habitation, deux demeures isolées. Une maison bourgeoise, le Moulin des Gracieuses, où un père neurasthénique et cruel élève seul ses deux fils : Jean-François et Thierry. Il a tué sa femme dans un accident de voiture qu'il refuse de se pardonner. Il se venge de son malheur sur ses fils en les traitant avec une extrême sévérité. Tout près des Gracieuses, le dernier moulin abrite une famille de paysans heureux. Thierry se lie d'amitié profonde avec les deux enfants du fermier : Alain, qui a le même âge que lui et Yvette, leur aînée. Entre Thierry et Alain, complices et presque frères, naît, peu à peu, un étrange sentiment, à la fois pur et trouble. Mais Thierry aime Yvette d'amour. Alain les surprend à l'instant où ils se donnent l'un à l'autre. Avec la révélation de l'amour, naît la jalousie, éclate le drame.


(2) Férule, c'est « La Cravache ». Pierre Jeancard fait ici la description de la société collégienne (où le sadisme est toujours latent), de l'école (et ses forces répressives). Au centre de ce microcosme, il y a l'Etre que tous nous avons connu, adolescent : celui qui trouble, qui impressionne, à qui l'on voudrait ressembler, beau, fort, le « héros ». C'est Thierry, égocentrique, narcissique savourant l'admiration, l'amour que lui portent ses trois meilleurs copains, bien qu'il s'en défende et refuse d'assumer sexuellement ses passions.

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