Overblog Tous les blogs Top blogs LGBT
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

livres

Pour l'amour de Marie Salat, Régine Deforges

Publié le par Jean-Yves Alt

Un roman par lettres, anodin en apparence, qui empoigne le lecteur et ne le lâche plus.

Nous sommes en 1903, dans un petit village du Sud-Ouest de la France. Deux jeunes femmes, Marie et Marguerite, mariées se rencontrent. Elles s'aiment, elles s'écrivent.

Marie Salat a réellement existé ; des cartes postales ont été retrouvées. Qu'importe d'ailleurs.

Lentement ces deux femmes s'approchent, se cherchent, se trouvent, connaissent le plaisir, l'intensité d'un amour que l'homme, dans le milieu social très modeste où elles évoluent (l'une était couturière, l'autre ouvrière), ne peut, ou ne sait pas, donner.

C'est un livre superbe d'authenticité, de liberté.

Et c'est surtout, plus loin que cette histoire d'amour caché, sans que cela ne soit jamais expliqué, une vision exacte et volontairement tranquille de la vie des ouvriers, des humbles au début du XXe siècle.

Tranquille oui, pour ces deux femmes qui, pendant un an vont connaître – rien à voir avec les Nathalie Barney, Liane de Pougy et autres amazones – la splendeur de la passion et vont en accepter la brûlure.

C'était en 1903-1904.

Il faut lire ces lettres pour écouter, sur le chemin désert, les pas de Marie et de Marguerite qui se rejoignent pour l'ivresse du corps.

■ Pour l'amour de Marie Salat, Régine Deforges, Éditions Le Livre de Poche, 2003, ISBN : 2253045063


de Régine Deforges : La bicyclette bleue

Voir les commentaires

Le visage de ma mère, Anne et Jean-Paul Martin-Fugier

Publié le par Jean-Yves Alt

Françoise vit à Annecy en 1960. Elle a dix-sept ans. Sa mère est institutrice, la famille est modeste.

Françoise vit seule à Paris, à la veille des élections présidentielles de mai 1981. Elle travaille dans une galerie de tableaux, après avoir été, un temps, professeur.

Françoise raconte sa vie, simplement, pudiquement, celle de l'adolescence en Savoie, celle de la maturité à Paris, et du passé au présent, fait le compte des accidents de parcours, des accidents d'amour qui l'ont blessée et l'ont empêché de vivre le bonheur.

Annecy, c'était le temps des copains et des copines, de la chorale, des premiers flirts. Le temps d'un grand amour aussi, le tout premier, celui qu'elle éprouve pour Jean-Philippe, bientôt parti aux États-Unis et dont elle pleure l'absence. Un amour construit sur des événements minuscules – un sourire, un regard, une main serrée, un amour qui sera odieusement trahi, bafoué, blessure inguérissable du cœur.

Paris, c'est une vie nouvelle, la découverte d'autres visages, l'apprentissage de l'amitié. Chez Catherine, la mère de Julien, dont elle est le professeur au lycée Montaigne, c'est la rencontre avec François, dont Françoise sera, pendant six ans, amoureuse et avec lequel elle rompra. Une autre déchirure pour une sensibilité aussi fragile que la sienne.

Julien est un personnage attachant, en quête de son identité. Adolescent gracieux puis jeune homme charmant, il est sérieux avec légèreté, avec détachement. Quelques expériences avec des filles ne le satisfont pas et quand il tombe amoureux d'un garçon qui préfère les femmes, il éprouve de manière dramatique l'impossibilité de cette relation et tente de se suicider.

L'amitié qui unit Françoise et Julien, née au lycée et entretenue par des sorties en tête à tête, est l'un des sentiments les plus beaux qui s'expriment dans ce livre, dédié aux amours impossibles.

Entourée d'homosexuels, Françoise en connaît le meilleur et le pire. Le meilleur avec Paul, l'ami fidèle, toujours présent, le complice des bons et des mauvais jours ; Louis, le directeur de la galerie, qui cache son homosexualité derrière un personnage de vieux garçon. C'est sa dignité et sa délicatesse. Le pire, c'est la découverte de Jean-Philippe, son amour de jeunesse, homosexuel lui aussi qui donne Françoise à son amant, piétinant ainsi la pureté et la beauté d'une passion adolescente.

« Le visage de ma mère » est un roman difficile à raconter, si tant est que cela soit nécessaire. Mais il est encore plus délicat de traduire son exceptionnelle qualité de sensibilité, d'émotion, de tendresse mêlée de mélancolie, sinon de tristesse. Françoise est un personnage auquel on ne peut qu'être attaché, comme à un animal blessé que l'on voudrait rassurer, caresser, aimer. Et ce n'est pas le moindre paradoxe de ce livre que de parler d'amour... comme peu d'écrivains savent vraiment le faire, en parlant avant tout de douleur, de souffrance. Il est des accidents d'amour que l'on n'oublie pas.

■ Le visage de ma mère, Anne et Jean-Paul Martin-Fugier, Éditions Grasset, 1984, ISBN : 2246331714

Voir les commentaires

Oscar Wilde ou la vérité des masques, Jacques de Langlade

Publié le par Jean-Yves Alt

Avec cette biographie, le lecteur découvre un autre Oscar Wilde... Si Jacques de Langlade décrit un grand écrivain – ce que nul ne peut contredire – il parle aussi d'un homme courageux, profond, fasciné par le danger quand il chassait les « panthères » de la maison Taylor. Rien à voir avec l'image habituelle du dandy superficiel.

Même si dans le Londres luxueux des suites du Savoy ou dans la prison de Reading, Oscar Wilde reste un poète avant tout.

La mère d'Oscar Wilde, Speranza, était une héroïne de la résistance irlandaise. Même si elle s'est un peu reconvertie par la suite en devenant Lady Wilde. C'était une femme, avec une très forte personnalité. Le père d'Oscar, Sir William Wilde, un oculiste extrêmement célèbre, était aussi le chirurgien de la reine Victoria. Très intelligent, presque nain. Seulement voilà, il avait endormi et violé l'une de ses jeunes patientes. Une mère très possessive, un père donnant un exemple plutôt dramatique du rapport avec les femmes...

Après ses études à Dublin, Oscar Wilde a obtenu une bourse pour Oxford. Il était très rare qu'un roturier y soit admis. C'était réservé aux membres de l'aristocratie, de la naissance ou de l'argent. Wilde n'appartenait ni à l'une ni à l'autre. Il y fait des études très brillantes : il parlait couramment le grec et lisait Homère à livre ouvert. Il traduisait et lisait très bien le latin, parlait parfaitement le français et évidemment l'anglais. À vingt-trois ans, il obtient même le Newdigate Prize (l'équivalent du Prix de poésie de l'Académie française), en 1877. Et surtout, il a rencontré à Oxford, John Ruskin et Walter Pater, ses professeurs d'esthétique qui lui ont apporté une culture qui n'a rien à voir avec l'image du jeune homme frivole qu'on se fait couramment de lui.

L'atmosphère d'Oxford était alors très homosexuelle. Jacques de Langlade pense pourtant que ça n'aurait pas compté pour Wilde. La preuve ? Il est parti en voyage en Grèce avec le révérend Mahaffy, qui était le recteur du Trinity Collège de Dublin, où il avait fait ses études primaires et secondaires. Curieusement, Wilde n'a pratiquement pas parlé dans ses écrits de ce voyage en Grèce. Mahaffy, qui était un homosexuel « agressif » et qui lui avait fait traduire un livre sur les mœurs grecques, lui a probablement fait des avances. Et probablement il y a eu un retrait de Wilde, qui n'était pas préparé, alors, à une véritable expérience homosexuelle. En tout cas, il a été choqué par la conduite de Mahaffy et au retour de Grèce, il a pratiquement coupé les ponts avec lui.

Oscar Wilde avait une stature imposante et un très grand courage physique. Quand un jour, un costaud de la classe a ricané à la lecture d'un de ses poèmes, Wilde a traversé toute la salle et lui a administré une paire de baffes à lui faire tourner la tête. Une autre fois, son ami Frank Miles, chez lequel il habitait, a été menacé de chantage pour homosexualité. Wilde a reçu le maître chanteur et a déchiré devant lui la lettre compromettante. Et il n'a jamais reculé devant le marquis de Queensberry, le père de Lord Alfred Douglas, qui était toujours accompagné de trois ou quatre boxeurs professionnels… Des comportements qui ne collent pas avec l'image d'un évaporé.

Vers 1879, la mère de Wilde vient s'installer à Londres. Elle y ouvre un salon. On l'avait surnommée la madame Récamier de Chelsea, le quartier artiste. Là, trois événements marquants pour Wilde : sa rencontre avec les actrices Lillie Langtry et Sarah Bernhardt, et la fameuse querelle avec le peintre Whistler qui les a mis tous les deux en vedette ; toutes les lettres qu'ils échangeaient étaient publiées dans les journaux. Whistler faisait une conférence ? Wilde lui apportait la contradiction... À ce moment-là, Wilde voulait secouer la société victorienne, particulièrement ennuyeuse et grise. Il choquait par des tenues excentriques, en se promenant avec un tournesol, en s'installant à la terrasse d'un café de Picadilly pour demander un verre d'eau pour son tournesol... C'était un système. C'était tellement un système qu'il a été caricaturé dans les journaux. Oscar Wilde en a été enchanté, parce qu'il avait un sens très aigu de la publicité. Tout cela n'a pas duré très longtemps. Un an ou deux. Puis Wilde est parti pour une longue tournée de conférences aux États-Unis : sa théorie de l'esthétique avait mûri. Il avait toujours été en réaction contre la laideur en général. Il considérait maintenant que la seule chose qui comptait, c'était la beauté et il faisait table rase des questions de morale. Pour lui, une œuvre d'art était belle ou non, un poème bien ou mal écrit. Ça n'avait rien à voir avec son contenu. Il mettait en avant uniquement l'harmonie des couleurs, la décoration intérieure des maisons, les fleurs, le théâtre, le costume masculin ou féminin. Parce qu'il ne faut pas oublier qu'il avait été aussi journaliste de mode.

Oscar Wilde a épousé Constance Mary Lloyd, une femme un peu bas-bleu. Avec elle, il a eu deux garçons, Cyril et Vyvyan, qu'il adorait. Mais après la deuxième grossesse de sa femme, c'est la catastrophe. Il s'aperçoit que cette femme qui était un idéal androgyne parce qu'elle avait un côté masculin, tout d'un coup devient femme et s'abîme physiquement. C'est à ce moment-là qu'il rencontre Robert Ross et qu'il a sa première vraie expérience homosexuelle, il a alors trente-deux ans.

Avec Alfred Douglas, dit Bosie, le biographe bouscule tout ce que chacun sait de Wilde, en disant que c'était un amour plutôt platonique, leur sexualité passait par les jeunes « panthères ».

Pour Jacques de Langlade, Oscar Wilde n'a pas rencontré Alfred Douglas, mais Dorian Gray, le personnage du roman qu'il avait écrit trois ans avant. Quand on lui amène Lord Alfred Douglas, un aristocrate dont la famille remonte aux rois d'Écosse, exceptionnellement beau, très jeune, dix-huit ans, en extase devant Wilde, c'est la fascination réciproque : Douglas à cette époque était déjà un homosexuel notoire. Ensemble, ils ont peut-être eu, durant une période qui n'a pas dû excéder un an, des rapports furtifs. Mais leur relation est devenue ensuite un amour-passion pour Wilde et pour Douglas une façon commode d'être entretenu. >Wilde était surtout excité par le danger qu'il y avait à fréquenter Douglas, à se promener avec lui alors qu'ils étaient pourchassés par le père de Douglas. On voit naître le côté provocation de Wilde, le côté autopunition aussi, dont parle Robert Merle dans la préface. Ils fréquentaient la maison Taylor, où ils rencontraient des personnages « bariolés et pittoresques » qui évoquaient pour Wilde « des panthères dans la jungle ».

La catastrophe, c'est Wilde qui l'a voulue. Il a dit à Gide qui lui conseillait la prudence : « J'ai été suffisamment loin dans la direction de l'esthétique sans la morale, je suis arrivé au bout, je n'ai plus rien à dire, à écrire, il faut que j'aille de l'autre côté. » L'autre côté, c'est l'autopunition, c'est le masochisme, qui le conduiront au procès et à la prison.

En prison, dans des conditions épouvantables, moralement et physiquement, Wilde continue à prouver son courage : l'isolement total, la saleté, la nourriture abjecte, l'humiliation, la ruine... pour cet homme qui avait connu la gloire et le luxe des suites du Savoy. Wilde en tire une nouvelle morale. Son De Profundis, qui est une longue lettre à Bosie, il le termine comme ça : « Je suis peut-être venu au monde pour vous apprendre autre chose que la joie et le plaisir, mais la valeur de la douleur. »

■ Oscar Wilde ou la vérité des masques, Jacques de Langlade, Préface de Robert Merle. Éditions Mazarine, 1987, ISBN : 2863742604


Lire aussi : Oscar Wilde ou le procès de l’homosexualité par Odon Vallet - Oscar Wilde de Robert Merle

Voir les commentaires

Une saison à Djibouti, Jean Claude Quénet

Publié le par Jean-Yves Alt

Qu'est-ce qu'un couple dont la vie n'offre en partage que la sexualité, et… par trois fois la naissance d'un enfant ? Tel est le nœud du couple que formaient Jean, le narrateur, et Marlène.

Un envoûtement partagé et singulier permet-il à l'inverse à un couple de s'entendre pour la vie ? Telle est la trame existentielle dessinée par Jean et Arthur ; deux hommes qui se ravissent mutuellement.

Jean, de quatorze ans son aîné, rencontre Arthur à Djibouti – territoire encore sous souveraineté française – où les deux hommes travaillent ; le premier tient un commerce d'objets de luxe, le second s'active les nuits pour Air France.

« […] bien que décelant son côté frimeur, je fus frappé par son extraordinaire beauté. Il me rappelait un pêcheur tahitien que j'avais peint à l'âge de dix-huit ans, d'après un tableau de Gauguin. Il en avait toute la grâce, la finesse et la puissance de trait. Comme il amplifiait légèrement et stylisait le mouvement de ses jambes et de ses bras musclés, il semblait exécuter autour du baby-foot une étrange danse barbare, scandée par sa chevelure noire, souple et brillante qu'il portait presque jusqu'aux épaules. » (p. 94)

Jean Claude Quénet ancre son histoire dans les souvenirs de chacun des protagonistes. En filigrane court la question : par quoi ou par qui chacun a-t-il été contraint ?

« Beaucoup m'envient mon implacable mémoire, s'ils savaient pourtant quel fardeau elle peut devenir certaines nuits et combien elle me rend mal à l'aise avec la notion de temps qui emporte le plus grand nombre, ceux pour qui un clou chasse l'autre et ne sont durant toute leur vie que d'éternels nouveau-nés. J'aimerais pouvoir comme eux tourner chaque page en oubliant la précédente et retrouver un minimum de virginité, de foi et d'inconscience. Pouvoir recommencer autre chose et succomber à de nouveaux leurres sans le frein désespérant de l'expérience, du souvenir et de la fidélité : la fidélité est une sorte de mémoire du cœur. Mais c'est impossible, je me souviens de tout, je ne peux rien laisser derrière moi, et ma mémoire n'est plus un outil de qualité, mais une monstrueuse infirmité que je vois grossir comme une tumeur avec effarement au fil des années. » (p. 186)

A 37 ans, Jean traverse-t-il encore les mêmes paysages que ceux d'Arthur ? Ce qui semble de plus en plus flagrant, c'est que ses désirs et ses attentes n'ont plus l'espérance de victoires qui seraient définitives.

Un homme mûr dit sa vie : le narrateur (l'auteur) ose aborder ce point grave : toi, lecteur, tu dois savoir, je te dois cette vérité, infime peut-être, c'est la mienne et peut-être est-ce, aussi là, ta vérité…

« Les conséquences psychologiques du passage de Vicky m'avaient sans doute marqué profondément pour le reste de ma vie. Nous avions vécu pendant près de trois mois ensemble dans une harmonie si parfaite, sans l'ombre d'une querelle, que par la suite inconsciemment j'ai dû accepter l'idée qu'il était beaucoup plus simple de vivre avec un copain qu'avec une femme. N'avais-je pas été jusqu'à accepter, non seulement sans dégoût, mais avec une certaine tendresse, le débordement intempestif de sa virilité ? » (pp. 151-152)

La beauté de ce récit est de ne jamais permettre totalement au lecteur de résoudre l'énigme du lien qui unit les deux hommes qui s'entendront, parfois, mais… ne vivront rien.

Jean Claude Quénet décrit dans un style à la fois droit, métaphorique et pudique la sexualité des deux amants. Son livre ne s'en tient pas là ; il sonde ce qui peut aimanter deux personnes.

Si leçon, ce récit offre, c'est que pour aimer, il faut lâcher prise, accepter d'éteindre sa vigilance.

« >Je décelais déjà, sans vouloir les admettre, les premières et imperceptibles fissures qui nous sépareraient, et dont nous serions l'un et l'autre, malgré nous, responsables. Je savais que ce serait encore plus difficile pour lui que pour moi d'enrayer ce processus de décomposition. Il ne pourrait jamais s'empêcher de frimer et de séduire, au besoin sans trop se préoccuper de la peine qu'il pourrait me faire, par vanité d'une part, mais aussi pour ne pas être considéré comme un pédé, non seulement par les autres, mais surtout par lui-même. Moi par contre, j'étais certain de ne jamais adhérer à ses codes machistes primaires et de ne pouvoir le considérer autrement que comme un hypocrite, chaque fois qu'il renierait notre intimité pour frimer et se donner en spectacle à des abrutis, que souvent par ailleurs il détestait. Combien de temps pourrais-je supporter ce double comportement, qui non seulement m'exaspérait, mais me conduisait à le mépriser et à me mépriser moi-même de l'aimer.> » (p. 231)

■ Une saison à Djibouti, Jean Claude Quénet, éditions du Sagittaire, juillet 2007, ISBN : 978-2917202029


Il y a d'autres merveilleuses pages dans l'ouvrage de Jean Claude Quénet : celles sur les relations entre un être humain et un maki (p.30), sur Chifta le guépard adoptif de Jean, sur Djibouti vu et vécu comme un personnage.


Une saison à Djibouti est en vente chez son auteur, contactez-le par mail : jeanclaude.quenet@sfr.fr

Achat en version e-book

Voir les commentaires

Les beaux jours du crime, Serge Garde et Jean de Maillard

Publié le par Jean-Yves Alt

Un livre qui dénonce la formule selon laquelle le crime ne paie pas. Serge Garde (journaliste) et Jean de Maillard (magistrat) étudient les arcanes de la criminologie et de la justice.

« Les beaux jours du crime », au titre iconoclaste, est un document rigoureux sur la délinquance. En France bien sûr qui produit une société criminelle, mais aussi aux USA, en Russie, en Italie.

Les auteurs ont étudié les dossiers les plus périlleux, interrogé les plus grands spécialistes et enquêté dans les milieux de l'argent et de la corruption. Le crime est le reflet de notre société. Le décrire c'est comprendre notre civilisation, décrypter les imbrications sournoises entre les affaires et la politique. Ce livre très riche ne craint pas de désigner les paradoxes :

« Le but du droit pénal n'est pas de faire disparaître le crime, mais plutôt de l'isoler, de rendre visibles et insupportables des comportements réprouvés. Ainsi, le voleur de voitures s'attire plus de réprobation que le fraudeur fiscal, même si le coût social de son méfait est loin d'atteindre le montant des dissimulations de ce dernier. »

Le rapprochement établi par les auteurs entre punition et codes moraux en vigueur est pertinent :

« Chercher le délinquant, étiqueter le criminel, c'est donc toujours, d'une façon ou d'une autre, désigner une forme d'exclusion. »

Il suffit de songer aux meurtres commis sur des homosexuels. L'homophobie ambiante encourage cette criminalité spécifique :

« ...quand une infraction ne porte pas atteinte à un sentiment collectif fort, elle n'entraîne pas de réprobation grave ni durable à l'encontre de son auteur. »

Crimes politiques jamais élucidés, délinquance des jeunes paumés : tout l'éventail du crime est affronté. Sur notre « planète mafieuse », les vieux schémas du meurtre individuel disparaissent au profit du crime organisé.

■ Les beaux jours du crime, Serge Garde et Jean de Maillard, Éditions Plon, 1992, ISBN : 2259024246

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>