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Le silence du chartreux

Publié le par Jean-Yves

« L’oraison ne consiste-t-elle pas le plus souvent simplement à revenir au vrai silence ? Non point en faisant quelque chose, en s’imposant un carcan quelconque, mais au contraire en laissant peu à peu se décomposer d’elle-même toute notre activité sous la poussée intérieure du vrai silence qui reprend peu à peu ses droits… »


in Paroles de Chartreux, St-Pierre de Chartreuse : Editeur Association Auxiliaire de la Vie Cartusienne, 1996


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Peinture au service de la foi ?

Publié le par Jean-Yves

Un Christ émacié, décharné, livide, avec des plaies verdâtres.


Un cadavre en décomposition.


Une représentation à l'échelle : le corps est représenté sur un panneau de bois qui a les dimensions exactes d'un cercueil : 2 mètres de long et 30 centimètres de haut.


Tel est le Christ mort peint par Hans Holbein dit le Jeune (1497-1543) en 1521.


Fiodor Dostoïevski, qui fit le voyage à Bâle pour voir ce tableau, conclut que



« ce tableau peut faire perdre la foi ».




Hans Holbein, Le Christ mort, 1521

Peinture sur bois - Bâle, Kunstmuseum

(cliquer sur le tableau pour le voir en format agrandi)


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Parole et silence

Publié le par Jean-Yves

« Le bruit terrassera le monde », avait coutume de dire Vladimir Nabokov.


Lorsque l'on souhaite prendre la parole, il faudrait s'assurer qu'elle est plus belle que le silence. Sans vouloir m'imposer la règle des Chartreux, j'ai pensé qu'un peu plus d'humilité silencieuse ne me ferait pas de mal.


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L'oubli et la mort ou le but inavoué du kitsch

Publié le par Jean-Yves

Avant d'être oublié, nous serons changés en kitsch. Le kitsch, c'est la station de correspondance entre l'être et l'oubli.


Milan Kundera



In L'insoutenable légèreté de l'être, Gallimard/Folio, 1990, ISBN : 207038165X, p 406


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Histoires de vertige, Julien Green

Publié le par Jean-Yves

« Profonde est la solitude de millions d'êtres qui, avec un cœur débordant d'amour, n'ont personne pour les aimer. Profonde est la solitude de ceux qui dans, leurs chagrins secrets, n'ont personne qui les console. Profonde la solitude de ceux qui, luttant contre doutes et ténèbres, n'ont personne pour les conseiller. Mais plus profonde que la plus profonde de ces solitudes est celle qui couvre l'enfance sous l'aile du chagrin, lui faisant entrevoir par moments la solitude finale qui la guette et l'attend aux portes de la mort. »

 

Cette très belle citation de Thomas de Quincey figure en épigraphe de "Histoires de vertige", un recueil de vingt nouvelles de Julien Green.

 

Le premier texte du livre, L'apprenti psychiatre, est la toute première œuvre de Julien Green. Ecrite en 1920 en anglais, à l'université de Virginie, elle fut traduite en français en 1976 par Eric Jourdan :

▫ Casimir Jovite, étudiant en neurologie, est le précepteur d'un adolescent aux grands yeux rêveurs et tragiques, Pierre-Marie de Fronsac. « Pas tout à fait normal », de l'avis de Casimir, Pierre-Marie devient vite un objet d'étude pour l'apprenti psychiatre qui fait taire ses scrupules et pousse un peu plus chaque jour l'adolescent dans le gouffre de la folie. Jusqu'à la tragédie, irrémédiable...

La précision du trait, l'élégance sobre de l'écriture marquent déjà la singularité et la qualité du travail de Julien Green. Déjà, il s'attache à faire vivre des personnages solitaires, à la séduction mystérieuse. En cela, "L'apprenti psychiatre" annonce, dès l'âge de vingt ans, un certain nombre de préoccupations qui seront au cœur de l'œuvre de l'écrivain.

Toutes les autres nouvelles ont été écrites en français, entre 1921 et 1956. Elles sont de longueurs très inégales, d'une page à plus d'une vingtaine. L'auteur s'en explique dans un court avant-propos : « Pour moi, il n'y a aucun lien entre nouvelle et roman, car la nouvelle, la "short story", n'est pas un court roman, mais un récit où, quand tout est dit pour l'auteur, celui-ci s'arrête. Commence alors le rêve. »

 

Deux textes font figure d'exercices de style inattendus sous cette plume :

 

Le rêve de l'assassin, voyage imaginaire dans un cosmos onirique, peuplé d'animaux et de divinités extraordinaires, révèle une dimension baroque proche de la science-fiction dans une folie d'écriture et d'imagination inhabituelles.

 

L'enfer, qui date de la même période, est un récit rabelaisien d'une famille se livrant à tous les plaisirs de la chère et de la chair.

 

Mais la plupart des textes relèvent d'un Julien Green passionné de beauté, de jeunesse, peintre subtil des affres du cœur humain. Il porte un regard sans complaisance sur les aspects les plus terribles de la religion :

 

La leçon, où un enfant est terrorisé par le spectacle d'un homme livré au bûcher pour avoir abusé d'un garçon de 16 ans : « De quoi le punissait-on sinon de ce qu'il était beau ? » se demande-t-il, confronté à la notion du péché et du plaisir.

 

La révoltée, récit d'initiation cruelle d'une jeune fille mise en pension dans un couvent où elle apprend la haine de la religion et des femmes.

 




Julien Green n'est pas tendre non plus avec la bourgeoisie, ses normes morales étriquées fondées sur une inaltérable hypocrisie.

 

Amours et vie d'une femme, portrait d'une jeune femme de 25 ans, veuve d'un homme qu'elle fut forcée d'épouser et mère d'un enfant qui ne lui inspire qu'indifférence, et qui tente de recommencer à vivre dans un environnement bassement calculateur.

 

La peur est aussi un moteur essentiel de l'écriture de Green, proche ici d'Edgar Poe : L'escalier, La peur, Chambres à louer...





Mais la plus belle nouvelle est sans conteste Fabien, une histoire d'amour pudique et forte, suggestive et romantique, comme peut l'être l'idée de l'amour chez un jeune homme. Avec beaucoup de douceur dans le rythme, Julien Green m'a porté à un rare degré d'émotion en racontant l'amour muet d'un jeune garçon pour son cousin.

 

Dans un décor à la fois poétique et banal, comme le sont toutes ces chambres à l'aspect ascétique dont Green hante son œuvre, l'enfant découvre en lui-même « cette forme la plus simple de l'amour... une admiration passionnée que je m'avouais à peine ».

 

Comme dans Le dormeur, Julien Green excelle à traduire avec discrétion cette « beauté païenne » qui le trouble infiniment, cette séduction de la jeunesse du corps que l'on retrouve, avec plus ou moins d'évidence, dans toute son œuvre.

 

■ Editions du Seuil, 1992, ISBN : 2020164779

 


Du même auteur : Frère François - L'autre sommeil - Moïra - L'expatrié - Epaves - Villes - Journal de voyage 1920-1984 - L’arc-en-ciel : journal 1981-1984

 

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