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J'aimerais, j'aimerais, un film de Jann Halexander

Publié le par Jean-Yves Alt

Une romance homosexuelle tournée en Vendée

« J'aimerais, j'aimerais. » Sorti en DVD au, mois de juillet, le film expérimental de Jann Halexander raconte la romance sombre de deux hommes à Chantonnay en Vendée.

« Me voilà, à Chantonnay. Sur les erres de Philippe Katerine... Y a rien à faire, sinon chantonner... » Les premières paroles du film décadent de Jann Halexander donnent le ton de cette romance mélancolique et inattendue. L'histoire se passe en 2006 à Chantonnay. Antoine Blanchard, homme solitaire victime d'homophobie, est fou amoureux de Philistin de Valence, député catholique de Vendée, qui cache cette relation à sa femme et à ses enfants. En peu de temps, leur histoire va tourner au drame.

Sorti en DVD il y a un peu plus d'un mois, le film tantôt muet tantôt musical de Jann Halexander s'est déjà vendu à 1000 exemplaires mais a déjà été vivement critiqué. « Certaines personnalités politiques m'ont reproché d'avoir créé le personnage d'un député vendéen noir. Vraiment, les réactions suscitées par ce film me dépassent, explique Jann Halexander, auteur et réalisateur du film. J'ai choisi la Vendée parce qu'une partie de ma famille vit à Chantonnay et parce que je pense que c'est un endroit représentatif de la France. D'accord, j'ai choisi un angle non convenu. »

P de V : les initiales d'un héros

Le projet de film est parti du texte d'une chanson que Jann Halexander avait écrite en 2005 autour de cette histoire d'amour entre Antoine Blanchard et Philistin de Valence. Certes, les initiales d'un des deux héros pourrait bien rappelles celles d'une personnalité politique vendéenne...

« C'est une, simple coïncidence, affirme le réalisateur. Ce nom, je l'avais choisi en feuilletant un livre. Philistin de Valence, j'avais trouvé ça très beau mais jamais je n'avais fait le rapprochement avant que d'autres personnes extérieures au film me le signalent. »

Il faut dire que le film est carrément passé inaperçu dans la ville en question, Chantonnay. À la mairie, on en n'a jamais entendu parler. Évident, puisqu'il a en fait été tourné « sauvagement », comme on dit dans le jargon du cinéma, dans les alentours de Chantonnay. « Je prévois de faire une suite, explique Jann Halexander. Et cette fois, j'aimerai vraiment tourner dans le centre de Chantonnay, je vais demander les autorisations, mais j'ai peur qu'elles me soient refusées. » La suite de ce film, « Good bye Tristesse », devrait donc sortir en DVD courant 2008.

Céline Pedro, article publié dans Vendée Matin le 28 août 2007

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Quand la vie professionnelle est un mensonge… par Binet-Valmer (Lucien - 1910)

Publié le par Jean-Yves Alt

François Vigier est un psychiatre renommé. Pour sa fin de carrière, il avait prévu de transmettre les notes de ses recherches à son poulain, Costi Batchano, afin qu'il poursuive son œuvre. Décision qu'il remet en cause dans le dialogue qui suit :

— Nous avons quelques minutes devant nous. […] Je voudrais, mon bon Costi, vous entretenir d'un projet qui vous intéresse. […]

— Je vous aime tendrement, Batchano, poursuivit François Vigier d'une voix qui hésitait. J'ai de l'estime, même de l'admiration pour votre intelligence. Je suis convaincu que, si vous vous séparez des amitiés mondaines qui vous absorbent, vous deviendrez quelqu'un. Je n'en dirai pas autant de la plupart de mes élèves. Mais, à cause de cela, justement, j'ai décidé de revenir sur une promesse que je vous ai faite. Il s'agit des manuscrits et des documents que je laisserai : je devais vous les léguer, je les lègue à Jacques Duprin. […]

— En quoi ai-je démérité à vos yeux, Maître ? […]

— En rien... Essayez de me comprendre : vous avez trop d'originalité dans l'esprit pour vous astreindre à jouer le rôle que je réserve à Duprin. Tandis que lui, dont les vues sont courtes et l'initiative nulle, mettra son orgueil à reproduire exactement ma pensée, vous la déformeriez, et c'est un compliment, Batchano, car il vaut mieux être soi que le porte-parole d'un mort.

— Laissez-moi espérer, monsieur Vigier, que vous changerez d'avis. Si Duprin est capable, en effet, de collationner vos notes, vous ne pouvez imaginer qu'il s'en servira pour aller plus loin ?

— Il n'est pas question d'aller plus loin, Costi. Ce « plus loin » qui vous attire ne m'intéresse pas. Il me paraît une illusion. Je ne crois plus en mon amour pour la science, Batchano. Vous pensez que j'ai vécu pour elle, je sais. J'ai pensé cela, mais nous nous payons de mensonges ; nous ne vivons tous que pour retarder le moment où nous ne serons plus. Quand je dis « tous », j'entends ceux qui vivent pour quelque chose, qui se séparent du troupeau. « Après moi, le déluge ! » Aucun homme n'échappe à cet égoïsme, mais la valeur d'un homme est en rapport direct avec les efforts qu'il fait pour que son « moi » ne meure pas quand mourra son corps ; et, nous autres, stupides destructeurs des paradis surhumains, nous n'avons que la gloire pour espérance. J'ai travaillé, pendant des années et des années, sans concevoir cela : je ne travaillais que pour ne pas mourir ! A présent, la mort est devant moi. Dans quelques semaines, j'aurai atteint l'âge qu'avait mon père quand il est parti. La mort est une chose affreuse, Batchano... « je ne veux pas mourir ! » Voilà le seul instinct. Créer pour ne pas mourir... Le reste n'est que mirage.

Binet-Valmer

■ in Lucien, Librairie Paul Ollendorff, 1910, [p.55 dans l'édition de 1929 chez Flammarion]

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Quand Francis Denis fait éclater nos «cadres»…

Publié le par Jean-Yves Alt

Comme dans une tragédie grecque, une femme aux formes rondes s'enfuit : elle gémit sur le crime dont elle a été témoin.

Elle fonce comme si elle voulait se dégager, par sa course effrénée, de son abominable souillure.

Ce tableau de Francis Denis va bien au-delà de la simple figuration de la scène du Calvaire du Christ. Il offre un plus tard à la scène décisive, et, surtout, permet une extrapolation dans le monde d'aujourd'hui : cette peinture pose la question de ce que c'est que toucher le fond.

Le drame de Marie est, présentement, celui des hommes : drame qui prend le nom de cruauté banalisée, violence… mais violence ambiguë car elle a toujours l'air de se cacher, fût-ce derrière les habits de l'ordinaire, dans la banalité du mal.

Francis Denis, Marie fuyant le calvaire, 2006

Huile sur toile, 61cm x 46 cm

Toile violente ?

Non ! Elle présente seulement une facette réaliste de la fureur des hommes qui peut encore être tellement plus violente que toutes les représentations picturales.

Cette fuite de Marie est quelque chose de rare : elle me permet de faire éclater l'« ancien cadre » (avec tous les sens possibles de ce mot) et rien alors n'est plus comme avant…


Pratique : Francis Denis sur le thème de la Passion du Christ (oeuvres sur toile, bois ou carton) du 14 au 27 septembre 2007, à la Galerie Thuillier – 13, rue de Thorigny (près du Musée Picasso) 75003 PARIS

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Henri III, mort pour la France

Publié le par Jean-Yves Alt

Henri III est l'un des rois les plus absents de la mémoire nationale. La réputation sulfureuse de ses mignons n'explique pas tout.

Comment l'assassinat d'Henri III renforça l'unité nationale et la légitimité monarchique.

Le 1er août 1589, Henri III est à Saint-Cloud pour diriger le siège de Paris alors contrôlé par la Ligue catholique. Un moine dominicain exalté, Jacques Clément, se rend auprès de lui sous prétexte de livrer des informations militaires précieuses. Rassuré par l'habit ecclésiastique, le roi se laisse approcher. Il est mortellement poignardé au bas-ventre.

Cet attentat se place à un moment de très grande tension politique et religieuse. Depuis près de trois décennies, les guerres de Religion battent leur plein, aggravées par le massacre de la Saint-Barthélemy en août 1572. Premières victimes, les huguenots développent une théorie politique radicale selon laquelle la souveraineté appartient au peuple, le roi ne gouvernant que par contrat. Surtout, ils justifient le meurtre d'un roi qui ne respecterait pas les commandements divins. Le régicide est, en somme, légitimé. De leur côté, les catholiques durcissent aussi leurs positions afin d'empêcher tout compromis avec les hérétiques. Entre les deux, cependant, émerge un courant composé de protestants et de catholiques que leurs adversaires désignent du nom de politiques, parce qu'ils mettent l'avenir de la nation et le salut de l'État au-dessus des querelles confessionnelles. Nouveauté radicale en un siècle où la grande majorité considère que la vérité religieuse ne peut être qu'unique et doit être défendue par les armes.

La mort en 1584 de l'héritier royal avive les tensions, car, désormais, le successeur légitime d'Henri III n'est autre qu'un protestant, Henri de Navarre (le futur Henri IV). Cette situation est inacceptable pour les catholiques ; leur chef, le duc de Guise, organise une Ligue catholique dont l'objectif est d'empêcher l'arrivée au trône de France d'un hérétique. Le pouvoir des Guise devient si grand qu'Henri III le fait assassiner à Blois en 1588. Ce crime d'État, que le roi revendique au nom d'une raison supérieure inaccessible aux passions religieuses, ouvre une crise sans précédent. L'opposition est désormais totale entre la monarchie et ceux qui furent pendant des siècles son principal soutien: les défenseurs de la foi catholique. Non sans paradoxe, la Ligue est amenée à reprendre à son compte les arguments politiques des huguenots : le peuple est souverain et on peut en son nom tuer un roi tyrannique. Derrière l'argumentaire religieux, c'est aussi un idéal passéiste hostile à l'essor de l'État qui apparaît : refus de la fiscalité royale, apologie des libertés urbaines et des états généraux, retour à la frugalité du passé...

Cette nouvelle situation politique contraint Henri III à se rapprocher d'Henri de Navarre au nom de la défense d'une instance supérieure, l'État royal. Cette reprise de l'argument des politiques est d'autant plus puissante que se diffuse alors en Italie et en France une idée nouvelle, la raison d'État. Celle-ci impose la primauté des intérêts de la République, mais elle affirme aussi que le roi, seul porteur de la raison d'État, peut user de moyens qui ne relèvent pas de la justice ordinaire, par exemple l'assassinat du duc de Guise ou l'alliance avec un hérétique comme Henri de Navarre.

En bref, l'opposition semble irréductible entre ceux qui défendent la religion avant la nation ou l'État et ceux qui se battent, comme les deux Henri, pour la cause de l'État, et non de la religion. Tous se sentent autant investis par la Providence, mais leur vision de ce qui doit former le ciment de là communauté civique est aux antipodes.

Avec cette trahison, Henri III était devenu un tyran aux yeux des ligueurs et Jacques Clément ne fit qu'incarner la volonté divine. Le paradoxe est que ce régicide, loin de favoriser l'avènement d'une monarchie religieuse, renforça Henri de Navarre, car il resta le seul à représenter ce qui paraissait déjà la légitimité la plus forte, celle de l'État monarchique.

Henri III, observe Nicolas Le Roux (1), est l'un des rois les plus absents de la mémoire nationale. C'est que sa mort, c'est-à-dire son effacement du jeu politique, était une étape nécessaire à la réconciliation nationale mais aussi au passage à la monarchie absolue et à la suprématie de l'État. En ce sens, Henri III fut le premier martyr de l'État royal reconstruit.

Libération, Jean-Yves Grenier, jeudi 15 février 2007


(1) Un régicide au nom de Dieu. L'assassinat d'Henri III, 1er août 1589, de Nicolas Le Roux, éditions Gallimard, collection Les journées qui ont fait la France, novembre 2006, ISBN : 207073529X


Lire aussi : Henri III, roi shakespearien de Pierre Chevalier

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