Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Mon regard sur une peinture de saint Sébastien de la cathédrale de Strasbourg

Publié le par Jean-Yves

Il n'y a sans doute pas, sur la terre, de désespoir plus absolu que de mourir sous la torture car l'humanité se trouve alors totalement bafouée, néantisée.


Telle est l'idée force que je lis dans ce saint Sébastien de la cathédrale de Strasbourg.


Les archers-bourreaux ont été d'une telle maladresse – ou alors, ils ont un tel de degré de perversité – que de tous les impacts des flèches, aucun n'est mortel.


Tableau avant tout d'une torture d'où ce surcroît de souffrance que je ressens face à cet homme qui n'est saint que par la présence de son auréole.


Si l'homme est retenu debout par des liens, il n'est pas défaillant. Il ne penche pas même vers la mort : l'agonie lente n'est pas suggérée ; seulement la barbarie des bourreaux et son inadéquation à renverser le déroulement des événements.



Saint Sébastien – Revers d'un panneau de retable – deuxième quart du XVIe

Huile sur bois, cathédrale de Strasbourg


Ce Sébastien est un homme du commun : aucune beauté antique chez lui. Il se présente comme un homme qui a d'abord cru au partage et qui ne regrette rien de ses choix. Il a aspiré à un autre monde terrestre et découvre maintenant que même les rêves, à la longue, peuvent tuer.


Ce tableau descend en moi, au plus profond, dans ces espaces secrets où adviennent les seuls motifs qui mènent ma vie.



Merci à Jean-Christophe qui m'a transmis cette œuvre.


Voir les commentaires

Bras de fer, un film de Gérard Vergez (1985)

Publié le par Jean-Yves

Trahisons, passions, jalousies, amitiés, chantage à l'homosexualité... Le vice et la vertu ont la part belle dans Bras de Fer, au coeur de la Résistance.


Bras de Fer, c'est un duo comme dans Les cavaliers de l'orage du même réalisateur.


Un duo dramatique, un duo de frères d'armes, Pierre Wagnies dit Augustin (Christophe Malavoy) et Delancourt dit Condor (Bernard Giraudeau), un duo de sportifs, d'escrimeurs de haut niveau habitués à croiser le fer pour la gloire. Un duo d'amis lancés dans un réseau de Résistance dans le Paris de l'Occupation.


Entre eux, une femme blafarde, sensuelle et camée (Camille jouée par Angela Molina), à qui chacun voue une passion sans bornes : si la Résistance et l'action patriotique rapprochent Augustin et Condor, la femme les sépare et influence leurs décisions au plus profond d'eux-mêmes.


Rien n'est simple dans cet affrontement où la raison d'Etat (le devoir) se mêle intimement aux bouillonnements impulsifs de l'amour : l'amitié se montre telle qu'elle est souvent, incertaine, parfois fidèle, parfois perverse.


Ce film regorge d'hésitations, de revirements, de réactions imprévues. Aussi, jusqu'à la fin, le spectateur reste dans un flou artistique de ses propres suppositions : où commence la trahison ? où finit-elle ? Condor est-il vraiment un salaud ? Augustin, jaloux jusqu'à la moelle, d'une jalousie qu'il refoule totalement, mérite-t-il un brevet de sainteté ? Condor trahit-il Augustin ?


Mais, alors que l'opération Judas prévoyait l'élimination d'Augustin une fois accomplie la mission de ce dernier, Condor lui sauve la vie. Une vie qu'il n'hésite pourtant pas à livrer en pâture aux nazis durant tout le film.


Rien n'est évident dans ce film. D'emblée, Bras de Fer plonge le spectateur en eaux troubles : le décor de cet hôtel parisien luxueux, avec sa piscine et sa salle d'escrime où naviguent les requins de tous bords, participe pleinement de l'ambiance générale. C'est le lieu où se croisent officiers nazis et espions de la Résistance, putes de haut vol et hommes d'affaires, tout le gratin interlope et sournois d'une époque aux enjeux capitaux (les nazis veulent extorquer à Condor des renseignements sur le débarquement allié).


Rivalités au sein de la Résistance donc, mais partie d'échecs aussi entre Condor et les Allemands : il sait profiter du petit défaut de l'officier Von Bleicher incarné par Mathieu Carrière pour marquer des points en le compromettant dans les bras d'un gymnaste dénudé. Il tient Von Bleicher par son homosexualité, comme les nazis le tiennent, lui, par Angela Molina interposée : Angela en chanteuse de cabaret, accrochée à la cocaïne pour être mieux tenue en laisse par ses geôliers.


Gérard Vergez a vraiment réussi une mixture savante d'étude des comportements, en un moment dramatique sans oublier l'action. Du sens et du suspense : magnifique !


Voir les commentaires

Lettre à l'enfant du rêve dans le roman de Marcel Guersant, « Jean-Paul »

Publié le par Jean-Yves

Jean-Paul Chargnier, à la veille de mourir, décide d'écrire à Philippe, cet adolescent dont il fut épris, celui qu'il nommait « enfant du rêve », pour le conjurer d'envisager une autre vie… Il ne l'enverra pas estimant Philippe non prêt à la recevoir ni à la comprendre.



Mon cher Philippe,


Je crois que je vais mourir bientôt, et c'est très bien ainsi. Comme nous en avons convenu au mois de juin, ne cherche pas à me revoir. Je veux te dire, avant de m'en aller, deux choses également importantes et que mon expérience ainsi que mon extrême affection pour toi m'autorisent à te dire, plus que personne.


D'abord, ne continue pas à, demander à la vie les joies du coeur et du corps, selon l'inclination qui a été la nôtre. Tu es encore jeune et les habitudes n'ont pas encore été assez répétées pour créer en toi de véritables impuissances à être normal ; ton corps n'est pas encore exclusif ; garde-lui sa disponibilité. Si tu persévérais dans la voie où tu es engagé, laisse-moi te dire que tu serais bien vite un malheureux, comme je l'ai été moi-même, c'est-à-dire au delà de tout ce qui se peut imaginer tant que l'on n'y est pas soi-même passé. Ne cherche pas le plaisir, seul ou avec d'autres garçons. Il n'y a que des poisons mortifiants à recueillir. Fais, en souvenir de moi, si tu le veux, l'effort de volonté de te contenir quand tu es seul et de te refuser à autrui. Crois-moi, surtout crois-moi : humainement parlant, tu seras moins malheureux à vivre dans le désert qu'à subir des contacts pourrisseurs.


Et puis, je voudrais que tu profites de ton année de philo pour te mettre à penser aux problèmes sérieux de l'existence : Dieu, la destinée, la mort, l'après-mort, la morale, la liberté, la responsabilité, l'instauration de soi-même. Au nom de notre affection qui aurait pu être très belle et très profonde, je crois, si nous ne l'avions tout de suite gâchée par le péché, je te demande d'aller voir le Père Mermillod. Il habite rue de Sèvres, n°..., tout près des Missions étrangères. Il te connaît déjà parce que je lui ai parlé de toi. Il t'aidera comme un père, et un peu en mon nom. C'est un type formidable. C'est à lui que je dois tout. Tu pourras tout lui dire de toi. Seul, tu seras incapable de te prendre en main; avec lui, je t'assure que tu le pourras et que la vie, même austère, aura du goût et vaudra d'être vécue. Fais-le, afin que je m'en aille complètement en paix sur ton compte. Ton avenir me trouble.


Je ne vois pas autre chose à te dire. Si mes souffrances et celles de ma mort peuvent te servir à quelque chose, elles sont offertes dans cette intention, pour réparer s'il est possible le mal que je t'ai fait et pour t'ouvrir la voie où je voudrais te voir me suivre. Voilà. Je t'embrasse, mon cher petit enfant, bien tendrement. C'est vrai : bien tendrement et très purement, cette fois.


[Jean-Paul]


■ in Jean-Paul, roman de Marcel Guersant, Editions de Minuit, 1953, pages 514-515


Voir les commentaires

J'aimerais, j'aimerais, un film de Jann Halexander

Publié le par Jean-Yves

Une romance homosexuelle tournée en Vendée


« J'aimerais, j'aimerais. » Sorti en DVD au, mois de juillet, le film expérimental de Jann Halexander raconte la romance sombre de deux hommes à Chantonnay en Vendée.


« Me voilà, à Chantonnay. Sur les erres de Philippe Katerine... Y a rien à faire, sinon chantonner... » Les premières paroles du film décadent de Jann Halexander donnent le ton de cette romance mélancolique et inattendue. L'histoire se passe en 2006 à Chantonnay. Antoine Blanchard, homme solitaire victime d'homophobie, est fou amoureux de Philistin de Valence, député catholique de Vendée, qui cache cette relation à sa femme et à ses enfants. En peu de temps, leur histoire va tourner au drame.


Sorti en DVD il y a un peu plus d'un mois, le film tantôt muet tantôt musical de Jann Halexander s'est déjà vendu à 1000 exemplaires mais a déjà été vivement critiqué. « Certaines personnalités politiques m'ont reproché d'avoir créé le personnage d'un député vendéen noir. Vraiment, les réactions suscitées par ce film me dépassent, explique Jann Halexander, auteur et réalisateur du film. J'ai choisi la Vendée parce qu'une partie de ma famille vit à Chantonnay et parce que je pense que c'est un endroit représentatif de la France. D'accord, j'ai choisi un angle non convenu. »


P de V : les initiales d'un héros



Le projet de film est parti du texte d'une chanson que Jann Halexander avait écrite en 2005 autour de cette histoire d'amour entre Antoine Blanchard et Philistin de Valence. Certes, les initiales d'un des deux héros pourrait bien rappelles celles d'une personnalité politique vendéenne...


«C'est une, simple coïncidence, affirme le réalisateur. Ce nom, je l'avais choisi en feuilletant un livre. Philistin de Valence, j'avais trouvé ça très beau mais jamais je n'avais fait le rapprochement avant que d'autres personnes extérieures au film me le signalent.»




Il faut dire que le film est carrément passé inaperçu dans la ville en question, Chantonnay. À la mairie, on en n'a jamais entendu parler. Évident, puisqu'il a en fait été tourné « sauvagement », comme on dit dans le jargon du cinéma, dans les alentours de Chantonnay. « Je prévois de faire une suite, explique Jann Halexander. Et cette fois, j'aimerai vraiment tourner dans le centre de Chantonnay, je vais demander les autorisations, mais j'ai peur qu'elles me soient refusées. » La suite de ce film, « Good bye Tristesse », devrait donc sortir en DVD courant 2008.


Céline Pedro, article publié dans Vendée Matin le 28 août 2007


Voir les commentaires

Le jeu de la rue du Loup, Hervé Claude

Publié le par Jean-Yves

Art, un jeune comédien, quitte l'Europe et s'installe à Toronto. Il fuit le succès que lui a valu son personnage dans un téléfilm, mais va devenir le héros d'un jeu de rôles hanté par la mort.

 

"Le jeu de la rue du Loup" est un récit à faire peur mais aussi une enquête intérieure sur les camouflages de l'identité.

 

Art ne dévoile pas son passé. A travers l'histoire qu'il raconte à la première personne, ce sont ses amis que le lecteur découvre, ou du moins ce qu'ils donnent à voir de la comédie qu'ils lui jouent. Son ami George vit avec un homme, Philip, à quelques mètres de sa femme Alice et de leurs deux enfants. Art est logé dans la maison de Nick, un autre ami de George, parti en voyage. Art ne l'a jamais rencontré. Et il y a Jivaro, un homosexuel («son plaisir venait entre la violence et la peur») qui l'entraîne dans les lieux dangereux de la drague :

 

« Je crois qu'il pensait que j'étais gai... J'ai souvent cette réputation parce que les gens me voient toujours seul, que je le suis, que je n'ai jamais eu de liaison très sérieuse avec une femme. J'aime bien que les gens se fassent une autre idée de moi-même, qui pourrait être vraie, puisque j'ai un physique passe-partout, pourquoi pas ? Tout le monde peut me modeler à sa guise, chacun peut choisir ma sexualité. »

Neutre, Art devient l'enjeu d'un complot dont il ignore les mobiles. En dépit de leur prévenance, ces gens branchés le manipulent.

 

Le roman s'ouvre sur un aveu qui brise un terrible tabou : Art vient d'être violé mais n'identifie pas son agresseur. Vers quels abîmes veut-on le précipiter ? Pour quelles raisons secrètes est-il la proie d'une étrange machination ?

 

Avec la même rigueur implacable qu'un film de Hichcock, le "Jeu de la rue du Loup" happe lentement le lecteur dans un suspense insidieux. Philip, puis Jivaro meurent. Accident ? Meurtre ? Un assassin rôde. Est-ce parce que Art ressemble à ce Nick dont il emprunte l'appartement et les vêtements, ce Nick absent dont l'image s'impose obsessionnellement ?

 

Le mystère de Art est à la mesure de l'intrigue. Art est à la recherche de lui-même. Jeune adolescent, il a connu la jouissance dans les bras robustes du sombre amant de sa mère. Plus tard, l'homme mourait dans un accident de voiture. S'est-il cru coupable de cette disparition ?

 

L'atmosphère du roman naît de l'angoisse cachée de Art. Hervé Claude rend cette peur d'autant plus cruelle que la ville est paisible, les mondanités de bon ton, et que ses amis sont des privilégiés qui ont le temps d'écouter leurs désirs et de les satisfaire. Pourquoi alors cette amertume et ce désespoir latents ?

 

L'originalité du roman est d'organiser le récit autour d'un homme, tendre et vulnérable, amoureux de lui-même, romantique, loin du macho et du don Juan, épris de paix, essentiellement seul, capable d'aimer un homme ou une femme qui lui donnerait l'illusion de trouver enfin son double, à l'orée d'un avenir inquiétant et sans repères. Il sera trahi par ceux-là mêmes qui semblent pourtant réussir ce que lui-même recherche : des marginaux de luxe, gays et lesbiennes, des femmes libérées.

"Le jeu de la rue du Loup" est un très beau roman, une fable cruelle sur un homme qui croyait au bonheur.

■ Editions Flammarion, 1992, ISBN : 2080665960

 


Du même auteur : Conduite à gauche

 

Voir les commentaires

1 2 3 4 > >>