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Splendeur pauvre de la jeunesse par Claude Michel Cluny

Publié le par Jean-Yves Alt

« A Vassakaïa, les garçons ressemblent à l'été, qui est doux, rêveur et blond. Des épis de soie courent sur leurs épaules, au creux de leur poitrine, sur le dur méridien de leur ventre plat et puis se nouent en boucles, champ mouillé après le saccage des reins, d'où leur vient un goût de sauge...

Ils aiment qu'on les prenne, et qu'on leur donne des noms de fleurs inconnues, dont ils imagineront les formes et la couleur et le parfum les nuits d'hiver, ô mélancolie, en écoutant sur le seuil enneigé des granges le mince pipeau des vachers. »

Claude Michel Cluny

in Hérodote éros, éditions Fata Morgana, 48 pages, 1984, ISBN : 2851941739

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Matthias Grünewald : la violence sans l'extase

Publié le par Jean-Yves Alt

Le corps est ressenti d'une façon très différente dans les pays latins et dans les pays nordiques. Dans les pays latins, le corps est davantage le lieu d'une harmonie qu'un objet de honte. Cela vient en partie de l'influence plus catholique que protestante.

Dans les pays du sud, il est possible de voir – à l'extérieur – quelqu'un s'endormir de la façon la plus animale et la plus obscène qui soit : bouche ouverte, filet de bave qui coule... Un européen du nord ne ferait jamais cela. En général il se cache pour dormir, faire l'amour, mourir…

La peinture du XVIe siècle possède un chef d'œuvre qui est le retable de Matthias Grünewald qui illustre magnifiquement cette différence. La Crucifixion de Grünewald est tout à fait dans l'esprit même de la réforme luthérienne et nordique. Si le peintre a représenté un Christ nu, c'est parce qu'il le fallait d'un point de vue strictement iconographique. Mais quel nu !

Je n'ai jamais vu de nu plus torturé, plus douloureux, plus angoissant. Un peintre latin n'aurait jamais osé attenter de cette manière à la beauté d'un corps qui restait quelque chose de sacré avec l'interdiction des autopsies jusqu'au XVIIe siècle, l'interdiction des incinérations…

Matthias Grünewald – Retable d'Issenheim : détail de la crucifixion – 1510/1515

Musée d'Unterlinden, Colmar

Grünewald a détruit méticuleusement toute sensualité dans la représentation du corps masculin. Il ne persiste que l'image de l'horreur du corps dans ce qu'il a de plus périssable, dans ce qu'il a de plus pourrissable.

Pour un peintre italien de la Renaissance, le corps masculin était le lieu de l'harmonie et de la beauté. À l'image du saint Sébastien de Mantegna qui est surtout le lieu d'une beauté formelle, troublante et sensuelle… malgré les flèches.

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Les paroles de Freud revues par Anthony Burgess

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans son roman « Dernières Nouvelles du monde » (éditions Acropole, 1984) Anthony Burgess en prend à son aise avec ses personnages. Notamment celui de Freud. Comme dans cet exemple où le célèbre thérapeute fait face à l'angoisse d'un homosexuel :

« La société a encore beaucoup à apprendre et c'est une élève peu douée. Une société saine tolèrerait l'homosexualité d'un Socrate, d'un Michel-Ange, d'un Shakespeare, même. Peut-être ni vous ni moi ne verrons-nous les premiers bourgeons de ce printemps de l'esprit. Pour le moment, c'est une société malade que nous avons. Mais vous, vous êtes guéri. »

On aimerait que cette séance de divan chez Freud soit vraie. Nous sommes en 1930...

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Alexandre le Grand, Gustave Droysen

Publié le par Jean-Yves Alt

Quand Alexandre naît en 356 avant Jésus-Christ, toutes les conditions sont réunies pour faire de lui un homme accompli. Il hérite de son père, Philippe de Macédoine, l'énergie et la vigueur physique que complètent les dons de sa mère, son « enthousiasme pétulant et l'ardeur de sa sensibilité ».

Son éducation intellectuelle est loin d'être négligée puisque son père la confie aux soins d'Aristote. Dès sa jeunesse, Alexandre n'éprouve que mépris pour « les plaisirs des sens ».

Quand Philippe meurt assassiné, Alexandre lui succède et devient à vingt ans roi de Macédoine. Il entreprend alors le grand œuvre de sa vie ; dix années durant, il découvre et conquiert un monde inconnu.

« L'action était pour Alexandre ce que la pensée était pour Aristote ». Son ambition de construire un immense empire riche de peuples et de cultures divers le conduit jusqu'en Inde, après avoir traversé et marqué de son empreinte l'Asie Mineure, la Syrie et l'Egypte.

Alexandre se marie à Roxane, la fille d'un dignitaire vaincu, à la beauté légendaire. Ce mariage d'amour est aussi une union politique, un « symbole visible de cette interpénétration de l'Europe et de l'Asie qui n'était pas seulement, pour Alexandre, le fruit de ses victoires, mais la pierre d'angle de sa puissance ».

Gustave Droysen dit, en définitive, peu de choses de l'homme qu'était, en privé, Alexandre, « le plus grand héros » et « le plus jeune conquérant que le monde ait connu ». Il mentionne cependant, à la fin de son livre, l'amitié passionnée que portait Alexandre au « compagnon de ses jeux d'enfance », le bel Héphestion. Celui-ci éprouvait « un attachement touchant et illimité pour le roi ». Quand Héphestion meurt, Alexandre demeure prostré durant trois jours ; les funérailles qu'il organise pour son ami sont grandioses. Elles précèdent de quelques mois sa propre mort (en 323). « Il n'avait pas encore trente-trois ans ».

L'ample biographie que Gustave Droysen consacre à Alexandre le Grand parut, pour la première fois, en 1833. Son auteur avait vingt-cinq ans et inaugurait, avec ce livre superbe d'une grande qualité littéraire, une œuvre historique de première importance.

■ Alexandre le Grand, Gustave Droysen, Editions Complexe, 1999, ISBN : 2870274130


Lire aussi : Moi, Alexandre, roi de Macédoine, fils de Zeus et conquérant du monde par Pierre Forni

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Par cœurs, Dominique Dyens (nouvelles)

Publié le par Jean Yves Alt

Mlle Lévêque, professeur de Français, à l'allure revêche, propose à ses élèves de seconde, le jour de la rentrée, un devoir facultatif et anonyme qui consiste à dire ce que représente pour chacun d'eux, l'amour idéal.

Huit élèves acceptent ce contrat et remettent leurs copies dans le casier du professeur : ce qui donne le cœur de cet ouvrage où les copies se trouvent, au final, interdépendantes les unes des autres.

Il y a les quelques minutes nécessaires à un test de grossesse pour décider du sort d’Anaïs ; Sacha qui apprend par Julie qu'elle n'est pas amoureuse de lui contrairement à ce qu'il imaginait ; le garçon qui ne croit pas à l'amour parce qu'il a sous les yeux, au quotidien, ses parents qui se font « chier » ensemble : arrivera-t-il un jour à oublier ces dommages-là ? ; la solitude de Blaise face à des parents absents ; Audrey qui pense qu'elle n'a pas le droit de tomber amoureuse de Félix, le fils de son beau-père ; le rêve de Manon qui est dans l'attente de son prince charmant et qui se demande si l'amour peut durer toute une vie.

Il y a aussi cet autre garçon qui ne pense qu'à baiser une fille alors qu'il n'a toujours que le rôle de meilleur ami :

« Demander à des mecs de seconde de parler de leur vision idéale de l'amour, c'est comme demander à un homme d'Eglise de parler de sa première expérience sexuelle ! Je veux dire c'est surréaliste. C'est rien connaître aux garçons de seize ans. La seule chose qui compte pour nous, c'est la longueur de notre teub et comment faire pour baiser ! Et je ne suis pas différent des autres. D'ailleurs Quentin, en classe, il l'a bien dit à [la prof] ! "On n'a pas les mêmes rêves que les meufs !" » (p. 79)

Il y a encore la difficulté de Jeremy à dire à ses parents qu'il est amoureux d'un garçon :

« On me prend pour un séducteur parce que j'ai une belle gueule. On me soupçonne d'être un bourreau des cœurs. On m'attribue plus de petites amies que je ne pourrais jamais en avoir alors qu'en réalité, je ne rêve que de fidélité et de stabilité ! D'ailleurs je suis amoureux de la même personne depuis deux ans. Malheureusement, à cause de mon redoublement, je ne la vois plus et elle me manque. En classe, j'étais assis derrière elle. […]

Depuis des années, j'entretiens mon image de séducteur. Les filles sont envoûtées et les garçons sont jaloux de mes succès. Dommage ! J'aurais tellement préféré que ce soit les garçons qui succombent à mon charme ! Je suis homosexuel. Un homo. Un pédé. Un gay qui ne s'assume pas. La personne que j'aime s'appelle... Charles. » (pp. 87-88)

Ce livre permet-il d'aborder l'ensemble des représentations de l'amour chez les adolescents ? Certes, non. L'essentiel est présent : les sentiments, l'émotion, l'humour, la tendresse, la peur, le rejet. Avec des mots dont l'astucieux agencement engendre cette coulée intime de solitude, d'espoir et de désir.

La chute de ce petit opuscule est étonnante et réjouissante : elle donne les motivations de Mlle Lévêque concernant ce devoir… sa façon à elle de vivre son amour idéal… par procuration ?

■ Par cœurs, Dominique Dyens, éditions Thierry Magnier, 16 octobre 2011, ISBN : 978-2364740204


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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