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Articles avec #expositions-arts tag

Amour en devenir ? par Emile Friant

Publié le par Jean-Yves Alt

Deux jeunes gens sont arrêtés sur le parapet d'un pont métallique. La rivière et le paysage urbain au loin ne semblent intéresser ni l'un, ni l'autre.

Autant la femme a une allure distinguée, autant l'homme montre sa quotidienneté avec son habit d'ouvrier.

Au gris de sa veste s'oppose la ceinture rouge carmin de la jeune femme qui valorise le bleu de Prusse de sa robe, accentuant ainsi l'étroitesse de sa taille.

L'homme par sa position dans le tableau occupe la plus grande partie du tableau. Cherche-t-il avec sa main droite à capter l'attention de la jeune femme ?

Mais les yeux de sa voisine marquent une absence, une vie en sursis. Si bien que le geste de l'homme et son regard deviennent stériles, vains.

Comment lire la nature arborescente au-dessus d'eux ?

En haut du chapeau de l'homme se déploie un arbre vert et vigoureux alors qu'au-dessus de la femme un arbre fluet aux couleurs automnales a du mal à occuper l'espace.

Le couple de ces deux arbres fait-il écho à celui des deux jeunes gens ?

Emile Friant a donné comme titre à ce tableau « Les Amoureux ». Les deux arbres différents symbolisent-ils l'amour impossible entre les jeunes gens ou l'arbre aux couleurs de feu reflète-t-il les pensées de la jeune femme, encore toute étonnée de l'effet que produit le jeune homme en son cœur ?

Amour en devenir ? par Emile Friant

Emile Friant – Les amoureux – 1888

Huile sur toile, 111 cm x 145 cm, Musée des Beaux-Arts de Nancy

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« Tristan et Isolde », opéra de Wagner à Lyon

Publié le par Jean-Yves Alt

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Violence et extase dans le corps masculin par Luis Caballero

Publié le par Jean-Yves Alt

Avec le corps, on peut tout dire, tout exprimer : le bonheur, le malheur, la grâce...

Le corps est l'outil d'expression le plus parfait qui soit. On a pu faire des mathématiques avec un corps humain comme les Grecs, de la théologie comme Michel-Ange sur les plafonds de la Chapelle Sixtine, ou exprimer un drame comme l'a fait Matthias Grünewald.

Peintre colombien, Luis Caballero est né à Bogota en 1943. Il est mort en 1996. Il a peint des corps masculins. Le corps comme objet et le corps comme signe car le corps peut tout dire.

Luis Caballero a travaillé un thème unique et obsessionnel : celui du corps. Corps seul ou au corps à corps : des corps qui s'unissent pour ne faire qu'un. Comment ne pas ressentir nos propres tensions et nos propres abandons dans les réalisations de Luis Caballero ?

Les corps masculins dessinés par l'artiste sont souvent meurtris et blessés. Le plus étonnant c'est de ne pas pouvoir distinguer si ces corps agonisent de douleur ou de plaisir : il reste que la beauté blessée et/ou la force déchue de ses corps sont sensuelles et émouvantes.

L'intention du peintre n'a pas été d'exciter sexuellement (ce que n'importe quelle photo porno peut faire mieux), mais de provoquer l'émotion à partir de la beauté des formes.

L'art de Luis Caballero n'est pas réservé aux homosexuels. N'importe qui, quelle que soit sa sexualité, peut être ému par la « Vénus » de Botticelli comme par les « esclaves » de Michel-Ange.

Violence et extase dans le corps masculin par Luis Caballero
Violence et extase dans le corps masculin par Luis Caballero

Certes, dans les œuvres de Caballero, le côté charnel et animal est lisible, mais c'est surtout le choc de l'image, qui reste ensuite. Choc qui invite à la réflexion.

Parler d'érotisme à propos de la peinture de Luis Caballero serait en faire une lecture limitée. Car ce qui apparaît nettement dans ses tableaux, c'est la violence ou l'extase. L'extase vue, plus d'un point de vue religieux qu'érotique. Peut-être parce qu'il a été déçu par l'extase érotique… Dans le sexe, on peut se perdre… Peut-être aussi, parce qu'il reste influencé par les pratiques de la religion catholique de son enfance, en Amérique Latine. Des images obsessionnelles d'horreur et de beauté. L'image obsédante du Christ : cet homme pendu et torturé sur une croix, agonisant puis mort, mais toujours beau, et qu'on lui demandait d'aimer…

Violence et extase dans le corps masculin par Luis Caballero

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Beauté plastique et engagement social par Paul Strand

Publié le par Jean-Yves Alt

« Quand la France se met en colère, le monde se met en mouvement. »

Telles sont les premières lignes qui accompagnent cette image culte de Paul Strand (1890-1976), encore trop souvent montrée hors contexte.

Publiée en 1952 dans la « France de profil », puissante radiographie en images et en textes de la France des années 1950 conçue en collaboration avec l'écrivain Claude Roy – et en forme d'hommage à Atget –, cette photographie d'un troublant jeune homme au regard révolté condense tout l'art de Paul Strand : beauté plastique et engagement social.

Beauté plastique et engagement social par Paul Strand

Paul Strand – Young Boy – Gondeville, Charente, France, 1951

Des États-Unis au Ghana, de l'Italie aux Nouvelles-Hébrides, le globe-trotter américain, exilé pour cause de maccarthysme, aura passé des décennies à décrire ce qui est constitutif d'une terre : ses hommes et ses paysages.

Formé par Lewis Hine puis proche d'Alfred Stieglitz, Strand a vite abandonné la veine pictorialiste puis abstraite de ses débuts pour verser dans cette image de rue documentaire, humaniste et engagée – il sera notamment le photographe officiel du gouvernement révolutionnaire mexicain (1933).

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Normal n°7 : L'homme nu dans la photographie vu par :

Publié le par Jean-Yves Alt

Gérard Rancinan, Erwin Olaf, Tony Duran, Arman Livanov, James Bidgood, Damien Dufresne, Olivier Valsecchi, Stéfanie Renoma, Julien Benhamou, Jonathan Icher, Jam Sutton, Cédric Roulliat, Hans Withoos, Leonard Corredor, Louis Blanc, Ruben Brulat, Alex Malikov.

« Montrer du nu, oui, mais masculin, pourquoi ? », comme si le seul adjectif tolérable était le mot « féminin » !

En regardant un grand nombre de photos de nus masculins antérieurs, il apparaît clairement qu'il était jugé nécessaire de renforcer des images de nudité masculine afin de les rendre « plus masculines » En termes de nudité générale, on y parvenait souvent par référence aux deux traditions du nu masculin aux Beaux-Arts : les héros et dieux de l'Antiquité ou bien les nobles souffrances du martyr chrétien. Quant au pénis proprement dit, le problème semblait résider dans le fait que la réalité anatomique ne parvenait pas à répondre à tous les fantasmes du phallus théorique. En conséquence, le pénis était souvent photographié de façon à le rendre anormalement considérable, ou bien alors quelque symbole phallique plus impressionnant et plus spectaculaire était employé en substitution (colonne, etc.) Dans cet album, Tony Duran en fait ouvertement la satire.

Les photographies retenues montrent que le corps masculin est un objet de beauté ; certaines photos dégagent un érotisme si puissant que leur attrait dépasse les limites de l'orientation sexuelle du spectateur.

L'album est divisé en quatre parties qui abordent le nu masculin d'un point de vue différent et complémentaire. Chaque partie s'interpénètre avec la suivante : la première s'intitule « L'idéal classique », la seconde « Principes de la composition », la troisième « Lignes, rythmes et proportion », la dernière « Flash sur quelques artistes ».

Cet album, sur beau papier, rempli de photographies émouvantes, est d'abord un hommage admiratif à tous ces photographes et du coup à leurs prédécesseurs, mais aussi une véritable encyclopédie qui se transforme, selon l'humeur ou la nécessité, en un exceptionnel outil de travail ou un espace intime à la recherche d'un homme disparu ou à venir.

Les sources d'inspiration des photographes présentés sont diversifiées : la peinture religieuse et d'Histoire, la mythologie, la littérature, la danse, la haute couture, la nature, etc.

Ce beau livre débute par un avant-propos de l'artiste plasticienne Orlan (sur son nu masculin intitulé « L'origine de la guerre ») qui ravive toutes les interrogations qu'on peut avoir en lisant le titre de cet album : « L'homme nu ». Ce qui apparaît clairement dans cet avant-propos, c'est que les photos d'hommes nus dérangent encore. Peut-être parce que cela semble aller contre l'ordre naturel des choses, selon lequel seul le corps féminin devrait faire l'objet d'un regard et que ce regard est celui de l'homme. Il est plus que probable que l'explication la plus manifeste à ce malaise général soit la crainte de l'homosexualité, qu'elle soit chez les autres ou soupçonnée pour soi-même. N'oublions pas ce qui semble le plus étranger à l'Etat, ce que nous considérons comme tout à fait privé, personnel, intime – le corps – ne se trouve pas hors du domaine politique mais en son sein même.

Normal n°7 : L'homme nu dans la photographie vu par :

Ce recueil est plus une expression maîtrisée des désirs et obsessions de celui qui regarde qu'un document anthropologique : il ne provoquera que qui veut bien l'être. L'interview de Gérard Rancinan sur « Est-ce que l'art doit choquer ? » est éclairante à ce sujet.

Que le lecteur ne s'attende pourtant pas à trouver dans ce magazine une avalanche de sexes masculins comme on pouvait en trouver à foison à la fin des années 70 et dans les années 80. Sans doute aujourd'hui ces nus sont devenus trop typés et ainsi obsolètes. Nous avons droit, ici au contraire, à la perfection plastique et glacée (grain de peau, pores, reliefs satinés) avec une maîtrise totale du noir par le blanc et vice-versa comme de la couleur.

Normal n°7 : L'homme nu dans la photographie vu par :

Gérard Rancinan, Olivier Valsecchi, Hans Withoos, Stéfanie Renoma et James Bigood sont des photographes particulièrement poétiques parmi les « grands » de l'image.

Avec Gérard Rancinan, les hommes ressemblent à des dieux. L'artiste donne à voir le triomphe des hommes conquérants, qui, en mimant les dieux, indiquent l'inéluctable de leur propre mort. Face à sa « dernière cène », le photographe apporte sa réponse, dérisoire et majestueuse : tous les dieux doivent mourir.

Le voyeurisme chez Tony Duran procure une sensualité à ses photographies : de face, de dos, fesses rondes et dures, jambes resserrées ou écartées, répondent parfaitement à cette volonté de voir les êtres en action. Tony Duran sait rendre expressif un mouvement naturel, même si on peut deviner qu'il a été amené à positionner ses modèles en des attitudes inconfortables et surfaites qui ont pourtant comme effet de rendre l'image plus vraie que nature.

Olivier Valsecchi est le photographe pudique des corps triomphants. Le corps, compte tenu de son extrême richesse, apparaît chez cet artiste aussi multiforme et varié qu'un paysage. Sur lui, il joue avec la lumière et essaie de capter, de prendre ce que ce corps immobile lui offre. Certains corps – en dehors d'une absence de regard – sont semblables à des statues antiques. Poitrines gonflées, ils apparaissent glorieux. Paradoxalement, ils semblent à la fois en élévation et comme plantés dans le sol bien que leurs jambes ne soient pas photographiées.

Il y a une magnificence dans les images de Stéfanie Renoma, qui se confronte à la discrétion, à la pudeur dans ses mises à nu réelles, métaphoriques et intellectuelles : c'est dans cette distance que s'opère peut-être sa véritable magie. Romantiques, écologistes ( ?), les photographies de Stéfanie Renoma constituent une sorte de bohème, une dolce vita.

Stéfanie Renoma – Androgynie de Normal Magazine sur Vimeo

Dans un monde misérable, Erwin Olaf choisit d'être parfois dans le registre de la monstration ; il ne démontre rien, mais rend compte par ses images : outre ses corps triomphants, il y a ceux qui peuvent irriter par la mort présente.

Hans Withoos, dans ses mises en scène, offre au regard la vitalité et la seule zone honteuse du corps du bourgeois : son corps nu car le « cul, c'est privé, c'est à toi seulement de t'en occuper, ça n'a pas de place dans le désir socialement admis » (F. Guattari, G. Deleuze, L'anti-Œdipe).

Les corps photographiés par Louis Blanc et Damien Dufresne sont un véritable festin de la vue. Leur travail (très différent l'un de l'autre) n'est pas de restituer la réalité des corps mais de la transfigurer, de fixer un moment de grâce absolu, de fixer l'instant ou un geste, une expression arrivant à leur apogée. Le spectateur est saisi par une exaltation de deviner, de trouver une insaisissable beauté.

On devine que pour Damien Dufresne rien n'est plus exaltant que le travail de la lumière sur le corps : un corps blanc devient de marbre et un corps noir devient subitement de bronze, en prenant un côté métallique. Ainsi, ils se suffisent à eux-mêmes.

Jonathan Icher semble utiliser la photographie comme élément d'une longue et douloureuse (?) exploration de la relation entre le moi et le corps, le moi et le sexe, le moi et la nature fondamentale.

Julien Benhamou - Backstage Normal Magazine de Normal Magazine sur Vimeo

Ce livre contribue à hisser le thème du nu masculin de l'art photographique hors du ghetto-image dans lequel il languit parfois encore. Par le biais du mélange d'interviews des photographes et du plaisir visuel des œuvres présentées, le lecteur est amené à se poser une question : non pas « pourquoi le nu masculin ? », mais « pourquoi si longtemps seulement le nu féminin ? »

C'est fou, l'art du nu masculin !

Un beau livre à faire partager.

Normal Magazine, le site

Normal Magazine n°7, L'Homme Nu, tome 2, 250 pages, automne 2016, 25€ (+5€ de frais de port)

PS : Je devine que les photographes n'apprécient que rarement qu'on décortique leur univers imaginaire car ils doivent se sentir trahis. Qu'ils veuillent bien me pardonner si c'était le cas.

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