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Sur l'absence par Rilke

Publié le par Jean-Yves

Il est possible – même dans les moments de plaisir – qu'il y ait déjà un regret, un sentiment de la perte qui d'ailleurs peut rendre plus précieux les moments, les êtres et les lieux.




« Or la perte, toute cruelle qu'elle soit, ne peut rien contre la possession ; elle la termine, si vous voulez, elle l'affirme. »

 

Rainer Maria Rilke

 


Citation extraite de l'ouvrage de Renaud Camus, « Elégies pour quelques-uns », éditions POL, 1988, ISBN : 2867441323, p. 69

 

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L'étrange histoire de Sir Hugo et de son valet Fledge, Patrick McGrath

Publié le par Jean-Yves

Une disparition, un crime sans cadavre, des os qu'on exhume, un procès criminel : voilà pour le polar.

 

Un manoir du XVIe siècle, une famille où règne la folie, une domestique alcoolique, des hallucinations : voilà pour le climat fantastique.

 

Victime d'une attaque, confiné dans un fauteuil roulant, Sir Hugo s'est persuadé que son valet Fledge est un monstre, tout à la fois homosexuel, maitre-chanteur et assassin !

 

Les relations amoureuses que Sir Hugo prête à son valet, qu'il s'agisse d'une scène à demi-surprise dans la cuisine avec le fiancé de sa fille ou d'un baiser arraché par le majordome à son maître, on ne les tient d'ailleurs que d'une source unique : le narrateur infirme. Mais qui est Sir Hugo ?

 

Un observateur lucide ou un pervers délirant qui prête aux autres ses propres démons ?

 

L'impuissance est un thème-clé du roman : outre l'aveu d'une paralysie sexuelle, le maître des lieux est enfermé en lui-même et a pour seule ressource le rôle de voyeur immobile. Le lecteur attentif s'étonnera d'ailleurs de la brièveté des descriptions physiques de l'épouse, lorsque Sir Hugo imagine ses relations sexuelles avec le valet, et la précision trouble qui s'attache au corps masculin : « Fledge, nu... jambes longues et galbées. »

 

Récit de l'inversion et des fausses pistes, L'étrange histoire... est un roman tonique, drôle et féroce à la fois.

 

■ Editions du Seuil/Points, 1994, ISBN : 202019404X

 

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Couple inattendu par Henry Moore

Publié le par Jean-Yves

Ce couple royal contraste avec les idées premières que chacun peut avoir.


Tout n'est ici que dépouillement, simplicité, voire austérité.


Mais cette sculpture monumentale, conçue pour être installée en extérieur, n'en appelle pas moins à des caractères de noblesse, de grandeur, de fierté, exigés par le rang social de ces personnages.


N'invite-t-elle pas au respect, à l'admiration, à la soumission, au culte même ?


Est-elle un hommage à des bienfaiteurs ou à des tyrans ? Un hommage au couple tout simplement ?


Ainsi érigées dans la vaste étendue du paysage, un parc, les deux figures étroitement liées, apparaissent comme deux silhouettes élancées qui se découpent dans l'espace, tout en lui appartenant.



Henry Moore – King and Queen (Roi et Reine) – 1952/1953


Sculpture en bronze, hauteur 164 cm, Yorkshire Sculpture Park


Les deux corps longilignes, aux formes stylisées et fluides, ne sont pas sans évoquer un caractère primitif. Elles entretiennent entre elles et avec leur environnement de multiples relations d'imbrications et de contrastes, dans lesquelles le plein et le vide s'équilibrent. Le simple trou, qui matérialise les yeux, en est un exemple.


L'aspect lisse du bronze permet d'innombrables jeux de lumières et d'ombres. Ceux-ci participent pleinement à l'expression de vie qui émane de l'ensemble, malgré la stylisation. La dureté et la robustesse du matériau s'opposent à la fragilité tout apparente des corps.


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Un cœur en herbe, comédie de Christophe Botti (Paris)

Publié le par Jean-Yves

La Compagnie Des Hommes papillons, Les Productions Sous Les Toits, Tea Time Productions et La Boîte À Frissons

 

 

ont le plaisir de vous inviter aux représentations de :

 

 

 

UN COEUR

EN HERBE

 

 

la nouvelle comédie de Christophe Botti

 

 

mise en scène : Stéphane Botti et Christophe Botti

 

avec Samuel Perche, Romain Poli et Philippe Rambaud

 

Affiche Un coeur en herbe

 

du 9 septembre au 31 décembre 2010

 

les jeudis, vendredis et samedis à 21H30

 

Au Théâtre Clavel

 

3, rue Clavel 75019 Paris

 

Métro : Pyrénées - Bus : ligne 26 (arrêt « Pyrénées-Belleville »)

 

Réservations :

 

01 48 72 91 79 / hommespapillons@mac.com

 

prix : 20€ - tarif réduit 15€

 

Mathan, 19 ans, débarque à Paris chez Jacques, un célèbre écrivain gay d’une cinquantaine d’années. Surgit alors le sexy Olivier, la trentaine flamboyante, ami de Jacques… Comment Mathan va-t-il se sortir des griffes de ce « vieux » couple ? Désirs, doutes, séduction et jalousie, les ingrédients d'une comédie tendre et insolente sur le choc des générations et la question du couple au fil du temps...

 

COEUR EN HERBE BOTTI

 

Durée : 1h20

 

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Ces princes, Catherine Guérard (1955)

Publié le par Jean-Yves

Antoine Villaert, ex-polytechnicien de vingt ans (il a démissionné), charmant et paresseux, se trouve un soir, à un dîner, placé à côté d'un Général. « Vous avez l'air candide et sombre. Je vous prenais pour un artiste. » (p. 17), observe le Général. Ce sera les premiers mots d'un dialogue qui conduira Antoine et le Général à la passion la plus absolue.

 

« Un soir, alors qu'ils marchaient ensemble dans les rues de Montmartre, le Général prenant doucement le bras d'Antoine lui demanda s'il voulait bien être aimé. Antoine ému et défaillant murmura un oui à peine audible, et baissant la tête, pleura silencieusement. » (p. 39)

 

« Prince : celui qui possède une souveraineté. » Tel est l'épigraphe que l'auteure a placée en tête de son récit et qui en donne la clef ; le général et Antoine sont des princes, parce qu'ils règnent sur un monde d'absolu et de perfection dont la logique fatale les mènera, à la fin, jusqu'à la mort.

 

L'univers des deux hommes est empli de pureté et en même temps de peurs, qui brûlent les ailes, qui alimentent les angoisses… Se trace peu à peu le chemin qui conduit à la catastrophe finale.

 

Les portraits, que Catherine Guérard fait des deux hommes, ne cachent pas les défaillances humaines : le Général vieillissant perd toute force de caractère devant le jeune homme dont il est amoureux tandis qu'Antoine fuit sans cesse ses responsabilités.

 

« Il [Antoine] avait peur : une peur extrême de la souffrance que peut endurer une âme qui cesse d'être aimée. Il craignait les tristes lendemains du bonheur et préférait ne pas monter trop haut afin de ne pas choir trop douloureusement. » (p. 39)

 

La relation entre les deux hommes est fort bien étudiée : de l'étonnement à la flamme assumée en passant par la découverte, le combat contre soi-même et l'acceptation. S'ajoute la tendresse, puis les craintes de l'amour, enfin l'effroi de la guerre ; le tout formant un scénario poignant, non pas en « vérités » (les situations manquent parfois de vraisemblance) mais en « émotions ».

 

« C'est à la suite de ce dîner qu'il se rendit compte que la simple amitié du Général ne lui suffisait plus et qu'il désirait maintenant ses caresses avec une ardeur égale à la violence avec laquelle il les avait refusées. Cette découverte le rendit malheureux, et il fut troublé de ne pouvoir nommer le sentiment qu'il éprouvait pour le Général. Une chose pourtant lui demeurait certaine, c'est qu'il n'en était point amoureux. Du moins se le répétait-il avec un sentiment du devoir prononcé. Si prononcé qu'il finit par s'en alarmer et par reconnaître que son âme acceptait ce que son esprit refusait d'admettre. L'idée qu'il pût s'adonner à de telles amours l'emplissait cependant de dégoût et le révoltait. Il n'avait jamais pensé être un adepte des amitiés particulières et la constatation de tels sentiments de sa part envers un homme le confondit. » (p. 36)

 

« Le Général continua : — Vois-tu, c'est ce qui rend notre amour plus beau que l'autre, plus pur, peut-être. Nous n'avons, nous, lorsque nous nous aimons entre nous, aucun espoir de récompense, aucun sentiment de vertu. C'est un amour désintéressé. On sait qu'on n'y perd rien, et qu'il n'y a rien à y gagner. C'est l'amour pour l'amour. Il n'est soumis à aucune loi, à aucune règle. Tandis qu'une femme qui fait l'amour illégalement avec un homme a toujours des tas d'idées derrière la tête qui lui gâchent le plaisir et ses aptitudes amoureuses : l'ennui d'avoir cédé, le regret de sa vertu perdue, l'espoir de se faire épouser, l'espoir que son amant va divorcer pour elle s'il est marié, la crainte qu'il ne divorce pas, la peur obsédante de devenir enceinte. Tous ces calculs, toutes ces craintes, attristent les plaisirs de l'amour. C'est pour cette raison que le plus bel amour, le plus noble amour, est celui qui existe entre, un Général et un ex-petit X. » (pp. 75/76)

 

« Ces Princes » est un magnifique petit récit sur le difficile épanouissement des êtres.

 

■ Éditions La Table Ronde, 1955, puis Gallimard, 1968  

 

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