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Sur l'absence par Rilke

Publié le par Jean-Yves Alt

Il est possible – même dans les moments de plaisir – qu'il y ait déjà un regret, un sentiment de la perte qui d'ailleurs peut rendre plus précieux les moments, les êtres et les lieux.

« Or la perte, toute cruelle qu'elle soit, ne peut rien contre la possession ; elle la termine, si vous voulez, elle l'affirme. »

Rainer Maria Rilke


Citation extraite de l'ouvrage de Renaud Camus, « Elégies pour quelques-uns », éditions POL, 1988, ISBN : 2867441323, p. 69

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Couple inattendu par Henry Moore

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce couple royal contraste avec les idées premières que chacun peut avoir.

Tout n'est ici que dépouillement, simplicité, voire austérité.

Mais cette sculpture monumentale, conçue pour être installée en extérieur, n'en appelle pas moins à des caractères de noblesse, de grandeur, de fierté, exigés par le rang social de ces personnages.

N'invite-t-elle pas au respect, à l'admiration, à la soumission, au culte même ?

Est-elle un hommage à des bienfaiteurs ou à des tyrans ? Un hommage au couple tout simplement ?

Ainsi érigées dans la vaste étendue du paysage, un parc, les deux figures étroitement liées, apparaissent comme deux silhouettes élancées qui se découpent dans l'espace, tout en lui appartenant.

Henry Moore – King and Queen (Roi et Reine) – 1952/1953

Sculpture en bronze, hauteur 164 cm, Yorkshire Sculpture Park

Les deux corps longilignes, aux formes stylisées et fluides, ne sont pas sans évoquer un caractère primitif. Elles entretiennent entre elles et avec leur environnement de multiples relations d'imbrications et de contrastes, dans lesquelles le plein et le vide s'équilibrent. Le simple trou, qui matérialise les yeux, en est un exemple.

L'aspect lisse du bronze permet d'innombrables jeux de lumières et d'ombres. Ceux-ci participent pleinement à l'expression de vie qui émane de l'ensemble, malgré la stylisation. La dureté et la robustesse du matériau s'opposent à la fragilité tout apparente des corps.

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Regard de David Hockney sur lui-même

Publié le par Jean-Yves Alt

« J'ai pris, un jour, conscience non pas de la valeur du scandale de l'homosexualité mais de ma témérité et de mon audace. »

« J'avais trouvé des revues américaines appelées "Physique Pictorial", remplies de photos de garçons américains avec des corps merveilleux et je m'étais dit : "Très bien, voilà ce qui m'importe". »

« Vivre pour le sexe, c'est perdre son temps. La seule fois où je me suis laissé aller, c'est pendant mon premier voyage à Los Angeles. Ce fut la seule et unique fois. J'allais dans les bars et je rentrais avec un garçon. Une fois sur deux, il ne m'excitait pas ou c'est lui à qui je ne plaisais pas vraiment. C'est fou comme les gens à Los Angeles aiment collectionner les aventures. En fait, si on a de bons rapports sexuels avec quelqu'un une fois, pourquoi ne pas recommencer ? »

in David Hockney par David Hockney, éditions du Chêne, 1976

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Prélever, installer, sculpter, photographier par Nils Udo

Publié le par Jean-Yves Alt

Né en 1937 en Bavière, Nils Udo est l'un des pionniers du Nature Art européen inspiré du Land Art (issu, lui, du continent américain).

Nils Udo est à la fois un artiste-jardinier, un dessinateur, un planteur, un architecte de la nature et un photographe. Comme il le dit lui-même, en travaillant devant une surface plane, il ne pouvait jamais ni écouter, ni toucher, ni sentir le sujet de sa peinture, les éléments et la vivacité de la nature.

Avec son travail dans et avec la nature, il abolit cette frontière entre l'art et la vie. L'artiste ancre sa pratique artistique dans un dialogue, un échange, une interaction avec la nature vide de toute présence humaine autre que celle qui évidemment est suggérée par ses propres interventions sur les choses.

Nils Udo dit dans une note de travail qu'il veut dessiner avec des fleurs, peindre avec des nuages, écrire avec de l'eau, enregistrer le vent de mai, la course d'une feuille tombante.

Il prélève ici pour installer là-bas, il expérimente, il sculpte et il photographie. Ses images comportent le merveilleux d'une nature à la beauté graphique, aux couleurs intenses et aux formes identifiables mais pourtant tout autres, à la limite du magique et du religieux.

Nils Udo – Sans titre (Lit de ruisseau, pétales de liserons) – 1990

Photographie, Île de la Réunion, océan indien

La prise de vue en plongée donne une perspective délimitée par les deux branches sur les côtés et par les reflets à contre-jour de la berge en haut et de la pointe des feuillages en bas.

Le saisissant contraste coloré est renforcé par l'opposition en symétrie des formes : fleurs rondes rose vif soulignées de pourpre et de blanc défiant la loi de la pesanteur sur la surface lisse de cette eau bleu acier où la végétation environnante se reflète pointue et noire à cause du contre-jour.

Seul le peu de vert de quelques herbes, le blanc lichen du bois et des feuilles entre deux eaux ramènent à la réalité d'une image qu'on pourrait croire virtuelle.

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Portrait de Lucien de Rubempré, Honoré de Balzac

Publié le par Jean-Yves Alt

« Lucien se tenait dans la pose gracieuse trouvée par les sculpteurs pour le Bacchus indien. Son visage avait la distinction des lignes de la beauté antique : c'étaient un front et un nez grecs, la blancheur veloutée des femmes, des yeux noirs tant ils étaient bleus, des yeux pleins d'amour, et dont le cristallin le disputait en fraîcheur à celui d'un enfant.

Ses beaux yeux étaient surmontés de sourcils comme tracés par un pinceau chinois et bordés de longs cils châtains. Le long des joues brillait un duvet soyeux dont la couleur s'harmonisait à celle d'une blonde chevelure naturellement bouclée. Une suavité divine respirait dans ses tempes d'un blanc doré. Une incomparable noblesse était empreinte dans son menton court, relevé sans brusquerie.

Le sourire des anges tristes errait sur ses lèvres de corail rehaussées par de belles dents. Il avait les mains de l'homme bien né, des mains élégantes, à un signe desquelles les hommes devaient obéir et que les femmes aiment à baiser. Lucien était mince et de taille moyenne. A voir ses pieds, un homme aurait été d'autant plus tenté de le prendre pour une jeune fille déguisée que, semblable à la plupart des hommes fins, pour ne pas dire astucieux, il avait les hanches conformées comme celles d'une femme. Cet indice, rarement trompeur, était vrai chez Lucien, que la pente de son esprit remuant amenait souvent, quand il analysait l'état actuel de la société, sur le terrain de la dépravation particulière aux diplomates qui croient que le succès est la justification de tous les moyens, quelque honteux qu'ils soient. »

in Illusions perdues, Honoré de Balzac, publié par Jamar, 1837, copie de l'exemplaire Université de Gand, pp. 34-35

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