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Miniature hindouiste : Kali, la déesse noire

Publié le par Jean-Yves Alt

Sur le corps du dieu abandonné, la déesse noire se dresse courroucée. Le ciel est à la nuit et la terre s’ébranle du feu de sa fureur. Le long collier de têtes qui pend de son cou en trophée n’apaise pas son ardeur. Kali brandit l’épée de destruction. Mais la fleur du lotus, comme à la naissance du jour, s’épanouit.

Cette peinture représentant Shiva piétiné par son épouse Kali est imprégnée des récits légendaires de l’Inde, hymnes des Véda, écrits gnostiques des Upanishad ou chant poétique du Mahabharata.

Le processus de création est conçu comme un rite religieux dans lequel l’artiste au service d’une transcendance ne recherche jamais une expression personnelle. Il reste anonyme, comme dans cette miniature du XVIIIe siècle.

Kali représente la force de destruction. Elle manifeste, malgré l’apparence impassible de Shiva, la fureur du dieu. Elle est sa part féminine, sa shakti, qui dans l’hindouisme désigne sa puissance agissante.

Shiva gouverne la dissolution des êtres et du monde. Il est le Seigneur des larmes, le temps, Kala, qui anéantit toute chose. Pourtant le sens premier de son nom est « Bienfaisant » parce qu’il fait renaître la vie de la mort. Shiva est le destructeur d’illusions. Il symbolise la connaissance, celle qui s’éveille au cœur de l’homme et le libère des liens de l’ego.

L’image de Shiva-cadavre avec la déesse montée sur sa poitrine est un guide. L’homme doit mourir à lui-même pour que le divin prenne place « sur » son cœur.

« Quand l’égoïsme est détruit, quand l’homme devient semblable à un cadavre, la béatitude absolue peut apparaître dans le cœur », écrit Ramakrishna.

Le corps blanc, couvert de cendres et les cheveux relevés en chignon sont le signe des ascètes. Shiva est le modèle des maîtres yogis, celui qui transmet la connaissance. Kali, personnification de son énergie, porte une peau de tigre, attribut habituel du dieu qui symbolise la maîtrise de la nature, des instincts. Dans ses mains, l’épée et les ciseaux tranchent les liens de l’ignorance. La coupe est un crâne, le ciel du corps humain. Symbole de sacrifice, il contient une perle, signe d’illumination et de naissance spirituelle. Le lotus tourné vers la lumière désigne la même fécondité de l’ouverture du cœur. Le soleil qui nimbe la déesse et le serpent Kundalini dressé au-dessus de sa tête, symbole de l’énergie spirituelle, jusqu’à présent endormie est désormais éveillé.

« Kali n’a pas le teint foncé, raconte Ramakrishna, mais elle est si loin de nous qu’elle paraît foncée. »

« Je suis noire, mais je suis belle. », est-il dit dans le Cantique des cantiques (1, 5).

■ d’après un article du Monde des Religions n° 12, Paule Amblard, Juillet-Août 2005

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Mémoire : dimension individuelle et collective

Publié le par Jean-Yves Alt

La mémoire est fortement identifiée à la personne. Pourtant, la personne est plus que sa mémoire, et la mémoire individuelle elle-même est toujours débordée par sa dimension collective. Étrange, tous ces films évoquant la mémoire... Eternal Sunshine of the Spotless Mind [1], de Michel Gondry, narre l'histoire d'un couple où chacun tente d'effacer l'autre de sa mémoire à la suite d'un conflit, grâce à un neurologue irresponsable louant ses services à ceux que les souvenirs font souffrir.

L'intrigue du film se noue autour du désir du protagoniste masculin de faire marche arrière en plein traitement, et de résister au lavage de cerveau. Que reste-t-il de ce qui fait l'essentiel de nos vies, une fois la mémoire disparue ? Cet essentiel n'est-il pas inscrit au cœur de nos fibres, de notre regard, de notre personne ? Même le dernier souvenir effacé, un « je ne sais quoi » persiste alors de l'attirance entre les héros, comme si celle-ci ne se résumait pas aux souvenirs communs.

Je perçois, en filigrane de ce thème, l'angoisse devant la maladie d'Alzheimer, dans laquelle ceux que nous avons aimés semblent se dissoudre, alors que, pourtant, une vapeur subtile de leur personne, de leur attitude, de leur regard est encore là.

Un autre aspect de ce type de film est lié à l'extrême individualisation de notre vie : comme nous sommes les seuls garants de notre trajectoire, et que nous désirons être les seuls à en contrôler le récit, nous perdons de vue le fait que la validation sociale de notre mémoire nous aide à la faire exister.

Dans un autre film, Mémoire effacée (Titre original : The Forgotten) [2], de Joseph Ruben, Julianne Moore joue le rôle d'une mère qui est la seule à se souvenir de son fils dont le monde entier dénie l'existence. Est-elle folle, ou bien l'univers entier se trompe-t-il ? Nous connaissons à l'avance la réponse, en notre culture où l'individu prime toujours sur le social. Mais, dans la réalité, qui ne fonctionne pas toujours comme la fable, qu'en est-il ? Si je suis le seul à me souvenir, qui donc a « raison » ?


[1] Synopsis : Joël et Clémentine ne voient plus que les mauvais côtés de leur tumultueuse histoire d'amour, au point que celle-ci fait effacer de sa mémoire toute trace de cette relation. Effondré, Joël contacte l'inventeur du procédé Lacuna, le Dr. Mierzwiak, pour qu'il extirpe également de sa mémoire tout ce qui le rattachait à Clémentine. Deux techniciens, Stan et Patrick, s'installent à son domicile et se mettent à l’œuvre, en présence de la secrétaire, Mary. Les souvenirs commencent à défiler dans la tête de Joël, des plus récents aux plus anciens, et s'envolent un à un, à jamais. Mais en remontant le fil du temps, Joël redécouvre ce qu'il aimait depuis toujours en Clémentine. L’inaltérable magie d'un amour dont rien au monde ne devrait le priver. Luttant de toutes ses forces pour préserver ce trésor, il engage alors une bataille de la dernière chance contre Lacuna...


[2] Synopsis : Un avion avec à son bord un groupe d'enfants s'écrase. Mais, un événement inexplicable survient : la mémoire de leur existence disparaît complètement de la société, c'est comme s'ils n'avaient jamais existé même pour leurs parents proches. Seule la mère d'une des victimes a gardé intact le souvenir de son enfant.


Lire aussi : Mémoire affranchie : nous ne sommes pas seulement forgés par le passé

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Théorie de l'ambition

Publié le par Jean-Yves Alt

« Les hommes, en dépit de l’envie qui les ronge, ne demandent pas mieux que de trouver dans les autres la grandeur qu’ils ne sentent pas en eux-mêmes. »

Hérault de Séchelles

in Théorie de l’ambition - Codicille politique et pratique d’un jeune habitant d’Epône suivi de Sur la conversation, Éditions Mille et une nuits, Collection : La petite collection, mars 2005, ISBN : 284205895X, chapitre IV.11

 

 

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Eternal Sunshine of the Spotless Mind un film de Michel Gondry (2003)

Publié le par Jean-Yves Alt

Joël et Clémentine ne voient plus que les mauvais côtés de leur tumultueuse histoire d'amour, au point que celle-ci fait effacer de sa mémoire toute trace de cette relation. Effondré, Joël contacte l'inventeur du procédé Lacuna, le Dr. Mierzwiak, pour qu'il extirpe également de sa mémoire tout ce qui le rattachait à Clémentine.

Deux techniciens, Stan et Patrick, s'installent à son domicile et se mettent à l’œuvre, en présence de la secrétaire, Mary. Les souvenirs commencent à défiler dans la tête de Joël, des plus récents aux plus anciens, et s'envolent un à un, à jamais. Mais en remontant le fil du temps, Joël redécouvre ce qu'il aimait depuis toujours en Clémentine. L’inaltérable magie d'un amour dont rien au monde ne devrait le priver. Luttant de toutes ses forces pour préserver ce trésor, il engage alors une bataille de la dernière chance contre Lacuna...

La mémoire est fortement identifiée à la personne. Pourtant, la personne est plus que sa mémoire, et la mémoire individuelle elle-même est toujours débordée par sa dimension collective. Étrange, tous ces films évoquant la mémoire... Eternal Sunshine of the Spotless Mind, de Michel Gondry, narre l'histoire d'un couple où chacun tente d'effacer l'autre de sa mémoire à la suite d'un conflit, grâce à un neurologue irresponsable louant ses services à ceux que les souvenirs font souffrir.

L'intrigue du film se noue autour du désir du protagoniste masculin de faire marche arrière en plein traitement, et de résister au lavage de cerveau.

Que reste-t-il de ce qui fait l'essentiel de nos vies, une fois la mémoire disparue ? Cet essentiel n'est-il pas inscrit au cœur de nos fibres, de notre regard, de notre personne ? Même le dernier souvenir effacé, un « je ne sais quoi » persiste alors de l'attirance entre les héros, comme si celle-ci ne se résumait pas aux souvenirs communs.

Je perçois, en filigrane de ce thème, l'angoisse devant la maladie d'Alzheimer, dans laquelle ceux que nous avons aimés semblent se dissoudre, alors que, pourtant, une vapeur subtile de leur personne, de leur attitude, de leur regard est encore là.

Un autre aspect de ce type de film est lié à l'extrême individualisation de notre vie : comme nous sommes les seuls garants de notre trajectoire, et que nous désirons être les seuls à en contrôler le récit, nous perdons de vue le fait que la validation sociale de notre mémoire nous aide à la faire exister.

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La moustache, un film d'Emmanuel Carrère (2005)

Publié le par Jean-Yves Alt

C'est l'histoire en apparence banale de Marc, qui, un jour, décide de raser sa moustache. Par jeu, par curiosité, pour tester aussi le regard des autres. Marc (Vincent Lindon) guette la réaction de sa femme (Emmanuelle Devos) : rien. Il espère une remarque de ses amis ou collègues : toujours rien. « Tu n'as jamais porté de moustache », lui répète tout un chacun. L'expérience, qui ressemble à une mauvaise blague, vire au cauchemar. Le réel se dérobe sous les pas du malheureux. Un peu comme si sa mémoire se délitait. La folie guette, une atmosphère bizarre, absurde, enveloppe le film.

Mais Emmanuel Carrère s'interdit tout artifice : cette moustache, le spectateur l'a bien vue. Il ne peut que partager le trouble de Vincent Lindon. À ce jeu, l'acteur, en digne héritier du burlesque, excelle. Il livre toute la gamme des émotions, de l'amusement à la peur panique, du désespoir à l'apaisement. Car la Moustache, c'est aussi le récit d'un homme qui perd un peu de lui-même, mais finit par se trouver. Non sans un détour par Hong Kong et par l'étrange.

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