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Tintin et le bon samaritain

Publié le par Jean-Yves

Enfant, j'ai compris certains textes de la Bible, à partir de mes lectures et non des commentaires qu'on m'en faisait.


Par exemple, en lisant l'album « Tintin au Tibet », j'ai compris ce que signifiait la parabole du bon Samaritain [Evangile selon Luc, chapitre 10 : 30-37] : cette parabole dans laquelle celui que communément on considère comme le pire des hommes, en fait, est le bon.


« Tintin au Tibet » est pour moi l'album d'Hergé le plus profond, celui où le réputé abominable yeti se révèle bon. Ce qui n’empêchera pas qu'il soit trahi (1) … la trahison, une autre thématique bien présente dans la Bible.


(1) Tchang a été sauvé par le Yéti qui n'est d'ailleurs pas un abominable «homme» des neiges, puisque c'est une femelle qui est amoureuse du jeune Chinois et qui ne veut plus le lâcher. Tintin et ses compagnons doivent alors ruser et utiliser la violence pour délivrer Tchang. L'histoire se termine sur les sanglots du Yéti trahi et abandonné.


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Interview de Gore Vidal par Bruno Villien sur le film Ben-Hur

Publié le par Jean-Yves

Bruno Villien : La même année 1959, vous avez collaboré à Ben Hur...


Gore Vidal : J'ai passé à Rome les trois premiers mois du tournage. J'ai écrit environ les deux premiers tiers du scénario, jusqu'à la course de chars. Et Christopher Fry a écrit le reste. Ni l'un ni l'autre nous ne figurons au générique. Un écrivain, qui avait travaillé sur une cinquième version avant nous, a signé seul, parce qu'il se trouvait être président du syndicat des scénaristes (1). Le producteur étant mort, il a dit - et pourtant, Fry et moi, nous étions à Rome avec Wyler ! - qu'il avait envoyé au producteur, à Rome, les pages qu'il avait écrites à Hollywood. Ce n'est pas un film que j'aimerais emporter dans ma tombe.



Il y a une bonne scène, et c'était une scène homosexuelle.
William Wyler m'a dit : « Comment justifiez-vous ce fouillis ? » Quand nous sommes arrivés, il n'y avait qu'un énorme scénario impossible à tourner. Les décors étaient déjà construits, la MGM courait à la ruine... Willie, Sam et moi sommes venus en avion de New York, dans un de ces vieux SAS où vous aviez une couchette pour dormir. Willie a passé la nuit à lire ce scénario qui ressemblait à l'annuaire du téléphone. Le matin, il était vert, il a dit: « Mon Dieu, c'est terrible ! » - « Pourquoi l'avez-vous accepté ? » - « Vous connaissez quelque chose aux Romains ? » - « Oui, des tas de choses ! » - « Ah, Dieu merci ! » Et Willie s'est fait passer tous les films qu'on avait fait sur les Romains, comme si vous pouviez apprendre quoi que ce soit d'un film : Quo Vadis, le premier Ben Hur...



Il m'a dit : « Nous avons un problème, et si nous le résolvons, le film fonctionne : pourquoi deux jeunes hommes qui ne se sont pas revus depuis qu 'ils étaient amis dans leur adolescence, se disputent-ils ? Le Romain veut que le Juif lui apporte son aide politique, le Juif refuse, ils ont une dispute terrible, et voilà le film parti pour deux heures. Comment montrer cela en une seule scène ? » Je lui ai répondu : « Willie, voici comment vous faites : vous ne le montrez pas ! » - « Comment cela ? » - « Vous êtes d'accord avec moi que le point de départ est ridicule. Une dispute politique entre deux jeunes hommes qui ont été des amis intimes ne va pas produire une haine telle qu 'elle nourrit un drame entier. » Il était d'accord.


« Voici ma solution. Adolescents, ils étaient amants. Ils se retrouvent. Le Romain veut reprendre la liaison, le Juif refuse. » — « Mon Dieu, Gore, c'est Ben Hur, vous ne pouvez pas faire cela ! » (rires) — « Vous pouvez faire tout ce que vous voulez. Vous n 'êtes pas obligé d'être explicite. Je vais vous écrire une scène d'amour dans laquelle le Juif repousse le Romain. Elle aura un tel pouvoir d'émotion qu'elle déterminera tout le film. Vous comprendrez, le public sentira que quelque chose de terrible se brise entre eux.


Le mot « homosexuel » ne sera jamais utilisé, personne ne touchera personne, Willie, je vous le promets ! » - « Essayez, n'importe quoi vaut mieux que ce que nous avons ! » J'ai coupé la scène en deux, je l'ai écrite, et nous avons appelé les deux garçons, Stephen Boyd et Charlton Heston. Willie m'a dit : « Ne dites rien à Chuck, il tombera en morceaux s'il apprend de quoi il s'agit. » Et Heston n'en a rien su. Je l'ai dit à Stephen Boyd, qui a répondu : « Pourquoi pas ? Essayons ! » Ils ont lu la scène, et on l'a tournée. Quand vous verrez le film, regardez bien ce que fait Boyd : Boyd regarde Heston avec une expression de désir comme vous n'en avez jamais vue. Quand Heston le rabroue pour des raisons politiques, Boyd donne une impression de rage, dans une scène étrange où il caresse le grand chien qui se trouve à ses côtés. Et vous comprenez que commence un « chagrin d'amour ». Willie nie que cette conversation ait jamais eu lieu. La dernière fois que je l'ai vu, il y a deux ans, il m'a dit : « Gore, ce n 'est pas vrai ! » Je lui ai répondu : « Willie, regardez le film ! Voilà ce que vous avez mis en scène, voilà ce que j'ai écrit, voilà ce que Stephen Boyd a joué, voilà ce qui est sur l'écran ! » - « Peut-être que je voulais l'effacer... » - « Je ne sais pas ce que vous vouliez, mais c'est comme ça » (rires).

(1) Il s'agit de Karl Tunberg, né en 1907 : scénariste (A Yank in the RAF, 1941 - Beau Brummel, 1954) et producteur (Masquerade in Mexico, 1945).

Revue Cinématographe n°96, Propos recueillis et traduits par Bruno Villien, janvier 1984, page 48


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Jo une bande dessinée de Derib

Publié le par Jean-Yves Alt

ou une BD ambiguë

Jo est une BD qui a été conçue au début des années 90 pour sensibiliser les jeunes à la séropositivité et au sida mais les messages véhiculés sont douteux. Et ce sont les toxicos et les pédés qui trinquent.

L'héroïne, Jo, est une jeune fille de bonne famille style "bcbg" libérée, joueuse de tennis et vivant avec des parents évidemment yuppies. Amoureuse de Laurent, un musicien dont le frère est mort du sida, cette fille à papa se découvre séropositive. Ses parents n'acceptant pas son état, Jo quitte sa famille pour vivre avec son petit ami chez un copain. Elle organise les concerts du groupe rock de Laurent et vit dans un monde de musicos. Mais malgré l'amour de ses amis, l'état physique de Jo se dégrade, elle meurt seule à l'hôpital et est enterrée par tous les gens qui l'ont aimé. Laurent compose alors une chanson à sa mémoire.

Cette love-story mélodramatique est cousue de fil blanc. On y retrouve beaucoup de clichés manichéens :

● Cliché des parents vieux cons qui empêchent leur progéniture de vivre leur vie, opposés aux ados purs et pleins de rêve.

● Clichés effrayants sur les toxicomanes, présentés dans des tons marron et noir, avec de sales gueules hirsutes, caricatures qui vivent dans un squatt destroy, font l'amour sur des paillasses ou se shootent dans un parc à la zurichoise.

● Allusions à l'homosexualité plus que douteuses : quand Laurent et Jo flashent l'un sur l'autre et qu'il angoisse parce qu'il pense à son frère mort du sida, il dit qu'il n'est pas bien dans sa tête. Et Jo ajoute finement : T'es pas homosexuel au moins. Bob, le bisexuel qui a contaminé Jo, est bien entendu seul, paumé, hâve, et il déclare : Je suis navré d'avoir infecté Jocelyne mais ça n'y change rien... J'ai vingt-cinq ans et je vais crever... Demain... Dans un mois... Dans un an... Quelle vision des homos et des bisexuels et de leur solidarité !

Points positifs : il est important de voir se dégager dans cette histoire la notion que le sida peut arriver à tous, même à une jeune fille "bcbg" et pas seulement aux toxicos ou aux homos. La fraternité entre jeunes qui aident Jo, l'amour entre l'héroïne séropositive et un séronégatif sont aussi des messages porteurs.

Le problème, c'est que les personnages sont trop difficilement identifiables par les jeunes. Le contexte socio-culturel n'est pas clair. Pour les toxicomanes, il est caricatural. Les allusions à l'homosexualité vont à rencontre d'une intégration sociale.

■ Jo une bande dessinée de Derib, Editions Le Lombard, 1999 (réédition), ISBN : 2803614049


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualité.com

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Ben-Hur, un film de William Wyler (1959)

Publié le par Jean-Yves

Le célèbre roman du général Lewis Wallace, d'abord gros succès de librairie, puis de théâtre sur les scènes américaines, apporta à Ramon Novarro l'un de ses rôles les plus populaires dans le Ben-Hur muet de Fred Niblo en 1925.


Le remake de William Wyler considéré à sa sortie en 1959 comme «le plus grand film de l'histoire du cinéma» obtint plusieurs Oscars, parmi lesquels l'interprétation masculine pour Charlton Heston, superstar hollywoodienne des années 50 et 60.


La version de William Wyler, sous l'impulsion de l'écrivain Gore Vidal qui participa au scénario de Karl Tunberg, fait de Ben-Hur l'un des plus beaux drames de l'amour homosexuel au cinéma (1), avec une telle subtilité que seuls les plus avertis peuvent lire à livre ouvert dans le cœur de Messala (Stephen Boyd) et de Ben-Hur (Charlton Heston), dans celui aussi du consul Quintus Arrius (Jack Hawkins) dont le regard est empli de désir pour le ténébreux galérien juif.


Deux scènes donc montrent le désir homosexuel comme élément évident du rebondissement dramatique et comme moteur essentiel infléchissant, pour le meilleur ou pour le pire, le destin de Juda Ben-Hur.



■ La première a lieu avec les retrouvailles du prince juif et de son ami d'enfance le tribun Messala : celui-ci, qui a vécu à Jérusalem jusqu'à l'adolescence, revient, après plusieurs années passées à Rome, pour assurer le commandement des troupes romaines de Judée.


■ La seconde est présente dans le regard plein de désir de Quintus Arrius, même si l'alibi est de voir en Ben-Hur un aurige potentiel : sauvé par le galérien lors de la bataille navale, Quintus n'hésite pas à l'associer à la victoire de sa flotte lors du triomphe devant Tibère, puis à faire du Juif son fils adoptif.


Sur fond de montée au calvaire, Ben-Hur reste un chef-d'œuvre du péplum à grand spectacle, épopée antique émouvante et grandiose.



(1) Dans un entretien avec Bruno Villien (Revue Cinématographe n° 96, 1984), Gore Vidal expliquait que les seules divergences politiques entre le Romain et le Juif ne suffisaient pas à nourrir la haine du premier envers le second au point de l'envoyer aux galères. Il fallait qu'adolescents, ils aient été amants et que, par sous-entendus, on puisse comprendre que Ben-Hur adulte repoussait les avances de Messala. Celui-ci était d'abord motivé par un « chagrin d'amour », et tout devait passer par le regard de Stephen Boyd sur Charlton Heston.


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Les voyages et aventures extraordinaires du frère Angelo, Guy Hocquenghem

Publié le par Jean-Yves Alt

Frère Angelo est un spectateur. Un spectateur sublime : il observe les hommes mais contemple Dieu.

Dans ce roman, Guy Hocquenghem hante la religion chrétienne, s'attache à ces jeunes hommes obsédés d'amour qui trouvent leur salut terrestre dans l'espoir du Christ, comme si ce dieu incarné, victime des souffrances humaines, était le seul amant interdit digne de leur passion.

Angelo est un pauvre petit moine, seul face à l'horreur du monde. Quand le dieu a regagné le domaine du père, là-haut quelque part dans l'incertitude, il est difficile de ne pas chercher, dans le faible écho de la planète, l'illusion de l'amour, son apparence, sa deuxième incarnation, celle qui est dévolue aux misérables pécheurs : la beauté des jeunes hommes. Cette tentation existe pour Angelo qui succombe, un instant, au mirage de la jouissance :

« Il roulait maintenant, emporté par le plaisir, sur l'étroite plate-forme et son sexe pénétrait l'animal qui s'était couché sur le flanc. A chaque coup de reins, il gémissait plus fort ; et quand l'orgasme vint, et qu'il vit rouge, il bascula sur les degrés, et sentit la pyramide s'effondrer sous lui en même temps que lui se répandait en elle. »

Mais Angelo ne connaît l'abandon de la chair qu'une fois, avant de mourir...

La religion construit sa suprématie dans le refus du corps. Et si Francesco, un tout jeune Indien, descendant des seigneurs aztèques, offre à Angelo la tentation suprême, quand la beauté du diable s'en mêle, Angelo résiste : l'issue de l'épreuve anéantirait l'aspiration vers Dieu :

« Tu ne peux imaginer la grâce et les tendres attraits que Dieu a distribués à profusion à cet écolier. Son teint est plus clair que celui des Indiens ordinaires, un velours délicat, lustré, ombragé de grands cils noirs ; ses fins sourcils d'un seul arc, ses cheveux mi-longs de la couleur de l'aile du corbeau, noirs au point d'être parcourus de reflets violets, font ressortir sa pâleur mate. Sa taille est fine, gracile, un peu petite pour son âge... »

Francesco meurt jeune et Angelo le garde près de lui, même si son «intimité avec Francesco et l'attachement excessif qu'il (lui) manifeste semblent déplaire aux autorités».

Ce roman n'est en rien un récit homosexuel. C'est tout à la fois la mise en scène d'un demi-siècle de christianisme (1498-1543), l'histoire de la papauté (Clément VII se soumet à Charles Quint), l'évocation des grands créateurs de la Renaissance italienne, l'épopée des évangélistes - dans le contraste brutal d'une Eglise de la compromission, de la luxure et du luxe, et de prêtres meurtris dans le respect de la parole du Christ, mais aussi le roman biographique d'une exploration intime de la foi.

Le lecteur suit Angelo dans une chronique somptueuse, d'Assise à Rio de La Plata - Rome, Florence, Tunis, Mexico... - un voyage initiatique qui au-delà des riches reconstitutions (le sac de Rome dévastée par la guerre et la peste) rend attachant cet homme livré à la solitude et déjà conscient que le Christ est du côté des bannis et de la pauvreté.

Roman de la solitude

Guy Hocquenghem a trouvé ici le thème fascinant entre tous : la quête désespérée de l'amour de l'autre, non pas comme individu mais comme émergence douloureuse d'une prise de conscience collective, l'éternelle reconquête de soi dans la victoire de tous, une victoire précaire, dépendante de la mort, la gloire de l'homme et sa défaite.

Guy Hocquenghem maîtrise complètement les descriptions où les villes, les paysages, les personnages, les foules ressuscitent avec leurs couleurs, leurs odeurs et si difficile en littérature, les mouvements qui transforment ce lointain passé en une vivante réalité.

Ce magnifique roman picaresque et mystique ne se limite pas à une subtile et dense histoire du combat entre le temporel et le spirituel, il oblige à l'ultime méditation, celle de notre présence terrestre toujours menacée.

Dernière question déchirante :

▫ Pourquoi, alors que Frère Angelo a été bousculé par tant d'exactions, par tant d'injustice, par tant d'illusions perdues, sa misère et son refus des douceurs humaines, le sauvent de l'angoisse ?

■ Les voyages et aventures extraordinaires du frère Angelo, Guy Hocquenghem, Editions Albin Michel, 1988, ISBN : 2226034420


Lire un autre extrait


Du même auteur : L'amour en relief - Les petits garçons - L'âme atomique (avec René Schérer) - Comment nous appelez-vous déjà ? (avec Jean-Louis Bory) - La colère de l'Agneau - Le désir homosexuel - Race d'Ep - La dérive homosexuelle

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