Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

La prostitution masculine par Félix (*) Carlier (1887)

Publié le par Jean-Yves

Ancien chef du service des mœurs à la Préfecture de Police de 1860 à 1870, Félix (*) Carlier publia en 1887 un gros ouvrage, extraordinairement documenté, sur « Les deux Prostitutions » (1). Nous détachons quelques curieuses anecdotes de la seconde partie du livre qui donne un suggestif panorama de la prostitution masculine à Paris.



Nos lois, qui n'ont pas prévu l'inceste, n'ont pas prévu davantage la pédérastie, ni certains de ses excès démoralisateurs. Légalement, la pédérastie est donc chose impunie, qui ne peut tomber sous l'application du Code qu'en raison des circonstances délictueuses dans lesquelles elle peut être pratiquée. Si ces faits se produisent en présence de témoins, ou dans un lieu accessible au regard, il y aura outrage public à la pudeur. Si l'on attire des mineurs chez soi ou ailleurs, il pourra y avoir excitation habituelle de mineurs à la débauche, détournement de mineurs et même viol ; mais, nous le répétons, ces délits et ces crimes ne seront que la conséquence des circonstances dans lesquelles ils se seront produits. Quant à la pédérastie, elle n'est pas, par elle-même, un acte légalement punissable ; elle est simplement un vice dérivant de l'un des sept péchés capitaux, la luxure. Nous n'avons pas la prétention d'analyser à fond la passion qu'elle engendre, aussi insondable du reste que la perversion humaine dont elle émane. Puisque la loi ne s'occupe pas d'elle, nous ferons comme la loi. Nous laisserons de côté tout ce qui est intime, pour ne nous occuper que de ce qui est ostensible, de ce qu'on peut appeler une véritable prostitution.

 

Classification des prostitués

 

Cette prostitution a la même organisation que la prostitution féminine, dont elle est le complément. Leurs moyens d'action sont les mêmes ; l'une comme l'autre, elles ont leurs insoumises, leurs entreteneurs, leurs entretenues, leurs raccrocheuses, leurs proxénètes, leurs maisons et leurs souteneurs. Ce qui les différencie l'une de l'autre, c'est que l'une est réglementée et que l'autre ne l'est pas ; c'est que la prostitution féminine, à laquelle la réglementation donne une sorte de caractère officiel, s'empare indistinctement de tous les quartiers de Paris, tandis que l'autre se circonscrit d'elle-même dans certains endroits plus spécialement favorables aux conditions nécessaires à son existence toujours clandestine ; mais l'une et l'autre sont sœurs jumelles. Le pédéraste qui cherche aventure la trouve tout aussi facilement sur la voie publique que le viveur y rencontre une compagne à laquelle il voudrait faire partager un souper.

 

Les pédérastes, qu'on désigne, dans le langage ordinaire, sous les noms génériques de tantes et de tapettes (2), peuvent être classés en deux catégories bien nettement tranchées, qui se distinguent l'une de l'autre par leurs habitudes, leur manière d'être et leur tenue extérieure.

 


 Ceux qui ne recherchent qu'une satisfaction personnelle pour leur passion antiphysique, et qui payent les services qu'on leur rend, forment la première catégorie. Ce sont, à proprement parler, les vrais pédérastes ; on les désigne ordinairement sous le nom d'amateurs. On leur donne aussi le nom de rivettes.



 La seconde se compose de tous ceux qui trafiquent de leur corps, ou qui vivent de la pédérastie. Elle comprend donc : 1° tous les prostitués à quelque titre que ce soit ; 2° cette classe spéciale d'individus pour lesquels la pédérastie n'est qu'un moyen de chantage, et qui vivent des violences, des rapines et des vols qu'ils exercent sur les amateurs.




La catégorie des prostitués se décompose en persifleuses, en honteuses, et en travailleuses. Nous dirons, dans le chapitre suivant, ce qui différencie chacune de ces classes, et nous continuons l'étude des caractères généraux de la pédérastie.

 

Les prostitués tout jeunes prennent le nom de petit jésus. Lorsqu'ils ont vieilli, qu'ils ont gagné de l'audace et de l'expérience, ils deviennent des jésus.

 

En se plaçant au point de vue physiologique, on a subdivisé la pédérastie en pédérastes actifs et en pédérastes passifs.

 

Il n'est pas besoin de définir ces deux termes, pas plus que d'expliquer que les prostitués sont tous indifféremment actifs ou passifs, selon les exigences des amateurs qui les payent.

 

Avant de nous occuper des habitudes particulières de ce qu'on pourrait appeler la caractéristique de chacune de ces catégories, nous faut d'abord indiquer les points qui sont communs aux amateurs et aux prostitués.

 

Tout d'abord, la signification du mot amateur doit être bien précisée.

 

On appelle ainsi ceux qui, vivant au milieu de la société, ayant toutes les facilités de satisfaire naturellement leurs désirs, s'adressent néanmoins à d'autres hommes, parce que la femme ne leur inspire que répulsion et dégoût. A ceux-là seuls s'applique notre étude.

 

La passion de la pédérastie, surtout lorsqu'elle a été contractée dès le jeune âge, abâtardit les natures les plus vigoureuses, effémine les caractères les mieux trempés et engendre la lâcheté. Elle éteint, chez ceux qu'elle possède, les sentiments les plus nobles, ceux du patriotisme et de la famille ; elle fait d'eux des êtres inutiles à la société. L'amour de la reproduction, cette loi qui commande à toute la nature, n'existe pas pour eux.

 

Si parfois ils se marient ou prennent une maîtresse ce n'est là qu'une spéculation d'argent ou qu'un moyen de cacher leur infamie et de sauvegarder les apparences aux yeux du monde. Ils ne sont, pour leurs compagnes, que des messieurs de compagnie.

 

in Le Crapouillot n°30, « Les Homosexuels », août 1955, p. 16

 

(*) Il ne faut pas confondre Pierre Carlier (1794-1864), qui fut préfet de police, avec Félix Carlier, auteur d'un ouvrage fameux sur Les deux prostitutions (1887), la « prostitution antiphysique » constituant la seconde partie de l'ouvrage. Par ailleurs, le catalogue de la BNF semble responsable d'une erreur assez répandue au sujet de ce dernier, en charge de la police des moeurs de 1860 à 1870, l'initiale F. de son prénom étant interprétée dans le catalogue par François au lieu de Félix. Un article de lui paru dans les Annales d'Hygiène publique et de méd. lég. (1871 p. 282) tranche la question : son prénom est bien Félix.

Jean Claude Féray

in Le registre infamant, éditions Quintes-Feuilles, octobre 2012, ISBN : 978-2953288568, pp. 12-13

 


(1) Félix Carlier, Les deux prostitutions, Paris, Editeur E. Dentu, 1887, deuxième partie : Prostitution Antiphysique, chapitre I : Caractères généraux de la pédérastie, pp. 277 à 280 pour l'extrait cité, (téléchargeable sur le site Gallica)

(2) En langue verte : on dit d'une personne qui cause beaucoup et à tort et à travers : « A-t-elle une tapette ! » Tapette, en argot, est synonyme de bavard.


Lire aussi : La prostitution antiphysique par Félix Carlier [éditions du Sycomore, 1982]

 

Voir les commentaires

De l’anomalie à l’ordination par Marcel Jouhandeau

Publié le par Jean-Yves

« Ce qui est scandaleux, à mon avis, ce n'est pas l'homosexualité, mais le mauvais usage qu'on en fait trop souvent et l'état qu'on en fait aujourd'hui.

 

On me reproche de ne pas prendre part à une croisade en faveur d'une inclination que j'ai souvent reconnue pour mienne. Ce qui empêche l'adhésion, c'est que, sous le couvert de cette mode, se rangent trop de snobs, de poseurs, de simulateurs, d'aigrefins, de profiteurs, de faux-jetons.

 

En elle-même, l'homosexualité ne m'en semble pas moins aussi naturelle que l'hétérosexualité, quand l'une surtout n'exclut pas l'autre et qu'elles répondent l'une et l'autre à un instinct également sincère, disons fatal, source de joies et de chagrins, propres à nous enrichir.

 

Une civilisation est parfaite, quand elle permet de s'entretenir de tout ce qui est humain avec une liberté entière, sans la moindre affectation ni l'ombre d'une hypocrisie, comme Socrate, Alcibiade, Aristophane nous en donnent l'exemple dans le Banquet, Socrate surtout dans le Charmide.

 

Pas de champ de bataille plus favorable que l'homosexualité à de grandes victoires, à de plus sublimes défaites. Mais pour y suffire sans déchoir, faut-il avoir l'âme bien placée, très haut placée.

 

On ne sait bien de quoi il s'agit qu'après. On ne connaît tout à fait la séduction qu'au moment où on la domine, ce qui m'arrive. Eh bien ! voilà : je ne renie pas du tout les voluptés dont je n'ai plus besoin. Pour en éprouver le remords, il faudrait que je m'y fusse mal pris ou que j'eusse multiplié autour de moi les victimes. Pas question d'être ingrat.

 

Un jour vient, quand le désir brutal nous a quittés, que le plaisir nous devient aussi incompréhensible qu'à ceux qui, faute d'y être appelés, nous reprochaient autrefois de le prendre.

 

Délivrés de cette espèce de servitude, songeons-nous à ce qu'elle nous a fait faire de pas, de gestes, de discours, on n'en revient pas d'une telle complaisance de notre part. Étions-nous libres de la refuser ? Schopenhauer avait raison dans son principe, quand il constatait que l'homme est souvent manœuvré par des forces obscures qui s'emparent de lui et poursuivent à travers lui leurs buts. Si, heureusement pour la richesse et la beauté de la vie, ces buts sont ceux de la Nature, plus hardie, aventureuse, plus déconcertante, déraisonnable que nous, je refuse de suivre dans ses conclusions le philosophe pessimiste et me voue de préférence à Platon qui voyait dans la passion « l'Enthousiasme », une sorte de possession divine.

 

En ces mains puissantes qui semblent se jouer de nous, il ne s'agit pas pour le jouet que nous sommes de se dérober à la Fête, à ses risques non plus qu'à je ne sais quel ravissement ineffable, aussi longtemps qu'il convient, mais, la volupté goûtée, de s'élever peu à peu au-dessus d'elle, au-dessus de soi. Quel bonheur après l'ivresse de s'asseoir à l'écart, pour contempler sans parti pris et sans partage tout ce qui est bon ! »

 

Marcel Jouhandeau

 

in Le Crapouillot n°30, « Les Homosexuels », août 1955

 

Voir les commentaires

Corps interdits, Maurice Périsset (1954)

Publié le par Jean-Yves

Ce court roman est rédigé en trois parties : la première et la troisième se déroulent sur quatre jours (du lundi au jeudi) ; chaque jour donnant son nom aux chapitres. La seconde partie constitue un retour en arrière qui explique le drame vécu par François et son attitude pendant les quatre jours.

 

La première partie montre François, jeune homme grenoblois de 18 ans qui a fui sa famille précipitamment ; il n'a ni projet ni destination précis. Il a pris plusieurs cars. Le roman débute dans l'un d'eux, entre Orange et Avignon. François fait connaissance avec Raymond, le chauffeur. François n'est pas insensible à ce jeune homme mais la peur l'empêche de se dévoiler :

 

« "Ça sera toujours comme ça, pensait-il, je n'aurai jamais le courage de dire les mots qu'il faut, de faire les gestes qu'il faut."

Le chauffeur eut un rire qui ne se prolongea pas, parce que François restait le visage fermé, crispé. Une idée flotta dans sa tête et son regard, quelques secondes, devint pesant. L'adolescent eut envie de s'arrêter tellement la fatigue lui sciait les jambes.

"Si je parle, si je fais le moindre geste, cet homme va me casser la figure !" » (p. 14)

 

Au terminus, comme tous les hôtels sont complets, Raymond propose à l'adolescent de l'héberger.

 

Raymond vit seul depuis le décès de sa mère. Il ne possède qu'un grand lit. Les deux hommes se couchent ainsi ensemble.

 

« Je me couche nu, ça ne vous dérange pas ? On est entre hommes... » (p. 20)

 

Raymond reste pourtant très respectueux avec François. Aucun geste équivoque que François n'aurait d'ailleurs pas supporté.

 

« Parfois, François jetait un regard à Raymond. Le grand diable dormait, un coude replié sur la poitrine. L'aimait-il ? Il se disait que s'il devait aimer Raymond, c'était surtout à cet instant où il était désarmé et pourtant si dangereusement présent. Malgré lui, sa main épousait la forme d'une caresse, brûlait de saisir la chair ferme du bras et de s'y appesantir, ou bien encore de glisser sur le front, de relever la mèche blonde que la sueur y avait collée. Il n'osait, saisi par une sorte de crainte, comme si le rêve dans lequel il vivait depuis la veille allait d'un seul coup prendre fin, et le restituer à son angoisse, à ses souvenirs. » (p. 23)

 

François est terriblement inquiet, sans parvenir à se confier à Raymond. Il surveille les faits divers dans le journal redoutant de découvrir un titre comme « Crime d'un jeune déséquilibré » ou bien « Un adolescent perverti a assassiné ».

 

La seconde partie est constituée d'un retour sur les jours qui ont précédé la fuite de François : les retrouvailles de François avec Michel, qui avait été l'amant de la sœur de ce premier ; la relation amoureuse entre les deux garçons sans que François arrive à exprimer ce qu'il ressent ; la découverte par François que les autres peuvent se jouer de lui (Michel, Nathalie et sa mère) :

 

Michel : — Ce n'est pas de ma faute si je suis beau gosse et si je ne sais pas résister à qui a envie de moi...

François : — Tu me dégoûtes

— Tu te répètes.

— Je ne le dirai jamais assez !

— Si ça t'amuses ! Moi, tu sais, ce que je m'en fous ! Au fond tu es un petit imbécile. Ce qu'on faisait ensemble, ça te plaisait. Au lieu de faire la grande scène du II quand tu as su que je couchais avec la Boisroseau, tu n'avais qu'à te taire, et on aurait continué...

— Et Gilles ?

— Oh ! celui-là... Le premier jour, je me suis dit que je l'aurais. Un pari comme ça. Ça n'a pas été bien difficile...

Il ferma les yeux. Son corps bronzé et luisant me fascinait.

— Et l'amour, dans tout cela, dis-je. Qu'est-ce que tu fais de l'amour ?

— Je n'en fais rien, je le fais, ce qui n'est pas la même chose.

— Tu n'as jamais aimé ?

— T'es pas un peu sonné ? La plupart du temps, parler d'amour ça veut dire : j'ai envie de coucher avec vous. La sauce pour faire passer le poisson. Il me semblait que les mots ne sortiraient jamais de ma gorge et c'est un peu étonné que je m'entendis répondre :

— Je t'ai aimé, moi...

Il ne réagit pas, n'ouvrit même pas un œil. Mon cœur battait à grands coups. Les cigales crissaient dans les saules, des libellules dansaient sur les iris sauvages.

— Comme tu as aimé Nathalie, sans doute ? Je détournai la tête. Jamais il ne saurait ce que Nathalie avait représenté pour moi. Le savais-je seulement moi-même ?

— Ta Nathalie, parlons-en, reprit-il. Une putain comme toutes les autres ! Quand je pense que c'est elle qui a tout raconté à sa mère... Elle était un peu plus gentille quand elle voulait que je couche avec elle.

— Ce n'est pas vrai ! J'aurais voulu rester impassible pour que Michel continuât ses confidences, mais je n'avais pu m'empêcher de protester.

— Ce n'est pas vrai ? Pauvre idiot ! Elle s'est moquée de toi comme elle s'est moquée de moi. La vérité, c'est qu'elle s'est doutée la première de ce qu'il y avait entre nous.

Je pensais que Michel mentait. Dans quel but ? Je ne l'interrompis pas, tendant une oreille avide à ses propos complaisants :

— Tu as cru qu'elle s'intéressait à toi, qu'elle t'aimait peut-être ? Elle voulait seulement savoir comment tu faisais l'amour ! Et toi, tu t'es laissé prendre au piège ! (pp. 138/139)

 

Epouvanté, François découvre le rôle joué par Michel dans sa vie : ce dernier a tout sali, bafoué, tué ; son amour pour lui, son affection troublée pour Nathalie. François en arrive à rêver que le lac, où les deux garçons se baignent, engloutisse à tout jamais Michel.

 

« De toutes mes forces, je pesai en pensée sur ses épaules quand il monta sur le plongeoir.

— Fais attention !

Je le provoquai, sûr de son haussement de tête méprisant. "Il va rater son coup et se tuer en tombant, il ne peut pas ne pas se tuer... Je veux qu'il se tue..." Il n'y avait aucune raison pour que mon vœu se réalisât. Michel fit un signe de la main, plongea. Il tomba à plat-ventre sur l'eau. Il ne devait pas remonter à la surface. » (p. 140)

 

La troisième partie montre l'attachement de Raymond pour François. Sans que cela se traduise dans les faits puisque François – culpabilisé par la mort de Michel – décide de partir pour se dénoncer à la gendarmerie. Dans le bus, François lit dans un journal oublié sur une banquette que la mort de Michel est reconnue – par les autorités judiciaires – comme accidentelle.

 

« François replia le journal. Plus rien n'avait d'importance désormais. » (p. 158)

 

Le roman se termine sur ces mots. François retourne-t-il chez Raymond ? Rien ne le dit.

 

Ce roman permet de prendre conscience de ce qui pouvait peser sur l'homosexualité dans les années 50/60. Il témoigne sur la culpabilité fondamentale et sur la tourmente avec lesquelles se sont débattus beaucoup d'homosexuels de province. Un passage du livre est explicite :

 

« Je ne me sentais pas perverti. J'étais le prisonnier d'une nature semblable à tant d'autres, et au fond, il n'avait fait que me révéler à moi-même. Je ne crois pas que ce qu'il avait fait avec moi avait réellement compté pour lui. J'avais été l'objet d'un désir sans lendemain, qu'il n'avait eu aucune raison de ne pas assouvir. Le sourcier est-il responsable de l'eau du puits qu'il découvre ? Beaucoup de garçons ont fait l'amour entre eux en pension et, ensuite, ils se sont mariés et ont été de très pot-au-feu pères de famille. » (p. 97)

 

 

■ avec 7 illustrations de Jean Boullet, Imprimerie Subervie, [collection (?) La Salamandre], Rodez, 1954, 158 pages

 


Lire les première et troisième parties du roman.


Du même auteur : Deux trous rouges au côté droit - Les collines nues - Les tambours du Vendredi Saint - Soleil d'enfer - Le ciel s'est habillé de deuil - Laissez les filles au vestiaire - Les noces de haine - Avec vue sur la mort - Les grappes sauvages - Gibier de passage

 

Voir les commentaires

Un été très chat (4)

Publié le par Jean-Yves


Plusieurs paires d'yeux guettent l'oiseau.



À quoi pensent les chats ?





Francisco Goya – Portrait de Manuel Osorio Manrique de Zuniga (détail) – 1786

Metropolitan Museum of Art, New York


Voir les commentaires

L’œuvre de Gide vue par Claude Michel Cluny

Publié le par Jean-Yves

« Une fois tombés ses "prétextes", comment l'œuvre de Gide va-t-elle subir l'usure du temps ? Nous ne lisons plus Voltaire par rapport à son époque, mais pour ce qu'il peut nous dire, comme s'il écrivait aujourd'hui, et pour la manière de le dire.

 

Il est possible, et même probable, que les témoignages courageux de Gide, ses critiques du colonialisme et du communisme, ne soient plus lus que pour leur valeur documentaire, comme demeurent exemplaires les batailles de Voltaire pour la liberté de la pensée et de l'individu. Mais c'est l'œuvre de l'écrivain dont l'avenir reste indéchiffrable. Sa diversité a donné dans tous les genres avec un inégal bonheur. Je ne crois pas aux maigres romans gnangnan, pas davantage aux Faux-Monnayeurs, mais aux petits traités du début, si originaux, peut-être aux Caves, aux souvenirs et, certainement, au Journal. Les générations qui viennent n'imagineront pas de quel empois moral il a contribué à nous débarrasser. Pour moi, il m'a conforté dans un souci d'exigence. La liberté sexuelle, elle m'était acquise, naturellement, sans questions inutiles : je voulais aimer qui j'aimais, et n'avais besoin ni d'un guide ni d'un blanc-seing. Mais il a eu, certainement, une influence libératrice sur beaucoup, et surtout sur la société. Ce n'était pas rien !

 

Gide n'aurait jamais souffert par amour – mais qu'en sait-on ? Ce genre d'assertion me laisse sceptique. Et puis, il n'y a pas qu'une manière d'aimer et de souffrir, brevetée, étiquetée, jetée dans la rue à la criée... »

 

Claude Michel Cluny

 

in Le silence de Delphes (L’invention du temps tome 1) Journal littéraire 1948-1962, Editions La Différence, Littérature, 2002, ISBN : 2729114203, page 274

 


Lire aussi : Gide : le contemporain capital par Eric Deschodt

 

Voir les commentaires

1 2 3 4 > >>