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Quand Dieu était au bord des larmes par Robert Campin

Publié le par Jean-Yves Alt

Robert Campin, artiste flamand du XVe siècle, est l'un des premiers à avoir osé représenter le Christ descendu de croix, mort, sur les genoux de Dieu.

Cette représentation me touche par l'audace qu'elle présente un Dieu-Père accablé, affligé, accessible à la douleur des hommes.

Image très puissante, à l'encontre de l'idée théologique du Père impassible.

Dieu est blessé par la souffrance, même si on ne le voit pas pleurer.

Robert Campin – Volet gauche du diptyque de la trinité à l’enfant – vers 1425-1430

Huile sur bois, 34,3cm x 24,5cm, Musée de L’Hermitage, Saint Petersburg, Russie

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Du voile et du placard par Ibrahim Abraham

Publié le par Jean-Yves Alt

Se situant aux limites de la théorie queer, des Cultural Studies et des études islamiques, Ibrahim Abraham met au jour une similitude inattendue entre le placard et le voile. Qu'il décrit comme les métaphores d'espaces sexualisés pour l'islam et pour l'Occident.

Cet article s'intéresse à la création d'espace queer, à l'intérieur et en marge de la logique de genre et de sexe de l'espace musulman, en s'intéressant plus particulièrement à ces métaphores vécues que sont le placard et le voile. La dynamique fondamentale qui dans le processus de création d'espace a donné naissance au placard, c'est l'hétéronormativité – le refus d'accorder aux homosexuels, visibilité et égalité. De même, la dynamique fondamentale dans la création d'espace dans l'islam, c'est la séparation des hommes et des femmes – « la division de l'espace musulman » que je situe autour de la métaphore du voile. Cet article affirme que, comme l'institution du placard a engendré le développement d'identités sexuelles particulières, parfaitement conscientes de la construction et du maintien de l'ordre d'espaces privés et publics dans le discours de l'islam – et plus spécialement dans l'islam en Occident –, le voile pourrait générer de nouvelles critiques et transgressions des normes à la fois politiques et culturelles de l'hétéronormativité, et de ce concept récent qu'est « l'homonormativité », dans laquelle l'islamophobie est courante.

[…] Nous faisons actuellement face à un discours vibrant sur la menace islamiste qui se développe autour de la guerre au terrorisme et de ses déclinaisons à l'intérieur de notre pays, et plus particulièrement la menace libanaise. Nous avons aussi des degrés d'exclusion de la vie publique ; bien qu'une rhétorique nettement plus répandue veuille que toute forme d'exclusion soit le choix d'individus et de communautés qui ne souhaitent pas faire partie de la société majoritaire. Mais, c'est l'aspect ultime du monde du placard qui m'intéresse le plus, c'est le déni de toute trace publique du sujet placardisé. Il y a bien sûr eu des exemples de refus de la présence musulmane dans la société, notamment à propos des débats autour de l'interdiction du hijab en Europe, et à un moindre niveau aux USA et en Australie, tout autant que des controverses au sujet de la construction de mosquées. Tout cela est lié à cette logique de l'espace qui cherche à placardiser ou à voiler, même s'il y a quelque chose d'ironique dans cette société qui veut voiler le voile, ou voiler la différence, au travers de son dévoilement. Comme dans le cas du « monde du placard », on peut situer la mise en place d'un espace antivoile à la fois sur un plan idéologique, particulièrement dans l'argument que toute femme portant le hijab y serait forcée par un homme, et sur un plan répressif, comme l'interdiction en France, en Turquie et ailleurs. Il existe aussi une répression nébuleuse et officieuse d'acteurs n'appartenant pas à l'État, par exemple, les sévices et intimidations dont sont sujettes les femmes qui portent le hijab.

Une femme a raconté ce qu'elle avait vécu à Sydney après les attaques terroristes du 11 septembre 2001, alors qu'elle portait un foulard :

« Après le 11 Septembre, je me suis longuement demandé si, comme beaucoup d'autres femmes, je ne devais pas retirer mon foulard. Je me souviens que, dans l'heure qui a suivi le moment où je suis sortie de chez moi, on m'a craché dessus, quelqu'un m'a menacée comme s'il allait me frapper, le vendeur du supermarché Coles a passé ma carte de crédit dans la machine sans même me regarder. Je me souviens qu'en rentrant chez moi je pleurais à chaudes larmes, et je me demandais si je ne devais pas retirer ce foulard. »

Fait significatif, après le 11 septembre 2001, on a évoqué l'idée que la stigmatisation de la « différence » et les violences attenantes seraient passées d'un groupe, les « homosexuels » (queers), à un autre, les « arabes » – et par la même occasion ceux qui ressemblaient à des arabes, comme les latinos ou les personnes du Sud-Est asiatiques, qui ont aussi été victimes de ce que l'on suppose être des violences de représailles. En effet, l'une des premières victimes de ces représailles après le 11 septembre fut un latino gay, et son ami blanc, attaqué par d'autres latinos qui, parce qu'il était moins macho qu'eux, pensaient qu'il était arabe.

Cette peur de l'autre – et des sexualités autres – ne font qu'un. […] l'espace « queer » étant défini par son immanence, on se concentre sur son caractère menaçant. C'est la même chose avec l'espace musulman en Occident, lorsqu'il se manifeste en tant que personne voilée, d'environnement construit, ou lorsqu'il s'affirme en tant que tel dans des lieux qui ne sont en apparence pas musulmans, comme ces clubs de gym exclusivement féminins d'inspiration musulmane (clubs très fréquentés, si ce n'est en majorité, par des femmes non-musulmanes) ou des lieux de prières. En France, au cours de la période où avait lieu la polémique autour du foulard, des groupes gays et musulmans furent attaqués en raison de leur supposé « communautarisme » (considéré comme un virage vers une insidieuse politique identitaire à l'américaine) qui se manifestait autour de la question de la production de lieux séparés. Dans le cas des ghettos musulmans de l'explosive banlieue parisienne et dans le reste du pays, c'est la pauvreté qui a involontairement engendré cet état de fait, tandis que c'est de façon délibérée, et en raison de la richesse, que le ghetto gay parisien s'est créé. Le même genre de débats a lieu en Australie. Les lieux exclusivement gays dans les universités et les cours de sports prévus pour les femmes musulmanes et réservés à celles-ci y rencontrent une ferme opposition, leurs adversaires se demandant si ces groupes veulent réellement s'intégrer à la société australienne.

Ibrahim Abraham, chercheur, doctorant en Cultural Studies, à Bristol

Article traduit de l'anglais par Stéphane Trieulet

Extrait d'un article paru dans la revue « Monstre », numéro 1, décembre 2009, ISBN : 9782953535006, pp. 33 à 37

Cet extrait est publié avec l'accord de la revue.

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Carnet de notes par Eugène Boudin

Publié le par Jean-Yves Alt

Eugène Boudin est qualifié par les historiens d’art comme un précurseur de l'impressionnisme. Faut-il s'arrêter à la recherche d'école ?

L'art d'Eugène Boudin est aimable : il me fait penser que le XVIIIe siècle aurait dû « s'installer » sur les plages normandes en s'attachant au pittoresque et à l'effet à donner.

Mais ce sont ses aquarelles qui m'émeuvent le plus : discrètes, patientes, silencieuses. Elles sont comme un carnet de notes sensibles.

Avec cette technique, qui abandonne le détail pour le détail et qui se concentre sur la recherche de la lumière, Eugène Boudin, produit des éclairages proches de l'abstraction.

Eugène Boudin (1824-1898) – Crinolines sur la plage

Huile sur panneau, Musée Malraux, Le Havre

Eugène Boudin (1824-1898) – Etude pour cabines de bain

Aquarelle

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Vie réussie par Marcel Jouhandeau

Publié le par Jean-Yves Alt

« Pour ne pas avoir manqué sa vie, il ne s'agit pas d'avoir eu tout, mais d'avoir été sensible à une seule chose dont on a épuisé le charme, comme on dérobe un secret. »

Marcel Jouhandeau

Pages égarées, Editions Pauvert, 1980, ISBN : 272020157X, page 56

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L'or du soleil

Publié le par Jean-Yves Alt

L'or, matière de toutes les convoitises, rêve des alchimistes : l'incandescence imputrescible du métal total, celui qui capte le soleil, l'emprisonne et l'éternise, inaltérable et magique...

L'orfèvrerie ressuscitée d'un si lointain passé me trouble et me fascine. Sans doute parce qu'au-delà de la perfection du ciselage, la permanence de l'œuvre d'art survit à ceux, anonymes, qui l'ont créée.

Ces objets enterrés avec les humains révèlent le rapport intense que les vivants entretenaient avec la mort. Ils révèlent surtout le désir tout-puissant de vaincre le temps altéré des hommes pour rejoindre le temps idéal des dieux.

Manche de couteau en or de culture Chimu – Pérou

entre 1100 et 140 environ ap. J.C.

(laissez traîner votre curseur pour faire apparaître le dos du couteau ou cliquez si cela ne fonctionne pas)

Manifestation d'un rite funéraire ? Quelle que soit l'interprétation, cette utilisation de l'or et des pierres précieuses indique le faste accordé à l'être humain pour qu'il s'apparente aux divinités.

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