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Quand Dieu était au bord des larmes par Robert Campin

Publié le par Jean-Yves


Robert Campin, artiste flamand du XVe siècle, est l'un des premiers à avoir osé représenter le Christ descendu de croix, mort, sur les genoux de Dieu.


Cette représentation me touche par l'audace qu'elle présente un Dieu-Père accablé, affligé, accessible à la douleur des hommes.


Image très puissante, à l'encontre de l'idée théologique du Père impassible. 


Dieu est blessé par la souffrance, même si on ne le voit pas pleurer.





Robert Campin – Volet gauche du diptyque de la trinité à l’enfant – vers 1425-1430

Huile sur bois, 34,3cm x 24,5cm, Musée de L’Hermitage, Saint Petersburg, Russie


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Une dernière nuit au Mans, un film de Jann Halexander & Jeff Bonnenfant

Publié le par Jean-Yves

Le résumé de notre film « Une dernière nuit au Mans [les gens de couleur n'ont rien d'extraordinaire] » se veut simple : Marianne, veuve aisée, artiste à ses heures, vit au Mans, avec son neveu, Antoine. Elle tombe amoureuse de François, professeur de mathématiques…qui tombe amoureux d’Antoine…



Jeff et moi voulions montrer aussi un visage de la petite bourgeoisie française d'origine antillaise (ou africaine, ça dépend) que l'on peut retrouver un peu partout en France, notamment dans le grand Ouest et dans la région bordelaise. Un fait sociologique malheureusement peu étudié. Marianne et son neveu vivent dans un petit appartement mais ont une résidence secondaire (qu'on pourrait imaginer dans les Alpes Mancelles). Marianne, campée par mon amie complice Maïk Darah est la bourgeoise française par excellence : boit du vin, mange des rillettes et aime son pays en rappelant qu'il est la terre d'Alexandre Dumas. Elle a aussi cette façon bien française de collectionner les amours. Avec le personnage de François, interprété par Sandro Bassonnato, nous avons intégré la non-hétérosexualité, aussi normale que l'hétérosexualité. En parler, le montrer, le filmer, tout en sensualité mais le montrer. J'avoue que la musique de Chopin sur la scène d'amour entre Antoine et François fut bienvenue.


Si notre film devait avoir un message, puisque paraît-il, il en faut, ce serait celui-ci : ne pas avoir peur d'aimer, quelque soient les circonstances et les conséquences.



Un film drôle et solaire loin des clichés (Luc Melmont, Culture et Chanson)


Sortie du DVD de ce film : 3 février 2010


Menu interactif :

- Entretiens avec Maik Darah - Jann Halexander

- Clip ''Fragile notre bonheur"

- Bande-Annonce

- Biographies de Jeff Bonnenfant - Maïk Darah- Jann Halexander

DVD Toutes zones

Langue : Français

Durée du film 50 minutes - Durée totale du DVD : 80 minutes - Prix sur le marché : 18 euros

Points de ventes des disques et films de Jann Halexander : Fnac, Virgin, librairie Les Mots à la Bouche, ebay.fr, amazon.fr, priceminister.com, plate-formes de téléchargement. Extraits concerts et films sur youtube, dailymotion etc...

En VPC : chèque de 15 euros à l'ordre des Liliprod [Editions Lalouline / M. Cosniam, 57 rue de Bretagne - 14000 Caen] ou paiement via paypal à halexander@voila.fr

Production : Trilogie Halexander loi 1901


Nos remerciements à nos partenaires sur cette aventure (car c'en est une, belle...) : Editions Lalouline - Gayvox - Les Toiles Roses


Jann Halexander


Site : http://www.apoplexia2008.blogspot.com/


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Du voile et du placard par Ibrahim Abraham

Publié le par Jean-Yves

Se situant aux limites de la théorie queer, des Cultural Studies et des études islamiques, Ibrahim Abraham met au jour une similitude inattendue entre le placard et le voile. Qu'il décrit comme les métaphores d'espaces sexualisés pour l'islam et pour l'Occident.


Cet article s'intéresse à la création d'espace queer, à l'intérieur et en marge de la logique de genre et de sexe de l'espace musulman, en s'intéressant plus particulièrement à ces métaphores vécues que sont le placard et le voile. La dynamique fondamentale qui dans le processus de création d'espace a donné naissance au placard, c'est l'hétéronormativité – le refus d'accorder aux homosexuels, visibilité et égalité. De même, la dynamique fondamentale dans la création d'espace dans l'islam, c'est la séparation des hommes et des femmes – « la division de l'espace musulman » que je situe autour de la métaphore du voile. Cet article affirme que, comme l'institution du placard a engendré le développement d'identités sexuelles particulières, parfaitement conscientes de la construction et du maintien de l'ordre d'espaces privés et publics dans le discours de l'islam – et plus spécialement dans l'islam en Occident –, le voile pourrait générer de nouvelles critiques et transgressions des normes à la fois politiques et culturelles de l'hétéronormativité, et de ce concept récent qu'est « l'homonormativité », dans laquelle l'islamophobie est courante.


[…] Nous faisons actuellement face à un discours vibrant sur la menace islamiste qui se développe autour de la guerre au terrorisme et de ses déclinaisons à l'intérieur de notre pays, et plus particulièrement la menace libanaise. Nous avons aussi des degrés d'exclusion de la vie publique ; bien qu'une rhétorique nettement plus répandue veuille que toute forme d'exclusion soit le choix d'individus et de communautés qui ne souhaitent pas faire partie de la société majoritaire. Mais, c'est l'aspect ultime du monde du placard qui m'intéresse le plus, c'est le déni de toute trace publique du sujet placardisé. Il y a bien sûr eu des exemples de refus de la présence musulmane dans la société, notamment à propos des débats autour de l'interdiction du hijab en Europe, et à un moindre niveau aux USA et en Australie, tout autant que des controverses au sujet de la construction de mosquées. Tout cela est lié à cette logique de l'espace qui cherche à placardiser ou à voiler, même s'il y a quelque chose d'ironique dans cette société qui veut voiler le voile, ou voiler la différence, au travers de son dévoilement. Comme dans le cas du « monde du placard », on peut situer la mise en place d'un espace antivoile à la fois sur un plan idéologique, particulièrement dans l'argument que toute femme portant le hijab y serait forcée par un homme, et sur un plan répressif, comme l'interdiction en France, en Turquie et ailleurs. Il existe aussi une répression nébuleuse et officieuse d'acteurs n'appartenant pas à l'État, par exemple, les sévices et intimidations dont sont sujettes les femmes qui portent le hijab.


Une femme a raconté ce qu'elle avait vécu à Sydney après les attaques terroristes du 11 septembre 2001, alors qu'elle portait un foulard :


« Après le 11 Septembre, je me suis longuement demandé si, comme beaucoup d'autres femmes, je ne devais pas retirer mon foulard. Je me souviens que, dans l'heure qui a suivi le moment où je suis sortie de chez moi, on m'a craché dessus, quelqu'un m'a menacée comme s'il allait me frapper, le vendeur du supermarché Coles a passé ma carte de crédit dans la machine sans même me regarder. Je me souviens qu'en rentrant chez moi je pleurais à chaudes larmes, et je me demandais si je ne devais pas retirer ce foulard. »


Fait significatif, après le 11 septembre 2001, on a évoqué l'idée que la stigmatisation de la « différence » et les violences attenantes seraient passées d'un groupe, les « homosexuels » (queers), à un autre, les « arabes » – et par la même occasion ceux qui ressemblaient à des arabes, comme les latinos ou les personnes du Sud-Est asiatiques, qui ont aussi été victimes de ce que l'on suppose être des violences de représailles. En effet, l'une des premières victimes de ces représailles après le 11 septembre fut un latino gay, et son ami blanc, attaqué par d'autres latinos qui, parce qu'il était moins macho qu'eux, pensaient qu'il était arabe.


Cette peur de l'autre – et des sexualités autres – ne font qu'un. […] l'espace « queer » étant défini par son immanence, on se concentre sur son caractère menaçant. C'est la même chose avec l'espace musulman en Occident, lorsqu'il se manifeste en tant que personne voilée, d'environnement construit, ou lorsqu'il s'affirme en tant que tel dans des lieux qui ne sont en apparence pas musulmans, comme ces clubs de gym exclusivement féminins d'inspiration musulmane (clubs très fréquentés, si ce n'est en majorité, par des femmes non-musulmanes) ou des lieux de prières. En France, au cours de la période où avait lieu la polémique autour du foulard, des groupes gays et musulmans furent attaqués en raison de leur supposé « communautarisme » (considéré comme un virage vers une insidieuse politique identitaire à l'américaine) qui se manifestait autour de la question de la production de lieux séparés. Dans le cas des ghettos musulmans de l'explosive banlieue parisienne et dans le reste du pays, c'est la pauvreté qui a involontairement engendré cet état de fait, tandis que c'est de façon délibérée, et en raison de la richesse, que le ghetto gay parisien s'est créé. Le même genre de débats a lieu en Australie. Les lieux exclusivement gays dans les universités et les cours de sports prévus pour les femmes musulmanes et réservés à celles-ci y rencontrent une ferme opposition, leurs adversaires se demandant si ces groupes veulent réellement s'intégrer à la société australienne.


Ibrahim Abraham, chercheur, doctorant en Cultural Studies, à Bristol

Article traduit de l'anglais par Stéphane Trieulet


Extrait d'un article paru dans la revue « Monstre », numéro 1, décembre 2009, ISBN : 9782953535006, pp. 33 à 37


Cet extrait est publié avec l'accord de la revue.


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Le protecteur, Frédéric Lère

Publié le par Jean-Yves

L’histoire se déroule à Berlin (ouest) au début des années 80. Nikolas Zehlendorf est un flic. Il fait équipe avec Malchow. Les deux hommes n’ont pas grand-chose en commun. Autant le premier est réservé, autant le second est vulgaire et macho. Mais comme les policiers doivent travailler par paire, Zehlendorf s’en accommode.

 

 

Dans cette histoire, deux bandes rivales, qui se livrent à différents trafics, occupent la police. La première est commandée par Sony. Elle vient de recruter Dahlem, un jeune juif, en rupture de banc, plutôt séduisant : une sorte de Querelle de Genet. D’ailleurs, la décoration de sa chambre évoque ce personnage.

 

 

Sony compte sur ce nouveau pour duper la bande de Pankow. Les seconds de Sony sont sceptiques et craignent que ce jeune ne fasse pas le poids :

 

« Z’avez vu le chichi qu’il nous fait ? Et les photos au mur ? C’est un pédé !

― Dis Sony, t’es sûr de lui ? Avec sa gueule d’alternatif, manquerait plus qu’il soit honnête !

― Vos gueules ! Ce mec là, on le tient comme un toutou : il ne demande qu’à battre la queue à la moindre caresse. » (planche 7)

 

 

Sony manipule-t-il Dahlem ou tient-il vraiment à lui autrement que pour la réussite de ses différentes combines ? Difficile à dire. Pourtant progressivement Dahlem croira de moins en moins en Sony qui ne lui vient pas en aide quand les difficultés arrivent.

 

La première rencontre de Zehlendorf avec Dahlem est fortuite : elle se produit au supermarché alors que le jeune est en train de voler une paire de gants. Le sourire qu’envoie Dahlem à Zehlendorf paralyse ce dernier au point qu’il le laisse partir sans agir.

 

 

Zehlendorf rattrape pourtant le jeune homme peu après dans la rue et tente de lui faire la morale. Il obtient un crachat en unique réponse. Zehlendorf ne réagit pas et le laisse à nouveau s’enfuir.

 

Peu après, les deux policiers arrivent dans des entrepôts qui brûlent. Là, ils trouvent des membres des deux gangs qui se battent. Dahlem est présent dans la bagarre. Karow de la bande à Sony va y laisser sa peau… un coup de poignard venant d’un membre de la bande adverse. Quand Zehlendorf intervient, il ne reste plus que Dahlem sur place et Karow étendu sur le macadam. Zehlendorf veut aider Dahlem mais le jeune refuse de jouer la « donneuse ».

 

Le policier sent qu’il lui arrive quelque chose de nouveau qui le fait agir autrement que ce qu’il faisait auparavant :

 

« Je déraille flic : protéger des voleurs pour protéger une frappe. » (planche 21)

« Nikolas, t’es plus bon à rien : je ne peux même plus faire mon boulot de flic. Ce mec-là a tué quelqu’un, j’ai été incapable de l’en empêcher. Il aurait même pu tuer Dahlem. Je ne peux même plus l’interroger, je casse seulement mon crayon. Le seul qui me pousse à faire mon boulot de flic, c’est Dahlem. Je suis son complice pour un sourire et je ne sais pas le protéger. » (planche 25)

 

Lors d’un second forfait de la bande à Sony, Zehlendorf est blessé par une balle. Dahlem comprend alors que « Sony est fou » et décide d’aider le policier. Il le conduit dans sa chambre.

 

Le garçon n’est pas insensible aux charmes du policier. Il souhaite que ce dernier se laisse aller. Mais les habitudes professionnelles l’en empêchent : il craint un « coup vache » de Dahlem.

 

 

Le garçon prend confiance en lui quand il s’aperçoit que même Zehlendorf connaît la peur :

 

« J’avais vu sa peur. J’étais son égal… ça me donnait de la force. Je sais pas pourquoi. J’ai voulu faire durer le moment. » (planche 35)

 

Puis Zehlendorf redevient le « maître » et ainsi le charme entre les deux hommes se rompt. Pourtant un lent travail s’opère dans la tête du policier :

 

« Merde, c’est le premier à ne pas me mépriser et je doute de lui. Y’en a qu’un pour qui ça vaut le coup de se battre et j’ai peur… » (planche 39)

 

Zehlendorf ne tardera pas à mettre en pratique cette pensée pour sauver Dahlem des griffes de Sony…

 

 

Les illustrations en noir et blanc de Frédéric Lère rappellent le charme puissant de cette histoire. Les deux personnages principaux, Zehlendorf et Dahlem, ne sont pas trop idéalisés afin de rappeler leurs failles intérieures. Les plans sont presque toujours cadrés de très près sur chacun des protagonistes. Un seul panoramique est présent dans l’album, ce qui accentue l’atmosphère intimiste. Les traits de Dahlem évoquent la douceur d’un dur au cœur tendre.

 

Si les illustrations demeurent toujours d'une grande chasteté, elles possèdent pourtant une dimension érotique.

 

 

« C’est qu’un gosse. Je vais pas bander pour lui. » (planche 32)

 

Les sourires sont particulièrement bien réussis. Les personnages principaux (Zehlendorf / Dahlem ; Sony / Dahlem) se regardent et montrent un contact différent, à un autre niveau que le contact purement sexuel. Même si ces hommes sont froids d'apparence, ils ne se prennent jamais trop au sérieux.

 

L'humour, qui veut dire aussi absence de complaisance intra muros, est aussi judicieusement disséminé dans les 46 planches.

 

 

Un album qui rend hommage à Querelle : la mécanique du récit policier y est d'une belle précision. Comme Fassbinder, Frédéric Lère a compris le plus important : la nature mythique, sacrée, de ce Berlin/Brest du crime entre trop beaux garçons…

 

■ Éditions Futuropolis, Collection Hic et Nunc, 1984, ISBN : 2737653819

 

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Carnet de notes par Eugène Boudin

Publié le par Jean-Yves

Eugène Boudin est qualifié par les historiens d’art comme un précurseur de l'impressonnisme. Faut-il s'arrêter à la recherche d'école ?


L'art d'Eugène Boudin est aimable : il me fait penser que le XVIIIe siècle aurait dû « s'installer » sur les plages normandes en s'attachant au pittoresque et à l'effet à donner.


Mais ce sont ses aquarelles qui m'émeuvent le plus : discrètes, patientes, silencieuses. Elles sont comme un carnet de notes sensibles.


Avec cette technique, qui abandonne le détail pour le détail et qui se concentre sur la recherche de la lumière, Eugène Boudin, produit des éclairages proches de l'abstraction.




Eugène Boudin (1824-1898) – Crinolines sur la plage

Huile sur panneau, Musée Malraux, Le Havre



Eugène Boudin (1824-1898) – Etude pour cabines de bain

Aquarelle


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