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Des nouvelles des éditions Pierre Mainard

Publié le par Jean-Yves Alt

Frontières du monde habité de Alexandre Pierrepont

Grands Poèmes, 2018 – 90 pages sous couverture à rabats – 15 x 24 cm – dessins de Massimo Borghese – ISBN : 9782913751699 – 14€

Je tourne ma langue dans la bouche du squelette du ciel et dans la bouche du squelette de la terre (...)

Je tourne ma langue dans la bouche de la planète

Je tourne ma langue dans la bouche du monde

« Alexandre Pierrepont est de ceux qui jouent le tout pour le tout en pariant sur les pouvoirs du langage: sa langue prend feu dans la bouche du monde et c’est ainsi que le monde se précise et prend de la hauteur ; les squelettes prennent langue, prennent chair, s’évanouissent. L’essentiel est dit dès les premières lignes du premier poème : si le ciel, la terre et les planètes tournent encore, c’est que les mots sont des êtres vivants, c’est que la langue habille, habite le monde. C’est qu’elle le fait tourner. (…) »

Extrait de la préface de Jean-Yves Bériou

Une ensemble de poèmes vertigineux, denses, aux accents précis et coupants, où les images affleurent et hantent tous les fantômes de l’existence.


Tes prairies tant et plus de Joël Cornuault

Grands Poèmes, 2018 – 130 pages sous couverture à rabats – 15 x 24 cm – dessins de Jean-Marc Scanreigh – ISBN : 9782913751682 – 16€

Tes prairies tant et plus reprend les quatre « Petits Poèmes » amoureux parus entre 2004 et 2010 ; quatre inédits et un essai (De la lyrique amoureuse) les ont rejoints ici avec des dessins de Jean-Marc Scanreigh. Joël Cornuault poursuit la tradition des troubadours, écrivait Claude Chambard, pour lequel « ces poèmes d’amour sensuels, par touches discrètes, secrètes, effleurent à peine l’objet même du désir. Et ainsi, d’allusion en allusion, d’effleurement en baisers, de caresse en mordillement, modèlent sous nos yeux un corps tendre et lourd d’abandon. »

Extraits


Pierre Mainard éditeur

18, rue Émile Fréchou - 47600 Nérac

Tél. : 05 53 65 93 92 - mainardeditions@free.fr

www.pierre-mainard-editions.com

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Esther, René de Ceccatty

Publié le par Jean-Yves Alt

On n'écrit que sur la solitude et l'écriture est acte de survie qui, inlassablement, bâtit une pyramide où enfermer la mémoire.

René de Ceccatty appartient à cette famille d'écrivains en marge du branle-bas littéraire, où la création reste le talisman anti-mort, l'unique ressource vitale.

Pourquoi cette délicieuse souffrance en lisant Esther ? D'abord, sans doute, parce que je peux magnifier mes désarrois à travers le récit d'Esther. Mais, au-delà, mon goût des livres, cette monomanie qui me limite au manège des mots, me donne une autre explication. Dans ce roman René atteint la transparence : il sait, définitivement, que le texte est un voyage clandestin qui nous ramène aux sources de nos secrets en détruisant la mystification.

Esther dans son corps de femme est un homosexuel, mais en écrivant seulement cela, je truque grossièrement les cartes. Esther est une voix qui décrypte la signification profonde de l'amour entre hommes.

René de Ceccatty est un des rares écrivains qui ait compris la portée mythologique de l'homosexualité. Cela dépasse le goût d'un corps similaire. Esther, homme ? femme ? L'important, ce sont les lisières du non-dit, la tendresse en filigrane quand les êtres se figent soudain, l'espace d'une clarté révélatrice, extirpés de la trajectoire des codes et de l'oubli.

« Elle pense à ses rencontres, à la persistance du passé mort... Esther appartient à plusieurs temps. »

Les personnages de ce roman ont en commun l'amour de la fuite : voyageurs éternels, ils glissent d'hôtels en appartements vides, se recueillent au bord des mers, se cherchent dans les villes, entraînent les compagnons sans voix au cœur des forêts. Ils ne connaissent que les déserts et les chambres de passage où se dévore la passion. Ils ont le goût des cérémonies secrètes.

« Les premiers gestes de l'amour sont d'abord une réconciliation avec son enfance. »

Esther, Samantha, Giugna, Olivier, Michel vivent en marge des projets, des clans, des familles. Ils se tiennent, fragiles et têtus, sur la pointe extrême de l'adolescence. Orphelins, leur vie est un pèlerinage contre le temps. Nando, Noureddine jaillissent parfois pour une religion des corps qui occulte, l'espace d'un moment, la solitude.

Une solitude qu'ils portent ensemble, vigilants, chacun, à la souffrance de l'autre.

■ Esther, René de Ceccatty, Editions La Différence, 1992 (réédition), ISBN : 2729100962


Du même auteur : Une fin - L'extrémité du monde - L'or et la poussière - La princesse qui aimait les chenilles - L'étoile rubis - Babel des mers - Violette Leduc, éloge de la bâtarde

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Les dangers de la démagogie pénale par Marcela Iacub (2005)

Publié le par Jean-Yves Alt

Qu'est-ce qui est plus grave : violer un enfant ou violer la Constitution ? Assassiner une jeune femme ou annuler le texte fondamental qui structure l'ensemble de notre ordre juridique ?  

Tels sont les termes crus dans lesquels nos actuels ministres de la Justice et de l'Intérieur ont posé la discussion autour de la récidive, se présentant en personnages tragiques défiant l'ordre qu'ils sont censés incarner.

Respecter le principe de non-rétroactivité des lois pénales, voilà qui semble, à ces Antigone modernes, bien froid et abstrait face à la souffrance des victimes et aux risques que les monstres ne cessent de faire planer sur nous. Incarnant les forces du destin, du Bien et de la Justice, nos ministres pensent que la lutte contre la récidive vaut que le gouvernement prenne «le risque de l'inconstitutionnalité». Se faisant écho de cette idée, Alain Boulay, président de l'association Aide aux parents d'enfants victimes (Apev), affirme qu'au nom du principe de non-rétroactivité des lois pénales «on sacrifie des enfants et des jeunes femmes».

Mais s'il est beau de partager la rébellion d'Antigone contre les lois de Créon, de comprendre que le droit peut être parfois en désaccord avec nos intuitions morales les plus élémentaires, de savoir qu'il y a des gens qui sont capables d'offrir leur vie au tribunal des hommes pour manifester leur opposition, tout cela semble bien plus délicat lorsque ce sont les propres gouvernants qui prennent la place des révoltés.

Il ne suffit pas de se contenter d'être «choqué» et d'affirmer que «de tels propos bafouent les principes d'un Etat de droit».

Ces phrases abstraites ne nous permettent pas de comprendre le principal. En se comportant de cette manière, les gouvernants font bien plus que violer des principes que la population ne comprend pas, bien plus, surtout, que de se transformer en héros tragiques comme ils le prétendent.

Un Créon qui prend la place d'Antigone n'a d'autre vocation que de se transformer en un despote illimité.

Le XXe siècle a bien connu ce type de personnages. Le droit nazi s'est caractérisé pour mettre de côté le principe de légalité et de non-rétroactivité des lois pénales, laissant aux juges de décider selon les sains intérêts du peuple allemand. Les règles de l'Etat de droit étaient des obstacles, de pures règles formelles, des préjugés bourgeois qu'il fallait combattre si l'on voulait que le peuple s'épanouisse. Mais comment peut-on condamner le meurtre ou le viol d'enfant si l'on met en question le texte fondamental qui permet de condamner ces actes, de les juger et de les punir ? Qui va nous garantir que demain ce ne sera pas de critiquer ces mesures qui sera puni, de surcroît de manière rétroactive ?

Lorsque les gouvernants prennent la décision d'écarter la Constitution comme source de normativité formelle, c'est-à-dire comme instrument permettant de créer d'autres règles, de juger et de punir, que reste-t-il sinon leur seule volonté comme source des lois ?

Est-ce donc si difficile à comprendre ? Souhaitons qu'elle se reprenne, cette droite si «décomplexée» qu'elle finit par installer la transgression au plus haut sommet de l'Etat... Tant de peuples ont été tentés par le fait de confier à un homme ou à un groupe d'hommes le pouvoir d'incarner la volonté générale, de les débarrasser de ces outils qui encombrent le travail de redressement d'une Nation, d'une Classe ou d'une Race ! Est-ce que nous pouvons dire que l'histoire nous a débarrassés de ces tentations ? Est-ce que l'on peut être sûr d'en avoir tiré, comme on dit, «les leçons» ? Rien ne semble le montrer. Les intellectuels et les journalistes s'empressent si goulûment de trouver des ombres de totalitarisme partout dans les manipulations génétiques, la possibilité de faire des recherches sur l'embryon, la pornographie, l'avortement thérapeutique ­ partout, en tout cas, où le pouvoir d'Etat, précisément, ne s'exerce pas, qu'ils ont fini par être indifférents aux dangers que font encourir aux démocraties occidentales l'explosion qu'a connue depuis quelques années ce que l'on a bien nommé la «démagogie pénale». Et pourtant, c'est dans ce domaine que les rapprochements semblent les plus évidents.

La désignation d'une population perdue, née pour le mal, qu'il faut par tous les moyens neutraliser : les délinquants.

la transgression par le gouvernement des règles de l'Etat de droit conçues comme des purs obstacles à l'action purificatrice des autorités.

la mobilisation des émotions collectives de haine et de vengeance contre cette population.

■ ces airs de croisade pour rendre une Justice Supérieure, réparer les blessures d'un peuple meurtri.

■ et plus généralement, un esprit paranoïaque qui justifie sa violence par peur des attaques de ses ennemis. ­

Voilà un cocktail qui ne sent pas bon. Voilà ce qui répugne dans les projets de nettoyage éthique dont M. Sarkozy menace à sa manière virile, au Kärcher.

S'il est bien un domaine où la récidive semble difficile à endiguer, c'est dans la violence politique. Or celle-ci aura causé dans l'histoire plus de victimes, de misères et de morts que tous les serial killers de l'histoire. Doit-on créer un fichier des criminels politiques en puissance ?

Libération, Marcela Iacub, mardi 11 octobre 2005  

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Les lettres de mon petit frère, Chris Donner

Publié le par Jean-Yves Alt

Des vacances en famille abordées sans enthousiasme qui dérapent et tournent à la catastrophe vue sous œil terrorisé et lucide d'un enfant (Mathieu). Tout commence mal, puisque le grand frère, Christophe, destinataire des lettres, complice du narrateur (le grand frère absent a demandé à Mathieu de lui écrire tous les jours pour le tenir au courant), est exclu de ce séjour familial à la mer, à tel point qu'on peut à peine prononcer son prénom.

Mathieu ne comprend pas bien pourquoi parler de Christophe met ses parents sur les nerfs. Et si l'on parle de son copain Florian, la situation devient encore pire. Florian serait-il un "monstre", un "voyou vicieux" ? Tout ça parce que la petite sœur a vu Christophe embrasser son copain Florian sur la bouche et qu'elle s'est empressée d'aller le dire à Maman.

Dans "Les lettres à mon petit frère", Chris Donner raconte donc des vacances au bord de la mer. (dédié à Hervé Guibert) se veut le constat d'un enfant qui relate, en phrases simples (vocabulaire, expression, syntaxe censées correspondre aux possibilités d'un enfant... assez doué quand même), une histoire où il ne se passe rien. Et bien sûr "tout" a lieu. Le monde est bouleversé.

L'enfant capte l'agitation, le désarroi, la fragilité des parents, de la sœur, du frère aussi, les yeux fixés sur cet écran familial, trop sensible, où s'inscrivent les paroles des "grands" qu'il traduit et d'après lesquelles il invente sa propre histoire.

Chris (Christophe) Donner est passé maître dans cette prodigieuse acrobatie qui consiste à "parler enfant", un langage qui intègre sur le même plan la légende, les événements du quotidien, les catastrophes, l'imaginaire : la faculté d'exorciser le tragique en le rendant naturel dans l'ordinaire du temps.

On ne revient jamais de l'enfance. Paradis perdus ou terres trop vite explorées ? De la vie nous ne saurons jamais rien de plus que ce qui a été perçu brutalement pendant ce temps éphémère où les adultes nous ont rebattu les oreilles que nous comprendrions plus tard. Rares sont les auteurs qui savent capter l'enfance. Christophe Donner est un talentueux écrivain qui réussit à transcrire la perception de l'enfant qu'il fut.

■ Les lettres de mon petit frère, Chris Donner, Editions L'Ecole des loisirs, Collection Neuf, 1992, ISBN : 2211039073


Du même auteur : Les sentiments - Les lettres de mon petit frère - Tu ne jureras pas - L'Europe mordue par un chien - Le chagrin du tigre - Trois minutes de soleil en plus - Giton - Bang ! Bang !


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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Les déportés nazis ou le destin du corps

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans sa perfection sinistre, le système nazi a réintroduit, suite logique à son idéologie du sol et du sang, les marques où se lisent soit l'appartenance à un groupe banni, condamné, soit l'appartenance à un groupe élu. L'étoile jaune, les différents triangles ou barrettes furent portés sur les vêtements, mais les corps furent tatoués avec un numéro de matricule. On alla jusqu'à inciser l'étoile de David sur le front de certains juifs.

Les SS se firent tatouer sous l'aisselle le numéro de leur groupe sanguin. Ce qui était stigmate pour les uns devenait blason pour les autres. Car il est bien évident que le numéro du groupe sanguin tatoué sur la peau des SS n'avait pas seulement un sens utilitaire et préventif en cas d'accident, mais constituait la marque élective de ceux qui se revendiquaient d'une race consciente de sa supériorité. Cette inscription les plaçait dans une généalogie par la race ; la conscience génétique venait combler le manque à la conscience de l'histoire.

Il est par ailleurs significatif que dans ce système scripturaire établi sur le mode de la reconnaissance et de l'exclusion, les seules marques permises soient celles sanctionnant le fossé entre la race supérieure et la race inférieure. Le tatouage comme marque de révolte est banni. Il l'est doublement parce qu'il n'est pas uniquement marque de révolte individuelle, mais établit aussi un lien, une identification entre ceux qui en sont les porteurs. Il inscrit là aussi une mémoire, partant d'une généalogie de la révolte. [Ainsi, toute l'œuvre de Jean Genet fait apparaître des hommes pour qui leurs tatouages sont les signes leur permettant de se ranger dans une lignée mythologique ; leurs tatouages sont des blasons.]

Ces images du corps tatoué, marqué, laissent apparaître en filigrane l'image d'un corps lisse qui n'offrirait, lui, aucune résistance. Car c'est bien de résistance qu'il s'agit.

Rappelons-nous que l'art somptueux du tatouage japonais est né d'une résistance de diverses classes et couches sociales face à des privilèges accordés aux seules classes possédant le pouvoir. Dans le Japon féodal, seuls les aristocrates de la cour impériale, les samouraïs, les prêtres lettrés des temples et monastères avaient le droit de porter les splendides kimonos, au même titre qu'en Europe, les classes roturières n'avaient pas le droit de porter certains tissus sous l'Ancien Régime. Pour parer à cette injustice, les marins, les paysans, mais aussi les prostituées ont appris à graver à même leur peau des motifs aussi beaux que ceux des kimonos. Seules les parties découvertes visage, cou et mains, ne devaient pas être tatouées, afin de prévenir tout châtiment possible entraîné par cette imitation sacrilège, ce détournement de l'interdit.

La peau même du corps peut ainsi devenir le lieu d'une inscription de signes à décrypter comme transgression symbolique, comme blason ou comme stigmate.

Dans "Mein Kampf", Hitler parlait des juifs comme d'une plaie syphilitique sur le corps social ; et le discours nazi abonde en images où l'homosexualité est présentée comme une maladie menaçant le corps social d'anémie. L'explication de cette dernière formule par la non reproduction dans la pratique homosexuelle n'arrive pas à épuiser son sens. Anémie et plaie syphilitique, les deux termes renvoient, à la lettre comme au figuré, au sang et à la souillure. Imagerie simpliste mais parlante, assez frappante en tout cas pour fabriquer chez des masses réceptives à la flatterie de leur propre image et de leurs préjugés les plus ancrés, l'image d'un danger à conjurer à tout prix : la plaie judéo-marxiste et le chancre homosexuel.

Finalement, le destin du corps dans le camp de concentration nazi ne faisait que répéter, comme dans une structure en abîme, le destin du corps social sous un tel régime. La périphérie sociale, là d'où vient le danger, c'étaient pour les nazis, en priorité, les juifs, les communistes, les homosexuels, et tous les autres à leur suite. Ce sont eux, par conséquent, qu'ils ont cherché à enfermer, et à éliminer du corps social «sain». Le corps lisse à faire advenir, c'était un corps sans signe. Un corps docile, non résistant, finalement sans signe de vie.

La Mort.

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