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Rien ne peut empêcher d'être en deuil Brigitte Giraud

Publié le par Jean-Yves Alt

« Personne ne parlait plus de Bertrand Cantat. Il commençait à purger sa peine. Il devenait inconvenant de penser à lui comme à un homme en deuil. Et c'est ainsi que je pensais à lui, que j'y pense encore aujourd'hui. Tuer n'empêche pas d'être en deuil. »

Brigitte Giraud

■ extrait de la nouvelle « L'été de l'attente » in L'amour est très surestimé, éditions Stock, mars 2007, ISBN : 978-2234059252

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Rose, bleu et or : les couleurs primaires d'Yves Klein

Publié le par Jean-Yves Alt

A première vue, on pense à un plumier ou à une palette de maquillage avec ses poudres dignes des plus excentriques maquillages : rose, bleu et or.

A côté est disposé un manuscrit enroulé où l'on peut lire :

« Y. K. Le bleu, l'or, le rose, l'immatériel de l'air, l'architecture de l'air, la climatisation de grands espaces géographiques pour un retour à une vie humaine dans la nature à l'état d'énigme de la légende. Les trois lingots d'or fin sont le produit de la vérité des 4 premières zones de sensibilité picturale immatérielle. »

D'Yves Klein, on connaît surtout le bleu profond dont il couvrit tableaux, éponges et objets. Mais ce bleu ne saurait le résumer : il développa l'art de la performance en recueillant l'empreinte du vent ou de la pluie, en sautant dans le vide puis en rapportant l'événement dans un journal à numéro unique intitulé Dimanche et élaboré spécialement à cette occasion, ou en inventant la peinture de feu réalisée avec un lance-flammes, ou en utilisant des femmes comme pinceaux vivants...

Véritable quête d'un art immatériel.

Dès 1959, Yves Klein a vendu contre 150 grammes d'or certaines de ses œuvres abstraites qu'il a intitulées Zones de sensibilité picturale immatérielle à quelques acheteurs, comme pour leur démontrer que, au-delà d'une simple fabrication technique, l'art est de l'ordre de la création spirituelle et de l'invention mentale.

Klein ne connaît pas immédiatement le succès international : il a vécu, à ses débuts, des années de solitude et de manque de confiance. Il gagnait alors sa vie comme professeur de judo.

On comprend mieux ainsi la suite du manuscrit quand il invoque sainte Rita, patronne des cas désespérés : « […] Sainte Rita de Cascia, sainte des cas impossibles et désespérés, merci pour toute l'aide puissante, décisive et merveilleuse que tu m'as accordée jusqu'à présent. Merci infiniment. Même si je n'en suis pas personnellement digne, accorde-moi ton aide encore et toujours dans mon art et protège toujours tout ce que j'ai créé pour que même malgré moi ce soit toujours de Grande Beauté. »

Yves Klein, Ex-voto dédié à Sainte Rita de Cascia, 1961

Pigments purs, feuilles d'or, lingots d'or et manuscrit dans plexiglas, 21cm x 14cm x 3,2cm

Monastère de Sainte-Rita à Cascia (Italie)

Le bleu, le rose, l'or forment la base de toute son œuvre : avec eux, il a inventé un monde nouveau et m'invite à le partager avec lui.

L'essentiel n'est pas dans la peinture mais dans ce qu'elle révèle de l'invisible.

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L'homosexualité initiatique dans l'Europe ancienne, Bernard Sergent

Publié le par Jean-Yves Alt

Alors que l'homosexualité perd son caractère initiatique en Grèce, elle apparaît encore au IVe siècle après J.-C., chez les Germains et chez les Celtes :

Pour les Germains, il y a un texte d'Ammien Marcellin, historien latin du IVe siècle, qui disait des Taïfales, peuple de l'entourage des Goths, originaires du sud de la Suède :

« Nous avons appris que les Taïfales sont un peuple honteux, tellement scandaleux par leur vie obscène faite de libertinage que chez eux les adolescents sont liés à des hommes adultes dans une union d'un genre indicible, cela, pour consumer la fleur de leur jeunesse dans les pratiques répugnantes qu'ils ont chez eux. Ajoutons que lorsque l'un d'entre eux, devenu adulte, est capable de capturer seul un sanglier, ou de terrasser un ours, il est libéré de cette union de débauche. » (p.150)

Quant aux Celtes, au Ier siècle de notre ère, l'historien grec Diodore de Sicile écrivait, scandalisé, en parlant des Gaulois :

« Ils ont de jolies femmes, mais ils approchent d'elles rarement ; ils ont une préférence passionnée onnée pour les embrassements immoraux des mâles. Chose incompréhensible ! Leur habitude est de dormir par terre sur des peaux de bêtes sauvages, et de s'ébattre avec deux partenaires, un de chaque côté. Et la chose la plus étonnante, c'est que n'ayant aucun respect pour leur propre dignité, ils livrent sans résistance leurs beaux corps à d'autres hommes, et ils ne considèrent pas cette pratique comme honteuse ; au contraire, ils proposent leurs faveurs, et, quand on ne les accepte pas, ils considèrent ce refus comme une injure. » (p.179)

On retrouve donc, chez les Germains et les Celtes, le même rapport éraste/éromène que chez les anciens Grecs.

A partir du moment où il semble exister une institution commune aux Grecs, aux Germains, et aux Celtes, alors que ce ne sont pas des peuples voisins, Bernard Sergent s'est posé la question d'un héritage commun, puisque chacun parle une langue indo-européenne.

Le problème, c'est que les Romains ont pratiqué l'homosexualité mais sans aucun caractère initiatique. Chez les Perses, la situation est particulièrement ambiguë. D'après les témoignages grecs, l'homosexualité était courante chez les Perses. Mais d'après les témoignages perses, c'était une activité hautement condamnée (les textes zoroastriens disent que c'est le plus grand des péchés). Les Perses ont-ils pratiqué l'homosexualité par imitation des Grecs ou bien les milieux religieux ont-ils réussi très tôt à refouler une pratique ancestrale ? C'est une question non résolue.

Et, si l'on s'intéresse au pilier fondamental qu'est l'Inde, là, c'est le néant car on n'y parle pas du tout de l'homosexualité, même pas pour la condamner.

Il y a sans doute là un tabou total, car il est plus que probable qu'aucune société humaine n'a ignoré la pédérastie. Si l'Inde n'en a pas parlé, c'est qu'elle ne voulait pas en parler.


L'Homosexualité initiatique dans l'Europe ancienne, Bernard Sergent, Editions Payot, 1986, ISBN : 2228141305


Lire aussi :

L'homosexualité chez les peuples indo-européens par Bernard Sergent

L'homosexualité dans la Grèce antique vue par Bernard Sergent

L'homosexualité telle qu'on la pratiquait dans la Grèce ancienne vue à travers un mythe exemplaire

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Quand le voile fait danser la nudité…

Publié le par Jean-Yves Alt

Troublante est cette danseuse maure de Kees van Dongen. En affichant son sexe nocturne et ses seins fermes, elle donne une image d'impudence signifiant un refus d'accepter celui qui ne serait pas à sa hauteur.

Mais ce trouble n'est pas seulement façonné par sa nudité : il est largement appelé par le voile qui ne cache que son visage hormis ses yeux au regard d'ombres qui semblent vouloir percer l'âme des hommes…

Le voile des femmes arabes serait-il un auxiliaire de séduction érotique ?

Ce morceau de tissu semble au moins dire que l'entière nudité n'a aucun pouvoir incitatif, la sensualité s'accordant mieux d'éléments contradictoires :

Je te montre mon sexe, mais je te cache mon visage.

Je te donne mes cuissses mais ma chevelure t'est interdite.

Je t'expose mes seins mais mes lèvres sont exclues.

Kees van Dongen – Danseuse maure – 1910

En occultant ce qui est d'habitude donné à la vue de tous, Kees van Dongen accentue le trouble provoqué par la révélation au grand jour de l'intimité de cette danseuse.

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À son insu par Pierre Guyotat

Publié le par Jean-Yves Alt

« L'enfance est avec l'amour - le seul moment de la vie où l'homme est lui-même, à son insu. »

Pierre Guyotat

■ in Carnets de bord : Volume 1, 1962-1969, éditions Léo Scheer/Lignes manifestes, 2005, ISBN : 2849380342

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