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Concours d'écriture « Prenez la Parole », Edilivre/Le Refuge

Publié le par Jean-Yves Alt

Edilivre et l'association Le Refuge s'associent et lancent le premier concours d'écriture autour du thème de l'homosexualité.

L'objectif de ce concours est d'apporter un regard nouveau sur ce sujet. Ainsi, homosexuels, transgenres, mais également hétérosexuels, familles, amis ou même voisins, tous sont invités à participer !

L'idée du concours est de partager les expériences de chacun à travers une nouvelle, un témoignage ou une fiction.

Les participants ont jusqu’au 23 juin pour rédiger et poster leur texte de 10 000 caractères maximum.

Concours d'écriture « Prenez la Parole », Edilivre/Le Refuge

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L'objet perdu de l'amour, Michel Braudeau

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans ce roman, l'auteur brosse le portrait d'un écrivain, homme à femmes, qui s'éprend à Venise d'un jeune garçon de 16 ans, l'adopte pour neveu, et ne se souvient pas si, après des nuits de beuverie, il a eu – oui ou non – des relations sexuelles avec lui.

Le lecteur découvre à la page 464 ce terrible aveu :

« Dans le fond de la salle, des machines à sous, des billards multicolores, clignotants, d'où sort une voix artificielle qui se mêle aux chansons du juke-box, des autels électriques, rutilants, devant lesquels s'agglutinent quelques garçons en blue-jeans, la chemise ouverte, des tennis élimées aux pieds. Ils ont treize, quinze, dix-sept ans. Ils sont mobiles, se bousculent, sautillent, un bras sur les épaules de l'autre. Tout en sirotant son alcool, un verre après l'autre, de bar en bar, il les compte, les compare de dos. Il y en a toujours, dans chaque établissement. Personne ne s'étonne de son regard fixe. Il sait bien qu'il est venu voir cela, ces silhouettes minces dans la pénombre, ces hanches étroites, ces corps déliés, ces visages qui se retournent une seconde, lui jettent un œil de côté ; tout le monde le sait, les gosses et les vieux. Il lui suffirait d'un peu d'audace.

Mais c'est trop tard. Il est trop fatigué. Il n'a jamais osé, ce n'est pas pour cette fois, il sort, change de café dès qu'il a repéré dans un groupe celui qui pourrait le retenir. Il se sent vieux. Il n'a plus le droit. Il est le père.

(...) la permanence d'un désir inaccompli pour cette jeunesse sans souci, disponible, plus hardie que lui, ces adolescents tôt initiés par un oncle, un ami du frère. Il les aimait sans comprendre, quand il avait leur âge, ça ne l'a pas quitté malgré les femmes.

Eux s'en moquent, ils sont moins chers qu'une fille. Pourquoi pas ce soir ? Il a vu le visage indifférent de sa femme, le petit être langé, endormi, qui vient de naître, son fils. N'est-il pas libre, aujourd'hui qu'il est un homme ? »

L'objet perdu de l'amour, Michel Braudeau

Objet perdu de l'amour ? Ou objet honteux ? Qui peut en juger ?

■ L'objet perdu de l'amour, Michel Braudeau, Editions du Seuil, Cadre Rouge, 535 pages, 1988, ISBN : 978-2020102810

Quatrième de couverture : Depuis quand nous a-t-il quittés ? Depuis hier et depuis toujours, il est comme le furet, passé par ici, repassé par ailleurs et jamais reparu. Est-il homme ou femme, livre, enfant, souvenir de cendre ou de papier, a-t-il un âge, un nom, une forme, une couleur ? Comment se fait-il si bien, si souvent sentir à nous par son absence, plus vivement que toutes les affections dont nous sommes sûrs ? Parfois on peut le cueillir du bout de la plume au détour d'une page ou d'un regard sur une plage. C'est une silhouette inachevée qui obscurcit le soleil, c'est un peu d'encre qui noue les fils d'un récit. C'est en tout cas le seul et beau souci d'un vieux romancier, Axel Balliceaux, qu'on a connu très jeune dans « Naissance d'une passion », amoureux de sa cousine.


Du même auteur : Le livre de John

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Des nouvelles des éditions Pierre Mainard

Publié le par Jean-Yves Alt

Thierry Metz, « POÉSIES 1978-1997 », 184 pages, ISBN : 978-2913751606, 18€

La présente édition rassemble les poèmes de Thierry Metz (1956-1997) jamais parus en livre et, pour la majorité, extraits de la revue Résurrection qu’animait Jean Cussat-Blanc. Il fut le premier à reconnaître le poète, au point d’alerter Jean Grosjean alors lecteur chez Gallimard – maison où seront publiés Le Journal d’un manœuvre (1990) et Lettres à la bien-aimée (1995). Les poèmes présentés courent sur deux décennies durant lesquelles l’écriture façonne une œuvre à travers laquelle une voix observe, « attend quelque chose qui ne viendra pas... », et fait résonner un chant intensément intime.

Thierry Metz (1956-1997) est né à Paris. Il vécut dans le Lot-et-Garonne à Saint-Romain-le-Noble, fut manœuvre, maçon puis ouvrier agricole. De 1995 à 1997, il résida à Bordeaux.


Sylvain & Ludovic Massé, « LAM, LA TRUITE », 160 pages, ISBN : 978-2913751613, 16€

Tout au long de ce conte parabolique « livre de nature et poème de la rivière », Sylvain et Ludovic Massé nous font vivre de l’intérieur le corps d’un torrent. Dans les eaux montagneuses et tempétueuses du Vallespir en Catalogne, Lam, une jeune truite, mène une vie pleine de péripéties. Chaque moment de son existence, où se mêlent chasses, dangers, plaisirs, amours..., fournit aux auteurs l’occasion de personnifier le vivant qui abonde dans ces eaux profondes : façon de nous rendre, sans doute, plus familière cette nature sauvage. Lam, la truite est un récit profondément original, né d'un regard, nourri par un savoir, écrit avec l'intensité d'un poème lyrique.

Ludovic Massé (1900-1982) s’est imposé comme un conteur hors pair sachant tout à la fois témoigner pour les humbles et les rebelles, dévoiler les profondeurs de l’âme humaine et chanter cette terre catalane où s’inscrivent tous ses romans. On lui doit notamment : Le Mas des Oubells (1933), Le Vin pur (1944) ou encore Les Grégoire (1944-1948). Sylvain (1888-1971), l’aîné des Massé, était un amoureux de la nature ; grand observateur, ses connaissances du terrain en faisait un exemple pour Ludovic. Pêcheur émérite, c’est lui qui soumettra à l’écrivain le manuscrit de ce qui deviendra Lam, la truite.

Des nouvelles des éditions Pierre Mainard

Marie-Élisabeth Caffiez, « SOUS LES YEUX DES AÏEUX », 60 pages, ISBN : 978-2913751583, 12€

Marie-Élisabeth Caffiez (épouse Bournois), qui suivit de loin dans sa jeunesse les activités du groupe surréaliste animé par Ivar Ch’Vavar, compose Sous les yeux des aïeux à la fin de 1998. Elle y évoque son enfance et son adolescence au village. Plusieurs de ces poèmes ont paru dans l’anthologie Cadavre grand m’a raconté (éditions du Corridor bleu).

Marie-Élisabeth Caffiez est née à Wambercourt (Pas-de-Calais), en février 1951. Au collège-lycée de Montreuil, elle suit de loin les activités du groupe surréaliste animé par Ivar Ch’Vavar, elle devient vendeuse dans un grand magasin du centre-ville jusqu’à sa rencontre avec Étienne Bournois en 1973. Elle épouse ce quadragénaire qui écrit des poèmes, trouvant cela ridicule elle se met à la poésie « pour le taquiner, lui faire honte ». Elle ne tarde guère à remporter des succès qui rendent son époux fou de rage...


Juan Sánchez Peláez, « FILIATION OBSCURE », 86 pages, ISBN : 978-2913751590, 14€

Son premier livre, Elena y los elementos (1959) annonce la couleur de toute son œuvre : « l’imprévisible logique du désir » (Gustavo Guerrero), à la fois dans le flux érotique qui traverse le contenu de sa poésie et dans le jeu métamorphique continuel qui la fait danser. Dans ses recueils, se donne à lire un va-et-vient incessant entre flot torrentiel et parole resserrée, raréfiée, célébrant « l’amour, l’aimée et le langage ». L’expérience qui le marquera est la fréquentation du groupe de la revue surréaliste La Mandrágora, au Chili, où il se rendit en 1940. De là, il ira en Argentine et deviendra l’ami du poète Enrique Molina.

L’ignorance européenne à son sujet est paradoxale : il a passé une grande partie de sa vie loin de chez lui, à Bogotá et à New York, mais aussi à Madrid et à Paris dans les années cinquante. Cette édition bilingue, Filiation obscure (Filiación oscura) traduite par Jean-Yves Bériou et Martine Joulia, devrait contribuer à lui rendre justice.

Présenté comme celui qui libéra la poésie du Venezuela de la « vieillerie poétique », Juan Sánchez Peláez (1922-2003) est, en Amérique du Sud, considéré comme l’un des plus grands poètes du siècle passé.


Pierre Mainard éditeur... une aventure charpentée par l’urgent désir de faire émerger une littérature exigeante et en recherche !

Pierre Mainard éditeur

18, rue Émile Fréchou - 47600 Nérac

Tél. : 05 53 65 93 92 - mainardeditions@free.fr

www.pierre-mainard-editions.com / Facebook : pierre mainard éditeur

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Le buveur de nuages, Fritz J. Raddatz

Publié le par Jean-Yves Alt

Bernd Walther, le héros de ce livre, découvre, à vingt ans, dans le Berlin d'Après-Guerre, et dans les bras d'un couple d'intellectuels, les peines et les joies des amours bisexuelles.

Grosse confusion des sentiments pour une jeunesse allemande :

« ... il y avait eu d'un côté le corps d'Yvonne ajouté au sien, de l'autre, son corps ajouté à celui de Stéphane. Mais voilà qu'à présent ses tendres caresses naguère réservées à Yvonne étaient dévolues à cet homme qui, de son côté, avait joui d'Yvonne. Ces poils sous les aisselles – Stéphane ? Yvonne ? De qui jouissait-il lorsqu'il fourrageait dans cette fourrure laineuse et qui jouissait de sa propre touffe rousse, de ses jambes, de ses hanches, de ses mains ? Etait-ce le désespoir ou l'ivresse qui mettait sa langue en feu ? Bernd n'aurait su le dire. Il donnait libre cours à sa tristesse, à sa lascivité, à sa douleur. Il voulait faire mai en se faisant mal – un bretteur qui tire l'épée pour le plaisir et qui tue. La queue de Stéphane dans sa bouche lui traversa le front, le crâne, le transperça comme une comète embrasée : avait-il déjà connu cela avec Yvonne ? Une succession de petits meurtres. »

Le buveur de nuages, Fritz J. Raddatz

De quel côté pencheront les préférences de Bernd ?

■ Le buveur de nuages, Fritz Joachim Raddatz, traduit de l'allemand par Bernard Kreiss, Editions Flammarion, collection Rue Racine, 258 pages, 1988, ISBN : 978-2080661234

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Antinoüs, Nicolas Henri (2016)

Publié le par Jean-Yves Alt

« Antinoüs » de Nicolas Henri ou l'amour sans pudeur

L'empereur Hadrien (76-138) était un homme exceptionnel, d'une intelligence et d'une culture rares, dont l'essentiel de la vie fut sa passion pour le jeune Antinoüs.

L'Amour est grave, parfois terrible... Les scènes transcrites par Nicolas Henri parcourent toutes les régions de l'empire d'Hadrien, des élévations les plus sublimes de l'âme jusqu'aux exultations les plus triviales du corps.

Les lecteurs seront sans aucun doute séduits par l'enchantement des premières, même si elles sont assez rares dans ce roman :

« Antinoüs porterait-il encore le même regard fervent sur son empereur ? Bien sûr, Hadrien savait qu'il obtiendrait tout ce qu'il voulait de lui. Quel garçon de cet âge aurait osé lui résister ? Mais il redoutait sa soumission ; ce à quoi il aspirait, c'était de la connivence, de la complicité. Plutôt qu'un garçon qui se donne, il voulait un amant qui partage... Mais que peut partager un berger avec un partenaire qui dispose du droit de vie ou de mort sur tout un empire ? Comment faire comprendre à l'aimé que ce n'est pas l'empereur qui le convoite, mais Hadrien, mortel parmi les mortels... ? » (p. 129)

Mais que les lecteurs ne soient point troublés par les secondes (fréquentes et très explicites), qui témoignent, sous l'égide de la beauté, des mœurs d'une civilisation qui vivait les réalités de l'amour tout autrement.

« Antinoüs » de Nicolas Henri, n'est nullement un roman bêtement édulcoré, épuré de toute représentation de la sexualité et du culte que de toute éternité l'homme voue à son phallus. C'est bien Éros dans tous ses ébats que le lecteur découvre à de nombreuses reprises, même si tout est aménagé pour que jamais ne s'installe la moindre ambiguïté qui pourrait faire prendre les pages de ce roman pour une annexe de l'« enfer » d'un collectionneur érotomane.

Ce roman livre le parcours chronologique du jeune éphèbe tout à la fois très didactique (parfois même trop !) et fort réjouissant.

Les scènes sexuelles évoquent divers aspects de l'amour physique y compris le plaisir solitaire, l'amour de groupe ; certaines scènes rappellent l'importance du rôle joué par la prostitution, le fait de se prostituer équivalent dans certains cas à un acte de piété. Enfin, la pédérastie, prise dans le sens originel du mot – une relation entre l'homme mûr et l'adolescent incluant des valeurs pédagogiques et ne menant pas nécessairement à un commerce sexuel – semble avoir perdu, à l'époque de l'empereur Hadrien, son sens originel.

Antinoüs, Nicolas Henri (2016)

Si une petite partie du livre est consacrée à l'invocation d'Éros comme protecteur des relations nuptiales et de la fertilité des couples, le plus souvent, le bel éphèbe symbolise l'évocation du plaisir et de l'amour homosexuel.

Avec le personnage d'Antinoüs, Éros devient plus sage, plus sentimental quand il évoque les amours homosexuelles entre l'empereur Hadrien et l'adolescent, entre l'éraste et l'éromène. Ce qui n'empêche pas l'auteur de ne pas cacher le commerce sexuel. Ce roman montre autant la tendresse et le désir que la réalité des faits.

L'éraste devait guider son éromène avant le passage à l'âge adulte et lui inculquer dans le plaisir le goût du beau, de la beauté tant physique que spirituelle. Autant dire que sous le regard de l'empereur Hadrien et de son amant Antinoüs, on ressent une certaine nostalgie devant les vestiges d'une civilisation qui savait représenter sans pudeur des amours vécues sans honte.

Zoé Oldenbourg (in « Le roman historique », NRF, n°238, octobre 1972) écrivait que pour « attaquer de front l'Histoire, le romancier doit y être poussé par le sentiment d'une nécessité » : c'est cette nécessité qui n'est pas lisible dans le roman de Nicolas Henri. Peut-être parce que l'auteur a choisi un narrateur externe qui ne fait que relater, certes dans une langue magnifique, les actions des personnages, en occultant dans son roman ce qui relève de la raison et de la morale.

Pour atteindre au mieux l'humain et l'universel, il aurait été préférable de choisir Antinoüs comme narrateur : le lecteur se serait trouvé alors devant une réalité unique, celle de ce garçon-là, à ce moment-là, dans ce lieu-là. Et c'est par ce détour que l'universalité aurait pu prendre forme.

« Antinoüs » est un « roman d'amour » homosexuel : la passion de l'empereur pour son favori illumine tout son règne et lui permet d'adopter cette ultime devise stoïcienne : patience. Certes, Hadrien fait aussi référence à ses amours féminines.

Mais il manque dans ce roman le destin d'un homme d'État, également une méditation sur l'amour et sur le sens de la vie, enfin une réflexion sur la mort.

Lorsque le roman se clôt, l'empereur meurt dans le seul regret d'Antinoüs :

« Petite âme, âme tendre et flottante,

Compagne de mon corps, qui fut ton hôte,

Tu vas descendre dans ces lieux

Pâles, durs et nus,

Où tu devras renoncer aux jeux d'autrefois. » (p. 312)

■ Antinoüs de Nicolas Henri, Éditions H&O, 315 pages, septembre 2016, ISBN : 978-2845473041


Quatrième de couverture : Quand le mythe devient chair…

Si Zeus avait eu le choix, ce n’est pas Ganymède qu’il aurait choisi… Cette déclaration d’amour d’Hadrien, empereur d’une Rome à son apogée, marque le début d’une relation exceptionnelle dont l’histoire ne garde pour toute trace qu’une des plus importantes statuaires de l’histoire de l’humanité, hommage au destin tragique de l’être aimé.

Si le parcours d’Hadrien est aujourd’hui bien connu et a fait l’objet de nombreuses fictions, celui de son amant restait à imaginer.

Car l’on sait très peu de chose du petit berger de Bithynie, sinon que rien ne laissait présager sa rencontre avec l’homme le plus puissant du monde d’alors, ni la fin dramatique de leur relation…

C’est à cette découverte touchante et sensuelle que nous invite Nicolas Henri dans son nouveau roman.

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