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Les enfants terribles de Maria Marshall

Publié le par Jean-Yves Alt

Que faire de mes enfants, que faire de nos enfants ?

C'est la question que pose Maria Marshall, artiste américaine, dans ses installations vidéo. Composant de brefs récits cinématographiques, avec ou sans son, Maria Marshall, qui filme ses propres enfants, explore de manière subversive, les thèmes de la maternité, de la socialisation des jeunes, de la construction de leur identité, du rôle des parents, des valeurs familiales...

La cohabitation du monde des adultes et des enfants s'exprime avec violence. Ces films, insupportables comme peuvent l'être les gamins, dérangent.

« When I grow up I avant to be a cooker » (Quand je serai grand, je serai cuisinier), montre un jeune enfant qui fume une cigarette, avec un plaisir visible. Le ton est donné.

Maria Marshall – When I grow up I want to be a cooker – film muet 35mm, 1998

Dans « Theresa's Story », la petite Theresa raconte de façon tellement interminable une dispute avec sa sœur, qu'on en vient à souhaiter qu'elle se taise définitivement.

Maria Marshall – Theresa's Story – film sonore 16mm, 2000

« Dont let the T-Rex get the children » (Ne laissez pas le tyrannosaure attraper les enfants), est un film muet qui débute sur le visage souriant d'un enfant. Le plan s'élargit petit à petit. L'enfant est en camisole de force dans une chambre capitonnée... il n'a plus la parole…

Maria Marshall – Don't let the T-Rex get the children – film muet 35mm, 1999

Des vidéos sur l'enfermement de l'enfance dans les projections et les normes des adultes. Hallucinantes.

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Je ne suis qu'un atome par Yunus Emré

Publié le par Jean-Yves Alt

La plus belle fois qu'un homme a dit je t'aime à un autre homme, c'était au XIIIe siècle. Quelque part en Anatolie...

« Pour mon Bien-Aimé je n'aurai plus d'âme – seulement mon amour – plus d'âme, plus de raison, mais l'ivresse de mon seul amour.

Je dois, dans mon voyage, traverser l'univers et franchir l'espace. Je ne suis qu'un atome, mais un atome échappé au Trésor.

Je vais. Chaque pas me rapproche de lui. Je vais. Je cours vers lui, le Bien-Aimé. Quand je le verrai, quel poids pèsera l'humaine renommée ? Je suis l'immolé de la cité d'amour.

Younous, donne ton âme en holocauste à l'Ami, et puisses-tu, du secret, transmettre l'évidence. »

Yunus Emré

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La Cène vue par le photographe israélien Adi Nes

Publié le par Jean-Yves Alt

Cette photographie de l'israélien Adi Nes est une réinterprétation de la Cène de Léonard de Vinci.

Sans vouloir heurter les croyances, elle montre les liens tissés entre profane et sacré, entre charnel et immatériel, et navigue entre nécessaire liberté de l'expression artistique et rigidité du dogme religieux.

Version messe militaire de campagne, cette image, extraite d'une série sur l'armée, institution incontournable de la vie israélienne, est imprégnée de sensualité.

Bien qu'elle pastiche la composition originale, elle s'en démarque par l'uniformité du kaki et des éléments de modernité comme les fumeurs ou les montres aux poignets.

Adi Nes – The Last Supper – 1999

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Je suis blessure par Yunus Emré

Publié le par Jean-Yves Alt

La plus belle fois qu'un homme a dit je t'aime à un autre homme, c'était au XIIIe siècle. Quelque part en Anatolie...

« Tout sacrifiant à cet amour, vois ce que l'amour a fait de moi. Tout donnant à cette querelle, vois ce que la querelle m'a donné.

Je pleure et brûle, couleur de feu, couleur de sang, ni fou ni sage : vois ce que l'amour a fait de moi.

Mejnoun, insensé, pour sa Leïla, je marche et chemine, en rêvant, vers l'Ami. Hélas, éveillé : vois ce que l'amour fait de moi.

L'amour m'a si fort enivré, non seulement l'esprit mais mon coeur et mon corps aliénés, qu'il semble avoir, quasi, voulu m'assassiner. Vois ce que l'amour fait de moi.

Soufflant comme les vents, nuage de poussière, je suis torrent qui dévale. Vois ce que l'amour fait de moi.

Je suis l'eau murmurante des sources – mon coeur marqué de feu – et pleure par amour de l'Ami. Vois ce que l'amour fait de moi.

Le teint jaune, mes yeux humides, poitrine déchirée, poumon navré, ô frère qui m'as connu, vois ce que l'amour a fait de moi.

Humble Yunus, infortuné, tu es blessure. Mon coeur et mon être égarés par la pensée de l'Ami. Vois ce que l'amour fait de moi. »

Yunus Emré

in Le Divan, par Yunus Emré, traduit du turc et préfacé par Yves Régnier, Editions Gallimard, Collection Métamorphoses, 1963, ISBN : 2070222160

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Jeu des sept erreurs par la photographe Isabelle Waternaux

Publié le par Jean-Yves Alt

Isabelle Waternaux est une portraitiste, au sens traditionnel du terme.

Dans la série intitulée Ecarts, elle a photographié ses modèles dans une mise en scène classique – en buste, de face et torse nu –, ce qui confère à ses images une certaine intemporalité.

Les vues ont été doublées ; un faible instant s'étant écoulé entre les deux prises, le modèle a imperceptiblement et involontairement modifié sa pose. Il s'est détendu, et son regard semble moins concentré.

Quant au spectateur, il se trouve confronté à deux versions jumelles du même cliché. Comme dans le jeu des sept erreurs, il ne lui reste qu'à tenter de trouver les différences entre les deux images.

Isabelle WaternauxPortrait de Boris Charmatz

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