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Les nouveaux libertins, Pier Vittorio Tondelli

Publié le par Jean-Yves Alt

L'Italie des années 70. De Bologne à Corregio, une bande de jeunes, Giusy, Pia, Gigi, Dilo et les autres font l'apprentissage de la vie.

Ils ont bien du charme, ces petits chats perdus de Pier Vittorio Tondelli. Le charme de la jeunesse, l'ambiguïté de l'innocence et de la perversité confondues. A travers leurs aventures, c'est le dilemme du pur et de l'impur qui se pose au lecteur.

Six chapitres composent le roman et présentent différentes tranches de vie, différentes expériences. Ce qui frappe avant tout c'est de suivre ces personnages tendres et lucides, merveilleusement organisés pour souffrir et débordants de l'envie désespérée d'être heureux.

Six "histoires", donc, où le « je » prend les couleurs :

▫ d'un petit dealer du buffet de la gare de Bologne qui soulage d'une seringue son copain en manque, boit des Campari et saccage sans bruit ses plus belles années.

▫ de Pia, la sorcière-enfant, qui fait régner la terreur dans la ville et se grise de vitesse.

▫ de l'étudiant amoureux de Dilo, qui comprend que l'amour (pas seulement physique) est sans issue.

▫ ...et tous les autres, enfants assoiffés à qui l'on a fait croire que le bonheur existe, ou qui le croient parce qu'ils ont dix-sept ans et qu'à cet âge, c'est bien connu, on n'est pas sérieux. Et qui le cherchent partout, dans la drogue, au volant d'une voiture volée qui va à fond de train, ou dans les bras du copain un peu tendre, un peu complice, un peu en manque lui aussi.

Des enfants terribles, en somme, à l'italienne, et terriblement italiens : la faconde, la légèreté méditerranéennes, la dépendance parentale (il faut qu'il y ait, même dans les pires situations, une cabine téléphonique proche pour rassurer la famille).

Il fallait à ce roman de l'errance, de l'espoir fou et des pathétiques retombées une langue à la hauteur, et celle de Tondelli (admirablement « retrouvée » par la traductrice) bat exactement au même rythme que le cœur multiple de ces nouveaux libertins. Un très beau roman.

■ Les nouveaux libertins, Pier Vittorio Tondelli, Editions du Seuil, 1987, ISBN : 2020097486


Du même auteur : Chambres séparées - Pao Pao

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Entre les vagues, Claudine Galea

Publié le par Jean-Yves Alt

Présentation de l'éditeur : Si Tommy avait rencontré Cecil au collège, ils n'auraient pas été amis, ils n'auraient pas su quoi se dire. Mais ici, tout est différent. Ici, un été, au bord de la mer. Cecil fait tout à l'envers.

Il se baigne quand la mer est démontée, dessine au lieu d'écrire sur les cartes postales, écoute une musique qui n'est pas de son âge et se tait quand on lui pose trop de questions. Il grandit d'un coup cet été-là. Il oublie ses copains habituels, la plage avec les filles, les séances de ciné. Parce qu'avec Cecil, Tommy trouve que tout est différent. Il n'y a plus que les courses dans les collines, la chaleur de l'été, le bleu du ciel. Et les jambes immenses de Cecil.

Tommy habite Paris. Cecil vit à Clermont-Ferrand et passe l'été à La Ciotat. Âgés d'une dizaine d'années, les deux garçons deviennent complices lors de leurs balades en vélo, des randonnées, des promenades sur la plage. Très vite, Tommy comprend qu'avec Cecil, tout est différent : son corps dégingandé, sa blondeur, sa peau trop claire, les disques de jazz qu'il écoute. Tommy ne comprend rien aux vagues qui bouleversent son cœur quand Cecil part quelques jours à Marseille et qu'il prononce le nom de son nouvel ami. Claudine Galea traduit en mots les instants fugitifs de cette passion naissante qui ne connaît pas son nom. Merveilleux.

in TÊTU n°111, Alexandre Rosa, mai 2006

■ Entre les vagues, Claudine Galea, Editions du Rouergue, 2006, Collection DoAdo, ISBN : 2841567362


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualité.com

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Pixote, la loi du plus faible, un film d'Hector Babenco (1981)

Publié le par Jean-Yves Alt

Pixote, ne me regarde pas comme ça : seuls les poètes croient que la terre est une orange bleue…

Trois scènes du film Pixote rompent, l'espace d'un espoir, la tension implacable du récit d'une fatalité sociale : un enfant devient criminel. Ce sont les seules où la femme - son symbole - apparaît, témoin bâillonné de la monstrueuse machination des hommes.

● L'institutrice, la doctoresse attardent leur regard professionnel sur cet enfant de dix ans englouti dans l'engrenage de la délinquance.

● Madame Sueli, la putain, serre le meurtrier sur son ventre mort.

● Devant la mer - quelques secondes de bonheur - Pixote pose sa tête sur l'épaule de Lilica, jeune homosexuel : « Il n'y a rien à attendre quand on est pédé », dit-il...

Trois lueurs sur de possibles renaissances pour rendre d'autant plus intolérable l'univers de la violence. Non pas que le film d'Hector Babenco dénonce le sexe et la drogue. Il situe le crime dans le détournement machiste et mercantile du plaisir, de l'amour et du rêve.

Ce n'est qu'un des aspects du film. Documentaire réaliste et tragédie grandiose de la solitude et de la mort, il s'inscrit dans de bien plus vastes dimensions.

Dans les taudis de Sao Paulo, un enfant ajuste un revolver. Dans la misère de Sao Paulo un enfant tue. Il se retourne vers nous : son regard de faon blessé vire peu à peu au noir d'un voyage sans retour.

Les rapports homosexuels sont très honnêtement décrits dans ce film : ceux violents de l'univers carcéral, ceux aussi de l'amour. Ces adolescents ont interdit la mère : trop de pauvreté a brouillé les cartes : la dame de cœur n'a pas eu le temps de bercer son petit.

Comment traverser le temps sans ce viatique qui apprend l'amour au guerrier ?

La femme suspecte et le tenace besoin de tendresse inventent le pédé au grand cœur, fausse femme des délires machos, mais aussi, plus insidieusement, l'amour incommensurable des mecs entre eux, sexualité et tendresse sauvages contre l'adultre traître, quand la dureté vacille un soir trop doux d'été.

Film exceptionnel, film unique, film total sur l'enfance. Enfance d'un truand, éducation sentimentale d'un dur ? Peut-être. Mais aussi regard lucide sur les désirs du garçon, analyse juste d'un âge qu'on s'entête à idéaliser pour mieux se pardonner la lâcheté adulte.

Il faut s'arrêter sur le visage en gros plan de Pixote s'appliquant à écrire cette phrase à hurler :

« La terre est ronde comme une orange ».

Pixote, ce n'est pas encore le jour du fruit-bonheur.


Du même réalisateur : Le baiser de la femme araignée

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Pente douce, Joseph Hansen

Publié le par Jean-Yves Alt

Si bas qu'on soit tombé, il y a souvent encore quelques marches à descendre pour toucher le fond. Tel pourrait être le résumé de Pente douce.

Comme toujours dans les romans de Joseph Hansen, la description des modes de vie gays fournit le contexte et les ressorts dramatiques du récit. Mais l'absence de Dave Brandstetter, l'enquêteur d'assurance homosexuel qu'on retrouve habituellement de livre en livre, modifie notablement la tonalité de cet ouvrage.

Ici, on quitte le cadre policier traditionnel cher à Hansen : meurtre ou disparition, enquête et mise à jour des mobiles des personnages, puis découverte du coupable.

"Pente douce" relève plutôt du roman noir, radioscopie impitoyable d'un enchaînement logique qui mène un faible à la déchéance morale et au crime...

L'intérêt et l'absence d'amour sont les ingrédients d'une spirale qui conduit Cutler, ex-auteur de pornos gays et homme de compagnie de Moody, agent littéraire âgé et malade, à tuer son bienfaiteur pour hériter plus vite. Mais dans une tragédie, le bourreau devient parfois victime : l'amour fou qu'il éprouve pour Pelletier, bel et jeune arriviste, le conduit peu à peu à renoncer à toute dignité, à tout respect de soi et donc des autres.

Juste retour des choses, Cutler se retrouve exactement dans la situation de Moody. Ensuite c'est la lente descente vers l'abjection, chaque forfait en entraînant un autre, tandis que dans la maison voisine, Véronique, jeune bourgeoise cynique et désœuvrée, s'envoie en l'air avec Pelletier.

A un moment, l'espace de deux brefs chapitres, le noir s'estompe un instant au profit de la rencontre lumineuse de Cutler avec Eduardo, un jeune Mexicain qui lui apporte calme et tendresse... Mais Pelletier veille. Et la spirale se referme sur Cutler : il n'y aura ni espoir ni rédemption.

"Pente douce" est un chef-d'œuvre, où les événements s'enchaînent avec une logique imparable et où les personnages rivalisent de noirceur : j'ai été stupéfié par la cruauté des ultimes répliques du roman.

■ Pente douce, Joseph Hansen, Editions Rivages, Collection Rivages noir, 1989, ISBN : 2869302762


Du même auteur : Les mouettes volent bas - Le garçon enterré ce matin - Un pied dans la tombe - Par qui la mort arrive - Petit Papa pourri


Lire aussi sur ce blog :

Joseph Hansen et son détective homosexuel, Dave Brandstetter

Hommage à Joseph Hansen et chroniques brèves des romans : Le poids du monde - En haut des marches - Les ravages de la nuit

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Chambres séparées, Pier Vittorio Tondelli

Publié le par Jean-Yves Alt

"Chambres séparées", est une superbe élégie, le témoignage grave de la douleur après la mort de l'ami.

C'est l'histoire de Léo et Thomas. Un couple libre qui, à l'image de ces chambres qu'ils veulent séparées pour que le temps n'épuise pas leur amour entre deux miraculeuses étreintes, jongle avec les rendez-vous, sans cesse se quittant pour découvrir qu'ils ne peuvent pas se quitter. Thomas meurt à 25 ans, laissant ouvert un abîme :

Comment savoir maintenant quelle aurait dû être la vraie vie ? Comment affronter une autre version des faits et deviner peut-être le souhait de Thomas puisqu'il avait fini par se marier, sans renier Léo ?

Pour le lecteur qui, avec Léo - veuf maintenant du compagnon véritable -, se souvient des jours heureux, pour le lecteur qui erre avec lui à travers le monde où le plaisir a perdu sa lumière, ce passé trop court, fait de brefs fragments sans cesse brisés et rassemblés, laisse un sentiment insupportable de culpabilité.

Pourquoi, puisque Thomas devait mourir, Léo n'a-t-il pas consacré son temps à l'aimer ?

Chambres séparées est un roman sévère qui décrit avec minutie la survie d'un homme amputé de son moi, anéanti par la solitude, la vraie, quand on sait qu'à jamais on ne touchera plus le corps de l'ami.

Léo et Thomas sont les archétypes d'une représentation de l'amour au masculin. Un Roméo et Juliette homosexuel.

■ Chambres séparées, Pier Vittorio Tondelli, Editions du Seuil, 1992, ISBN : 2020121514


Du même auteur : Les nouveaux libertins - Pao Pao

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