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Mémoires d'un guerrier du sida par Alain Emmanuel Dreuilhe

Publié le par Jean-Yves Alt

Les maladies, comme les guerres, se racontent mal ; les combattants ne peuvent pas communiquer ce qu'ils sentent, surtout dans les premiers temps, faute de recul, et les autres «font de la littérature». Je ne compose pas de Mémoires de guerre à la De Gaulle ou à la Churchill, car je ne suis qu'un fantassin, qui n'a pas de vue d'ensemble du conflit.

Je raconterai ma guerre aux jeunes pédés arrivés après la découverte du remède miracle, après la signature de l'armistice. Ils frissonneront un instant à mes souvenirs séniles, pour reprendre ensuite leurs activités ludiques et oublier très vite cette horrible période de notre histoire collective. Qui veut entendre encore parler de la guerre de Corée ?

D'ailleurs, une guerre racontée au jour le jour serait une mélopée interminable. Seuls les épisodes saillants et symboliques, les hauts faits - individuels ou collectifs - sont dignes d'intérêt. Le langage est trop rudimentaire ou trop oiseux pour rendre compte du lent déroulement des heures et des jours.

Alain Emmanuel Dreuilhe

■ in Corps à corps : Journal de sida, Editions Gallimard/Au Vif du Sujet, 1987, ISBN : 2070711951, page 177

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« Le Vieillard et l'Enfant » de François Augiéras vu par le colonel Marcel Augiéras, oncle de l'auteur

Publié le par Jean-Yves Alt

Le scandale du "Vieillard et l'Enfant" concernait l'abus de certains coloniaux à l'égard des enfants.

Quelques exemplaires du livre traversèrent évidemment la Méditerranée et arrivèrent à El Goléa (chez l'oncle de François Augiéras)

Un esclandre terrible ! Pour qui connaissait le colonel, l'attaque était sans équivoque. La souillure indélébile. Et puis, il ne s'agissait plus de médisances circulant sous le manteau. Cette fois, le livre se trouvait en librairie. L'insulte était publique. En ses vieux jours, le colonel Augiéras avait à livrer une ultime bataille. La plus difficile de toutes, car l'ennemi, fait de papier et de mots, s'était installé en lui-même.

Un soir, dans le bordj silencieux, il s'assit devant son bureau et rédigea une lettre pour Jérôme Lindon. Celle-ci était datée d'El Goléa, le 15 avril 1955 :

Monsieur le Directeur,

Il y a quelques mois, sous le titre le Vieillard et l'Enfant, vous avez publié un livre qui, le mystère dont s'est entouré l'auteur aidant, a pu tromper certaines personnes (Gide, Mauriac...) et n'est en réalité, sous un prétendu masque littéraire, qu'une obscénité scandaleuse.

En outre, et sans le nommer, l'auteur attaque bassement un vieillard, moi, et par vengeance parce que je l'ai chassé de chez moi en raison du scandale qu'il causait, et d'ailleurs... il avoue avec cynisme ses "sales petites histoires" et ses turpitudes puisqu'il se prostitue passivement à un vieillard sadique. Sans me nommer, oui, mais avec des précisions telles sur les lieux que, le livre étant parvenu à El Goléa y cause un scandale, car il n'est pas possible de douter. Evidemment on ne croit pas ces obscénités (l'outrance même les condamne), mais tout de même ce vieillard respecté serait donc un être immonde, voleur et même assassin, qu'il déclare avoir frappé à la tête.

Je m'étonne que vous ayez osé publier un pareil écrit, et j'étudie la possibilité de déposer une plainte pour pornographie et diffamation.

Quant à l'incognito, dont vous faites réclame, "Qui est Abdallah Chamba ?", il ne doit pas exister pour vous qui dans votre catalogue d'octobre 1954, donnez même un portrait de l'auteur, avec un grand chapeau arabe pour compléter le camouflage. Quoi qu'il en soit, si mystère il y a, je vais le dévoiler.

L'auteur, hélas, porte mon nom : c'est mon neveu, François Augiéras, âgé de 30 ans, habitant chez sa mère veuve 14 Place du Palais à Périgueux (Dordogne).

Et voici des précisions. Ayant échoué dans ses études, puis dans la peinture, il a traîné... et se tourne maintenant vers la littérature (?) pour laquelle il est loin d'être préparé : sans culture générale (pas même le certificat d'études primaires), il avait commencé des études secondaires qu'il dut abandonner faute de moyens suffisants. C'est un raté, n'ayant jamais rien pu faire.

Son insuffisance apparaît d'ailleurs dans son livre, sans la moindre idée d'une composition (car le récit est incohérent si vous voulez bien y songer), où les fautes de syntaxe foisonnent presque à chaque page (l'avez-vous remarqué ?) Voilà pour l'intellectuel.

Quant à la valeur morale du personnage, j'ose à peine en écrire. Intelligent, certes mais âme vile. Il est déséquilibré, morbide et sadique, menteur et sournois, maître chanteur et sans scrupules, très dangereux. Pour tout dire, c'est, hélas, une canaille, dont vous vous faites inconsciemment le complice...

Pour étaler ses turpitudes et s'en glorifier, il a cherché un cadre original : il a trouvé le Sahara où il est venu, et le mystère de son incognito pour corser l'affaire et tromper le lecteur un vieil officier en retraite pour encaisser l'ignominie, se venger en même temps de lui et souhaiter sa mort. Et tout cela devait être camouflé pour tromper un éditeur, vous...

C'est du machiavélisme.

Voilà la valeur morale de l'individu. Il m'a paru nécessaire, Monsieur, que vous soyez au moins éclairé.

D'autre part, je viens d'apprendre, par un ami de France, qu'il existerait un nouveau livre obscène et dans lequel je figure encore (vengeance continue) sous le titre "Le Voyage des Morts". Si cela est exact, je vous serai obligé de me le faire parvenir contre remboursement.

Encore un détail qui aurait pu mettre sur la piste d'une supercherie en ce qui concerne l'origine supposée africaine de l'auteur. "Abdallah Chaamba" est une faute d'arabe, il faudrait dire Chaambi (Chaamba étant un pluriel). Mais qui pouvait éventer la mèche ?

Et maintenant. Monsieur, quelle conclusion tirer de cette longue lettre ? A mon avis, ce qui suit.

Sachant maintenant combien vous avez été joué par un malhonnête homme et compromis innocemment dans une affaire de basse vengeance, j'espère que vous voudrez bien retirer immédiatement de la vente, de la diffusion gratuite et du catalogue les deux ouvrages incriminés, qui ne peuvent que jeter le discrédit sur vos éditions. Je vous serais aussi très reconnaissant de m'en tenir informé... ainsi peut-être que l'auteur qui mérite bien cette sanction.

Quant à moi, après une vie de travail et d'honneur, je mérite bien d'être défendu, à 73 ans.

Marcel Augiéras

"Le Vieillard et l'Enfant" ne fut pas retiré de la vente. Il n'y eut pas non plus de procès.

■ in François Augiéras : le dernier primitif, Serge Sanchez, Editions Grasset, 2006, ISBN : 224669471, pages 278-281


Lire aussi de François Augiéras : L'apprenti sorcier

Le Vieillard et l'Enfant, illustration de François Augiéras vers 1966 : « La nuit, sur la terrasse, le grand lit de métal est agité comme un navire en pleine tempête. Le vieillard dans les spasmes pousse des cris comme à l'agonie et râle si fort que le désert en résonne… »

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François Augiéras au mont Athos

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans "Un voyage au Mont Athos", le narrateur, aux abords de la trentaine, voyage de monastère en monastère sur la montagne sainte, à la recherche d'un « Maître ». Au cours de ses pérégrinations, de vieux moines orthodoxes « à la barbe hirsute », ne manqueront pas d'abuser physiquement de lui, pour son plus grand plaisir d'ailleurs :

« Une forte odeur de crasse se dégageait de sa personne. [...] Il avait cru, en entrant dans ma chambre, qu'il allait à l'instant me traiter comme on violente une fille. Robuste encore, mais ayant trop présumé de ses forces, il devait se contenter de me baiser les yeux ! De mon côté, tout disposé à de très grands outrages, il me fallait me satisfaire du délicieux contact de sa langue sur mes paupières closes ! Le temps passait, nous en étions au même point. Il osait enfin me caresser le dos ! Non pas tellement qu'il y prenait du plaisir ! Mais dans l'espoir d'un possible retour de ses forces d'antan, il laissait une main à tout hasard, se rapprocher de mes reins ; tandis que de l'autre, par divers mouvements, il aidait la nature à retrouver une verdeur perdue. [...] J'étais à demi nu ; ma peau, rendue très sensible en raison de la fraîcheur de l'air, frémit de plaisir aux premières caresses un peu vives. Il touchait maintenant mes hanches, toujours plus tendrement, d'une manière exquisement habile. Depuis un moment il avait cessé de fourbir des armes qui n'étaient plus de bois. D'un geste brusque, il fit glisser sur mes chevilles les vêtements défaits qui me couvraient les cuisses, et il monta sur mon lit. Ma longue attente, mon impatience extrême, une attaque un peu rude me portèrent aussitôt jusqu'à des plaisirs qui, pour être grossiers, n'en étaient pas moins délicieux. Un nocturne hululait ; un charme venait des arbres : séduit, possédé, violenté, habité par un autre, je n'étais plus seul en moi-même. La part féminine de mon caractère participait, dans un parfait délire, à l'éternité de la vie ; je me sentais brutalement distrait d'une solitude qui me pesait souvent. [...] Par des grognements et des baisers furtifs, il me manifestait tout son contentement ; il me murmurait à l'oreille mille remerciements d'avoir considéré plus d'une heure, sans un mouvement d'impatience, que son grand âge ne le rendait pas des plus vifs : j'étais un ange de douceur et de bonté pour lui ! »

François Augiéras

in "Un voyage au mont Athos", Editions Grasset/Les cahiers rouges, 2006, ISBN : 2246522129


LIRE aussi de Jacques Lacarrière : Au mont Athos

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Près de Trianon, le hameau de la reine

Publié le par Jean-Yves Alt

Derrière Trianon, au fond du parc, la reine Marie-Antoinette fit bâtir un hameau avec son moulin à eau, sa laiterie, sa bergerie.

Mais comment jouer à la bergère en portant une grande robe à panier ornée de bouillons et de falbalas, avec ces petites perles qui recouvrent tout jusqu'aux souliers ?

A la suite de la reine, on va redécouvrir le charme des robes toutes simples, légères, aisées... mais taillées dans les plus jolies toiles de Jouy.

Le chapeau de paille à large bord laissera flotter un long ruban, et l'on ira jusqu'à se nouer un mouchoir autour du cou. Les petites filles ne seront pas les dernières à vouloir jouer à la bergère...

Charles Philippe de France, Comte d'Artois et sa sœur peints par François Hubert Drouais (1727 - 1775)

Musée du Louvre, 1763, huile sur toile, 129,5cm x 97,5cm

Cliquer sur le tableau pour découvrir un détail particulièrement raffiné et délicat

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Au mont Athos avec Jacques Lacarrière

Publié le par Jean-Yves Alt

Vieux ménages vivant paisiblement dans leur skite, moines amoureux d'un novice au visage d'ange... Jacques Lacarrière, qui dut refuser les avances - parfois rudes - de plusieurs religieux, évoque le sujet de l'homosexualité sur le mont Athos dans son livre "L'Eté grec" (1). Un père à qui il s'ouvrit un jour de cette question lui répondit ainsi :

« L'homosexualité existe au mont Athos. Il ne sert à rien de se voiler la face. Mais il serait tout aussi faux de lui accorder trop d'importance. Elle n'est le fait que d'une minorité et de tous les péchés des moines, ce n'est pas à mon sens le plus grave. C'est un péché de chair - qui viole le vœu de chasteté - mais qui peut être aussi source d'amour. La plus dangereuse des tentations qui guettent le moine, c'est l'orgueil et le doute. Car celles-là rongent et détruisent l'âme. Et c'est l'âme, en ce lieu, que nous voulons retrouver et sauver. »

Jacques Lacarrière

(1) ■ Au mont Athos avec Jacques Lacarrière, Editions Pocket, 2001, ISBN : 2266119818


LIRE aussi de François Augiéras : un extrait de son "Voyage au mont Athos"

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