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Encore un film que j'aimerais voir…

Publié le par Jean-Yves Alt

Une chose très naturelle, un film de Christopher Larkin (1974)

[En 1974, le réalisateur américain essayait] de prouver que les homosexuels pratiquaient après tout Une chose très naturelle (A Very Natural Thing, Larkin). Il ne s'agissait pas d'un nouveau Corydon qui aurait cherché des justifications dans les mœurs des éléphants ou des paramécies, mais d'une sorte de Love Story homosexuelle. Malgré tous ses efforts pour faire place nette des clichés hétérosexuels qu'adoptent souvent les gays, [Christopher Larkin] n'évitait pas totalement l'écueil.

Le protagoniste, David (Robert Joel) en est un ancien séminariste qui vit, au début du film, une relation figée dans le moule hétérosexuel avec Mark (Curt Gareth). L'échec de ce couple amène David à vivre l'expérience des gays de New York, saunas, partouzes, bref la consommation du sexe prônée à cette époque. Il n'en résulte que de la solitude.

Le film se terminait sur sa rencontre avec Jason (Bo White), le jour de la Gay-Pride. Tous deux décident de tenter un autre mode de vie, qui excluerait le couple fermé du modèle hétérosexuel et la frénésie consumériste de la libération sexuelle.

Les pédés radicaux américains hurlèrent devant ce qu'ils considérèrent comme un ramassis de mièvreries. Et il est certain que le film manque de force et se permet des afféteries limitatives, ainsi l'image finale des deux amants courant au ralenti sur une plage au coucher de soleil. Il est vrai aussi qu'il éliminait le côté social pour revenir sur un terrain psychologique qui faisait un peu trop abstraction de la répression de l'homosexualité.

Mais, d'autre part, c'était un film nécessaire justement à cause de son point de vue finalement optimiste : son insuccès commercial le prouva, les hétérosexuels n'étaient pas encore prêts à aller voir une histoire d'amour entre pédés ; mais comme l'écrit Jean-Louis Bory, « découvrir sa vraie nature est une chose. L'accepter en est une autre. Repousser la honte et la peur, refuser la "faute" en est une autre ». En cela, Une chose très naturelle était aussi nécessaire que certains films politiques dénonçant la répression de l'homosexualité mais oubliant en route les phénomènes d'autorépression et de culpabilisation. (1)


(1) in L'homosexualité à l'écran, Bertrand Philbert, Editions Henri Veyrier, 1984, ISBN : 2851993364, pp.95-96

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Ecriture et homosexualité par Edward Morgan Forster

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans la postface à son roman Maurice qu'Edward Morgan Forster rédigea, on peut lire :

« Nous (1) ne nous étions pas rendu compte que ce que le public détestait réellement dans l'homosexualité, ce n'était pas la chose elle-même, mais le devoir d'y réfléchir. »

(1) Edward Morgan Forster et Edward Carpenter

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Composition par Paul Sérusier

Publié le par Jean-Yves Alt

« Un tableau est une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées », nous apprend le dictionnaire.

Ce petit tableau de Paul Sérusier (1864-1927) rappelle cette vérité première qui du même coup libère la peinture de son rôle de servile imitatrice. L'œuvre d'art est une transposition, l'équivalent passionné d'une sensation reçue.

Dans une peinture, chaque couleur a sa fonction. Un seul changement de couleur entraîne une réaction en chaîne sur toute la surface de l'œuvre, pour aboutir à un autre résultat. Le tableau n'est pas comparable à un mur dont les pierres sont remplaçables.

Quand on dispose des fleurs dans un vase, on ajoute, on retire, on coupe, on choisit. On associe les fleurs. Sérusier a agi de la même manière.

Si le désordre déplaît parce que le regard ne sait où se poser, inversement un ensemble trop organisé ennuie parce qu'on ne peut pas laisser librement ses yeux errer sur la surface.

Paul Sérusier – Paysage du Bois d'Amour, dit Le Talisman – 1888

Huile sur bois, 27cm x 21cm, Musée d’Orsay

Dans ce tableau, Paul Sérusier a réalisé un léger déséquilibre. Les couleurs utilisées sont liées par un accord, un point commun entre elles : le vert et le violet ont le même bleu dans leur constitution. Seule la couleur rouge n'a pas de point commun avec le vert ou le bleu. Mais comme ce rouge occupe peu d'espace, l'harmonie domine.

Il n'est pas non plus besoin que les éléments de détail soient clairement distinctifs au sein d'un tout pour parler de composition. Peut-on dire, par exemple, que l'image de la mer est constituée de vagues ? La mer est à la fois une et multiple, masse colorée animée du clignotement des vagues. C'est cette variété dans l'unité qui fascine l'œil. C'est ce qu'a fait le peintre en adoptant la juxtaposition d'aplats de teintes vives, tout en soumettant son tableau à une dominante spatiale : les mêmes couleurs sont placées à peu près symétriquement par rapport aux axes du panneau.

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Vérité décapante par Olivier Smolders

Publié le par Jean-Yves Alt

Flaubert avait dressé une encyclopédie de la bêtise humaine. Olivier Smolders, moins cruel, a écrit un savoureux petit ouvrage « Cinéma parlant ou petit lexique à l'usage des amateurs » (1) : inventaire des idées reçues sur le cinéma, des formules-clichés qui font sourire, des lieux communs.

A sa lecture, on s'aperçoit que ces lieux communs ne débouchent pas forcément sur des idées saugrenues. Concernant le septième art, ce genre de lexique aux définitions péremptoires est au contraire chargé d'une vérité décapante.

Trois exemples :

« Ecoles de cinéma : elles servent surtout à former ceux qui devront enseigner dans les écoles de cinéma. »

« Talent : un cinéaste homosexuel, drogué, emprisonné, exilé ou malade mental a toujours du talent : la formule vise, évidemment, le snobisme bien réel qui veut qu'on ait du talent parce qu'on appartient à une marginalité. »

« Homosexualité : citer Pasolini ; se dit de tout cinéma qui évoque des rapports entre hommes [pour les westerns, les films de guerre ou de scoutisme, parler d'amitié virile]. »


(1) Cinéma parlant, Olivier Smolders, éditions Le Daily-Bul, La Louvière, 1988

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Freud, le tennis et la sexualité (3/3)

Publié le par Jean-Yves Alt

L'exploration psychanalytique révèle l'existence de conflits psychiques enfantins dans les névroses, et réussit à les guérir en rendant conscients les conflits inconscients et en leur enlevant tout pouvoir pathogène.

Il existe néanmoins nombre de gens, qui ont subi des traumatismes sexuels violents ou sur lesquels se sont exercées des influences morbides absolument analogues à celles qui ont perturbé gravement la vie du névrosé, sans qu'ils soient atteints par la folie tennistique. Parce que ce ne sont pas les conflits extérieurs qui sont responsables de la genèse de cette maladie, mais des conflits intérieurs. C'est la façon purement subjective dont l'individu réagit à l'égard des traumatismes psychiques qu'il a subis, qui, en définitive, déclenche ou non la maladie.

La cause première de la névrose tennistique est donc d'origine constitutionnelle. Quant aux traumatismes sexuels, ils sont probablement inévitables dans la vie d'un enfant, élevé dans notre société où la sexualité est soumise à des règles sévères. Inévitables comme les bosses qu'il se fait au front, ou les écorchures qu'il se fait aux genoux.

« Dès leur plus tendre enfance, ces sujets avaient manifesté des troubles de l'appétit. Assis dans leur poussette, ils pouvaient contempler leur mère en train de jouer au tennis. Leur sentiment, à bien des égards justifié, d'être délaissés et même repoussés hors des limites du terrain s'est transformé en intense jalousie à l'égard de la balle. Celle-ci était peut-être cruellement frappée, du moins était-elle désirée. Au stade oral ou "cannibalique", durant lequel l'excitation sexuelle est liée de façon prédominante à l'activité de nutrition, ces jeunes enfants ne pouvaient ingérer que des substances rondes et blanches. Entre parenthèses, telle est sans doute la meilleure explication scientifique de la faveur dont jouit, auprès du grand public, le bouillon de poule servi avec des boulettes de matzah. » (p.70)

En dehors du coïtus normalis, toute pratique sexuelle exercerait une influence néfaste sur l'équilibre nerveux du bon joueur de tennis.

Excès de prodigalité précoce ou effet de frustration atteignant le plaisir de l'homme, ces deux aspects du mal sexuel conduisent Freud, à envisager le nécessaire châtiment de l'homme coupable d'excès, qui se voit acculé à la névrose.

Le tennis dans cette perspective, synonyme de l'acte sexuel, serait l'équivalent d'un travail purgatif : éliminer ce qui, à l'intérieur de soi, est cause d'excitation ou de trouble. Le tennis, comme miroir de notre intériorité ?

Certes, il est parfois difficile de déterminer si Freud entendait qu'on le prenne au pied de la lettre ou pas. Entre une acceptation sans discernement de la théorie de l'inconscient tennistique et un rejet qui aurait l'ignorance pour seul alibi, il convient d'être circonspect.

Les plus réticents ne feront sans doute que constater certaines coïncidences, les adeptes verront leur foi confortée. Qui a raison, qui a tort ? la question reste en suspens.


Le livre : Le tennis et la sexualité : Les écrits secrets de Freud, Préface de Gérard Miller, éditions Navarin/Seuil, 126 pages, 1986, ISBN : 2020092727. Les extraits sont tirés de cet ouvrage.


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