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Jules Verne : une littérature pour adolescents mâles (3/4)

Publié le par Jean-Yves Alt

Tous les romans de Jules Verne exaltent l'adolescence et la beauté virile des jeunes hommes, en des termes qui interrogent sur les sentiments du narrateur.

Ainsi, ce passage des Indes noires [1] :

« Harry était un grand garçon de vingt-cinq ans, vigoureux, bien découplé [...] Ses traits réguliers, ses yeux profonds et doux, ses cheveux assez rudes, plutôt châtains que blonds, le charme naturel de sa personne, tout concordait à en faire le type accompli du Lowlander, c'est-à-dire un superbe spécimen de l'Écossais de la plaine. »

Ce superbe spécimen est, de plus, tendre et affectueux :

« Je ne t'aurais pas reconnu, lui avoue l'ingénieur Starr ; c'est que depuis dix ans, tu es devenu un homme.

— Moi, je vous ai reconnu, lui répond le jeune mineur. Vous n'avez pas changé, monsieur. Vous êtes celui qui m'a embrassé le jour des adieux à la fosse. Ça ne s'oublie pas, ces choses-là. » (chapitre IV)

[1] Les Indes noires, Jules Verne, éditions J'ai Lu/Librio, 2003, ISBN : 2290339091


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Jules Verne : une littérature pour adolescents mâles (2/4)

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans Voyage à reculons en Angleterre et en Ecosse [1], il n'est pas question ouvertement de sexe, mais que de surprises si l'on s'intéresse au choix des thèmes, des images et des métaphores de l'écrivain.

La plupart des personnages féminins ne font qu'apparaître pour disparaître aussitôt, avec des commentaires ironiques et désobligeants du narrateur. En revanche, les hommes sont généralement magnifiques :

« L'un d'eux, jeune homme de trente ans, aux traits charmants, appuyé sur une canne dans une pose gracieuse. » (p. 136)

Cette préférence culmine dans la scène où Jacques Lavaret et Jonathan Savournon ont envie de se baigner à Portobello, mais ne parviennent pas à se procurer des caleçons de bain. Que faire ? Juste à ce moment-là… :

« Par la porte entrouverte de sa cabine, il venait d'apercevoir un magnifique baigneur, un Anglais pur sang, qui sortait de l'eau avec grâce et lenteur, dans la plus parfaite nudité. Jonathan fut stupéfait. D'autres baigneurs remontaient en ce moment sur la plage aussi peu vêtus que les premiers et sans se soucier des mistress et des miladies du rivage. »

Les deux amis les imitent, puis « après des hésitations naturelles pour regagner leur cabine dans cette tenue primitive, ils sortent de l'onde amère à reculons ».

 

Il s'agit bien, comme le titre l'indique, d'un voyage à reculons, non seulement dans l'espace (les deux amis croyaient embarquer à Nantes et ils sont contraints de redescendre jusqu'à Bordeaux), mais aussi dans le sexe.

Autre intérêt de ce manuscrit de jeunesse : ce qui est décrit à travers la relation d'un voyage, avec les précautions nécessaires pour que rien ne puisse alerter un public familial, c'est le comportement de deux garçons amoureux l'un de l'autre :

« Jacques éprouva le besoin de se précipiter dans les bras de Jonathan, qui supporta le choc en homme habitué à braver l'artillerie des orchestres. » (p. 10)

« Que c'est beau ! s'écria Jacques en saisissant la main de son ami. » (p. 66)

[1] Voyage à reculons en Angleterre et en Ecosse, Jules Verne, éditions Le Cherche Midi, 1989, ISBN : 2862741477


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Jules Verne : une littérature pour adolescents mâles (1/4)

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans la nouvelle Le mariage de M. Anselme des Tilleuls [1], Paraclet, précepteur du jeune Anselme, s'efforce de le marier à tout prix.

Après avoir essuyé quelques refus, il s'adresse à un président de tribunal qui décline l'offre :

« Pourquoi ce refus ?

— Parce que loin d'avoir une fille, je n'ai qu'un fils.

— Et qu'importe, Monsieur ?

— Cependant, vous faites une étrange confusion [...]

— Mais il y a peut-être des remèdes à cela ? [...]

— Ah, ça : puisque je vous répète que je n'ai qu'un fils ! Il est impossible que votre marquis l'épouse !

— En effet, au premier abord, cela semble difficile. Mais...

— Vos mais ne tiennent pas.

— Existe-t-il des articles de code contre ma proposition ?

— Aucun.

— Eh bien ! » (p. 62)

[1] Le mariage de M. Anselme des Tilleuls, Jules Verne, éditions de Saint Mont, 2005, ISBN : 2847550747


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La confession d'une jeune fille, Marcel Proust

Publié le par Jean-Yves Alt

Marcel Proust, bien avant La Recherche, est un écrivain insolite et amoral. On a trop escamoté les conséquences – dans son jeune âge – d'une homosexualité que sa sensualité lui imposait de vivre pleinement mais que la tendresse maternelle condamnait.

En 1896 (il a vingt-cinq ans), il écrit, d'une écriture rapide, sèche et violente, un étrange récit « La confession d'une jeune fille » :

Dans ce récit, il est question d'une jeune fille (Proust lui-même ?), qui attend chaque soir le baiser de sa mère : « ancienne habitude qu'elle avait perdue parce que j'y prenais trop de peine et trop de plaisir ». Cette jeune fille, également torturée par la paresse et le manque de volonté, est séduite à l'âge de quinze ans par son jeune cousin. Elle s'adonne aux « plaisirs desséchants » du monde. À la fin, elle se fiance à un jeune homme sensuel et brutal, et elle est une fois de plus séduite. La mère, qui regarde par la fenêtre, la surprend en train de commettre le « péché » et meurt d'une attaque subite. La jeune fille se suicide.

Le sentiment de culpabilité de Proust, qui, petit à petit, deviendra sadisme latent à l'égard de sa mère, se lit clairement dans cette nouvelle.

La réalité rattrape toujours la fiction et la dépasse. Un article du Figaro, daté du 25 janvier 1907, relate l'assassinat qu'un jeune homme de la haute société a commis sur sa mère avant de se mutiler et de se suicider. Il se trouve que le meurtrier et Proust avaient échangé des lettres. Proust publie dans le Figaro du 1er février 1907 une chronique stupéfiante dont la liberté de ton et la modernité d'approche sont telles que l'on en censure les dernières lignes. Il n'en reste pas moins que ce texte essentiel pour le jeune Proust fait la une du Figaro sous le titre : « Sentiments filiaux d'un parricide ».

Ces deux textes, tout à fait étonnant, sont à découvrir et à méditer

■ La confession d'une jeune fille, Marcel Prous, Éditions Le Castor Astral, 1992, ISBN : 2859201920


Lire aussi : Proust, Jean-Yves Tadié

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« Le doigt de Dieu est peut-être en ceci » par Guy Hocquenghem

Publié le par Jean-Yves Alt

Qui eût cru que Guy Hocquenghem, agitateur politique des années 70, connût si bien Savonarole, les querelles des franciscains et des dominicains, les arcanes du pouvoir papal dans la Rome du XVIe siècle et l'histoire des premiers missionnaires du Nouveau Monde ? C'est en effet dans ces aventures-là que frère Angelo entraîne le lecteur. Un roman picaresque et mystique où il est beaucoup question de foi et de pureté d'âme. Un roman d'historien qui n'exclut pas les éblouissements de l'esthète :

« Angelo ! Retourne immédiatement à ta place ! Ce cri spontané était parti des rangs des frères conventuels ; c'était un des lecteurs du Studium générale qui venait de reconnaître son élève dans le perturbateur, et l'apostrophait dans l'église à présent silencieuse, où le culte semblait suspendu.

Pour toute réponse, l'adolescent eut un sourire angélique et se tourna vers les fidèles. Puis, d'un seul geste, il arracha sa cape.

Toute l'assemblée eut un "Oh !" de stupeur. Sous sa cape, le jeune garçon était nu de la tête aux pieds.

Il s'était déshabillé sous ce vêtement protecteur, pendant le service divin, et avait profité des aller retour des oblations pour rester planté là, quand le rite avait repris. Il ajouta la cape au tas de vêtements qu'il portait sur ses bras et, les tendant comme une offrande, il se mit en marche vers le premier rang des fidèles, où son père, écrasé de honte et de terreur, se voilait la face d'une main tremblante.

Mon père, je vous rends ces vêtements qui vous appartiennent. Je ne connais plus qu'un Père, celui du Ciel.

Le visage jaune rougit sous l'outrage. Toute l'église était comme tétanisée. La gracieuse posture de l'adolescent, bien qu'il tremblât de froid, cette peau mate traversée aux bras du filet des veines, ce torse imberbe que la lumière des cierges colorait de rose, firent soupirer les mères et les filles de l'assistance. Chacun, pétrifié devant cette apparition de la grâce, était resté à sa place.

Retourne à ton rang, scandaleux enfant ! Malheur à celui par qui le scandale arrive Attends un peu le fouet !

C'était le maître général des conventuels qui prenait l'initiative. Aussitôt, le ministre des observants, par esprit de contradiction, murmura :

Le doigt de Dieu est peut-être en ceci. N'a-t-il pas dit : Je viendrai comme un voleur, et malheur à ceux qui n'auront pas veillé... ? »

Hocquenghem se voulait-il le digne continuateur de la parole du Christ ? Il est vrai qu'il n'y a pas plus révolutionnaire que les Évangiles !

in « Les voyages et aventures extraordinaires du frère Angelo », Guy Hocquenghem, Editions Albin Michel, 1988, ISBN : 2226034420


Du même auteur : L'amour en relief - Les petits garçons - L'âme atomique (avec René Schérer) - Comment nous appelez-vous déjà ? (avec Jean-Louis Bory) - La colère de l'Agneau - Le désir homosexuel - Race d'Ep - La dérive homosexuelle

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