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Vichy-dancing, Pascal Sevran

Publié le par Jean-Yves

Beaucoup de pudeur, d'élégance, dans ce roman de Pascal Sevran. Mais aussi le charme, ce charme particulier des livres qui laissent, après leur lecture, un parfum de jardin-mémoire.


Le narrateur, né de père inconnu, cultive l'amour de sa mère, mais l'originalité du roman c'est que François n'attend rien de cette femme, une chanteuse célèbre d'avant-guerre tombée dans l'oubli.


Rayée de la célébrité (changement de mode ou le prix d'une « collaboration » du temps de l'occupation ?), Vera Valmont tentera un retour sur les planches, connaîtra un vague retour à Vierzon puis disparaîtra du côté de Beyrouth.


« On lui prêta beaucoup d'amants ; elle laissa même croire que Maurice Peyreira était de ceux-là, mais personne n'a jamais rien su du seul qui ait compté vraiment. Moi non plus, Était-ce Robert Laforie, le coureur cycliste ? Était-ce mon père, le soldat du Jardin des Plantes ? Était-ce ce monsieur en cravate qui conduisait la voiture noire avec laquelle elle montait jusqu'à Limoges pour me voir ?

On ne connaît pas toujours le drame intime des chanteuses célèbres. Comment être sûr des sentiments que l'on vous porte quand la gloire fait de vous plus un objet qu'une âme ?

Vera Valmont, une image tirée à des milliers d'exemplaires qui appartient à chacun, ne fut sans doute pas aimée aussi bien qu'elle le méritait ! » (chapitre 22)


Les nuits sont lentes à Vierzon, rien n'y arrive malgré Maurice Peyreira, le jeune compagnon des nuits folles d'antan :


« Je suis descendu au buffet de la gare. J'aurais voulu trouver Vierzon insolente et fière de l'honneur que nous lui avions fait, maman et moi. Mais non ! Les journaux de la ville commentaient mille événements d'importance mineure, et les visages que j'interrogeais anxieusement ne reflétaient rien de bon.

J'ai pris un petit déjeuner, debout au comptoir, parmi des gens pressés qui n'avaient visiblement pas les mêmes préoccupations que moi. Je les regardais s'agiter avec, je l'avoue, un peu d'agacement. Vers quoi et pourquoi courent-ils de si bonne heure ? Un peu de courage m'aurait peut-être permis de le savoir et, qui sait, de lier des connaissances agréables.

J'ai hésité à me présenter au jeune homme en gabardine bleu marine qui ouvrait sa valise à mes pieds pour y fouiller fébrilement. Il cherchait certainement un papier précieux, car je l'avais vu, auparavant, retourner ses poches et vider son portefeuille. Son affolement m'a distrait un instant, mais je n'ai pas osé l'aborder.

On a toujours tort de ne pas vouloir être indiscret ; c'est une politesse de trop. Les trains partent et tout est à recommencer. » (chapitre 7)


L'intérêt du roman : l'étrange fascination de ce fils pour sa mère, fascination tout à fait lucide ; il tentera discrètement mais de toute sa volonté d'offrir une dernière superbe illusion à la femme fragile et secrète.


Le plus réussi : ce couple du silence, la tenace confiance apparente de la chanteuse, la lutte désespérée du fils qui accepte très naturellement de se détourner de sa propre existence pour mieux prolonger la vie mythique d'une femme vieillissante.


Au fond une histoire d'amour qui n'est pas sans rappeler, mais traversée de tendresse, «Villa Triste » de Patrick Modiano.


■ Éditions Le Livre de Poche, 2004 (réédition), ISBN : 2253109843



Du même auteur : Un garçon de France


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L'ambition des femmes par Elisabeth Badinter

Publié le par Jean-Yves Alt

En 1980, dans L'Amour en plus (1), Elisabeth Badinter démontrait que l'amour maternel est un fait de culture. Un livre important dans le sens où livre-amorce, il permettait de s'interroger sur la sexualité des femmes par rapport aux enfants.

Dans Emilie, Emilie, l'ambition féminine au XVIIIe siècle (2), Elisabeth Badinter aborde – non pas comme l'indique le titre – l'ambition féminine (qui fait référence, me semble-t-il, à un trait de nature) mais l'ambition que pouvaient avoir des femmes privilégiées socialement et culturellement au XVIIIe siècle.

Elisabeth Badinter choisit deux femmes exceptionnelles : Madame du Châtelet qui traduisit Newton et fut une physicienne remarquable, et Madame d'Epinay qui imagina une nouvelle pédagogie et remit en cause l'éducation que Rousseau préconisait pour les femmes.

Afin d'expliquer leur ambition, Elisabeth Badinter dévoile leur itinéraire, éducation, mariages, rencontres, déceptions... Elle insiste sur les hommes remarquables qu'elles connurent, l'une eut pour amant Voltaire, l'autre Grimm.

L'ambition : rares sont celles qui ont pu en avoir, et quelle ambition ? Celle de détenir quelques pouvoirs d'un amant ou d'un mari ? L'ambition de Madame du Châtelet et de Madame d'Epinay est tout autre, c'est celle de l'esprit et la volonté d'être tout à soi.

En effet, Madame du Châtelet en devenant une des premières femmes scientifiques est sans doute une des premières, pour qui l'ambition se manifeste d'abord par la possibilité de vivre égoïstement, car cela, en même temps que l'éducation, est interdit aux femmes de cette époque. Or toute recherche demande du temps pour soi. En dehors de son travail intellectuel intensif, il lui faut répondre aux aptitudes sociales demandées à la femme. Elisabeth Badinter insiste sur les soins qu'elle prend pour sa toilette, afin de garder sa «féminitude», s'occupant de sciences «viriles» : il ne faut en aucun cas qu'elle ait l'air viril. Cela se comprend si l'on saisit tout ce qu'a d'injurieux alors le terme de «femme savante».

Madame d'Epinay choisit une voie qui, aujourd'hui, semble plus naturelle : celle de l'éducation. C'est celle que reprendront après elle de nombreuses femmes, car finalement, seule cette ambition leur sera accordée...

Madame du Châtelet demeure un cas jusqu'à l'arrivée de Marie Curie. La science reste un domaine réservé aux hommes... Toutes deux ont compris les limites faites à leur ambition et les ont dénoncées dans leurs correspondances, mais de là, à aboutir à une réflexion plus collective... Elisabeth Badinter refuse pour parler d'elles d'employer le terme de «génie» : peut-être leur génie vient-il du temps passé à combattre les préjugés, à apprendre...

Un approfondissement de la notion d'ambition, en établissant des parallèles avec des femmes du XIXe siècle, comme Camille Claudel enfermée par les hommes à l'asile, aurait permis de mieux saisir les obstacles qui ont limité et limitent encore l'ambition des femmes...

Dommage aussi que l'auteure n'ait rien dit sur l'ambition que pouvaient avoir les femmes qui aiment les femmes et qui choisissaient d'être elles-mêmes, pour être plus libres encore…


(1) L'Amour en plus : Histoire de l'amour maternel, XVIIe-XXe siècle, Elisabeth Badinter, Editions Flammarion-Champs, 1999 (nouvelle édition), ISBN : 2080811002

(2) Emilie, Emilie, l'ambition féminine au XVIIIe siècle, Elisabeth Badinter, Editions Le Livre de Poche, 1997, ISBN : 2253034843

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Queer, W. S. Burroughs

Publié le par Jean-Yves Alt

On chercherait en vain, dans ce roman de W.S. Burroughs, une ombre d'intrigue, la moindre piste cohérente à quoi puisse s'accrocher le lecteur.

D'inspiration autobiographique, Queer est le récit halluciné d'une errance, d'un mal de vivre incurable qui a pour toile de fond un Mexique obsédant, ses étendues de tôles ondulées abritant putains, maqueraux, toute une faune pittoresque et violente.

« Mon passé est un fleuve empoisonné auquel j'ai eu la chance d'échapper, mais par lequel je me sens menacé d'être submergé, des années après en avoir relaté les événements marquants » (pp.19-20), confie l'auteur dans sa très belle introduction, Faisant suite à Junkie, son premier roman, Queer est essentiellement une peinture du manque, le récit d'une douloureuse tentative de sevrage.

Lee, héros désenchanté, traîne de bar en bar, noyant son désespoir dans l'alcool, dans la drague, à la fois avide et indifférent, spectre sur qui l'on sent constamment peser la menace d'une dissolution. Son seul repère : Allerton, jeune homme indolent jaloux de son indépendance, mais aussi secrètement flatté d'être l'objet d'une si brûlante convoitise.

En effet, Lee est homosexuel, vit son homosexualité comme une déchéance, malgré, ça et là, des éclairs de défi. Obstinément, malgré les rebuffades essuyées, voire le mépris dont il est parfois l'objet, Lee dépense tout ce qui lui reste d'énergie à courtiser cet insaisissable Allerton.

A force de séduction, de prévenance et de ténacité, il parviendra à décider son compagnon à coucher avec lui (en tout bien tout honneur) ; puis à l'accompagner dans une bien étrange expédition, à travers l'Amérique du Sud, à la recherche d'une mystérieuse drogue, le Yage, doué de pouvoirs télépathiques.

Par-delà son exotisme sulfureux, sa peinture d'un délire si bien accordé aux exubérances tropicales, ce roman est la remarquable radiographie d'une détresse sans autre recours que l'écriture, vaccination préventive.

■ Queer de W. S. Burroughs, Editions Christian Bourgois, 1986, ISBN : 226700478X

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Quand la Renaissance était importée…

Publié le par Jean-Yves

C'est à la demande de François Ier qu'en 1518 Andrea del Sarto vint s'installer en France et ce pour plusieurs mois. Le roi mécène voulait en effet suggérer aux artistes français de l'époque, aux peintres en particulier, son goût qu'il avait pour les œuvres de la Renaissance italienne.


Andrea del Sarto s'était jusqu'ici brillamment illustré dans sa ville natale, où il était considéré comme un artiste doué d'une grande sensibilité et le représentant le plus marquant du classicisme florentin.


Son passage en France, quelque douze ans avant le commencement de la construction du château de Fontainebleau, allait donner le jour à un seul tableau, La Charité (1).



Mais sa venue sera surtout l'occasion pour des artistes encore influencés par le gothique international, de cristalliser deux enseignements non pas contradictoires mais très différents. Celui de l'école du Nord (germanique en particulier) et celui, alors plus convoité, de la Renaissance italienne.



Andrea del Sarto – Tête d'homme

Sanguine, Réunion des Musées Nationaux



(1) La Charité, reprend la construction en pyramide de la Sainte Anne de Léonard de Vinci.


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Sur la Faute originelle, autre lecture des écritures

Publié le par Jean-Yves

La « Faute originelle » a-t-elle à voir avec une faute morale ? Cet événement n'est-il pas à lire comme le passage d'un état à un autre ?


Ne faut-il pas envisager l'expulsion du jardin d'Éden comme la parturition de l'homme humain par Dieu ?


Dans le jardin, Ève et Adam, ne seraient alors que des embryons ; ils ne seraient pas encore nés. Le péché ne serait plus alors d'avoir mangé la pomme de l'Arbre du bien et du mal, d'avoir connu une partie du secret divin. La Faute, et sa conséquence, c'est l'accouchement par Dieu, de l'humain, et l'obligation qui est faite à cet humain de se multiplier, de s'accroître.


Auparavant, l'homme et la femme apparaissaient comme en train de jardiner l'Éden jusqu'à la fin des temps, dans un état fœtal éternel.


La Faute, c'est la naissance de l'homme en tant que tel. La Faute est la rupture historique de Dieu avec sa créature. La Faute entraîne aussi une nouvelle solitude de Dieu.



La Faute Originelle vue par Paul Nothomb


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