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histoire

Un garçon, pris en flagrant délit d'adultère, est sodomisé par le mari

Publié le par Jean-Yves Alt

Jérôme Morlino ou Morlini (1ère moitié du XVIe siècle). Il est l'auteur de nouvelles, fables et comédies licencieuses qui furent brûlées pour leur indécence. Le premier recueil de ces nouvelles parut en 1520.

D'un jeune garçon qui, pris en flagrant délit d'adultère, fut sodomisé et frappé de verges par le mari.

[…] Or, vers la onzième heure du soir, le mari, devançant l'instant de son retour, frappe à la porte de sa maison, appelle, et va jusqu'à faire retentir un sifflet pour annoncer sa présence. Mais c'est en vain qu'il s'annonce : personne ne lui répond. Alors, augurant des pires malheurs, il brise les gonds de la porte d'un mouvement si furieux que ni Forculus ni Limentius ni la déesse Cardina elle-même ne l'eussent empêché de franchir l'huis de sa demeure. Parvenu à la chambre, il voit sur le lit sa femme avec un amant dans les bras. Un tel outrage de la couche conjugale ne semble pas, tout d'abord, l'émouvoir ; seuls les coupables, en s'éveillant, restent accablés de honte et de stupeur. Remarquant tout soudain la beauté du jeune homme, ainsi que son trouble, il dit alors : « Ne crains rien, bel enfant, je ne serai point si cruel que d'être bourreau de ton exploit, moins encore d'appeler sur la tête d'un aussi joli garçon la rigueur de la loi Julia. Seulement, pour que de baiseur tu te vois baisé à ton tour, je ferai servir tes charmes au plaisir de mon lit. Tu seras mon giton et, comme tel, devras te soumettre à mes désirs. Je te partagerai avec ma femme et tous les biens de la communauté ; et, par toi je trancherai notre différend et de telle façon qu'une seule et unique couche nous servira à tous trois, sans conteste, car je m'aperçois que j'ai vécu jusque-là en telle intelligence avec mon épouse que ce qui plaît à l'un ne saurait déplaire à l'autre. »

Ayant ainsi discouru, il se dépouilla de ses habits et entra dans le lit. Puis saisissant l'enfant dans ses bras, sans se soucier aucunement de sa résistance ni de ses cris, par un effort vigoureux, en lequel se manifestait bien plutôt le désir qu'il avait de le châtier que de jouir, il lui fit subir, mais à l'opposé de la voie naturelle, une opération contrefaisant assez bien celle que le téméraire jouvenceau avait généreusement pratiquée sur la maîtresse de céans. Ce fut en vain que l'adolescent tenta de se dérober aux brutales caresses de celui qu'il avait cru berner. Il dut en supporter jusqu'au bout l'humiliante contrainte, l'autre se rassasiant avec un goût cruel de ce plaisir jadis en faveur à Sodome, plaisir qui se doublait en la circonstance d'une soif de vengeance.

Ils passèrent la nuit en conjonctions de ce genre. Aux premiers feux de l'aurore, le mari appela deux solides valets auxquels il ordonna de se saisir du jeune homme et, autant que ce dernier le put supporter, il fustigea de verges ses fesses charmantes, en lui disant : « Voilà pour te punir, toi, qui au sortir de l'enfance, ose rivaliser avec les libertins et te glorifier du crime d'adultère. »

Ce galant, ce présomptueux la veille, s'enfuit, mortifié mais heureux néanmoins de devoir son salut à une flétrissure de sa personne, dont il n'eut point de peine, on s'en doute, à se contraindre de garder le secret. Pour l'épouse coupable, le mari se contenta de mettre sous clef ce giron dont elle était si prodigue en s'écriant : « – Maintenant, je suis sûr d'y pénétrer seul. »

Cette nouvelle permet de vérifier l'adage que « tout semblable trouve ici-bas son semblable ». Elle démontre en outre qu'il ne faut point se fier aux femmes qui ont le « sadinet » libre.

in Un homme, un homme, Hugo Marsan, éditions Autrement, 1983, ISBN : 2862601233

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Amitiés avunculaires par Georges Duby

Publié le par Jean-Yves Alt

La relation entre l'oncle et le neveu est une constante dans les récits de chevalerie. Ainsi, dans La Chanson de Roland, le verbe aimer est employé plusieurs fois pour qualifier la relation entre Charlemagne et son neveu.

Comment s'expliquent ces amitiés avunculaires (c'est-à-dire relatives à l'oncle), et pourquoi occupent-elles une telle place dans la société féodale ? Georges Duby répond à la question :

« La disposition des rapports de parenté dans la société chevaleresque attribuait à l'oncle maternel à l'égard de ses neveux des droits et des devoirs privilégiés. Des fils de sa sœur, l'oncle attendait donc qu'ils l'aiment mieux que leur père, et lui-même se sentait tenu de les aimer mieux que celui-ci. Il se devait notamment de les aider dans leur carrière. Or, la plupart du temps, cet homme se trouvait en meilleure position pour le faire puisque, par l'effet des stratégies matrimoniales, la femme était d'ordinaire, dans le couple, de plus haut parage que son mari. Pour se pousser dans le monde, les garçons se tournaient par conséquent volontiers du côté de leur lignée maternelle. Lorsqu'on les avait voués à servir Dieu, ils s'élevaient dans les grades ecclésiastiques grâce à l'oncle chanoine, abbé ou évêque ; lorsqu'ils étaient chevaliers, ils partaient combattre dans l'équipe de l'oncle banneret, sûrs de trouver dans son entourage chaude amitié, ferme soutien et les chances les plus assurées de faire fortune. »

Georges Duby

in Guillaume le Maréchal, éditions Fayard, 1984, ISBN : 2213013497, p. 95


Lire aussi : L'exaltation de l'amour viril au Moyen-âge par Georges Duby

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L'exaltation de l'amour viril au Moyen-âge par Georges Duby

Publié le par Jean-Yves Alt

La culture féodale était fondée sur un univers exclusivement masculin. Les hommes de guerre vivaient dans un monde éloigné de celui des femmes, portés à développer une éthique du courage individuel et de la soumission à l'ordre féodal.

Cette vie créait des liens solides, qui dépassaient souvent la simple camaraderie, engageant deux chevaliers jusqu'à la mort. Liens qui devaient s'exprimer dans une tendresse sentimentale mêlée de vigueur militaire, difficile à concevoir aujourd'hui.

Ce statut social et symbolique de ces amitiés viriles a été analysé par Georges Duby :

« Dans la chevalerie du XIIe siècle – comme à l'intérieur de l'Église –, l'amour normal, l'amour qui porte à s'oublier, à se surpasser dans l'exploit pour la gloire d'un ami, est homosexuel. Je n'entends pas qu'il conduise forcément à une collusion charnelle. Mais c'est très évidemment sur l'amour entre mâles, fortifié par les valeurs de fidélité et de service empruntées à la morale vassalique, que l'ordre et la paix sont censés reposer, et c'est sur lui que les moralistes ont naturellement reporté la ferveur nouvelle dont la pensée des théologiens avait imprégné le mot amor. En revanche, lorsque les hommes d'Église s'intéressaient aux relations entre l'homme et la femme – et c'était une de leurs préoccupations premières, puisqu'ils s'appliquaient en ce temps à édifier une éthique du mariage, à raffermir les cadres de l'union conjugale, seul lieu, selon eux, où pussent s'établir des rapports hétérosexuels licites –, ils se montraient d'une prudence extrême. Car dans ce cas, le sexe intervient nécessairement, car le sexe est péché, la pierre d'achoppement. »

Georges Duby

in Dames du XIIe siècle (tome 1), Editions Gallimard / Bibliothèque des Histoires, 1995, ISBN : 2070741761, p. 167


Lire aussi : Amitiés avunculaires par Georges Duby

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Louis XVIII et ses favoris…

Publié le par Jean-Yves Alt

Comme son frère Louis XVI, le jeune Comte de Provence (1755-1824) souffrait d'une infirmité congénitale qui lui rendait douloureux tout acte sexuel. Après quelques années de chasteté forcée, Louis XVI s'était fait opérer et avait pu honorer la reine Marie-Antoinette. Le Comte de Provence, quant à lui, refusera l'opération et restera toute sa vie incapable de montrer sa virilité. Il se mariera pour la forme, car il ne pouvait avoir d'enfants.

Le jour où le roi Louis XVI se fait arrêter à Varennes, le Comte de Provence réussit à s'enfuir en Belgique. Lorsque le jeune Louis XVII meurt, son oncle se proclame héritier du trône de France sous le nom de Louis XVIII, et devient le chef des émigrés. Il poursuit sa vie d'exilé à Vérone, chez le Tsar de Russie, à Varsovie, enfin en Angleterre. Après le coup d'État de Brumaire, il écrit à Bonaparte pour lui demander de restaurer la monarchie. Celui-ci refuse poliment : Louis XVIII devra attendre la chute de l'empereur pour rentrer à Paris, le 3 mai 1814, dans les bagages des armées Alliées victorieuses de Napoléon.

Dans la charte constitutionnelle qu'il donne aux Français, Louis XVIII veut effacer la Révolution, mais il ne réussit qu'à mécontenter l'opinion publique. Napoléon ayant quitté l'île d'Elbe réussit à reprendre le pouvoir sans user de la force. Cela montre à quel point la première Restauration était impopulaire. Louis XVIII se réfugie à Gand. Moins de Cent Jours après, c'est Waterloo et Napoléon part pour Sainte-Hélène.

Le 8 juillet 1815, Louis XVIII rentre à Paris accueilli un calembour du bon peuple : « Vive notre père de Gand ! » Le roi a soixante ans, il est obèse, impotent et bientôt il ne quittera plus son fauteuil roulant. Mais il a conservé l'esprit alerte, de la finesse et du bon sens. Il veut une politique libérale, face aux ultras réactionnaires de son frère le Comte d'Artois (futur Charles X). Il parvient à modérer les exigences des armées Alliées qui occupent la France, et tente de limiter la « Terreur Blanche », cette réaction de vengeance des aristocrates contre les partisans de Napoléon.

Impuissant, il se console de ne pouvoir faire l'amour, en racontant des histoires égrillardes et il adore qu'on lui en raconte. Sa femme est morte et les conventions de l'époque font qu'il doit afficher des maîtresses. Madame de Balbi, Mademoiselle Bourgoin, Madame de Mirbel et Madame Princeteau (sœur de Decazes), tiennent successivement ce rôle. Selon le propre témoignage de ces dames, le roi ne dépassera jamais le stade des petits jeux, badinages, attouchements et câlineries qui demeurent chastes.

Bientôt il se lasse des dames, et sans crainte du « qu'en dira-t-on » s'attache ouvertement à de jeunes hommes. Tout d'abord le comte d'Averay, qu'il comble de bienfaits, puis le duc de Blacas qu'il nomme pair de France et premier ministre. Malheureusement Blacas fait partie de ces émigrés qui n'ont rien oublié et rien appris. Il veut gouverner comme si la Révolution n'avait pas eu lieu, et bientôt les conseillers du roi demandent sa destitution. Cet acharnement contre son protégé suscite de la part de Louis XVIII cette réflexion amère : « On pardonne ses maîtresses à un souverain, on ne lui pardonne pas ses favoris. » La mort dans l'âme, le roi cède, et envoie Blacas comme ambassadeur à Naples. Mais pendant les semaines suivantes il ne cesse de pleurer en s'écriant : « Il est parti mon petit ! Comme je l'aimais mon petit enfant. Ah ! les gredins ils m'ont retiré ma vie... »

Un mois plus tard Louis XVIII avait trouvé un nouveau favori : Elie Decazes. Ce très bel homme de trente cinq ans avait été fonctionnaire de l'Empereur, puis, sous la Restauration avait succédé à Fouché comme ministre de la Police.

Chateaubriand dans Mémoires d'Outre-Tombe [Deuxième partie, Livre I, Chapitre 4] s'étonne de la passion de Louis XVIII pour Decazes :

« Se fait-il dans le cœur des monarques isolés, un vide qu'ils remplissent avec le premier objet qu'ils trouvent ? Est-ce sympathie, affinité d'une nature analogue à la leur ? Est-ce une amitié qui leur tombe du ciel pour consoler leur grandeur ? Est-ce un penchant pour un esclave qui se donne corps et âme, devant lequel on ne se cache de rien, esclave qui devient un vêtement, un jouet, une idée fixe, liée à tous sentiments, à tous les goûts, à tous les caprices de celui qu'elle a soumis et qu'elle tient sous l'empire d'une fascination invincible ? Plus le favori est bas et intime, moins on le peut renvoyer, parce qu'il est en possession de secrets qui feraient rougir s'ils étaient divulgués. »

Il faut lire entre les lignes. Par pudibonderie ou par hypocrisie, Chateaubriand se garde de nommer les amours royales. Mais que peuvent être ces « secrets qui feraient rougir » ?

Dans le désir de chasser Decazes, on trouve, chez les ultras, le souci de le remplacer par le duc de Richelieu, un premier ministre favorable aux idées réactionnaires du futur Charles X. Mais en écartant Decazes, ce n'est pas seulement le ministre libéral que les ultras chassent, c'est surtout le favori qui dispose de l'affection exclusive de Louis XVIII, et dont la liaison avec le roi fait jaser. Mais Decazes était toujours en place et le roi continuait à l'appeler son « cher petit », à l'embrasser – sur le front – en public et à lui envoyer journellement une correspondance très affectueuse. Un assassinat allait servir de prétexte.

Le soir du 13 février 1820, le duc de Berry, deuxième fils du Comte d'Artois, c'est-à-dire neveu de Louis XVIII, est assassiné par Louvel. Dès le lendemain, Madame du Cayla fait courir le bruit que c'est Decazes qui a poussé Louvel, par haine des ultras. Le roi devra céder à l'opinion publique et renvoyer son favori. Dans une autre lettre déchirante, Louis XVIII annonce à Decazes qu'il est nommé ambassadeur à Londres et il termine ainsi : « Viens voir le prince ingrat qui n'a pas su te défendre. Viens mêler tes larmes aux miennes. » Le jour de son départ, Decazes reçoit un dernier billet du roi : « Adieu ! C'est le cœur brisé que je te bénis. Je t'embrasse mille fois ! »

D'après Michel Larivière, Homosexuels et bisexuels célèbres, Editions Deletraz, 1997, ISBN : 2911110196, pp.225-226


Lire aussi : Dictionnaire des chefs d'Etat homosexuels ou bisexuels, Didier Godard, éditions H&O, 2004, ISBN : 2845470908, pp.171-175

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La cérémonie de l'appel racontée par Hans Heger

Publié le par Jean-Yves Alt

« Dès que nous fûmes déchargés sur la place de l'appel, les coups se mirent à pleuvoir... Après, l'appel commença : l'un après l'autre, nous étions appelés, nous devions alors avancer d'un pas, répéter notre nom, annoncer le motif de notre détention.

Ce fut bientôt mon tour d'être appelé. Je répétai mon nom après avoir avancé d'un pas et mentionnai le paragraphe 175 comme cause de mon internement. Immédiatement, je reçus des coups de pied dans les côtes et, avec les mots : espèce de cochon, ordure de pédé, je fus confié à l'Oberscharführer qui s'occupait de mon bloc.

Pour commencer, ce dernier m'administra deux gifles sur les oreilles, d'une violence telle que je m'écroulai par terre. Je me relevai et restai debout, tremblant de peur. Il m'envoya de toutes ses forces son genou dans les testicules et je me roulai par terre tellement cela me faisait souffrir. Aussitôt, les détenus qui aidaient à l'appel me crièrent de me relever pour l'empêcher de me piétiner.

Le visage hagard, je me relevai devant le chef de bloc qui me dit : "C'était pour faire connaissance. Ainsi, espèce de merde, tu sauras qui est ton chef de bloc."

Nous nous retrouvâmes une vingtaine de "cochons de pédés" à être rassemblés. Les SS nous firent alors courir parmi les différents commandos... Enfin nous fûmes conduits devant notre bloc... Là il fallut se mettre en rang par trois. Puis nous dûmes nous déshabiller complètement... Et puis, il fallut attendre, attendre... On était en janvier, la température devait être de quelques degrés au-dessous de zéro ; un vent glacé s'engouffrait dans la rue du camp, mais ils nous laissèrent nus, les pieds à même le sol.

Puis un SS-Scharführer en manteau d'hiver à col de fourrure allait et venait devant nous et frappait tantôt l'un, tantôt l'autre avec un nerf de bœuf. Il criait : "C'est pour ne pas geler, tas de cochons !" Et consciencieusement, avec ses lourdes bottes, il marchait sur les orteils de tel ou tel détenu qui hurlait de douleur. Ceux qui se plaignaient trop à son gré recevaient immédiatement un coup de bâton dans l'estomac, qui les laissait sans voix. Il transpirait presque de cette distribution de coups et toujours allant et venant devant nous, il criait : "Espèces de truies en chaleur, je vais vous faire rester jusqu'à ce que vous soyez froids !" »

Hans Heger

in « Le Triangle rose. La Déportation des homosexuels (1933-1945) », de Jean Boisson, Editions Robert Laffont, 1988, ISBN : 2221055187, page 141


Lire aussi sur ce blog :

- Télévision : Un amour à taire un film de Christian Faure

- Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel

- Histoire de l'homosexualité en Europe : Berlin, Londres, Paris, 1919 – 1939

- Les oubliés de la mémoire de Jean Le Bitoux

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