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Discrétion de Roland Barthes sur son homosexualité

Publié le par Jean-Yves

Roland Barthes, qui était tout sauf démonstratif, demeurait des plus discrets sur son homosexualité :


« Pourquoi aurait-il eu à dire son amour des garçons – ce que nombre d'esprits sûrs de leur fait n'ont pas manqué de lui reprocher – quand nous n'avons, profondément, aucun mot pour le dire. »


Patrick Mauriès


■ in Roland Barthes, Editions le Promeneur, 1992, ISBN : 2070727971


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La pirate, un film de Jacques Doillon (1984)

Publié le par Jean-Yves

Alma est incapable de choisir entre l'amour qu'elle porte à son mari Andrew et la passion qu'elle nourrit envers Carol, son amie. Elle décide de partir loin d'eux afin de faire le point.


Mais cette fuite ne résoud en rien ses problèmes de cœur car un autre homme est amoureux d'elle. Cet homme est dénommé "numéro 5" par une jeune fille qui accompagne toujours Carol - puisque, effectivement, cet homme est le cinquième personnage de l'histoire.


"Numéro 5" est aussi une sorte de gardien engagé par Andrew pour surveiller sa femme. Et il s'ensuit un véritable ballet tragique, par lequel Andrew rattrape un moment Alma et la reprend en mains, avant de la perdre au profit de Carol, qui la perd à son tour... Mais "numéro 5" et la jeune fille tirent aussi les ficelles, dans la coulisse, chacun de son côté...


Tout va se jouer et se dénouer lors d'un voyage vers le Nord. Alma et Andrew prennent le bateau à Dunkerque, vers l'Angleterre. Carol, "numéro 5" et la jeune fille suivent de très près et embarquent eux aussi in extremis.


Sur ce navire froid et désert, l'affreux ballet va reprendre. Les cinq protagonistes continuent à se déchirer. Et Alma est toujours l'enjeu de cette sombre fête. À tel point qu'elle finit par ne plus avoir la volonté de vivre. Mais elle n'a pas non plus le courage de mourir, ou tout au moins de se donner la mort... Ce qu'elle ignore, c'est que la jeune fille qui accompagne Carol porte sur elle un pistolet. Et, à un moment où Alma est encore écartelée entre Andrew, Carol et "numéro 5", la jeune fille va lui tirer une balle en plein cœur, la délivrant ainsi à jamais de ses tourments. C'est peut-être elle, cette adolescente irréelle, surgie on ne sait d'où, qui a le mieux compris Alma...


Résumé tiré du site du Ciné-club de Caen


Malgré parfois un certain ridicule dans les dialogues, sinon une certaine prétention, "La Pirate" est un peu la réponse féminine, un an après, à L'Homme blessé, film qui lui avait aussi provoqué un certain nombre de remous.


L'histoire que raconte Jacques Doillon n'a, à la limite, aucune importance : on pourrait se passer de tout fil conducteur ; le canevas n'est que prétexte. La haute tension psychologique et passionnelle que le réalisateur impose pendant quatre-vingt-dix minutes prend aux tripes et bouleverse, pour peu qu'on soit encore capable d'être bouleversé.




Je ne crois pas que la relation entre Alma [Jane Birkin] et Carol [Maruschka Detmers] soit représentative de l'amour entre femmes, pas plus que celle entre Henri [Jean-Hugues Anglade] et Vittorio Mezzogiorno [Jean] ne prétendait donner le reflet de l'homosexualité masculine, dans le film de Patrice Chereau.


Il faut simplement dépasser les apparences pour partager l'intensité des luttes et des névroses dont sont porteurs les protagonistes.





Si l'on s'en tient au premier degré, des phrases comme «je ne suis pas venue pour t'embrasser, je suis venue pour te cogner les dents» (Alma) ou encore «on finira bien par se débarrasser des hommes» (la jeune fille qui tire les ficelles du drame), on peut effectivement ricaner. Et il faut être bien prude, hypocrite ou les deux à la fois pour ne voir dans les ébats d'Alma et Carol qu'une provocation pornographique, car franchement, il n'y a pas de quoi fouetter un chat !


Philippe Léotard ("numéro 5") nous fait un pathétique numéro de poivrot déchiré, et Jane Birkin a un rôle à la mesure de sa sensibilité.


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Homos footballeurs, la grande omerta par Solen Cherrier

Publié le par Jean-Yves

Les joueurs de football se mobilisent régulièrement contre le racisme, pour des oeuvres caritatives. L'homophobie reste, en revanche, un sujet tabou, voire une attitude fréquente dans le milieu, qu'il soit professionnel ou amateur. Malgré les actions d'associations comme le Paris Football Gay, la cause peine à mobiliser, alors que les discriminations sexuelles sont fréquentes.

 

En 2004, des militants protestaient contre l'homophobie affichée au Parc des Princes. Depuis, le PSG s'est engagé à leurs côtés.

 

Plus qu'un tabou, une omerta. L'homosexualité chez les footballeurs reste un sujet très sensible, au point d'être totalement niée. Pas un seul joueur professionnel encore en activité n'a confessé de préférence sexuelle pour les hommes. Parce qu'il n'y en a pas ? Certains le pensent encore. Il y a deux ans, au cours d'une émission de télévision, David Ginola assurait: «Je n'ai jamais croisé quelqu'un du côté obscur de la force au cours de ma carrière.» Il n'est pas le seul à vivre dans cette certitude. Des travaux - menés à l'université Lyon-I par le sociologue Philippe Liotard - auprès de sportifs le montrent. Les hommes interrogés estiment «impensable» qu'un de leurs coéquipiers soit homosexuel. Pis, si cela s'avérait, ils ne pourraient plus jouer avec lui. Preuve que le sport reste un vrai bastion homophobe. Le football en premier lieu, avec ses paradoxes (des joueurs idoles métrosexuelles) et ses ambiguïtés (l'homosociabilité au sein d'un groupe).

 

« Cette négation est révélatrice d'un malaise, commente Philippe Liotard. Comme si le sport pouvait échapper aux statistiques démographiques. » Il y a entre 5% et 10% de gays dans la société : pourquoi n'y en aurait-il pas dans le milieu du foot ? L'homosexualité est juste tue. Vécue comme une maladie honteuse, une grande souffrance propagée par des rumeurs plus ou moins fondées. Récemment, Andrew Walmsley et Corny Littman, respectivement présidents des clubs de Stonewall (Angleterre) et Sankt Pauli (Allemagne), réputés pour leur engagement en faveur de la cause gay, ont pensé faire bouger les choses en déclarant qu'ils connaissaient des homos dans les clubs de l'élite de leurs pays et dans les sélections nationales. Walmsley ajoutait aussi : «Mais faire son coming-out n'est pas envisageable.»

 

 

[…] Dans l'histoire du foot, trois cas sont recensés. Deux ont fini en tragédie. Heinz Bonn, modeste défenseur allemand de Hambourg dans les années 1970, a très mal vécu son homosexualité, non révélée mais de notoriété publique. Après avoir noyé son mal-être dans l'alcool, il a été retrouvé assassiné par un prostitué le 5 décembre 1991 dans son appartement de Hanovre. Plus célèbre, l'international espoir anglais Justin Fashanu a vendu ses confessions au News of the World pour 80.000 livres (118.300 euros) en 1990 alors que, fait unique, il était encore en activité. Rejet du milieu et exil aux Etats-Unis. Le 2 mai 1998, il a été retrouvé pendu après avoir été accusé d'abus sur mineur. Il y a deux ans, l'Uruguayen Wilson Oliver a fait son coming-out dans la revue espagnole Gay Barcelona. Il avait dû arrêter sa carrière car il ne supportait plus la marginalisation et la discrimination. On peut aussi citer l'arbitre international néerlandais John Blankenstein, militant engagé, écarté de la Coupe du Monde 1990, selon lui pour avoir été aperçu dans un bar homo.

 

Forcément, ces exemples n'encouragent pas les candidats à la grande révélation. «Pour faire son coming-out, il faut être très fort. Seul un joueur du calibre de Zidane peut le faire. Et encore, ça ferait des vagues.», glisse Pascal Brèthes, président du Paris Foot Gay (PFG). […]

 

Chronique de l'homophobie ordinaire. Elle débute dès le plus jeune âge au son de la rengaine : «On n'est pas des pédés.» Et sévit au moins autant chez les amateurs. Yoann Lemaire joue au FC Chooz (DH), dans les Ardennes. Début 2006, il décide de révéler son homosexualité à ses coéquipiers afin d'apaiser sa conscience et ses nerfs. Elle semble acceptée au début (le club est même devenu partenaire du PFG). Avant qu'il ne vive rapidement un cauchemar: insultes des adversaires, indifférence arbitrale et mise à l'écart muant progressivement en mise à pied. «Je me suis planté. C'est une catastrophe. Jamais je ne conseillerai à un joueur de foot de révéler son homosexualité. Je comprends que les pros ne veuillent pas le faire. C'est le meilleur moyen de briser sa carrière et de faire fuir les sponsors. Je ne suis même pas sûr que ça puisse avoir un effet positif. Parce que si ça se passe mal pour le joueur, ça se retournera contre tous les homos.»

 

Eric Verdier, psychologue psychothérapeute qui travaille sur l'identité masculine, estime ainsi que «l'engagement d'hétéros nettoyés de leur homophobie jusqu'à semer le doute, comme Vikash Dhorasoo, fera davantage avancer les choses.» […]

 

Du côté de la Ligue et de la Fédération, c'est pourtant silence radio […]

 

Le Journal du Dimanche (Extraits), Solen CHERRIER, dimanche 17 juin 2007




Lire aussi : L'homosexualité est davantage assumée par les sportives de haut niveau que par les hommes - Femmes sportives, corps désirables par Catherine Louveau - Homo Sportivus - Sophia Aram : on est footballeurs, pas des pédés

 

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A mort l'innocent !, Arthur Ténor

Publié le par Jean-Yves

Milieu des années 60 : Gabriel Orthis, jeune instituteur et excellent pédagogue (on songe à Célestin Freinet), parce qu'il est célibataire et homosexuel, va devenir très rapidement le coupable idéal, pour expliquer la mort de Dominique, un de ses élèves, retrouvé dans un sous-bois. Sur la base d'un seul faux témoignage, avalisé par la méchanceté des habitants, le jeune maître d'école va connaître une affligeante et désastreuse descente aux enfers…

 

Il ne faut pas manquer la lecture du prologue pour comprendre que cette histoire – témoignage d'indignation – est racontée par un ancien élève, des années après cette affaire. On devine alors, dans ces premières lignes, que cet élève, Rémy Langevin, a perpétué des liens d'amitié avec son ancien maître. Ce récit se nourrit ainsi, non seulement, des souvenirs personnels que Rémy a gardé de cette époque mais aussi de ce qu'il a appris de la bouche de Monsieur Orthis, dans les années qui ont suivi. Sinon, comment comprendre, la caractéristique de ce narrateur qui sait « tout » de cette affaire, même les moments où il n'était pas présent.

« L'homme que je vais évoquer dans ces pages est mort […] tout à l'heure. […] Depuis, des flots de souvenirs remontent à ma conscience : des visions douces et d'autres d'une effroyable violence, des rires d'enfants, des cris d'indignation... et la morsure cruelle de la honte. […] Après l'hôpital, je suis rentré directement chez moi. Ne pouvant ni travailler ni me détendre […], j'ai choisi de m'attaquer à ce puzzle disloqué de mes souvenirs. […]J'éprouvai soudain comme un devoir de mémoire à accomplir, pour que chacun ait un jour envie de dire : "plus jamais ça !" » (Prologue, pp.3-4)

L'auteur, Arthur Tenor, montre excellement comment l'étranger, le « différent » devient le coupable idéal pour faire face à la douleur collective de la mort inexpliquée d'un enfant. Il indique, avec une écriture délicate et accessible aux jeunes lecteurs, les éléments qui peuvent influencer un jugement, présentement, la sexualité de Monsieur Orthis. L'argumentaire de ce dernier, auprès du commissaire chargé de l'enquête, en rend compte de façon exemplaire :

« Votre adjoint par exemple, observez-le bien. Est-ce que sous son air gouailleur ne se cacherait pas un pervers sexuel ? Je lui verrais bien un petit œil lubrique quand il croise une femme… […] Et quand il voit une petite fille, quel air prend-il ? N'y aurait-il pas une étincelle de convoitise dans ses yeux ? […]


Alors c'est quoi le profil du pervers type […] ? Un homme comme moi qui, c'est vrai, préfère les hommes, ou un type comme votre inspecteur qui ricâne bêtement quand on prononce le mot fouetter ? Peut-être ni l'un ni l'autre, après tout. La perversion est plus subtile […]. Elle ne dépend pas des préférences sexuelles, mais de tant d'autres choses. » (Chapitre 7, p.55)


Justice frénétique, si les doutes existent, chacun compte sur un autre maillon pour « démêler le vrai du faux » (p.66), crime de pédophilie convoqué en renfort dès qu'il y a mort d'un enfant, mensonges aussi vite balayés quand la vérité éclate : « […] la plupart des gens firent comme s'ils avaient toujours cru en l'innocence de l'instituteur. Aucun d'entre eux n'aurait avoué qu'il était parmi ceux qui criaient "À mort, le monstre !" » (p.126) constituent les éléments de cette affaire poignante.

 

Ce bref roman dépasse – par les questions qu'il soulève – la seule lamentable affaire de cet instituteur et invite ses lecteurs à réfléchir sur ce qui, au plus profond de nous, aiguille nos positions.

 

■ Editions Oskar Jeunesse/Junior, mars 2007, ISBN : 9782350001432

 


Lire l’article de Lionel Labosse

 

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« Mon portrait » par Henri-Pierre et Jean-Christophe (*) : là et toujours ailleurs…

Publié le par Jean-Yves

Je suis sensible à cette reproduction de tableau du peintre flamand Michiel Sweerts (reçue par courrier). Elle traduit bien mon essence intérieure.


Je retrouve le sérieux de mon visage qui, me dit-on, ne sourit jamais ; les yeux, à la fois fixe et nulle part, qui brillent comme s'ils n'arrivaient pas à évacuer un trop plein de larmes.


Et puis, cette pose corporelle, cette affectation dans ma manière d'être, que je devine volontiers mienne. Ce manque de naturel, où le moindre geste prenant une attitude quasi-risible, fonde ma présence aux autres.



C'est pourquoi, j'aime m'envelopper, me dissimuler, m'empaqueter dans des vêtements simples et aussi raffinés, afin de me fuir… Ah ! Que l'été et ses chaleurs sont détestables !


Je ne sais pas me donner aux autres. Au mieux, offrir, comme ce jeune garçon, que je ne suis plus depuis longtemps, quelques fleurs. Absent. Eternellement absent.



Garçon avec turban et un bouquet de fleurs (Muchacho con turbante y un ramillete de flores), Michiel Sweerts, 1655

Huile sur toile, Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid



(*) Henri-Pierre et Jean-Christophe ne me connaissent que par l'intermédiaire de mes écrits. Merci à eux.


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