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Une morale pratique par Saadi

Publié le par Jean-Yves

Le Jardin des roses, du poète persan Saadi, propose, à ses lecteurs, une morale pratique, apprise sur les chemins, de Bagdad à Tanger, de boutre en chameau et de taverne en mosquée, par le commerce des grands et des petits, des marchands et des sages retirés, dans les odeurs d'encens, d'épices, de fleurs et de fruits : à travers, en un mot, la vie quotidienne du XIIIe siècle oriental.


Mais diffère-t-elle tant d'aujourd'hui ?


Les anecdotes de Saadi conduisent à travers les méandres des désirs, de la jeunesse et de l'amour et offrent réflexions, souriantes ou mélancoliques, touchant aux avantages du silence ou aux questionnements de l'arrière saison :


Pourquoi le coq ne chante-t-il pas cette nuit ?

Les amants n'ont pas encore mis fin à leurs caresses et leurs baisers, répond Saadi.


Le poète persan connaît les chemins et les coutumes de l'amour aussi bien qu'on connaît l'arabe à Bagdad. En témoigne, avec pertinence, l'anecdote suivante :


Quelqu'un n'avait pas revu un ami depuis longtemps. Il le rencontra et lui dit :

– Où étais-tu ? Tu m'as manqué, j'ai eu très envie de te voir.

– Le désir est bien préférable à l'ennui, répondit l'autre.


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Jean Cocteau, un fabuleux esthète plasticien

Publié le par Jean-Yves

De Cocteau, on célèbre plus souvent le prince des poètes, le magicien du théâtre et du cinéma que l'artiste plasticien de génie qu'il a aussi été.


Pourtant, ne s'intitulait-il pas lui-même le «poète-peintre» ?


Jean Cocteau était un grand portraitiste et un excellent caricaturiste. Un illustrateur aussi de ses poèmes et romans : œuvres graphiques qui complètent et approfondissent son œuvre écrite. Au travers de ses peintures à l'huile et de ses pastels, il a su recréer l'univers, quelque peu irréel et toujours sublime, de sa mythologie personnelle.


Son anticonformisme ne manque toujours pas, aujourd'hui, de me séduire… au point de personnaliser les murs des lieux qui lui étaient chers : il s'est ainsi représenté dans la Cène au dessus de la porte de la Chapelle Notre-Dame-de-Jérusalem à Fréjus.




Chapelle Notre-Dame-de-Jérusalem, dite aussi Chapelle Cocteau à Fréjus

Début des années 60


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La Friponnière, Didier Denché

Publié le par Jean-Yves

« Il y a bien longtemps que je n'ai pas lavé, de sang, mon visage, et que Tisiphone n'y a baigné ses membres altérés. » (p. 163) : cette tirade du vieux poète Eumolpe, tirée d'une version peu connue du Satyricon, pourrait être la clé de l'énigme policière de ce roman.



L'histoire tourne autour d'un forum internet intitulé « La Friponnière » qui aborde l'amour de l'homme pour le garçon. De nombreux intervenants participent au dialogue en ligne. Trois groupes contradictoires échangent leurs idées : les généreux qui sont d'une compréhension admirable pour les pédophiles, les haineux à leur égard, et un unique, Philippe Sourphères, intelligent et plein d'humour.


Pour échapper au sort de « délinquant sexuel », ce dernier explique une méthode qu'il a tirée de la lecture d'un ouvrage de Hervey de Saint-Denys sur les rêves et les moyens de les diriger. En quelques mots, il suggère aux participants du forum de vivre leurs amours en rêve, plutôt que dans la réalité. Que chacun soit le véritable scénariste de ses rêves.


Mais reprenons les faits depuis le début : le sept mars, à cinq heures du matin, Stéphane Prévane, un informaticien de vingt huit ans, est retrouvé mort, la carotide tranchée. Un meurtre commis à l'arme blanche. Ce jeune homme dialoguait sur le forum. L'assassin a laissé une marque sur le cadavre de sa victime : deux épis de maïs. Quelques jours plus tard, un traducteur de russe, Sergueï Stupasseief, est descendu par balles à son domicile de Pantin. Ce poète bilingue était aussi pédophile et dialoguait également sur ce même forum. L'assassin a déposé, cette fois-ci, sur le cadavre : trois harengs saurs.


Paul Lisaneur est l'inspecteur chargé de l'enquête. Il n'a rien de l'image classique d'un inspecteur portant sur son visage des heures de sommeil en retard, mangeant un hot-dog entre deux interrogatoires et auquel son bon sens permet toujours de se sortir de situations inextricables.


Paul Lisaneur n'est pas un redresseur de tort ; seulement un homme qui a foi en l'humanité tout en ne faisant pas d'angélisme quant aux hommes. Il sait s'occuper de son fils Mathieu dont il a la garde. Il est divorcé d'avec sa femme qui s'est découverte lesbienne. Lisaneur fouille autant les consciences que les fiches de police afin de voir qui se cache derrière ce que la vindicte populaire appelle les « épouvantables assassins ». En affichant ses préjugés, en les interrogeant, il interpelle aussi ceux des lecteurs. Ce policier est sympathique à l'image de Dave Brandstetter, le détective homosexuel de Joseph Hansen. Il faut souhaiter que ce roman policier soit le premier d'une longue série.


« Ni les études de médecine, ni même le serment d'Hippocrate n'apportent de garantie quant à l'honnêteté d'un homme. À cette réflexion, Paul songea justement au serment d'Hippocrate. […] Ce serment, en effet, par ce qu'il lui avait révélé sur l'amour de l'homme pour le garçon, ne lui annonçait-il pas la nature de sa future enquête ? Dire que des générations et des générations de médecins l'avaient prononcé, en occultant ce qu'Hippocrate disait clairement sur l'attrait exercé par les jouvenceaux !

"Dans quelque maison que j'entre, j'y pénétrerai pour l'utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves."

Paul, en découvrant le contenu de ce serment, fut très étonné qu'un texte auquel non seulement tout une profession, mais l'humanité entière prêtait un caractère presque sacré, recélât une vérité aussi déconcertante. Hippocrate, comme d'autres savants ou philosophes grecs, mettait la paidérastie sur le même plan que l'amour des femmes. Et encore, certains de ces derniers, paraît-il, lui donnaient souvent la précellence ! » (pp. 34/35)


Est-il exagéré de dire que dans « La Friponnière », l'assassin a vengé tous les enfants de la terre ? Il n'a, ni plus ni moins, fait assassiner des personnes qu'il assimilait à l'ogre, image développée dans l'imagerie universelle de la pédophilie. Par le sang versé, l'ogre cesse d'être assimilé au monstre, au bourreau et devient victime. En même temps, celui qui représentait la normalité de la société, en devenant assassin, se pare des attributs démoniaques qui échouaient aux pédophiles.


Le croquemitaine, traqueur de chair infantile, peut être un homme qui se donne… assoiffé de tendresse et d'amour. Celui, que l'on nomme l'ogre, devient même parfois un ami par excellence, un modèle, un héros pour l'enfant, contre vents et marées. Tel Philippe Sourphères pour Mathieu, onze ans… fils de l'inspecteur Paul Lisaneur :


« — Est-ce que je peux embrasser Mathieu pour lui dire au revoir ? demanda timidement Delta de Céphée (il s'agit du pseudo de Philippe Sourphères).

— Naturellement ! répondit Paul, dans un élan de profonde sincérité.

Philippe ne se contenta pas d'un petit bisou : il prit carrément Mathieu dans ses bras, et le serra contre son cœur, comme pour un adieu. Mathieu sourit de plaisir. » (p. 168)


Ici la thématique de la séduction, du rapt est totalement chamboulée puisque c'est presque l'enfant qui manifesterait le désir d'être kidnappé.


Il faut lire encore La Friponnière pour les très nombreuses références culturelles – littéraires, cinématographiques, musicales – disséminées tout au long de l'enquête. Pour les calembours dont l'auteur maîtrise parfaitement le maniement. Pour l'enquête, bien évidemment, hors des chemins battus. La palette du romancier-poète est parfaite.


Avec Didier Denché (je devine un pseudonyme), le romanesque est plus vrai que la vie et la vie vraie peut devenir un roman.


■ Éditions Quintes-Feuilles, décembre 2008, ISBN : 9782953288506, illustration de couverture : peinture à l'huile de Mario de Graaf


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Un sang d'aquarelle, Françoise Sagan

Publié le par Jean-Yves

Dans les années noires de l'Occupation, un cortège d'amours contrariées et de destinées qui s'éclairent…


Constantin von Meck a tout pour être heureux : metteur en scène aussi célèbre pour ses excentricités que pour ses films, séduisant, charmeur, amateur d'hommes autant que de femmes, il a en plus ce goût du bonheur qui en fait un optimiste impénitent.


Pourtant, en 1937, à la suite de l'échec d'un film qu'il vient de tourner au Mexique et du départ de sa femme, la star des stars, Wanda Blessen, il décide de quitter Hollywood pour rejoindre son Allemagne natale, et, en réponse à une offre de la U.F.A., y tourner une adaptation de Médée.


Négligeant le national-socialisme et ne voulant rien savoir de ce qui se passe réellement autour de lui, il devient néanmoins le protégé de Goebbels et se met à tourner une série de comédies distrayantes, de moins en moins ambitieuses et aussi peu politisées que possible.


Lorsque le roman commence, en 1942, Constantin est en train de terminer une de ces bluettes intitulée Les Violons du destin. Un premier incident à la fin du tournage (l'arrestation de ses deux techniciens juifs à qui il avait fourni de faux papiers) lui ouvre tout doucement les yeux. Un second (la vision d'un corps affreusement torturé à l'hôtel de la Gestapo où il était venu, justement, réclamer la libération de ses deux techniciens) le met encore davantage face à la réalité.


Mais ces deux événements ne suffisent pas à lui faire prendre pleinement conscience et à le remettre en question : ils l'amènent juste à réagir de manière instinctive, en frappant violemment le général Bremen, un des chefs de la Gestapo.


La véritable prise de conscience, c'est quelques mois plus tard, en Provence – où Constantin von Meck s'apprête à tourner une adaptation de La Chartreuse de Parme – qu'elle va avoir lieu. Là, entouré de Boubou Bragance (une mondaine qui flirte avec l'occupant), de Romano (son jeune amant gitan qu'il fait passer pour un cousin éloigné), de sa femme (revenue, pour l'occasion, interpréter le rôle de la Sanseverina) et de quelques autres acteurs, cet aveugle volontaire va peu à peu se rendre compte de ce qu'il est devenu.


La découverte, dans un village avoisinant, de corps brûlés par les Allemands achèvera de lui faire prendre sa décision et dès lors, ce ne sera plus un sang d'aquarelle qui coulera dans ses veines, mais un sang d'homme fort, décidé, enfin maître de son destin...



Vivacité du style, sens de la formule, notation juste et pertinente, toutes les qualités d'un bon roman.


Ce qui séduit, en plus, dans Un sang d'aquarelle, c'est l'histoire d'amour entre Constantin et Romano : véritable clef du récit, fil conducteur, qui en sera aussi la conclusion logique.


■ Editions Gallimard/Folio, 1989, ISBN : 2070381420


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Noël

Publié le par Jean-Yves

Je me retrouve dans cette parole que Christophe Honoré fait dire à son héros, Anton, dans Noël, c'est couic ! :


« A Noël, il manque toujours quelque chose, mais ça ne veut pas dire que ce n'est plus Noël. »


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