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Jean Cocteau, un fabuleux esthète plasticien

Publié le par Jean-Yves Alt

De Cocteau, on célèbre plus souvent le prince des poètes, le magicien du théâtre et du cinéma que l'artiste plasticien de génie qu'il a aussi été.

Pourtant, ne s'intitulait-il pas lui-même le «poète-peintre» ?

Jean Cocteau était un grand portraitiste et un excellent caricaturiste. Un illustrateur aussi de ses poèmes et romans : œuvres graphiques qui complètent et approfondissent son œuvre écrite. Au travers de ses peintures à l'huile et de ses pastels, il a su recréer l'univers, quelque peu irréel et toujours sublime, de sa mythologie personnelle.

Son anticonformisme ne manque toujours pas, aujourd'hui, de me séduire… au point de personnaliser les murs des lieux qui lui étaient chers : il s'est ainsi représenté dans la Cène au dessus de la porte de la Chapelle Notre-Dame-de-Jérusalem à Fréjus.

Chapelle Notre-Dame-de-Jérusalem, dite aussi Chapelle Cocteau à Fréjus

Début des années 60

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Le sacre du corps par le photographe Toni Catany

Publié le par Jean-Yves Alt

Sur ce corps raidi, aussi multiforme et varié qu'un paysage, le photographe, Toni Catany, a joué avec la lumière et a essayé de capter, ce qu'il pouvait offrir.

Avec sa poitrine gonflée, ce corps sans visage apparaît glorieux, comme en élévation, tendu à l'extrême, bandé tel un arc.

Il a un côté statuaire antique.

J'attends que jaillisse quelque chose de cette magnificence, qui se heurte à ma discrétion, à ma pudeur : c'est peut-être dans cette distance que s'opère en moi cette véritable magie.

Toni Catany – Soñar en dioses n°87 – 1988

Photographie, tirage au gélatino-bromure d'argent, 68cm x 47cm

S'agit-il vraiment comme l'invite le titre de cette photographie, Soñar en dioses, de rêver avec les dieux ou de rêver des dieux ? Car comme Nietzsche, je pense que tous les dieux doivent mourir [La naissance de la tragédie – 1872].

En donnant à voir le triomphe d'un homme conquérant, mimant les dieux, Toni Catany m'indique l'inéluctable de ma propre mort.

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« Il a la tête d'un poète », une chanson écrite par Jean-Pierre Castelain et chantée par Jeanne-Marie Sens (1981)

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans la cour de l'école

On le trouvait un peu trop blond

Un peu chiffe-molle parce qu'il n'aimait pas jouer au ballon

Ses yeux semblaient ceux d'une fille

Trop fine était sa peau

Plus tard, adolescent, on lui trouvait un air rêveur,

Les filles lui faisaient peur,

Comme il n'aimait pas, n'aimait pas les jeux violents ses copains l'appelaient la quille et ils chantaient moqueurs

Il a le cul d'une tapette

Il a la tête d'un poète, d'un poète

Plus tard, à l'âge d'homme, ses cheveux blonds encore blonds, fardé, habillé comme, tout comme une fille, une fille dans ses jupons

Son regard devenait douceur quand il frôlait un garçon

Il a eu tant besoin, besoin de rêver d'absolu, et de tout et de rien qu'au petit matin, il a fait que sa vie s'achève.

Il a fait que sa vie s'achève afin d'oublier ce refrain.

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Split Rocker : Jeff Koons à Versailles

Publié le par Jean-Yves Alt

C'est à l'artiste contemporain Jeff Koons que l'on doit la présence incongrue de cette œuvre monumentale dans le jardin de l'Orangerie à Versailles.

Volontiers provocateur lorsqu'il affirme que "l'art est la faculté de manipuler les gens", son œuvre détourne fréquemment des objets qui appartiennent à l'imagerie enfantine, en mêlant avec ambiguïté candeur et subversion.

L'incongruité du Split Rocker repose sur sa forme même. Quel est cet objet à deux faces différentes tel un Janus ? La créature d'un dessin animé ? Un jouet ? Une peluche ? Un char de carnaval ? Deux cercles concentriques figurent spontanément un œil, la rondeur trapue des formes évoque un museau. Quant au cylindre horizontal sur chaque côté, est-ce la poignée d'un cheval à ressort de jardin d'enfant ?

L'interprétation est ouverte. Mais la connotation des formes et des couleurs ancre résolument le Split Rocker dans l'esthétique contemporaine d'un objet enfantin.

Jeff Koons – Split Rocker – 2008

Jardin de l'Orangerie du château de Versailles, jusqu'au 4 janvier 2009

La contemporanéité s'oppose ici à l'environnement architectural du Château de Versailles et de ses jardins. Ce conflit n'est pas dénué d'humour ; la sagesse des lignes parallèles, la régularité et la solennité des lignes classiques, rendent intruse la légèreté ludique de l'œuvre, dont l'aspect plastique renvoie bien plus aux étalages d'un supermarché qu'aux fontaines d'un jardin royal. Cette dualité est d'autant plus grande que l'échelle de l'objet a été dilatée au point de rivaliser en taille, par conséquent en sens, avec le château. Dans ce duel, le socle a son importance, car il a pour effet de légitimer la frivolité des formes comme objet de contemplation, de la sacraliser "œuvre d'art", parachevant ainsi le parti pris ironique de cette installation.

Là où l'œil perçoit de loin une surface grumeleuse, souple, voire douce, il découvre en s'approchant un surprenant tapis de petites fleurs colorées. Le terme même de "petites fleurs" porte en elle toute l'innocence entendue d'une image d'Épinal. Elles appartiennent à un abécédaire du "kitsch". En couvrant son objet de petites fleurs, l'artiste le couvre d'une candeur où perce l'ironie.


Les photographies sont tirées de ce site.

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Je n'ai plus peur du sida par Alain Emmanuel Dreuilhe

Publié le par Jean-Yves Alt

« Même si je finis, comme tous les autres, par mourir (du sida j'entends), je n'ai plus peur de lui car les pages qui précèdent m'ont purifié, donnant – tout au moins pour moi – un sens à ces trois années de soucis, de chagrins et de deuils, un sens exclusivement personnel.

Je serai mort pour une cause à laquelle je n'aurai pas renoncé : l'acceptation de mes forces et de mes faiblesses, mon respect pour mon homosexualité et celle des autres, la célébration de ma personnalité, des choix que j'ai faits, de l'amour de moi et, à travers moi, de tous les êtres humains. »

Alain Emmanuel Dreuilhe

■ in Corps à corps : Journal de sida, éditions Gallimard/Au Vif du Sujet, 1987, ISBN : 2070711951, pages 189-190

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