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Adieu, je t'aime, un film de Claude Bernard-Aubert (1987)

Publié le par Jean-Yves

Un bourgeois marié et père de famille découvre qu'il peut tomber amoureux d'un beau jeune homme, et braver quelque temps tabous et préjugés. Mais sa femme est là et elle veille au grain pour que tout rentre dans le bon ordre moral.


Un couple à la dérive


Nicole (Marie-Christine Barrault) et Michel Dupré (Bruno Cremer) forment un couple bourgeois qui s'emmerde : la femme sent que son mari s'intéresse à quelqu'un d'autre, lui imagine quelques secrétaires sexy et, au lieu de ça, découvre que son homme couche avec son jeune collaborateur (Stéphane Bonnet). D'abord réfugiée chez son meilleur copain, pédé cliché, Marc (Bruno Pradal) tenant une galerie, elle réagit et, fine mouche, récupère son mari en séduisant l'amant.


Le ménage à trois sera un fiasco et Michel Dupré rentrera dans le rang : est-il un hétéro qui vit son fantasme pédé, ou une "honteuse" qui assume un moment mais revient dare-dare dans le moule majoritaire ? La réponse se situe sans doute dans l'entre-deux.


Le personnage de Philippe (le collaborateur du mari) est assez mal défini : est-ce qu'il est un peu gigolo ? Est-ce qu'il couche avec un homme pour la première fois ? On n'en sait rien. On peut lui trouver un côté profiteur, même si, sur certains côtés, on a l'impression qu'il subit aussi la situation.


Quand il est nu sous la douche, Philippe joue l'ambiguïté, comme le symbolise sa façon de regarder le mari. De même, avec son sourire un peu narquois quand le couple retrouvé, l'abandonne sur la plage.


Nicole Dupré, la femme semble la "gagnante" immédiate de l'histoire, mais on peut penser que le couple sera beaucoup plus marqué que Philippe par cette expérience. Michel Dupré en gardera sans doute une amertume qu'il aura bien du mal à dépasser.


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Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde, Georges Duby

Publié le par Jean-Yves Alt

Il est né vers 1145, mort en 1219. La vie, exceptionnellement longue, de Guillaume le Maréchal est passionnante. Non seulement parce que, de petite extraction, Guillaume réussit à s'élever jusqu'à la régence du royaume d'Angleterre, mais aussi parce qu'il vécut à une époque charnière du Moyen Age : à l'apogée du système féodal et au début de la profonde révolution commerciale du XIIIème siècle.

On connaît son existence grâce à un long poème que son fils fit écrire pour glorifier sa mémoire. C'est à partir de ce très beau texte que Georges Duby a analysé le système féodal dans "Le Meilleur chevalier du monde". Et, plus précisément, l'ordre chevaleresque et les rapports vassaliques.

A cette étude de la société noble de l'époque, s'ajoute celle des rapports familiaux, de la place et du rôle des enfants dans les grandes familles, des relations entre hommes et femmes, de l'amitié virile entre chevaliers.

Le système féodal, sur le plan de l'organisation du pouvoir, conduit à des situations presque invraisemblables. Lorsque le chevalier n'est encore que "bachelier" ( c'est à dire quand son suzerain ne lui a pas encore accordé d'épouse), il appartient à une "maison". Ainsi Guillaume le Maréchal fit un temps partie de la maison du roi Henri le Jeune qui s'était rebellé contre son père Henri II d'Angleterre. Lequel des deux servir ? Guillaume servit son "patron", Henri le Jeune, non sans avoir demandé l'autorisation au père de ce dernier... Situation on ne peut plus paradoxale mais que l'organisation des rapports vassal/suzerain entraînait.

Guillaume connut d'autres positions tout aussi délicates. Quel parti adopter dans la lutte entre le roi Richard Cœur de Lion, parti en Orient, et le rebelle Jean sans Terre ? Et dans la guerre avec Philippe Auguste, roi de France ? Guillaume n'était-il pas, de par les terres qu'il possédait, vassal des deux rois ennemis ? Il est vrai aussi qu'à l'époque, la guerre ne se déroulait pas comme aujourd'hui, ses règles étaient précises, les échanges guerriers brefs, la loyauté de rigueur.

Les femmes semblent absentes de cette société. Le grand poème de Jean l'Anonyme à la gloire de Guillaume le Maréchal n'en parle que fort peu. Pourtant elles jouent un rôle essentiel au sein de la classe chevaleresque : elles aident à la promotion des chevaliers. Un chevalier non marié, un "bachelier", ce n'est rien ou presque rien. Il erre de tournois en tournois, loue ses services... S'il veut avoir une place dans la société, c'est-à-dire créer sa propre "maison", il doit prendre épouse, et c'est son suzerain qui lui accorde femme parmi les jeunes héritières ou les veuves. Si Guillaume devint si riche et si puissant, ce n'est pas seulement grâce à sa bravoure et à sa science de l'art de la bataille, c'est aussi que son roi lui accorda la main de la seconde plus riche héritière du royaume d'Angleterre.

Guillaume ne possédait pratiquement rien en propre, il tenait tout de sa femme. S'il était mort plus tôt, son épouse serait revenue sous l'influence du roi qui aurait pu la "donner" à nouveau en récompense à l'un de ses plus fidèles vassaux. C'est là plus ou moins le seul rôle des femmes...

Des enfants, seul l'aîné, l'héritier (garçon), jouit d'une réelle considération. Non que les autres soient rejetés, car l'affection parentale existe, mais ils n'ont pas vraiment de place dans le système. Quant aux filles, si elles ne sont pas héritières, c'est l'anonymat complet. Les cadets sont souvent donnés en otage, comme gage, au suzerain. Ainsi en fut-il de Guillaume dans son enfance. Et lui-même, partant sur ses terres d'Irlande contre la volonté du roi, dut laisser quelques-uns de ses enfants en Angleterre entre les mains de son suzerain.

A la lecture du poème de Jean l'Anonyme, Georges Duby relève que si l'affection parentale existe, de même que de doux sentiments entre mari et femme, le mot "amour" est strictement réservé aux liaisons entre hommes, à l'amitié virile. Cette société médiévale est totalement masculine. L'univers masculin et l'univers féminin sont complètement séparés. Toute la construction du système chevaleresque tourne autour de cet "amour" : gagner et conserver l'amour de tel ou tel suzerain. Lors de la cérémonie des hommages, lorsqu'un chevalier reconnaît officiellement son lien vassalique à l'égard d'un seigneur plus puissant, le suzerain et son vassal s'embrassent sur la bouche. Sans doute signe supérieur de l'allégeance.

Georges Duby ne parle à aucun moment d'homosexualité. Ce qui ne signifie pas que de tels rapports n'aient pas existé…

■ Guillaume le Maréchal ou Le meilleur chevalier du monde, Georges Duby, Editions Fayard, 1984, ISBN : 2213013497 ou Editions Gallimard, Collection Folio/Histoire, 1986, ISBN : 2070323447


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Lire aussi : L'exaltation de l'amour viril au Moyen-âge par Georges Duby

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Correspondance 1756-1776 de W. A. Mozart

Publié le par Jean-Yves

Il y a 250 ans naissait Wolfgang Amadeus Mozart.

 

Correspondance de Wolfgang Amadeus Mozart est-il écrit sur la couverture : pourtant, dans ce premier tome de la correspondance du musicien, c'est surtout son père, Léopold, qui tient la plume. Il est vrai que ce premier tome couvre les vingt premières années de sa vie (1756-1776) et que, de ce fait, on ne saurait y trouver beaucoup de lettres de sa main propre : génie précoce s'il en fut, Mozart ne l'était pas au point de rédiger lui-même, dès l'âge de cinq ans, comme ses premières compositions, ses lettres de voyage.

 

C'est donc la figure du père qui domine ce volume, figure imposante et autoritaire, contre laquelle Mozart aura beaucoup à se battre par la suite, mais qui est capitale pour la compréhension de son éducation.

 

Léopold était certes un imprésario avisé, très près de son argent, qui n'hésitait pas à exhiber ses enfants comme des singes savants aux quatre coins de l'Europe et très conscient des trésors que le Ciel lui avait donné (il envisageait déjà de son vivant de faire publier la correspondance de sa famille), il n'en était pas moins un père attentif, soucieux de la santé de sa progéniture et de son avenir. On a beaucoup ergoté sur cette tutelle tyrannique qui obséda Mozart. Sans doute avec raison. Mais il serait faux de vouloir rendre Léopold responsable de tous les maux et on ne saurait nier son apport fondamental dans la formation musicale du jeune garçon.

 

Cette formation musicale, justement, on la suit pas à pas, depuis la naissance de Mozart en 1756 (annoncée d'ailleurs de manière fort anodine dans une lettre de Léopold à son éditeur), jusqu'à la création à Munich, en 1775, de son premier grand opéra bouffe, La Finta Giardiniera. Entre temps, l'enfant Mozart aura eu la possibilité d'effectuer sa première tournée à travers les cours d'Europe et l'adolescent de s'initier à l'Opéra Séria sous les cieux plus cléments d'Italie.

 

Outre les précieux renseignements qu'elle offre sur l'existence nomade de Léopold Mozart et de sa famille, et sur la vie musicale et quotidienne de l'époque, cette correspondance a aussi l'immense mérite de nous rapporter mille détails sur les pays visités. Car Léopold, voyageur infatigable, est aussi doté d'un sens aigu de l'observation. A propos de Paris, lors du premier voyage en 1763, il note :

 

« Je ne puis vraiment vous dire si les femmes sont belles à Paris, car elles sont toutes peintes, contre nature, comme les poupées de Berchtesgaden, de sorte que même celles qui sont belles à l'origine deviennent insupportables aux yeux d'un honnête Allemand... On emploie ici quatre fois plus de poudre pour les cheveux que de farine... Tout d'ailleurs s'oriente ici vers le profane ; il y a peu de belles églises, mais d'autant plus de magnifiques hôtels particuliers ou palais, pour la décoration desquels on n'épargne aucun frais et dans lesquels on trouve tout ce qui peut être agréable au corps humain et à la satisfaction des sens. »

 

■ Editions Flammarion, Collection Harmoniques, 1993, ISBN : 2080665081

 

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Pessimisme mélancolique

Publié le par Jean-Yves

« Se résigner à la tristesse, qui devient fatalement le pain quotidien de tout être intelligent, et regarder plus haut pour ne pas s'impatienter. »


Reynaldo Hahn


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Nuit docile , un film de Guy Gilles (1987)

Publié le par Jean-Yves

Un homme, Jean, rompt avec sa femme, Stella, et rencontre un jeune tapin, Jeannot, qui se vend pour manger. Tout se passe en une nuit, nuit docile, nuit d'initiation, nuit tragique. Guy Gilles, a réalisé, plus que jamais au cœur d'un univers sombre, sans illusions, un film imprégné de la nostalgie des jeunes corps.


« Je ne rentrerai plus jamais,


c'est fini parce que je ne t'aime plus. »


Avec "Nuit docile", le spectateur est frappé par l'incessant passage du noir et blanc à la couleur. Il faut noter que, Jean, l'homme qui rompt avec sa femme, est peintre : il voit certaines choses comme des tableaux, comme il aimerait les peindre. En utilisant le noir et blanc et la couleur, le réalisateur permet de relier les retours en arrière à ce que Jean vit cette nuit là. On peut penser aussi que ce sont des images mentales qui rejoignent son univers pictural qu'il a dans sa tête.


Jean rencontre des gens, et en particulier le jeune Jeannot qui lui donne la possibilité de vivre en une nuit tout ce qu'il aurait voulu vivre durant toute sa vie. Il explique à sa femme que son sens de l'absolu le pousse à considérer l'amour d'une manière romantique mais il regrette que l'amour ne dure pas avec la force des premiers jours.



Avec l'apparition de Jeannot, Jean va vivre pleinement tout son potentiel en un laps de temps très court. Jeannot est une sorte d'accoucheur qui révèle la vérité des autres personnages. Plus exactement un accoucheur accouché, car Jean est aussi amené à faire dire des choses à Jeannot. Mais le jeune homme, qui est un cynique tendre, est tellement pris dans son style de vie qu'il ne se rend plus très bien compte de ce qu'il vit : il est dans un tel état de confusion que les choses les pires lui semblent naturelles.


Quand Jeannot dit : « La mort je la vois en face », on peut considérer qu'il est conscient de ce qu'il fait : le cœur de son personnage reste pourtant cette peur d'aimer qu'il manifeste notamment dans la cabine téléphonique lorsqu'il déclare qu'il n'aimera jamais.


Jean lui répond alors :


« Tu aimeras, tu souffriras comme tout le monde, sinon tu deviendras un vilain petit fruit sec. »


Jean, l'adulte, tient en quelque sorte un double discours, puisque avec Stella qu'il a aimée et avec Jeannot, il fait courir sur le film deux langages différents :


- En révolte contre Stella, il tient un langage plutôt dur, mais on voit dans les retours en arrière qu'à d'autres moments de leur vie commune, il n'a pas toujours parlé comme ça.


- Au contraire, l'espèce de désespoir du jeune prostitué l'amène à lui dire ce qu'il y a de beau dans la vie.


Entre cette dureté et cet enthousiasme, il y a Rémy, le cinéaste qui a aimé Jean et que Jean a aimé lorsqu'il était adolescent. Rémy est une sorte de médiateur.


"Nuit docile" oppose le visage marqué de Jean à ce qu'il était à dix-sept ans, sur la vidéo de Rémy. C'est un peu un résumé de la vie, l'altération des visages et la fixité du souvenir. Jean est court-circuité par le temps, mais c'est surtout un homme qui se sent ballotté entre sa passion de l'art et celle des êtres humains. C'est difficile pour lui de concilier ces deux passions, mais la situation est plus difficile encore pour les gens qui l'aiment : l'art est un rival pour Stella.



Du même réalisateur : Le crime d'amour


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