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Les amours d'Emily Turner, Alison Lurie

Publié le par Jean-Yves

Alison Lurie décrit les mœurs des couples de profs dans une université américaine.

 

Atmosphère tendre et cynique, récit des menus faits du jour, dialogues du quotidien, ambitions et résignations, société enfermée dans ses mini-remous, universitaires inquiets de leur carrière mais surtout femmes vacantes, femmes amoureuses, femmes accrochées à leurs rêves d'adolescentes qui savent que les roses se cueillent maintenant et ici, femmes-mères qui demandent encore d'être femmes-femmes.

 

Sans avoir l'air d'y toucher (il n'y a pas de discours, pas d'analyse, pas de péroraison) Alison Lurie décrypte le malaise des femmes (et des hommes prisonniers des codes) en quête de liberté et d'amour, mais prudentes, sages, lentement lucides.

 

Il faut du talent pour se limiter au récit des comportements. Alison Lurie est un peintre réaliste qui s'offre les éblouissements de l'impressionnisme. Elle aime la vie mais ne se fait pas d'illusions sur les « vertus » du mariage.

 

Curieusement, en contrepoint de ce trio classique hétéro, elle fait entendre la voix d'un jeune professeur homosexuel qui commente, par lettres, les événements du campus : détiendrait-il une forme de vérité, une solution au drame du désir, du temps et de l'amour ?

 

 

■ Editions Rivages poche, 2006, ISBN : 2743615389

 


Du même auteur : Conflits de famille - Des gens comme les autres - La vérité sur Lorin Jones

 

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Disparition d'Orphée de Girodet d'après Arman, Claude-Michel Cluny

Publié le par Jean-Yves Alt

C'est d'un ravissement – aux deux sens du mot – de tableau qu'il est question dans ce singulier petit livre de Claude-Michel Cluny.

Mais – chose curieuse – le texte de l'écrivain se déploie à partir d'un tableau qui n'existe pas, sinon par procuration, évocation ou invocation, à travers l'œuvre d'Arman.

Le temps d'une discussion – le temps d'un livre – Talleyrand, le peintre Ary Scheffer, Bertin l'Aîné, et le jeune Alfred de Vigny, apprennent de la bouche du baron Vivant Denon, surintendant des musées de l'Empire, le récit de l'étrange aventure de ce tableau, aussitôt apparu que disparu sous les propres yeux du narrateur.

L'auteur imagine que, pour échapper à la stérilité de l'académisme qui le guettait alors, Girodet, peintre célèbre du XIXe siècle invoque, pour retrouver son génie disparu, les foudres de l'enfer.

Et il est si bien exaucé que, dépêché lui-même sous les traits d'un très bel adolescent venu se proposer comme modèle et même un peu plus..., c'est Lucifer lui-même qui vient lui rendre son génie en échange – on s'en doute – de son âme.

Je serai tien plus que quiconque ne saurait l'être. Je serai tien de toute mon âme – je serai l'âme de ton œuvre, je serai l'intercesseur de ton génie (et il se mit à rire comme... comme pour défier le Ciel !). Je t'offre mon corps et mon pouvoir. Tu en disposeras. Je ferai pour toi chanter les pierres et les arbres, et si tu te lasses des sortilèges d'Orphée, tu pourras peindre la chute des Anges... (p. 75)

— La seule chose que je veuille, c'est que tu m'aimes assez pour me faire aimer des hommes. Et que tu t'engages à n'aimer que moi. Le don du génie que je puis te faire est à ce prix. Je t'ai prouvé mon pouvoir. Même, je t'ai fait oublier la vie pour la plus belle des chimères, ton art retrouvé. (p. 82)

A partir de cette parabole dans le goût d'Oscar Wilde, Claude-Michel Cluny tisse une méditation superbe sur l'art, dont « l'éternité n'est peut-être qu'un leurre qui prolonge le nôtre ».

■ Disparition d'Orphée de Girodet d'après Arman, Claude-Michel Cluny, Editions La Différence/Tableaux vivants, 1987, ISBN : 2729102655


Du même auteur : L'été jaune - Poèmes du fond de l'œil

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Sarrasine de Balzac, suivi de L'Hermaphrodite de Michel Serres

Publié le par Jean-Yves Alt

Sarrasine constitue une nouvelle insolite de Balzac qui a pour thème l'ambiguïté sexuelle, le mythe fascinant de l'androgynie. Sarrasine conte en effet la très singulière passion d'un jeune sculpteur – celui-là précisément qui donne son nom à la nouvelle – pour une cantatrice qui répond au nom fort curieux de Zambinella.

Rien que de classique, on le voit, sinon que la Zambinella en question s'avère être un homme, il est vrai quelque peu diminué : le héros paiera de sa vie cette découverte.

Michel Serres livre une très fertile et fort brillante méditation sur les multiples thèmes, au travail dans ce récit étrange. Avec une manière apparemment désordonnée, le philosophe-écrivain offre une réflexion souvent impertinente sur la castration dans son rapport au sens, sur la plénitude et le manque, dont d'aucuns s'accordent à dire que, sans lui, il n'y a pas de création :

« Je ne sais quelle méconnaissance du travail fait aujourd'hui croire que l'invention demande le manque, la faille ou la folie, alors qu'elle exige le plein, le surcroît ou le surplus. »

■ Editions Garnier Flammarion, 1993, ISBN : 2080705407

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Saint Sébastien vu par le dessinateur Nazario

Publié le par Jean-Yves Alt

Nazario (Aurelio Gomez Reverte dit) met ici son graphisme plutôt kitsch au service du récit du martyre de saint Sébastien.

Nazario – Saint Sébastien – vers 1980 ?

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Scandale, Shûsaku Endo

Publié le par Jean-Yves Alt

A soixante-cinq ans, l'écrivain Suguro reçoit un prix littéraire qui consacre l'unité et la maturité de son œuvre.

Lors de cette cérémonie, il voit soudain apparaître un visage au sourire méprisant, visage qui ressemble étrangement au sien. Puis une femme ivre qu'il ne connaît pas affirme l'avoir rencontré dans un quartier sordide de Tokyo et avoir obtenu de lui la permission de faire son portrait.

L'écrivain perplexe se croit tout d'abord victime d'un absurde malentendu.

Cet homme qui hante les endroits les plus malfamés, que l'on voit sortir de peep-shows ou d'hôtels de passe, comment peut-on le confondre avec lui, romancier illustre dont l'œuvre est imprégnée de sa conversion au catholicisme ?

Traqué par un journaliste à l'affût de scandale, Suguro part à la recherche de ce sosie inopportun qui, par ses débauches, risque d'entacher irrémédiablement son image publique de rigueur et de sérénité.

Peu à peu, Suguro s'aperçoit que cette enquête n'est qu'un long voyage à l'intérieur de lui-même, que ce portrait à l'expression obscène et vulgaire, qu'il aurait préféré ne pas découvrir, est bien le sien.

Tous les personnages portent en eux cette obscure dualité et se découvrent capables d'exprimer les pulsions les plus insensées.

Cette réflexion sur la séparation ténue qui différencie le Bien du Mal prend toute son ampleur dans l'analyse du fonctionnement du sadomasochisme.

Scandale est aussi l'histoire, simple et superbe, du vieillissement solitaire d'un écrivain.

■ Le Livre de Poche/Biblio Romans, 2001, ISBN : 2253933546

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