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Alexandre : Le feu du ciel (T1), L'enfant perse (T2), Les jeux funéraires (T3), Mary Renault

Publié le par Jean-Yves

Eunuques, empereurs, athlètes, tyrans, guerres, crimes, le tout pimenté d'homosexualité... C'est la Grèce antique revue et corrigée par la romancière anglaise Mary Renault. Un peu simplet, il faut le reconnaître…


Le Feu du ciel raconte l'enfance d'Alexandre le Grand. L'action se passe au IVe siècle avant Jésus-Christ. Fils de Philippe II roi de Macédoine, qui dominait alors toute la Grèce, Alexandre est tiraillé entre l'amour de sa mère, l'hystérique Olympias, et la crainte de son terrible guerrier de père contre lequel sa mère le monte. Devenant un homme complet au sens grec du terme, Alexandre, dont l'esprit s'orne grâce aux leçons de son maître Aristote, est aussi un parfait athlète : il tue son premier homme à l'âge de douze ans et son premier sanglier quelque temps après ! Le roman fait découvrir aussi les émois sensuels du jeune homme pour son ami Héphaistion. Un amour légendaire qui durera toute sa vie. Héphaistion sera le seul homme qui dominera, à l'occasion de certains quarts-d'heure de repos des guerriers, le grand et fier Alexandre : passif, forcément passif suggère Mary Renault. Ce roman de jeunesse s'achève avec l'assassinat de Philippe, dans lequel la reine Olympias aurait trempé, et l'avènement au pouvoir d'Alexandre.


Dans L'Enfant perse, le narrateur et non pas le héros, car le héros c'est toujours Alexandre, s'appelle Bagoas. Fils de bonne famille persane, il a eu le malheur d'assister, encore enfant, au sanglant assassinat de toute sa famille avant d'être vendu comme esclave. Emasculé, il devient un adorable petit eunuque, que son maître, un commerçant sans scrupules, contraint à la prostitution auprès de certains de ses clients, afin de faciliter ses affaires. Bagoas, devant ce revirement soudain de fortune, pense se suicider, mais l'instinct de vie est le plus fort. Par bonheur et grâce à ses multiples talents (bonne éducation, art consommé du chant et de la danse mais aussi des techniques amoureuses et une exceptionnelle beauté) il deviendra l'amant attitré du Grand Darius, le roi des Perses. Vie calme, luxueuse et voluptueuse pour Bagoas, jusqu'à ce que Darius soit battu par Alexandre qui, non content de dominer la Grèce, veut conquérir le monde. Par un hasard miraculeux, Bagoas va passer au service d'Alexandre. Ce sera le début d'une belle histoire d'amour entre les deux hommes, Héphaistion acceptant de fermer les yeux. C'est à travers le regard énamouré de Bagoas, dévoué corps et âme à son seigneur et maître, que le lecteur assiste aux grandes expéditions victorieuses d'Alexandre et de ses troupes, d'Egypte jusqu'aux Indes. Le livre s'achève avec la mort soudaine, à trente-deux ans, de l'empereur légendaire.


Les Jeux funéraires, qui marque la fin de cette triologie, traite de l'après-Alexandre. Mort quelque temps après Héphaistion, sans laisser de testament, Alexandre laisse en effet une succession des plus problématiques. Il y a d'abord ses deux femmes, chacune enceinte de ses œuvres, sa mère Olympias, qui n'a pas renoncé à ses prétentions à la couronne, toute une série d'enfants naturels du roi Philippe et aussi tout un tas de grands généraux, compagnons de conquête... Tout ce beau monde va se disputer l'immense empire laissé par Alexandre. De cette extraordinaire partie d'échecs où chacun pousse son pion et où tout le monde assassine tout le monde, pas un seul vainqueur ne se dégagera. Tandis qu'Alexandre ira reposer dans son mausolée d'Alexandrie, la ville qu'il a créée, sa légende, à défaut de sa succession, peut commencer.


A travers ses trois romans, Mary Renault (Londres 1905- Le Cap 1983), érudite et magicienne, réussit une vivante reconstitution de la Grèce antique. Un reproche de fond pourtant : ses romans sont un peu trop manichéens. C'est une Grèce « idéale » qu'elle reconstitue, même si elle montre bien la cruauté des guerres perpétuelles qui la secouent tout au long de son histoire. Les héros sont trop parfaitement héroïques et les philosophes exemplairement sages. Ni faiblesse, ni lâcheté chez Socrate, Platon ou Alexandre ! Aussi, ses romans ont-ils parfois un côté un peu puéril.


■ Editions Le livre de poche, 2004, ISBN Tome 1: 2253109266, ISBN Tome 2 : 225310924X, ISBN Tome 3 : 2253109274


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Malik 21/07/2015 11:29

Très belle analyse.