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Bréviaire - Portrait de Don Juan - Amours, Marcel Jouhandeau

Publié le par Jean-Yves

Pour Jouhandeau, une certaine façon de se comporter dans le vice, de le pratiquer, pouvait atteindre à la grandeur. Après la liesse physique contenue dans Pages égarées, où il chantait la beauté, l'attrait quasi mythologique de gigolos rencontrés chez Mme Made (qu'il sacralise, ou presque), l'auteur réitère en faisant part d'autres aventures, non moins fabuleuses, risquées, mais édifiantes pour sa morale superbe.

 

« Le corps du bien-aimé, quand on l'a entrevu un instant pour ne plus le revoir jamais, peut devenir une hantise comparable à ce qu'il reste de paysages contemplés l'été, une fois venus l'hiver et le froid.

Si l'on avait contemplé Dieu face à face, on ne pourrait plus rien voir sans chagrin. La beauté exténue le regard, le retient en captivité, longtemps aveugle, indiffèrent à tout le reste, ô cécité bienheureuse ! J'ai beau promener mes yeux sur le monde, je ne vois que lui. Les montagnes, les vallées, les forêts, la nature entière n'est plus qu'une allusion à lui seul. » (p. 116)

 

Les satiristes de l'antiquité ne faisaient pas mieux, et comme eux, en frisant le scabreux, Jouhandeau évite tout vulgaire. On sait que, depuis des années, il se cachait à demi derrière Élise et le pépé gâteau du petit Marc.

 

Dans cet ouvrage, Jouhandeau fait fi de toute prudence. De l'au-delà, il dit tout, et plus encore, sur une gourmandise qui l'accompagna jusqu'au bout. Pour parler des garçons qu'il a connus, appréciés, visités par le menu, son style sans précédent rejoint une clairvoyance troublante.

 

À confronter avec l'extraordinaire De l'Abjection, qui précédait, en aussi fort, Jean Genet dans l'aveu.

 

■ Éditions Gallimard, 1981, ISBN : 2070254763

 


Lire les premières pages du Portrait de Don Juan


Du même auteur : Pages égarées - Dans l'épouvante le sourire aux lèvres - Écrits secrets

 

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