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Bad boy, Edmund Schiddel

Publié le par Jean-Yves

Surprenant roman que ce récit écrit par Edmund Schiddel en 1982 juste avant de mourir. Un récit au ton juste pour dire le désespoir américain au travers de l'histoire de Philip Hanway, condamné à vingt et un ans pour avoir assassiné père et mère (Camilla et Theron).

 

Un psychiatre le pousse à écrire l'histoire de sa vie. Page après page, dans un style désarmant d'innocence et de crudité, il dévoilera donc, du fond de sa cellule, les ressorts les plus secrets de son geste.

 

Bad boy est une longue histoire même si son héros ne raconte que son enfance et son adolescence.

 

« Si Camilla et Theron ne s'étaient pas rencontrés, peut-être qu'aujourd'hui ils vivraient. (J'éclate de rire.) Ça rime. J'étais poète sans le savoir. C'est peut-être ça le commencement. » (p. 13)

 

Philip naît dans une famille riche de New York. Elevé par des domestiques il cherche, à l'extérieur, des jouissances qui remplaceraient les carences affectives du milieu familial. Drogue, sexe et l'amitié d'un compagnon de drague, sont les exutoires qui éloignent Philip de ses parents.

 

Ambiguïté des rapports masculins

 

Philip se proclame hétérosexuel et les jours ne sont pas assez longs pour la baise avec les filles. Aucun sentiment dans ces aventures, souvent partagées à trois avec l'ami Renzo. Philip et Renzo entretiennent une forte intimité mais jamais partagée sexuellement.

 

Pourtant Renzo et Philip couchent avec des hommes... des tantes comme ils disent ; leur virilité n'est pas atteinte. Ils le font pour l'argent, par jeu et par désir, quand les femmes sont rares. Le lieu est la tasse du coin ; les pédés y mènent grande vie. Les mecs qui côtoient ces parages sont traités comme tels : les homos reniflent l'hétéro, lui offrent le traitement de faveur par le truchement d'un trou dans la porte des chiottes où se pratique la fellation.

 

Il faut mettre en parallèle l'attirance réciproque des deux hommes avec celle de la prison vietnamienne où Philip se branle de concert avec son frère d'infortune (Steve) sans jamais le toucher :

 

« Je ne sais pas pourquoi, mais ces branlettes du matin prirent l'allure d'un événement, entre nous. On ne se touchait jamais. Je racontais toutes les planches – ce vieux Leonardo était bien utile et je rajoutais ce qui manquait – et ça lui redonnait de l'énergie. Nous n'allions jamais devenir un couple, comme les deux qu'on entendait, sans pouvoir les voir, en bas du couloir ; rien que des potes de branlette. Il me racontait ses rêves de faim et moi les miens. Ce lien qui existait entre nous, nous n'en parlions jamais. » (p. 272)

 

Philip éprouve une particulière tendresse pour son père, homosexuel notoire. Le père se tient à distance. Le fils reconnaît la séduction, la beauté de papa Theron. Ils se rencontreront, sans se voir, alors qu'ils se sont si peu compris dans le cadre familial :

 

« — Ta mère voulait à tout prix être là pour t'accueillir, mais elle s'est trouvée coincée à Heathrow. Du brouillard.

J'étais bien content qu'elle ait été coincée. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m'a excité les glandes lacrymales ; j'avais les boules. Comme nous marchions vers la Ferrari, je remarquai tout de suite le vide qui se formait immédiatement autour de lui, les gens le laissaient passer, lui cédaient la place. Mais je ne me sentis vraiment de retour que lorsque je me suis effondré sur le siège. Le voyage avait été assez dur, mais à présent il régnait un calme presque magique dans la voiture, avec l'air conditionné et Theron qui m'allumait une cigarette. Un peu comme un mariage entre père et fils. Ça ne durerait pas, ce hiatus qui avait toujours existé entre nous allait se recreuser ; les engueulades, que dis-je, l'Engueulade. » (p. 293)

 

Ce roman n'est jamais grossier, ni facile : dur, monstrueux mais étrangement pur.

 

■ Editions Belfond, 1984, ISBN : 2714416233

 

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