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Je suis ce que je suis par Jean Louis Bory

Publié le par Jean-Yves

« Je fais partie du cirque. Je suis un alibi au système, à une société que je déteste » se plaignait Jean-Louis Bory lors d'un entretien accordé à Jacques Chancel en mai 1976. En ces années d'avant la libération gay, Jean-Louis Bory se battait seul dans la presse, à la radio, à la télévision. Comment ne pas craindre alorsd'être une "bête médiatique" montrée moitié pour la bonne conscience, moitié pour le spectacle ? Des années durant Bory est apparu comme le porte-parole de la condition homosexuelle comme on disait alors. Des années durant il a rappelé que l'obscurité sociale dont étaient frappés les gays était "une énorme question d'information". Courageusement mais sans jamais manquer d'humour il s'est servi de son statut de "privilégié" pour parler au nom de tous ceux qui ne pouvaient pas le faire. Des plateaux des Dossiers de l'Écran à ceux de Philippe Bouvard, il a déjoué pièges et caricatures pour dénoncer l'hypocrisie morale et revendiquer le droit pour chacun de jouir de sa nature, de sa vérité et de sa liberté propre. Avec fougue, avec passion et un rien de provocation, Bory bousculait les conventions des débats académiques. A coup de bons mots, d'un verbe cru, il osait dire que "les choses du cul sont la santé même !". Intelligent et cultivé, il a dit bien avant que ne s'en empare tout un "discours homosexuel", les rages, les émotions, les blessures et les plaisirs que suppose l'homosexualité. Loin du militantisme naissant, il a milité sansfaux-semblant et sans concession. Des milliers d'homosexuels pouvaient exulter quand il concluait à l'oreille de millions d'auditeurs :

 

« L'étiquette que j'ai dans le dos, j'aime bien la lire moi-même. Je suis ce que je suis. Bory-la-tapette, d'accord ! Vous pouvez me traiter comme ça, mais vous ne courrez jamais aussi vite que je vous emmerde... » (1)

 

(1) Propos tenus dans Radioscopie de Jacques Chancel sur France Inter. Mai 1976.

 

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