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Littérature et Homosexualité : répertoire des articles (2. biographies, essais, témoignages)

Publié le par Jean-Yves Alt

Pour retrouver rapidement un article de la rubrique Livres, le lecteur trouvera ci-dessous, un index par ordre alphabétique des auteurs, avec lien direct en cliquant sur le titre. Pour les romans, la poésie, le théâtre, c'est ici ; pour les livres « jeunesse », c'est .

 

BIOGRAPHIES - ESSAIS - TEMOIGNAGES

■ Adelswärd Viveka et Perot Jacques, Jacques d'Adelswärd-Fersen : l'insoumis de Capri

■ Almodovar Pedro, Patty Diphusa, la Vénus des lavabos

■ Anthonay (d') Thibaut, Jean Lorrain, barbare et esthète

■ Ançant Catherine et Desmons Patrice, Scripts, récits et vérité de la sexualité : de la théorie à la pratique – et retour

■ Aron Jean-Paul et Kempf Roger, Le pénis et la démoralisation de l'Occident

■ Badinter Elisabeth, Emilie, Emilie, l'ambition féminine au XVIIIe siècle

■ Bannour Wanda, L'étrange Baronne Von Mekk – La Dame de Pique de Tchaïkovsky

■ Barbey d'Aurevilly Jules, Du dandysme et de George Brummell

■ Barthes Roland, Incidents

■ Barilier Etienne, Le Dixième Ciel

■ Bechtel Guy & Carrière Jean-Claude, Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement

■ Bernheim Cathy, L'amour presque parfait

■ Bianciotti Hector, Le pas si lent de l'amour

■ Blanch Lesley, Pierre Loti

■ Blottière Alain, L'oasis

■ Bory Jean-Louis, Un prix d'excellence

■ Bramly Serge, Léonard de Vinci

■ Brenner Jacques, Les amis de jeunesse

■ Breton Stéphane, La mascarade des sexes : fétichisme, inversion, et travestissement rituels

■ Buisson-Fenet Hélène, Un sexe problématique, l'homosexualité masculine et l'Église catholique française (1971-2003)

■ Butler Judith, Le pouvoir des mots : Politique du performatif

■ Capote Truman, Entretiens

■ Carassou Michel, René Crevel

■ Castillo (del) Michel, Dictionnaire amoureux de l’Espagne

■ Castillo (del) Michel, Le faiseur de rêves (Tome 1 des Aveux interdits)

■ Causse Michèle, Lettres à Omphale

■ Ceccatty (de) René, Violette Leduc, éloge de la bâtarde

■ Cellini Benvenuto, La vie de Benvenuto Cellini écrite par lui-même (1500-1571)

■ Ceronetti Guido, Le silence du corps

■ Chebel Malek, L'esprit de sérail - Mythes et pratiques sexuels au Maghreb

■ Chéreau Patrice et Guibert Hervé, L'homme blessé (scénario et notes)

■ Clarke Gerald, Truman Capote (3 articles)

■ Cluny Claude-Michel, Disparition d'Orphée de Girodet d'après Arman

■ Cocteau Jean, Journal (1942-1945)

■ Courouve Claude, Vocabulaire de l'homosexualité masculine

■ Cressole Michel, Une folle à sa fenêtre (chroniques)

■ Dali Salvador – Lorca Federico Garcia, Correspondance 1925-1936

■ Daniel Marc (Duchein Michel), Le non-conformisme à la Belle-Époque (Revue Arcadie)

■ Daniélou Alain, Yoga, Kâma : Le corps est un temple

■ Deschodt Eric, Gide : le contemporain capital

■ Dullak Sylviane, Je serai elle : mon odyssée transsexuelle

■ Eaubonne (d') Françoise, Une femme nommée Castor

■ Eaubonne (d') Françoise, L'Amazone sombre : vie d'Antoinette Lix

■ Fernandez Dominique, Eisenstein

■ Filaire Marc-Jean, L'ado, la folle et le pervers

■ Fischer Erica, Aimée et Jaguar, une histoire d'amour. Berlin 1943

■ Foucault Michel, La volonté de savoir (Histoire de la sexualité 1)

■ Foucault Michel, L’usage des plaisirs (Histoire de la sexualité 2)

■ Foucault Michel, Le souci de soi (Histoire de la sexualité 3)

■ Foucault Michel (présentation de), Herculine Barbin, dite Alexina B

■ François Jocelyne, Le cahier vert/ Journal 1961-1989

■ Freud Sigmund, Le tennis et la sexualité : Les écrits secrets de Freud (3 articles)

■ Freud Sigmund et Zweig Stefan, Correspondance

■ Garcia Daniel, Jean-Louis Bory

■ Serge Garde et Jean de Maillard, Les beaux jours du crime

■ Gibson Ian, Federico Garcia Lorca

■ Gide André, Amyntas

■ Gombrowicz Witold, Journal, Tome I, 1953-1956

■ Graves Robert, Lawrence et les arabes

■ Green Julien, L’arc-en-ciel (journal : 1981-1984)

■ Green Julien, L'expatrié (journal : 1984-1990)

■ Guérin Daniel, Le feu du sang : autobiographie politique et charnelle

■ Guyotat Pierre, Vivre

■ Hennig Jean-Luc, Obsessions/Enquête sur les délires amoureux

■ Hennig Jean-Luc, Brève histoire des fesses

Hessel Helen, Journal d'Helen suivi de Lettres à Henri-Pierre Roché (1920-1921)

■ Hocquenghem Guy, La dérive homosexuelle

■ Hocquenghem Guy, Le désir homosexuel

■ Hocquenghem Guy & Schérer René, L'âme atomique

■ Iacub Marcela, Qu'avez-vous fait de la libération sexuelle ?

■ Iacub Marcela, Mariage gay = hétéros libérés (article du quotidien Libération)

■ Iacub Marcela & Maniglier Patrice, Antimanuel d'éducation sexuelle, 2e article

■ Isherwood Christopher, Octobre

■ Jamek Václav, Traité des courtes merveilles

■ James Alice, Journal d'Alice James (2 articles)

■ Jouhandeau Marcel, Ecrits secrets (3 articles)

■ Jouhandeau Marcel, Pages égarées

■ Jouhandeau Marcel, Dans l'épouvante le sourire aux lèvres

■ Jouhandeau Marcel, Bréviaire – Portrait de Don Juan – Amours

■ Kempf Roger, Bouvard, Flaubert et Pécuchet

■ Kouznetsov Edouard, Lettres de Mordovie

■ Labosse Lionel, Le Contrat universel : au-delà du « mariage gay »

■ Lacoin Elisabeth, Zaza, correspondance et carnets d'Elisabeth Lacoin, 1914-1929

■ Lamblin Bianca, Mémoires d'une jeune fille dérangée

■ Landry Amélie, Les Chemins égarés. Géographie sociale des lieux de sexualité entre hommes. Photographies.

■ Langlade (de) Jacques, Oscar Wilde ou la vérité des masques

■ Lapouge Benoît, La course au bonheur (histoire d'une vie, gay)

■ Larocque (de) Gonzague, Les homosexuels

■ Le Bitoux Jean, Moi Pierre Seel, déporté homosexuel (avec Pierre Seel)

■ Le Garrec Evelyne, Mosaïque de la douleur

■ Leroy Gilles, Maman est morte

■ Lestrohan Patrice, Le dernier Aragon

■ Lulle Raymond, Le Livre de l'Ami et de l'Aimé

■ Malraux André, Le démon de l'absolu (Lawrence d'Arabie et le sadomasochisme)

■ Malvande Edouard, Déballage

■ Mann Thomas, Journal [1918-1921, 1933-1939]

■ Martin Marc, Les tasses : toilettes publiques - affaires privées

■ Mathews Harry, Plaisirs singuliers

■ Matzneff Gabriel, L'Archange aux pieds fourchus

■ Maugham William Somerset, The Summing Up Mémoires de William Somerset Maugham

■ Mauriac François, Lettres d'une vie

■ Merle Robert, Oscar Wilde

■ Miller Henry, Opus Pistorum

■ Miller Stuart, Les hommes et l'amitié

■ Mitterrand Frédéric, Lettres d'amour en Somalie

■ Mitterrand Frédéric, Tous désirs confondus

■ Montherlant/Peyrefitte, Correspondance 1938-1941

■ Moraly Jean Bernard, Jean Genet : La vie écrite

■ Naldini Nico, Pasolini / Pages retrouvées dans les champs du Frioul

■ Naldini Nico, Pier Paolo Pasolini

■ Obalk Hector, Soral Alain et Pasche Alexandre, Les mouvements de mode expliqués aux parents

■ Pancrazi Jean-Noël, Madame Arnoul

■ Pasolini Pier Paolo, Descriptions de descriptions

■ Pastre Geneviève, L'espace du souffle

■ Perreau Bruno, Homosexualité [Dix clés pour comprendre Vingt textes à découvrir]

■ Perrier Jean-Claude, Le fou de Dieu, Héliogabale

■ Placet Paul, François Augiéras, un barbare en Occident

■ Prokosch Frederic, Voix dans la nuit

■ Proust Marcel, La confession d'une jeune fille

■ Quella-Villéger Alain, Pierre Loti, le pèlerin de la planète

■ Quétel Claude, Le mal de Naples : Histoire de la syphilis

■ Ranke-Heinemann Uta, Des eunuques pour le royaume des cieux, (L'Eglise catholique et la sexualité)

■ Rode Henri, Un mois chez Marcel Jouhandeau

■ Rose Phyllis, Mariages victoriens

■ Saint-Jean (de) Robert, Passé pas mort

■ Savigneau Josyane, Carson McCullers, un cœur de jeune fille

■ Savigneau Josyane, Marguerite Yourcenar : l'invention d'une vie

■ Schérer René, Pari sur l'impossible

■ Schneider Marcel, L'éternité fragile (tome 1)

■ Schneider Marcel, L'éternité fragile : Innocence et vérité (mémoires)

■ Scott-Stokes Henry, Mort et vie de Mishima

■ Seel Pierre, Moi Pierre Seel, déporté homosexuel (avec Jean Le Bitoux)

■ Serres Michel, L'Hermaphrodite (à partir de la nouvelle de Balzac : Sarrasine de Balzac)

■ Simon Njami, James Baldwin ou le devoir de violence

■ Simon Sophie, Un sujet de conversation

■ Simonnot Philippe, Homo Sportivus

■ Sipriot Pierre, Montherlant sans masque

■ Sontag Susan, Le sida et ses métaphores

■ Starkie Enid, Rimbaud

■ Stéphane Roger, Tout est bien

■ Stone Irving, La vie ardente de Michel-Ange

■ Tadié Jean-Yves, Proust

■ Thieuloy Jack, Voltigeur de la lune (Récit)

■ Trong Lucien, Enfer rouge, mon amour

■ Villeneuve Roland, Le Divin Héliogabale, César et prêtre de Baal

■ Vrigny Roger, Instants dérobés

Warhol Andy (Edition établie par Pat Hackett), Journal d'Andy Warhol

■ Ytak, Lluis Llach : la géographie du cœur

D’autres livres, n'entretenant aucun rapport avec une thématique homosexuelle, sont chroniqués sur ce blog, ça et là, dans la rubrique « Livres ». Je laisse, à chaque lecteur, le soin de les retrouver…

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Pierre et Paul de Tarse : icône gaie

Publié le par Jean-Yves Alt

Cette icône laisse transparaître l'amitié, la tendresse… Elle rappelle aussi – avec un certain sourire – l'efficacité hypocrite des lois répressives qui réunissent les Églises et les États.

Un certain sourire sur tous ceux qui prétendent peser le normal et l'anormal comme les anges du Jugement Dernier pesaient le Bien et le Mal sur les tympans des cathédrales. Si le Bien c'est l'Amour et, si le Mal c'est la Haine, il semble bien aux yeux de Pierre et Paul que ces légistes de tous poils se trompent de cible et filtrent le moucheron pour mieux digérer le chameau.

Ces deux hommes proches à se toucher sont loin de tous les moralisateurs zélés qui jettent dehors ceux qui, comme le Christ l'a dit, sont chez eux dans la maison de Pierre et Paul.

On dit que l'icône, c'est de la théologie en couleurs, mais alors dans l'Église catholique romaine pourquoi les hétéros sont blancs et les homos noirs ? Qu'ont donc fait les chrétiens avec les autres couleurs ? Est-ce par peur, qu'ils les ont cachées ?

Ces bons chrétiens utilisent une langue qui oublie le mot tendresse. Parlez-leur, au contraire, de sexualité hors mariage, de masturbation, de contraception, d'homosexualité : ils lèveront les bras au ciel et c'est avec une précision clinique qu'ils parleront de la Nature.

Heureusement qu'il y a les icônes pour rappeler que dans les Églises aucune loi n'a jamais pu effacer la tendresse de Jean pour le Christ, la tendresse de Pierre pour Paul.

Pierre et Paul : pourquoi pas une icône gaie ?

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Francis Poulenc : dits et non-dits

Publié le par Jean-Yves Alt

À 48 ans, Francis Poulenc (1899-1963) montait une œuvre sur la transsexualité : « Les Mamelles de Tirésias ». Ce fut le scandale musical de l'après-guerre.

Les uns le disent bisexuel. Les autres le voient presque exclusivement homosexuel. C'est, notamment, le cas de l'ancien préfet de police de Paris, André-Louis Dubois. Dans un livre de souvenirs, intitulé « Sous le signe de l'amitié » paru en 1972 chez Plon, il écrit :

« Le béret cascadeur, le chandail à col roulé, il partait à la recherche de mauvais garçons à Ménilmontant ou à Belleville et racontait des histoires à faire rougir tout un régiment de sapeurs. De ses tournées à travers le monde, il envoyait à ses amis, sur cartes postales, des comptes rendus qui n'avaient rien de musicaux, avec une précision dans les termes et un luxe d'images à épouvanter, les préposés des P.T.T. »

Au soir du 3 juin 1947, le rideau de l'Opéra Comique se lève sur « Les Mamelles de Tirésias », une œuvre dédiée à Darius Milhaud pour son retour en France.

Une partie du public est indigné. En quoi cette partition légère, cette « folie » pouvait-elle heurter les français ?

À cause de leur sujet. Apollinaire annonçait, dans sa préface, l'intention d'étudier le problème de la repopulation. Question inoffensive à la « Belle Époque », mais malséante peu après la deuxième guerre mondiale, à un moment où l'on en était encore à compter les victimes des hostilités. Et où le Général de Gaulle, dans son discours d'Épinal, encourageait les Français à procréer pour remplacer les pertes humaines. Poulenc situe l'action dans une ville de la Côte d'Azur. Une jeune femme, Thérèse, y est une féministe enragée. Elle fait disparaître ses seins et se transforme en homme. Cela cause l'épouvante de son mari, horrifié de la voir devenir « un beau gars ». Elle se nomme désormais Tirésias. Bientôt, son mari en fera autant. Il se déguise en femme et se voit poursuivi par les assiduités d'un gendarme, se méprenant sur son véritable sexe. Il annonce sa maternité future. Au deuxième acte, le mari berce l'un des quarante mille enfants qu'il a eu en l'espace d'une journée. Son véritable fils, âgé de dix-huit ans, apparaît. Il menace de faire des révélations sur la nature de sa fécondité. Affolés, le mari et le gendarme consultent une cartomancienne. Cette dernière étrangle le gendarme et révèle sa véritable identité. C'est Thérèse. Elle se réconcilie avec son époux, tandis que le chœur chante : « Cher public, faites, faites donc des enfants ! »

Une telle évocation humoristique de problèmes comme celui de la transsexualité ne pouvait donc pas plaire. Il en allait de même avec l'idée du travesti, lorsque Thérèse se déguise en homme et son mari se fait passer pour une femme féconde.

Au cours de l'œuvre, deux couples homosexuels paraissent sur la scène : le premier est constitué du mari et du gendarme ; le second se compose de Presto et de Lacouf qui, sortant d'un café dans un état de totale ébriété, se disputent, se battent et s'entre-tuent. Scène de ménage peu au goût d'un public alors, et plus qu'aujourd'hui, culpabilisé sur le plan sexuel. D'ailleurs l'homosexualité était très mal vue.

À la suite du Maréchal Pétain, le Général de Gaulle avait pris, le 8 février 1945, des ordonnances particulièrement sévères tendant à la réprimer.

L'opéra-bouffe de Poulenc ridiculisait l'ordre social en tournant en dérision, des symboles dominateurs comme une paire de seins, une barbe, un journaliste parisien ou une cartomancienne, allégorie absconse du pouvoir religieux. Il s'en prenait aussi, au représentant de l'ordre qu'est un gendarme et le réduisait à néant en l'habillant d'un cheval-jupon. Il préconisait un changement radical du comportement des individus à l'intérieur de la famille et de la société. Le mari donnant le biberon à un nourrisson est, en 1947, une image indigne de la virilité à l'archaïsme phallocratique.

Francis Poulenc oubliait, l'espace d'une œuvre, le conformisme moral…


Illustration : Francis Poulenc vu par Jean Cocteau

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Lettres d'une vie, François Mauriac

Publié le par Jean-Yves Alt

Les « Lettres d'une vie », publiées par Caroline Mauriac, montrent à quel point François Mauriac – avec sa culpabilité sur le sexe – ne pouvait offrir au public que la littérature qui dans les années 50 faisait les délices de la France profonde en proie aux remords et au drame des familles bourgeoises.

Tout le mérite de ces lettres – à quelques intimes célèbres comme Proust, Gide ou d'autres – est de montrer tout ce que la France catholique du XXe a pu produire comme énormités dans la littérature.

Dans une lettre à son frère, François Mauriac écrit par exemple :

« Heureusement que je suis catholique et convaincu. Cela vous empêche de sombrer dans l'excentricité. »

Ces lettres, qui étaient restées pour la plupart inédites, dessinent un portrait de François Mauriac assez fidèle à ce que l'on pouvait deviner.

Dans les nombreuses lettres à Gide ; on y apprend que Mauriac lit sur un banc des Tuileries (innocemment ?) un matin de juin 1924, le « Corydon » de Gide. Il ne comprend pas qu'un « homme aussi bon » que Gide puisse écrire un tel livre :

« … et puis j'entends mal votre distinction entre homosexuels et invertis... Quand je songe à tous ceux que je connais, je ne vois que des malheureux, des diminués, des êtres déchus, dans la mesure où ils ne luttent pas... Ce qui importe ce n'est pas ce que nous désirons – mais le renoncement à ce que nous désirons... »

François Mauriac n'ignorait pas ses désirs homosexuels et une partie de son admiration pour Gide s'explique par le fait que Gide vivait ses désirs et en parlait. Dans une lettre de 1922, il écrivait à Gide :

« Vous fûtes toujours pour moi ce feu du ciel entre le royaume de Dieu et les nourritures terrestres. Ce feu m'a souvent éclairé jusque dans mes abîmes. Il ne m'a pas perdu. »

À Gide encore : « L'homosexualité est hors la foi. »

Dans une lettre à Jacques Rivière écrite en 1923, frustré, il parle de Gide en ne mâchant pas ses mots :

« Je crois que sa faiblesse est moins manque d'amour pour les femmes que manque de curiosité car, étant femme lui-même, il pourrait mieux les connaître qu'un homme normal. L'impuissance créatrice des homosexuels doit donc avoir une source plus profonde et quasi physiologique. Car par transposition ils peuvent contrôler en eux-mêmes les réactions des deux sexes. Mais ils sont justement incapables de se fixer sur l'objet de leur mépris ou de leur dégoût. »

À Gide, il parle aussi de Proust, chez qui il dénote : « une étrange influence de la bête étudiée sur l'homme qui étudie... »

À Proust, il ne peut s'empêcher de se confesser et de livrer le secret de sa triste existence :

« Vous ignorez ce que c'est quand on n'est pas comme les autres [d'avoir] la vie de tout le monde. L'étrangeté de mes livres vient sans doute de ce que je m'y épanche – ne pouvant me délivrer que là – mais avec prudence et circonspection parce que je suis inséré dans une famille et que j'ai choisi de n'être pas libre. »

Un véritable petit guide du placard.

■ Lettres d'une vie, François Mauriac, Éditions Grasset, 1981, ISBN : 2246242312

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La prostitution antiphysique, Félix (*) Carlier

Publié le par Jean-Yves Alt

La prostitution, c'est un univers singulier, une micro-société avec ses coutumes, ses règles, ses catégories – le produit d'une histoire également. François Carlier rend compte, du vécu de la prostitution au XIXe siècle.

La prostitution antiphysique (entendre homosexuelle) de Félix (*) Carlier est précédée d'un texte d'Ambroise Tardieu, « La Pédérastie ». Publié en 1857 par un médecin à l'hôpital Lariboisière, par ailleurs professeur agrégé à la faculté de médecine de Paris et membre du comité consultatif d'hygiène publique, ce texte, qui se veut un traité clinique sur la pédérastie résultant de l'observation médicale de 205 individus, s'emploie à rapprocher ce que l'époque ne nomme pas encore homosexualité et criminalité. Tardieu, au long de ce qu'il qualifie lui-même de « longue et pénible étude », ne se fait pas faute d'employer sans restriction les termes les plus injurieux pour caractériser ce « vice » et ceux qui le pratiquent : « dégradation morale », « déformations physiques », « ignominie », « hideux, dégradés, repoussants, infâmes »… sans oublier l'extravagante description que Tardieu fait du pédéraste :

« Les cheveux frisés, le teint fardé, le col ouvert, la taille serrée de manière à faire saillir les formes, les doigts, les oreilles, la poitrine chargés de bijoux, toute la personne exhalant l'odeur des parfums les plus pénétrants, et dans la main un mouchoir, des fleurs, ou quelque travail d'aiguille, telle est la physionomie étrange, repoussante, et à bon droit suspecte, qui trahit les pédérastes. »

Après le discours de la médecine, celui de la police. Félix Carlier, chef de la brigade des mœurs à la Préfecture de police de Paris entre 1850 et 1870, a « fait violence à [son] dégoût », « dans l'intérêt de la sécurité publique » pour décrire cette « franc-maçonnerie du vice » : la pédérastie. S'il manifeste parfois, au contraire de Tardieu, une pointe d'humour ou d'indulgence dans son récit, Félix Carlier n'en est pas moins partisan de l'institution d'un délit de pédérastie et d'une répression largement accrue des personnes qui s'y adonnent. Voici comment il caractérise ce qui fait l'objet de son étude :

« La passion de la pédérastie, surtout lorsqu'elle a été contractée dès le jeune âge, abâtardit les natures les plus vigoureuses, effémine les caractères les mieux trempés et engendre la lâcheté. Elle éteint, chez ceux qu'elle possède, les sentiments les plus nobles, ceux du patriotisme et de la famille ; elle fait d'eux des êtres inutiles à la société. L'amour de la reproduction, cette loi qui commande à toute la nature, n'existe pas pour eux. »

Comment ne pas être ébahi aujourd'hui par le ridicule, la mauvaise foi et l'obscurantisme des auteurs ?

Guides pratiques à l'intention des médecins et des policiers de l'époque, ces deux textes réduisent entièrement la pédérastie à une activité prostitutionnelle et se refusent à envisager des relations amoureuses et désintéressées entre deux hommes. C'est Carlier qui l'exprime ainsi :

« Les relations contre nature ne procèdent [...] ni de l'affection ni de l'amour véritables ; elles naissent exclusivement de l'avidité des plaisirs sensuels. »

Comme le note avec justesse Dominique Fernandez dans sa préface, Tardieu et Carlier s'insurgent particulièrement contre « l'homosexualité comme transgression sociale, démolition des barrières entre classes et donc véritable libération de l'individu ».

■ La prostitution antiphysique, Félix Carlier, Préface de Dominique Fernandez, éditions du Sycomore, 1982, ISBN : 2862621110

(*) Il ne faut pas confondre Pierre Carlier (1794-1864), qui fut préfet de police, avec Félix Carlier, auteur d'un ouvrage fameux sur Les deux prostitutions (1887), la « prostitution antiphysique » constituant la seconde partie de l'ouvrage. Par ailleurs, le catalogue de la BNF semble responsable d'une erreur assez répandue au sujet de ce dernier, en charge de la police des moeurs de 1860 à 1870, l'initiale F. de son prénom étant interprétée dans le catalogue par François au lieu de Félix. Un article de lui paru dans les Annales d'Hygiène publique et de méd. lég. (1871 p. 282) tranche la question : son prénom est bien Félix.

Jean Claude Féray

in Le registre infamant, éditions Quintes-Feuilles, octobre 2012, ISBN : 978-2953288568, pp. 12-13


Lire aussi : La prostitution masculine par Félix Carlier (1887) [article du Crapouillot - août 1955]


Dessin de Jean Oberlé : Les vrais petits marins


Lire encore : La prostitution à Paris au XIXe siècle, Alexandre Parent-Duchâtelet

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