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L'homosexualité vue dans le dictionnaire de la bêtise de Guy Bechtel et Jean Claude Carrière

Publié le par Jean-Yves

● En 1926, la revue « Les Marges » lançait, parmi les personnalités de l'époque, une enquête sur l'homosexualité dans les lettres, et publiait les réponses dans son numéro du 15 mars. En voici deux extraits :



Il s'agit maintenant d'une littérature compliquée et savante, dont les derniers et les plus remarquables types sont l'Albertine disparue de Proust et ces Faux Monnayeurs que nous a laissés Gide après le double scandale de son Corydon et de sa vente : j'avoue me divertir énormément en voyant l'embarras des critiques alambiqués et serviles devant ces deux puddings de prose assommante et vénéneuse.


Camille MAUCLAIR, journaliste et essayiste


Le jour où une saine et brave Française chassera d'un salon, en lui mettant sa main sur la figure, une «gousse» par trop « voyante » ou une « tapette » ostentatrice, les mœurs changeront d'un coup. Et les hommes feront des lois.


Georges MAUREVERT, écrivain


● L'Église ouvre la bouche :


L'homosexualité, bien qu'elle soit réprouvée par la Doctrine comme ne servant pas la procréation, mérite aux yeux du Saint-Père l'assistance que les évêques doivent porter à ceux qui sont confrontés à des choix oraux difficiles.


Le Panorama du médecin, septembre 1983


● Et tous les espoirs restent permis :


Il faut que les homosexuels qui liront ce livre [Jean-Paul de Marcel Guersant] sachent qu'une issue « par le haut » leur est ouverte.


Abbé ORAISON, Arts-Spectacles, 27 mai 1953






■ in Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement, Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière, Editions Bouquins/Robert Laffont, 1998, ISBN : 2221087844, pages 199/200


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L'Annonciation vue par Maurice Denis

Publié le par Jean-Yves


Quatre personnages dans ce tableau dont l’un est immédiatement reconnaissable : cette femme auréolée dans une position d'écoute et d'acceptation est Marie, la future mère de Jésus. La blancheur de son vêtement et la ligne de sa silhouette évoquent la fleur de lys, symbole traditionnel de sa virginité.


Tout porte ainsi à penser, malgré le caractère étrange du titre (Mystère catholique), qu'il s'agit de la représentation d'une Annonciation, transposée dans le monde contemporain au peintre : le prêtre précédé des deux enfants de chœur prenant la place de l'ange Gabriel.




Chaque personnage a l'air de détenir un secret et les regards sont empreints d'un profond recueillement ou d'une grande solitude.


Aucun rayon lumineux ne vient marquer la présence de Dieu, ni colombe pour symboliser l'Esprit Saint. Seul le livre, les évangiles sans doute, fortement éclairé, souligne l'importance du message transmis.


Le mystère est accentué par le cadrage hors champ du sol qui donne cette impression de lévitation des personnages.


Mystère catholique de Maurice Denis, 1889

Huile sur toile, 97cm x 143cm

Musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye


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De l'histoire de Job appliquée...

Publié le par Jean-Yves

Job croit en Dieu et surtout il croit être un homme juste, il a l'audace de croire cela. L'originalité de cette histoire réside dans le fait que cet homme accablé par le malheur ne comprend pas pourquoi le sort s'acharne sur lui.


Quand je lis ce livre de la Bible, je suis dans une position tout à fait différente de celle des amis de Job. En effet, je sais que Job est juste et qu'on ne peut rien lui reprocher. Je sais aussi que Dieu a discuté avec Satan et que Satan a dit : «Tiens, Job est juste, mais si on l'accablait de malheurs, ne finirait-il pas par avoir des comportements qui ne sont pas aussi exemplaires ?» Et Dieu, contre toute attente, relève ce défi et parie sur Job.


Ce pari entre Dieu et Satan est, pour moi, une énigme. Quel est ce jeu pervers auquel se livre Dieu avec Job, quel est le sens de la gratuité de ces souffrances-là ? Je n'ai pas de réponses…


Job est accablé par le malheur et pourtant il continue à affirmer qu'il est juste. En affirmant cela et en répondant aux critiques de ses amis, il est amené – à un moment – à critiquer Dieu, à se poser des questions : à la fin de l'histoire, Dieu le tancera un peu pour avoir osé remettre en question sa façon de mener le monde mais Dieu reprochera surtout à ses amis d'avoir remis en cause la justesse ou le comportement exemplaire de Job.


Je vois, dans cette histoire de Job, le refus de la culpabilité face à une expérience difficile. Pourtant, je sais aussi que Job n'est, pour moi, d'aucune aide devant un malheur au sens où son expérience ne me fera pas accepter mes propres souffrances.


Par contre, Job me rappelle que ma dignité est préservée, que mes malheurs ne doivent pas m'empêcher de rester juste.


Là, réside, sans doute, la dignité de celui qui perd tout…


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De l'amour par Saadi (1/2)

Publié le par Jean-Yves

Un courtisan avait un jeune esclave d'une beauté excellente, qu'il aimait avec passion. S'entretenant un jour avec un de ses amis :


« Quel dommage, disait-il, qu'un esclave si beau ait une méchante langue, et soit sujet à tant de vices !


– Oh mon frère, répondit l'ami, dès que vous avouez votre amour, il n'y a plus d'esclavage. Entre un amant et un objet aimé, les noms de maître et d'esclave doivent disparaître. Souvent dans leurs jeux et leurs plaisirs, ils changent de rôle. Comment pourraient-ils conserver, l'un son empire, l'autre sa docilité ! »


Saadi, poète persan du XIIIe


■ in Le jardin des roses, Editions Auzou, 2004, ISBN : 2733807536, page 35


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Vivre à travers le filtre de la littérature par Hugo Marsan

Publié le par Jean-Yves Alt

Le vieil écrivain qui est là, assis devant vous, ce soir encore, dans cette maison grise, est incapable de s'abandonner aux seules sensations de sa peau.

J'ai pu dire, et je l'ai écrit : Je sens la douceur du soir, mais ce sont des mots, des mots suggestifs certes, mais qui n'écument que l'illusion de la douceur. Les êtres d'imagination ne voient ce qui les entoure qu'à travers le filtre de la littérature et de l'art.

Constat banal, admettrez-vous, mais constat cruel. J'ai perdu – je n'ai jamais connu – la volupté de faire corps avec l'espace. Et ai-je jamais fait corps avec un autre corps ? Je ne suis que regard. Le parc qui m'environne – comme le parc qui m'entourait là-bas – je le vois comme je l'ai appris dans les livres. Le jardin où, au crépuscule, Mme de Rénal s'abandonne aux bras de Julien Sorel, enveloppé de nuit, existe réellement pour moi, il entre en moi, je tremble aux moindres palpitations de ses arbres, je m'imbibe du parfum nocturne de ses fleurs, parce que ces arbres et ces fleurs sont le décor écrit d'une passion dont je sais déjà la mort.

Je ne me plains pas, oh non vraiment je ne me plains pas de la vie de papier qui a été la mienne, mais j'envie ceux dont le corps embrasse l'herbe et la terre, herbe et terre eux-mêmes, ceux qui se roulent dans la mer compacte et révoltée, vague parmi les vagues... Thérèse avait ce don. Je lui disais : Tu es un morceau de soleil. Elle était la médiatrice qui me reliait au reste du monde, qui me connectait au règne animal ?

Hugo Marsan

■ in Abel, Editions Mercure de France, 2007, ISBN : 9782715226586, page 171

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