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La débauche, André Birabeau [1924]

Publié le par Jean-Yves

Madame Mathilde Casseneuil est une digne femme qui ne manque jamais l'office du dimanche et qui a élevé son grand fils, Dominique, parfaitement bien, ainsi que le pense tout son entourage.


Une fois par semaine, elle joue avec quelques amis, chez elle, de la musique de chambre. Son mari, grand reporter, n'est pratiquement jamais là si bien que certaines personnes la croient veuve.


Dominique, le fils, a quitté le domicile parental parisien pour se rendre en Avignon où on lui a proposé de représenter les automobiles « Bog ». Depuis son départ, sa mère ne cesse de feuilleter les albums de photographies où son fils occupe toute sa place.


Un jour, elle reçoit une dépêche : son fils est mort dans un accident de voiture. Elle se rend en Avignon où elle découvre, semble-t-il, pour la première fois la chambre que son fils avait loué : là, elle est attirée par une reproduction d'un Apollon d'après l'antique. Il a toujours été si artiste, le pauvre chéri, pense-t-elle. (p.72)


Après l'enterrement, un monsieur, les larmes aux yeux, vient lui serrer la main. Elle se dit que son fils avait vraiment de vrais amis. De retour dans la chambre de son fils, elle découvre des lettres d'amour : elle imagine, émue et tout à la fois un peu jalouse, une amourette, une autre femme qui, quelque part, pleure aussi. Pourtant aucune autre femme n'était présente à la cérémonie d'enterrement.


En lisant ces lettres, elle pense que cette amoureuse devait avoir bien peu d'instruction au regard des fautes d'orthographe laissées : « Je suis forcé de partir pour Nîmes. » Forcé au masculin. (p.80)


Madame Casseneuil découvre enfin que l'amoureuse est un amoureux : un homme. Le dégoût la saisit : « Dominique, Dominique ! Ah ! Quelle ordure ! » (p.81)


De magnifiques pages suivent et montrent le parcours de cette mère pour tenter de comprendre son fils face à ce dégoût et aux préjugés qui l'alimentent :

● Réflexion sur la peur des mères face à la découverte de l'amour par leurs propres enfants : « C'est beau un fils qui séduit ; et elles peuvent si difficilement croire qu'il va cesser d'être un enfant ! » (p.101) « Chaque mère croit que son fils restera innocent plus longtemps que les autres. »(p.102) [1]

● Questionnement pour savoir si elle doit garder le « secret » de son fils ou le faire partager à son mari : « Dans quel cœur serait-il le plus pesant, ce secret ? » (p.148)

● Découverte de la débauche chez les autres pour se rassurer : « Tous alors ? […] Tous. Où qu'on regarde, on ne voit que la débauche, l'universel délire des pauvres corps humains. » (pp.178-179)

● Retour sur une idéalisation de son fils et rejet de la « faute » de son fils sur l'amant obligatoirement abominable : « Ah ! Celui-là, un être ignoble, un monstre, une bête ! Ça s'abat une bête… » (pp.223-225)

Madame Casseneuil a alors le projet de tuer cet amant. Non pas par vengeance mais seulement pour que son fils, Dominique, redevienne l'enfant innocent qu'il n'aurait pas dû cesser d'être. Elle achète pour cela un revolver et retourne en Avignon.


Chez l'amant de son fils, elle découvre, à sa plus grande surprise, un homme qui a aimé son fils, un homme qui souffre, qui lui parle affectueusement de son fils : « Et c'est [alors] un flot de douceur qui entre elle. » (p.243)


Cet amour de cet homme pour son fils et le sien comme mère la rendent prête à tout accepter :

« - Il vous adorait madame. Nous parlions souvent de vous.

Et c'est vrai. Il l'adorait. Ses lamentables égarements ne corrompaient pas l'autre homme qui était en lui. C'était son fils. Il est mort. La seule chose affreuse est qu'il soit mort. » (p.244)

Un roman émouvant qu'il conviendrait de rééditer.


■ Editions Flammarion, 1924



[1] J'ai songé alors à la nouvelle de Stefan Zweig, « Destruction d'un cœur » où un homme âgé découvre que sa fille, qu'il croyait encore une enfant, est déjà une femme qui se glisse volontiers dans le lit des hommes. Détruit, renvoyé à la vieillesse, l'impuissance et la mort, il se laisse glisser vers cette dernière. Un texte magnifique où la dégradation physiologique et psychologique est suivie pas à pas par l'auteur avec une précision à la fois médicale et subtile. [Editions Le Livre de Poche, 1994, ISBN : 2253095257]


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Noli me tangere par Tiziano Vecellio (Titien)

Publié le par Jean-Yves


La main droite du Christ tient son vêtement ; l'autre tient un instrument agricole : le bras s'ouvre, semblant envelopper Marie Madeleine. Cette dernière, la main gauche posée à terre tient un flacon tandis que son autre main désire accomplir un geste que la sainte implore de son regard.


Ces mouvements du Christ et de Marie Madeleine sont d'une tendresse infinie et d'une grâce bouleversante…


La scène représente le moment où le Christ ressuscité dit à Marie Madeleine : « Ne me touche pas ».



Jésus dit à Marie Madeleine : Ne me touche pas car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. (Jean 20,17)

Le Christ est comme inséré dans un demi-cercle où son recul peut se lire, paradoxalement, comme un accueil, au sens le plus profond : se montrer en se soustrayant !


Tiziano Vecellio - Noli me tangere - vers 1514

Huile sur toile, 109 cm x 91cm, National Gallery, Londres


Ce qui me séduit dans la manière du peintre à nous présenter cette scène, c'est ce retrait du Christ dans un geste qui, tout à la fois, se dégage de Marie Madeleine et l'accueille. Comme si son interdiction était aussi un encouragement à se joindre à lui.


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Solitude

Publié le par Jean-Yves Alt

« Supporter la compagnie des imbéciles et des salauds est certes une rude tâche, mais la famille et le lycée nous y préparent suffisament. Personne, en revanche, ne nous enseigne à aimer la solitude. Celle ci est pourtant le destin des âmes extraordinaires. Etre singulier signifie être différent et être seul. Nous devons le savoir et l'accepter... »

Gabriel Matzneff

in Le Taureau de Phalaris [Dictionnaire philosophique] Editions La Table ronde, Collection : La petite vermillon, 1994, ISBN : 2710306409


Lire aussi du même auteur : La solitude est nécessaire à l'amour

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Hommage à Patrick et à ses flagrants autoportraits

Publié le par Jean-Yves


Se représenter en ré-interprétant des classiques de l’histoire de l’art ou de la littérature, tel est le travail pictural que
Patrick mène depuis plusieurs mois.






Cet exercice choisi était redoutable, périlleux, à la limite de la folie. Oui, de la « folie » car avec elle, s’accompagne le doute, cette fleur qu’il me transmet. Doute qui ne s’arrête pas à la surface inviolable de ses créations qui recèlent et révèlent, à force de mimétisme, son portrait (ses multiples portraits, dois-je écrire) à l'assurance particulièrement raffinée.



Il y a cette répétition de son visage, qui, tout à la fois, n’en est pas une. Répétition que je devine, avec le temps, inépuisable, avec cette variation de sourires, de surprises, parfois même de solennité… provoquant ce vertige que j’attends aujourd’hui comme un cadeau.



Dans ses tableaux, nulle part une signature. Ses œuvres sont comme des miroirs où je me regarde : Patrick m’appelle, m’interpelle en me faisant sentir un irrépressible besoin de participer à son monde imaginaire, avec ses travestissements, chapeaux, bijoux, en des teintes éclatantes, rompant mon espace-temps.


En un mot, merci.


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Sur la lecture des enfants

Publié le par Jean-Yves

Dans un livre d’entretiens avec Claire Vassé, Catherine Breillat aborde le thème de la lecture et se pose la question de savoir si les enfants ne lisent pas « trop tôt ».


« Si les enfants ne lisent pas trop tôt, si l’on attend l’âge mûr pour leur faire lire des choses adultes, évidemment qu’arrivés à l’âge adulte, ils ne seront plus capables ni de lire, ni de voir. L’enfance doit être le domaine de la transgression. »


Catherine Breillat


■ in Corps Amoureux, Editions Denoël, octobre 2006, ISBN : 2207257193


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