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L'homosexuel vu par Anaïs Nin

Publié le par Jean-Yves

L'homosexuel craint la totalité, l'absolu en amour. Il distingue donc le physique de l'amour. Mais maintenant je constate que par suite de ma sympathie et parce que je rencontre chez l'homosexuel les mêmes hostilités et les mêmes rébellions envers celui des deux parents qui se montre dominateur, possessif, volontaire, j'éprouve de la sympathie pour leur manière perverse de circonvenir la relation homme-femme. [...]

 

Nous projetons sur autrui le Moi que nous ne pouvons supporter, afin de pouvoir le détester chez les autres et le détruire. Ces éléments condamnés sont nécessaires à la vie. Lorsqu'on les tue, on tue la vie. Mais l'idéal en moi les niait. Tout chez moi est contrôlé et passe par des voies détournées. Je le vois maintenant. [...]

 

Je ne sais si cela tient au fait que je connais tellement d'artistes qui ont été définis par Baudelaire comme étant homme, femme et enfant à la fois, ou bien des adultes qui n'ont jamais détruit en eux la vision fraîche de l'enfant, mais ce que je vois chez l'homosexuel est différent de ce que les autres y voient. Je ne vois jamais la perversion, mais plutôt quelque chose d'enfantin, une pause dans l'enfance ou l'adolescence lorsque l'on hésite sur le seuil du monde adulte. La relation fondée sur l'identification, la ressemblance ou « le double », sur le narcissisme, est un choix plus facile et moins exigeant que celui entre les hommes et les femmes. C'est presque incestueux, comme un lien de parenté. Il est vrai qu'il peut y avoir chez l'un davantage de traits masculins, et chez l'autre davantage de traits féminins, de sorte qu'ils peuvent s'équilibrer ou se compléter. Mais chaque fois que j'ai rencontré un homosexuel, ce que j'ai trouvé c'était de l'infantilisme. Il y avait souvent aussi une parodie des parents et des grands-parents, un attachement au passé, un amour des objets anciens, toujours une fixation sur la préadolescence lorsque nos inclinations sexuelles ne sont pas encore cristallisées et toujours quelque événement traumatisant qui provoquait la peur de la femme, d'où la haine à son égard.

 

Anaïs Nin

 

■ in Journal 1944-1947, Editions Le Livre de Poche, 1978, ISBN : 225301611X, pages 208 à 210

 

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Lo dudo de Los Panchos, chanson phare du film de Pedro Almodovar « La loi du désir »

Publié le par Jean-Yves

« Je ne doute pas


Que tu arriveras à m'aimer


Comme moi je t'aime.


Je ne doute pas


Que c'est un amour plus pur


Comme celui que tu trouves en moi.


Tu trouveras


Des aventures sans amour


Et à la fin de toutes


Tu n'auras que douleur.


On te donnera


Une frénésie de plaisir


Mais pas un rêve sincère


Comme celui que je t'ai donné. »


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Révolte, Eric Jourdan

Publié le par Jean-Yves

A la suite de l'assassinat d'un jeune révolté beau comme un ange, un adolescent, Roman, non moins angélique, est recueilli par Andrei. Celui-ci, jeune capitaine de métier, entoure Roman de sa tendresse, de sa protection, et lui offre son univers : ses amis, Catherine et Adam, la caserne, les livres.



Mais le colonel est là qui veille : la beauté du jeune garçon, son innocence tranchante le troublent et l'agacent. Il perçoit un danger : cet ange tombé du ciel, qui dit toujours la vérité, ce Petit Prince assoiffé d'amour ne conduit-il pas, comme l'autre assassiné, la même révolte ?


Le charme incorruptible de Roman l'isole, tant de vertus fait peur, et la haine des moins beaux, des moins purs, des moins doués s'exerce en sourdine, partout où passe l'ange.


Ni la tendre sollicitude d'Andrei, ni celle, amoureuse, de Nicolas, son ami de lycée, ne briseront le cercle de solitude dans lequel il se débat. Que veut-on de lui ? Qu'il soit comme les autres. Qu'a-t-on à faire de l'âme quand le corps, si gracieux, si délié, est si tentant ?


« Tu es un corps d'abord, tu as des yeux pour voir ce qui est beau, tu as des sens, tu n'es plus un enfant, tu as un corps, un corps... Avec des penchants et des désirs qui vont chaque jour devenir plus forts, plus forts, tu entends, ton corps veut vivre et ce ne sont pas les idées qui vont t'empêcher de grandir. »


Parmi les injustices, les brutalités d'un pays gouverné par la force militaire, c'est le combat de l'ange qui va tomber pour avoir volé trop haut.


Révolte est un roman très complexe se situant en un lieu intemporel, un univers onirique et charnel hanté par la guerre, traversé par la figure de Roman dont la fatalité est de provoquer le désir, d'être lui-même soumis à la beauté de son propre corps.



Sauvé des humiliations, des offenses, émergeant lumineux des dédales les plus vénéneux, Roman est un enfant de la passion, en écho à celle du Christ à qui je pense bien sûr, celle aussi d'un jeune homme tenté par l'homosexualité mais qui ne peut la vivre que sublimée ou meurtrie.


■ Editions du Seuil, 1991, ISBN : 2020127849



Du même auteur : Les mauvais anges - Charité


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Enlèvement par Rembrandt

Publié le par Jean-Yves


Un aigle majestueux occupe tout le haut du tableau. Ses ailes déployées et sa stature majestueuse renforcent sa puissance.


L'aigle a attrapé dans son bec et ses serres un bébé joufflu : son visage est renfrogné et il hurle de terreur à un tel point qu'il fait pipi…


Malgré sa peur, l'enfant ne lâche pas pour autant les fruits qu'il était en train de manger avant sa capture.


Il suffit d'observer les beaux tissus et les passementeries qui l'habillent, pour comprendre que cet enfant est un prince.






Rembrandt Harmenszoon Van de Rijn, L'Enlèvement de Ganymède, 1635

Huile sur toile, 177 cm x 129 cm, Dresde [Gemäldegalerie alte Meister]


Il s'agit de Ganymède, fils du roi de Tros. L'aigle symbolise Zeus. Le ciel, couleur d'encre confirme cette désignation puisque ce dieu est le maître de la foudre et des orages.


Rembrandt a choisi de représenter dans ce tableau le moment où Zeus, transformé en aigle, enlève Ganymède. Mais le peintre a transformé le bel adolescent en un bébé pleurnichard, nullement mignon…


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Beyond Therapy, un film de Robert Altman (1987)

Publié le par Jean-Yves Alt

Avec des gros sabots, Robert Altman a porté à l'écran une pièce de Christopher Durang, et il n'en tire tout bonnement que du vaudeville filmé.

Quand il adapte David Rave (Streamers) j'applaudis, mais "Beyond Therapy" ne présente qu'une juxtaposition de caricatures censées illustrer les méfaits de la psychanalyse de façon satirique.

Bruce (Jeff Goldblum) en séducteur branché et attifé comme un épouvantail à moineaux rencontre Prudence, par petite annonce, mais Bob, l'amant de Bruce, pitoyable folle barbue qui fait dans la thérapie de groupe, interpose sa jalousie attisée par sa mère hystérique.

Bruce et sa féminine conquête ont un point commun : ils suivent une cure psy, le premier avec Charlotte (Glenda Jackson) maternante et la seconde avec Stuart (Tom Conti) macho et éjaculateur précoce. Les deux psychanalystes ont de plus des cabinets contigus.

Une espèce de ronde farfelue entre ces personnages nous mène des consultations psy au lieu privilégié d'un restaurant français de New York où Andrew (Cris Campion), fils très inhibé de la psychanalyste, joue les serveurs tout en sauvant le côté esthétique du film.

Rien ici n'est traité en profondeur, ou de l'intérieur : il n'y a que situations de surface, évocation boulevardière des problèmes (bisexualité, mariage entre hommes, cordons ombilicaux mal coupés), regard complètement extérieur.

Avec tous ces gens s'employant plus ou moins consciemment à poursuivre leur thérapie (y compris les psy), sur le dos les uns des autres, il y avait pourtant matière à un sacré film...

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