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La beauté grecque par Amédée Guiard

Publié le par Jean-Yves

« La beauté ne consiste pas dans l'énorme, dans le grandiose, dans le dramatique, mais au contraire dans la réalisation de ce qui nous reste de nos premières virtualités. Il est curieux de constater que tous les grands artistes, depuis Michel-Ange et le Titien jusqu'à Raphaël, depuis la sculpture grecque jusqu'aux imagiers du Moyen âge, ont eu le sentiment de la beauté qui réside en des choses simples, peu épiques et peu théâtrales. Pour l'architecture, les premiers sont les Grecs, ils n'ont été ni égalés ni dépassés. Or qu'est-ce que leur temple, leur Parthénon ? Une maison, une simple maison, mais dont tous les organes sont travaillés avec amour, dont toutes les lignes sont simples, harmonieuses et équilibrées et qui est située à l'endroit où l'homme désire le mieux établir sa maison au-dessus de la ville et au-dessus de la mer. Ils sont partis de ce principe : ce qui nous est le plus intime c'est notre maison, offrons donc à la divinité ce qu'il y a de mieux comme maison. En sculpture ils n'ont pas été dépassés non plus ; or qu'est-ce qu'ils ont fait de mieux ? sont-ce les grands sujets dramatiques Hercule terrassant l'hydre de Lerne ou Laocoon enlacé par les serpents ? Non, ce qu'ils ont fait de mieux, ce sont des jeunes filles portant des corbeilles sur leur front, ou plus simplement encore un jeune homme levant les bras pour se mettre un bandeau autour de la tête. Et cela avilit par la comparaison tout ce qu'il y a de pompeux et de déclamatoire dans la sculpture et l'architecture romaines. Les Grecs ont saisi le moment précis où, dans un acte simple, l'homme développe le mieux les virtualités de son corps, toute la beauté de ses formes. »

Amédée Guiard

Jeudi 5 Septembre 1907

in « Carnet intime », Librairie Bloud & Gay, 1926

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Le colonel était tout seul, Bruce Cameron (1965)

Publié le par Jean-Yves

Années 50 : Le colonel David Sutton et sa fiancée, Virginia Balir, arrivent à Paris-Orly... et sont aussitôt séparés l'un de l'autre. Virginia disparaît avec des amis de son père, général au Pentagone. Et Sutton est discrètement emmené à l'ambassade américaine où l'attend Larry Adams, un enquêteur du redoutable G-2, le service de renseignements de l'armée américaine.

De quoi accuse-t-on Sutton ? En dix-sept ans de service, il n'a jamais commis une faute et a même accès à d'importants secrets militaires. Est-il un espion déguisé ? Non pas. Lui reproche-t-on d'avoir enlevé Virginia ? Mais il avait la formelle intention de l'épouser. De quoi donc est-il coupable ?

Et c'est alors que, sous le feu roulant des questions posées par Adams, l'agent spécial le plus retors et le plus « dur » de l'armée, Sutton découvre avec horreur qu'on le suspecte d'être homosexuel.

« Sutton était beaucoup trop intelligent. Il avait de bonnes notes et s'en servirait pour se protéger. Il était également assez malin pour savoir que l'armée ne souhaitait nullement réunir une cour martiale pour révéler au public qu'un officier de carrière homosexuel avait eu accès à des documents très secrets, nationaux et internationaux. Non, il valait mieux pénétrer derrière le bouclier, toucher Sutton au point le plus vulnérable. Mais quel était ce point ? » (p. 62)

Et, pour lutter contre la monstrueuse accusation, le colonel est tout seul. Ses collègues lui tournent le dos, ses supérieurs l'ignorent. La secrétaire, Eileen Allison, qui sténographie les interrogatoires, demeure – dans un premier temp – impassible devant les ragots innommables sur lesquels Adams a fondé ses soupçons.

Sutton refuse et se bat, pied à pied, contre Larry Adams. Le colonel, abandonné de tous, même par sa fiancée Virginia Balir, sait, lui, qu'il est innocent et il veut le prouver.

L'enquêteur, Larry Adams, s'irrite de plus en plus de la sympathie de la jeune sténographe envers Sutton.

« Il examina sa pipe un instant, tenté d'approfondir cette réaction bien connue des femmes devant l'homosexualité. Sa femme en faisait autant, elle écartait la perversion à coups de sympathie. Il se demandait si les femmes trouvaient les homosexuels masculins aussi intéressants que le sont les lesbiennes pour les hommes. Ç'aurait été une théorie à mettre au point, mais il n'avait pas le temps. […] Quand un homme commet un crime, il y a des preuves, une douille vide, une arme jetée à la rivière, du sang, des empreintes digitales, un cadavre, il y a toujours quelque chose de tangible pour le prendre au piège. Mais l'homosexuel – et c'est également un coupable – comment recueillir des preuves contre lui ? » (p. 67)

Car le dossier ne comporte pas une preuve. C'est un ramassis d'échos vagues, de potins fielleux, de bavardages de femmes jalouses que le beau Sutton a dédaignées. Et c'est cela surtout qui a rendu Sutton suspect : il n'est pas comme les autres, il est sensible, réservé, il ne se comporte pas comme est censé le faire un officier américain moyen. On ne lui connaît pas de maîtresses, et il n'est pas marié. Il aime peindre et n'a pas hésité à fréquenter l'atelier de certains peintres qui sont des homosexuels notoires.

Sutton, malgré les ruses déloyales et l'entêtement anormal de l'agent spécial, réfute toutes les allégations et réduit à néant tous les ragots, donne des explications claires à tous les événements de sa vie :

« Mais vous visez surtout à me dire que les homosexuels sont des dangers du point de vue de la sécurité et je n'ai pas d'argument à vous opposer, sauf que c'est précisément notre attitude vis-à-vis d'eux qui en fait des dangers possibles. Nous tolérons les gros buveurs à condition qu'ils n'étanchent leur soif qu'après les heures service et ne se fassent pas remarquer. Nous fermons les yeux sur les jeux d'argent dans les casernes et sur les officiers qui parient lourdement aux courses, tant que leurs épouses et leurs créanciers n'inondent pas l'armée de leurs réclamations. Mais pour les homosexuels, nous n'avons pas la moindre tolérance. Dès l'instant qu'un homme est soupçonné d'homosexualité, nous le crucifions immédiatement sous ce prétexte que vous essayez de justifier en ce moment : à savoir qu'il constitue un risque du point de vue sécurité. Eh bien ! la seule raison qui pourrait – j'attire votre attention sur ce conditionnel – permettre à un agent de l'ennemi de le faire chanter et d'en obtenir des renseignements secrets, ce serait la peur de la honte et de la disgrâce que nous attachons à l'homosexualité. Voilà ce que j'entendais par "briser la vie". Je vous ai dit tout à l'heure que j'allais réfléchir à cette question sur les homosexuels qui travaillent pour le Gouvernement. Eh bien ! c'est très clair. Tant que nous les traiterons en parias, que nous les vouerons à la damnation, que nous leur ferons perdre leurs emplois, vous pourrez continuer à craindre qu'ils nous trahissent pour protéger leur vie. je n'ai pas l'intention d'établir des degrés dans l'homosexualité. Mais d'après le peu que j'en sais, il n'a jamais été prouvé que la plupart de ceux qui ont été renvoyés étaient vraiment des homosexuels. Et maintenant, permettez-moi de vous dire une chose. Vous ne cessez de me jeter à la figure mon ami Maurice Noir. En dix ans de fréquentation, à divers intervalles, Noir s'est tenu de façon irréprochable en ma présence ainsi que dans les réunions auxquelles j'ai assisté en qualité d'invité. je ne l'ai jamais vu faire certaines des choses que font les hommes et les femmes normaux. je ne l'ai jamais vu tomber ivre mort, écrire des insanités sur les murs, tirer son portefeuille pour montrer des photos pornographiques, se faire surprendre dans le lit de la femme des autres, séduire des gamines, ou se livrer au pelotage intensif qui, selon certains moralistes, constitue une déviation de la norme tout autant que l'homosexualité. Bref, monsieur Adams, Maurice Noir, qui s'avoue homosexuel, a une conduite irréprochable, en public comme parmi ses amis. Je ne saurais en dire autant de nombre de ceux qui appuient cette politique conçue pour l'élimination des dépravés comme Maurice. Oui, monsieur, il nous manque quelque chose, mais pas un papier élaboré au Pentagone. Il nous manque le courage de faire acte de contrition, en toute objectivité. » (pp. 148-149)

Pour les supérieurs d'Adams, il n'est pas question d'ailleurs de condamner Sutton ; un procès ferait scandale et entacherait l'honneur de l'armée. Mais il faut seulement que Sutton donne sa démission.

Avec une obstination, une force, une agressivité brutale et généreuse, Sutton fait finalement le procès de ses juges.

Le colonel Bill Sanders, le supérieur d'Eileen la sténographe, reçoit un courrier de son ami Buck. Sanders, qui n'est qu'un maillon, prend conscience de la faiblesse du système : la peur qui engendre le conformisme.

« J'ai rencontré Sutton plusieurs fois. Comme tu le dis, il est beau... mais en même temps impressionnant. C'est un solitaire. Ses quelques relations à qui j'en ai parlé sont de cet avis. Je connais aussi quelques-unes des allégations. Mais là encore nous revenons au même point, l'important n'est pas de savoir s'il est réellement coupable, mais bien le fait qu'il ait été accusé. Aujourd'hui, dans l'armée comme ailleurs, accusation égale culpabilité. Une fois de plus, ce n'est pas une doctrine politique mais une maladie. Une dernière remarque. Certains amis de Sutton discutaient de l'affaire à déjeuner, hier. Quelques-uns avaient été interrogés par les mouchards de Flinn. Une chose était claire : pas un seul d'entre eux n'était prêt à prendre fermement position pour soutenir Sutton. Ils atermoyaient. Les vieux clichés : il est brave, honnête, intelligent. Mais défendre vigoureusement un ami accusé, c'était se mettre en péril, risquer de tomber en disgrâce. L'un d'eux a résumé la pensée générale : « Bon Dieu, il faut bien qu'il y ait quelque chose, autrement pourquoi serait-il dans le pétrin » ? En résumé, quand un ami prend ton parti, c'est parce qu'il est ton ami. S'il te dénonce, c'est par honnêteté. » (p. 269)

David Sutton dénonce le conformisme comme une certaine conception de l'existence. Pourtant quand il triomphe, quand il est lavé de tout soupçon, il démissionne, mais cette fois de son propre mouvement.

« […] il vient un moment dans la vie où tout homme doit prendre une décision importante. L'armée l'a souvent exigé de moi sur le champ de bataille. Il est temps que je me l'impose moi-même. […] il vient un temps dans la vie de tout homme où il doit se libérer. Il n'a pas à comprendre pourquoi... Il sait seulement qu'il le doit. C'est comme si tous les hommes qui ont été persécutés dans le monde s'agitaient dans leur tombe et unissaient leurs voix pour le lui ordonner. Non pas seulement de se libérer des Larry Adams et autres. Non, c'est plus profond. C'est de soi-même qu'il faut se libérer. […] L'homme naît de nombreuses fois, mais il ne naît à la liberté qu'une seule fois. » (pp. 360 et 375)

Dégoûté de l'armée et de ses procédés, Sutton part au bras d'Eileen, la secrétaire, que la lutte solitaire et ardente de cet homme courageux a fini par séduire.

Ce roman touche à l’âme des hommes. Dans le combat qui oppose le colonel Sutton, accusé d'homosexualité, et l'agent spécial Larry Adams, c'est le drame du conformisme, de la haine des exceptions, qui est évoqué, au rythme haletant d’un impitoyable duel.

Ce sujet singulier et grave, sous son apparence de scandale, touche aux immenses problèmes de la liberté et de l'honneur.

■ Editions Fleuve Noir, 1965, 378 pages

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Will McBride à la Galerie « Au Bonheur du Jour »

Publié le par Jean Yves Alt

Nicole Canet

et la Galerie Au Bonheur du Jour

présentent :

Will McBride

Photographies de 1963

du 11 mars au 24 avril 2015

 Vernissage le mardi 10 mars 2015 de 17h à 22h

Photographies des années 1963 prises dans la salle d'eau de l'internat du château de Salem (Allemagne)

L'œuvre de Will McBride est très connue. Il est décédé le 29 janvier 2015 ; il n'y aura donc plus de photos, de lui, signées.

La série d'œuvres présentées dans cette exposition se nomme : « Salem Suite », photographies de scènes intimistes prises dans l'internat du château de Salem (Allemagne). Célèbre internat d’Allemagne, la Schule Schloss Salem est une école internationale de grande réputation.

Les photos présentées à la vente dans cette exposition, à l'exception d’une seule fort connue, n'ont jamais été montrées, ni publiées.

Un livre est disponible sur le lieu de l'exposition à la galerie « Au Bonheur du Jour », édité par Koll and Friends à Berlin.

Will McBride est un photographe connu pour ses reportages ; il a fait ses études d'art à l'Université de Vermont, où il suit les cours de Norman Rockwell, et à la National Academy of Design de New-York. C'est à la Syracuse University de New York qu'il complète sa formation artistique.

Né à Saint-Louis en 1931, il vit à Chicago jusqu'à son départ pour l'Allemagne en 1953. C'est en tant qu’officier qu'il photographie les militaires de la caserne de Würzburg.

Il s'installe ensuite à Berlin en 1956 puis, après un bref séjour en Italie, en différentes villes d'Allemagne. Devenu photographe indépendant à partir de 1959, il a de nombreuses publications dans Life, Stern, Quick, Twen, Geo, Look et Paris Match.

Galerie Au Bonheur du jour 

11 rue Chabanais - 75002 Paris

01.42.96.58.64

du mardi au samedi 14h30 – 19h30

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Subtil chardonneret par Tiepolo

Publié le par Jean-Yves Alt

Que vient donc faire ce chardonneret posé sur la main de l'enfant Jésus ?

Est-il un simple compagnon de jeu ? Difficile à admettre sur cette représentation où la main potelée de l'enfant ne semble être qu'un perchoir pour l'oiseau.

Ce chardonneret suggère-t-il alors quelque chose qui viendrait du ciel ? Ce qui pourrait être en accord avec la grâce de la scène représentée.

Il faut préciser que cet oiseau est familier des épines ; il se nourrit notamment de graines de chardon. Il aurait, selon une légende, avec son bec, retiré une épine de la tête de Jésus cloué sur la croix ; une goutte du sang du Christ tombée sur le dessus de sa tête serait à l'origine de son signe distinctif.

 

Giovanni Battista Tiepolo – La Madone au chardonneret (détail) – vers 1770

National Gallery of Art, Washington (États-Unis)

Ainsi, la présence du chardonneret dépasse le simple thème de la maternité. Elle devient une allusion raffinée à la future passion du Christ.

 

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Marché de la poésie de Bordeaux

Publié le par Jean-Yves Alt

La librairie Olympique et Pierre Mainard éditeur présentent

Marché de la poésie de Bordeaux

mardi 10 mars 2015 / Halle des Chartrons

Rencontre/dédicace à 17h00 avec Christophe Massé et Franck Garcia

Soirée théâtrale à 20h00 : Dans le jardin de mon père de Claude Guerre

entrée gratuite

petits mets et verre de l’amitié avant la lecture théâtrale

- Christophe Massé, né à Perpignan, vit à Bordeaux depuis 1998. Son travail plastique est politique, sociologique, esthétique, voire décoratif. Celui consacré à la littérature est poétique, philosophique, polémique. Son combat artistique s’apparente à un marathon, où l’important n’est pas de porter des chaussures fluorescentes et un sponsor sur le dos, mais de participer. Une posture qu’il illustre en animant “Sous La Tente”. Un lieu où les rencontres font naître des projets, comme celui d’associer la poésie et la peinture...

- Franck Garcia, se lève tous les matins depuis le 1er novembre 1971. Sa peinture s’affiche comme propos : un portrait anonyme, une nature morte en mutation, une vanité en guise d’espace formel, une figuration muette, cherchant à “être” entre gestation et achèvement [...]. Ce peintre, largement exposé, incarne la jeune génération avec talent. Salué dans de nombreuses publications, il édite lui-même, depuis 1989, La Pomme de Discorde. Dans ce poème libre, lucide et nostalgique, se dessine une vie, ponctuée par les dessins de Franck Garcia. C’est la vie de l’auteur qui, face à la cruauté de l’histoire et du monde, puise dans la palette du peintre Van Gogh, la lumière qui le ramènera à la vie.

Marché de la poésie de Bordeaux

- Claude Guerre, est né en 1948 à Avignon où il a appris les métiers du théâtre auprès d’André Benedetto. Amoureux des mots, il fonde sa compagnie dans les années 80 et monte ses propres textes. Sa curiosité pour les auteurs contemporains grandit et il met en scène les œuvres de Laurence Vielle, Georges Bataille, René Char ou encore Bernard Noël. Ce goût des écritures se poursuit dans les années 90 et pour 15 ans à France Culture où il œuvre à la réalisation radiophonique des écritures contemporaines. De 2006 à 2012, il prend la direction de la Maison de la Poésie, institution unique en France créée par Pierre Seghers en 1983, à laquelle il donne un nouvel essor. Dans ce poème, publié en 2009 par Pierre Mainard, il livre l’histoire d’une vie en train de se faire en se défaisant. C’est l’histoire d’un mec avec lui-même. Ce sont des vers de huit et de neuf, des masculins et des féminins qui se cherchent et parfois se trouvent. Ce sont 2250 vers de rappeur pour être dits en musique.

■ “Van Gogh comme ailleurs” poème de Christophe Massé accompagné des dessins et peintures de Franck Garcia, Pierre Mainard Editeur

■ “Dans le jardin de mon père” de Claude Guerre, Pierre Mainard Editeur

En savoir plus sur l’ensemble de la manifestation

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Des ancêtres un peu encombrants : un groupe d'homosexuels juifs révolutionnaires par Jérôme Bernay

Publié le par Jean-Yves Alt

Durant l'Antiquité, les Juifs de Palestine se firent remarquer par une inaptitude particulière à supporter l'autorité d'un autre peuple. Ce goût pour la liberté nationale se muait en fureur lorsque le maître, non content d'exiger obéissance et contributions, voulait faire accéder les Juifs aux lumières d'une civilisation qu'il disait supérieure. Ainsi les Romains furent particulièrement obstinés et tentèrent pendant plus d'un siècle s'imposer aux Juifs les joies de la civilisation gréco-romaine et de l'intégration à un grand empire. A partir du milieu du premier siècle avant notre ère, la Palestine fut constamment agitée de troubles, tant sociaux et politiques que religieux : des illuminés se levaient pour la justice sociale ; des prophètes vrais ou faux entraînaient les foules le temps d'une passion ; la haine pour l'occupant romain allait jusqu'à jeter des nantis dans la révolte. Sous Néron, ce fut l'explosion et les Romains mirent quatre ans à reprendre Jérusalem qui tomba en 70.

La résistance désespérée de Jérusalem assiégée fut conduite par les plus extrémistes des chefs de partis. La menace de la catastrophe finale n'avait pas pour autant créé l'union entre les factions, qui avaient coutume de s'entre-tuer lorsque l'assiégeant prenait un peu de repos. C'est dans ce contexte que le parti des Galiléens menait la lutte avec des méthodes bien particulières. Notre seule source est l'historien juif Flavius Josèphe qui écrivit en deux livres (1) l'histoire de son peuple et de la destruction de son état. Soucieux de trouver des responsables et de justifier sa position fort modérée, il imputa la fin d'Israël aux extrémistes révolutionnaires. Autant dire que son témoignage est partial et qu'il a chargé de tous les péchés de son peuple des résistants farouches. Laissons-lui cependant la parole (2) :

« Parmi les Zélotes, le contingent des Galiléens se distinguait par son imagination dans le mal et son audace... Leur désir de pillage était insatiable et ils n'arrêtaient pas de perquisitionner dans les riches demeures ; l'assassinat des hommes et le viol des femmes était leur amusement ; ils dévoraient leurs dépouilles arrosées de sang et, ne sachant qu'inventer, prenaient sans vergogne les mœurs des femmes, arrangeaient leurs cheveux avec soin, portaient des vêtements féminins, s'inondaient de parfums et se faisaient les yeux pour rehausser leur beauté. Non contents d'imiter la coquetterie des femmes, ils prenaient leurs passions et ils imaginaient des amours contre nature. Ils se vautraient dans la ville comme dans un bordel et souillaient la cité toute entière de leurs actions impures. Mais, avec une apparence de femme, ils avaient un bras d'assassin et, s'approchant avec une démarche lascive, ils se transformaient brusquement en guerriers, tiraient leur glaive de dessous leur robe fine et colorée, et transperçaient qui ils rencontraient. »

Selon Josèphe, c'étaient donc des folles tordues particulièrement meurtrières. Le témoignage n'est pas exempt de contradictions (3) et Josèphe sacrifie aux poncifs quand il charge de tous les défauts des révoltés, surtout quand ils sont d'origine populaire et font payer les riches. Mais, ceci posé, un certain goût pour le travestisme et la sexualité homophile (passive) semble bien avoir caractérisé cette troupe.

L'indignation de Josèphe s'explique d'abord par la répugnance de toutes les civilisations méditerranéennes et proche-orientales anciennes pour les homosexuels passifs. Tout homme dominé par un autre perd sa virilité et son aptitude à combattre. Mais ici les Galiléens, selon Josèphe qui ne pensait sans doute pas à mal, sont toujours prêts à sortir leur glaive de sous leur robe... Si par leur infamie ces Galiléens insultent Dieu, par leur accoutrement, ils renient les traditions de leur peuple : les Juifs, au moins les pratiquants stricts, avaient toujours considéré comme une trahison l'adoption des modes de vie orientaux ou grecs, ce qui est traduit ici par l'usage de robes flottantes et colorées pour les hommes : doublement coupables, ces gens ne pouvaient être d'authentiques défenseurs d'Israël, mais seulement des brigands sans idéal.

Les historiens contemporains nous ont montré qu'il fallait prendre ses distances avec les condamnations de Flavius Josèphe et que les zélotes juifs étaient plus proches d'authentiques révolutionnaires que d'affreux pillards (4). Les Galiléens de Jean de Giskala méritent une place dans la galerie déjà bien remplie des homophiles passés à l'Histoire. Leur spécificité de travestis les rend certes un peu encombrants : ils n'ont pas le caractère exemplaire et justifiant des virils hoplites de Sparte ou des amis du bataillon sacré thébain. Mais leur conduite provocante n'est-elle pas un défi au milieu qui les refusait, au peuple qu'ils ont pourtant défendu, à leur manière, jusqu'à la mort ? Les convulsions de la Palestine au début de notre ère peuvent expliquer ces comportements aberrants ; à une époque où trente mille personnes se rassemblaient pour suivre dans le désert un prophète égyptien (5), où n'importe quel de vos amis pouvait se révéler votre meurtrier (6), on n'est pas surpris de l'apparition de ce groupe inversant les valeurs traditionnelles, associant en une sorte d'androgynie tant physique que morale les comportements vus traditionnellement comme mâles ou femelles.

Et sont-ils si honteux et inavouables ? Jusqu'à ce que les nécessités de la guerre moderne leur imposent plus de discrétion, les militaires, tenus habituellement pour les archétypes de la virilité occidentale, ont toujours eu un goût prononcé pour le clinquant et la couleur. Les S.A. en porte-jarretelles, les S.S. emplumés d'un boa appartiennent au sinistre délire nazi avant de permettre l'épanouissement des phantasmes ou du talent des cinéastes et des metteurs en scène de travestis. Et les bersagliers devant le Quirinal, les Saint-Cyriens un jour de 14 Juillet, n'arborent-ils pas plus de plumes qu'une reine d'Angleterre un jour de Derby ?

(1) Les Antiquités Judaïques et La Guerre Juive (ou Guerre des Juifs)

(2) Guerre Juive, IV, IX, traduction P. Savinel, pp. 403-404

(3) Au début de l'extrait, Josèphe évoque le viol des femmes

(4) Par exemple, S. Applebaum, The Zealots : the case for revaluation, Journal of Roman Studies, 1971, pp. 515-170, ainsi que l'introduction de P. Vidal-Naquet à la traduction de P. Savinel (Editions de Minuit)

(5) Guerre Juive, II, XIII, 3

(6) Idem, II, XIII, 5

Arcadie n°301, Jérôme Bernay, janvier 1979

 

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Gibier de passage, Maurice Périsset

Publié le par Jean-Yves Alt

La ville de Hyères est en ébullition, non seulement parce que cet été est particulièrement torride mais aussi parce que la pièce de Jean Anouilh, « Becket ou l'Honneur de Dieu », va être jouée sur le parvis de l'église saint Paul.

Le commissaire Jardet, notable de la ville, et son fils Raphaël assistent à la représentation. Le jeune homme est étonné de voir Serge Damien, du même âge que lui, la vingtaine, comme spectateur car il est connu pour sa simplicité d'esprit et aussi pour sa phobie des chats. Raphaël est en même temps intrigué par le curieux manège de deux motards qui semblent surveiller Serge. Ce dernier quitte d'ailleurs le spectacle avant la fin.

Au cours de la représentation, un policier de garde appelle le commissaire en urgence car un jeune motard a été retrouvé assassiné – une balle en plein cœur – à proximité d'un lieu de drague homosexuelle, le jardin Denis.

Le commissaire Jardet « déteste la répression pour la répression » (p. 35) :

« Et puis, les attentats publics à la pudeur à 2 ou 3 heures du matin, je trouve que ça fait un peu ridicule, de nos jours. Je me refuse à pousser l'hypocrisie jusque-là... Je sais, je me dois de faire appliquer la loi... » (pp. 35-36)

Le lendemain, Serge Damien ne se présente pas à son travail – le service municipal des espaces verts. Il est retrouvé, peu de temps après, mort dans le grenier de la maison qu'il partage avec son frère Emile et sa belle-sœur Sylvie. Un bifteck cru coincé au fond de sa gorge, et, déposé, sur son corps, du mou que l'on réserve d'habitude aux chats. S'agit-il d'un crime rituel ?

Le commissaire Jardet apprend très vite que Serge entretenait, avec sa belle-sœur Sylvie, des relations très tendues, que le soir de la pièce de théâtre, Serge devait retrouver son amie (pas sa petite amie), Dominique Verdier, au spectacle. Il souhaite donc rencontrer la jeune fille. Mais celle-ci a disparu. Il rencontre sa grande sœur, Sophie Duttois, la quarantaine, veuve, et son frère Luc.

Quand Dominique réapparaît, elle met un certain temps avant de confier au commissaire qu'elle a été violée, la nuit de la représentation théâtrale, par des motards.

Deux meurtres et un viol dans la même nuit : comment ne pas relier ces faits ?

Jardet apprend que Sophie Duttois, à la « sexualité exigeante » (p. 90), a rencontré des jeunes motards et qu'elle entretient avec l'un d'entre eux, Luigi, une liaison.

Jardet découvre également que le grenier où Serge a été retrouvé assassiné communique avec le logement mitoyen où vit un homme raffiné de soixante ans, Alphonse Redoux. Le meurtrier serait-il entré par ce passage ?

Monsieur Redoux, qui possède cinq chats, n'entretenait aucune relation avec Serge Damien, phobique de ces animaux. Le vieil homme pourrait-il être impliqué ? La haine des chats peut-elle être un mobile de meurtre ?

Le commissaire est informé que Serge, voyait les derniers temps, un très beau jeune homme de son âge, Jean-Yves Murrèze, transformiste dans une boîte de nuit de la ville, où il imitait en play-back Sylvie Vartan et Dalida. Et, que Monsieur Redoux a hébergé chez lui ce jeune artiste.

Jardet s'interroge sur les vies de tous ces protagonistes : Qui a une double vie ? Que se cache-t-il derrière ces crimes ?

Maurice Périsset utilise à merveille le polar pour exprimer ses idées sur l'homosexualité, « militantes » à la parution de ce livre (1988). L'auteur la traite dans la trame de son livre comme une composante du comportement humain parmi d'autres. Il la montre sous son aspect le plus quotidien en se gardant de toute caricature trop facile. On devine que pour l'auteur, les êtres humains l'intéressent dans toute sa diversité, davantage que leurs compagnons de lit.

L'auteur maîtrise l'écriture du polar ; il en fait un autre mensonge qui invente la vie.

■ Editions du Rocher, Collection : Dossiers du Quai des Orfèvres, 1988, 238 pages, ISBN : 2268006301


Du même auteur : Les collines nues - Les tambours du Vendredi Saint - Le ciel s'est habillé de deuil - Soleil d'enfer - Laissez les filles au vestiaire - Corps interdits - Les noces de haine - Les grappes sauvages - Avec vue sur la mort

 

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Charly, Sarah Turoche-Dromery

Publié le par Jean-Yves Alt

Sam, 11 ans, narrateur de cette courte histoire, aide, pour les vacances d'été, ses parents dans l'hôtel qu'ils tiennent. Les pensionnaires sont âgés et Sam s'ennuie jusqu'à l'arrivée de la famille Dupont avec leurs deux enfants dont Charly. Immédiatement, il voit en ce dernier le copain idéal. Se trompe-t-il ?

Les goûts des deux enfants s'accommodent rapidement au mieux et le séjour de la famille Dupont devient une bénédiction pour Sam.

Charly, Sarah Turoche-Dromery

Qu'est-ce qui poussent les éditeurs (Thierry Magnier, Oskar) à publier de si petits romans ? Sur le site de l'éditeur, ce livre est indiqué pour « tout public » sans indication d'âge. Il est possible de faire le pari sans grand risque d'erreur qu'un adolescent n'achètera pas ce livre par peur de passer pour un gamin au regard du nombre de pages de cet ouvrage et de la taille des caractères d'imprimerie. On peut deviner facilement que les adultes l'achèteront pour des enfants de 7/8 ans avec les mêmes critères. Mais qu'en tireront ces petits lecteurs ? Je crains, pas grand-chose sauf s'ils ont la chance d'avoir un parent pour les accompagner dans leurs réflexions : un enfant de cet âge peut-il voir seul en Charly/Charlotte autre chose qu'un/e enfant qui préfère la compagnie des garçons ?

Car l'intérêt de ce livre est dans les non-dits et dans les éléments pressentis et non repris par les différents personnages. Il y a la vieille institutrice, Madame Lebreton, qui a compris bien avant tout le monde que Charly est une fille :

Elle (la vieille institutrice) se penche vers Charly et souffle de sa voix éraillée :

— Tu es une bien gentille petite demoiselle. J'ai eu beaucoup de plaisir à converser avec toi. […]

— Elle devient zinzin la vieille Lebreton. Elle t'a pris pour une fille... (pp. 27-28)

Quand Sam parle de son amoureuse Ysée qui lui manque parce qu'il ne l'a pas vue depuis le début des vacances, il n'a pas encore découvert que Charly est une fille et qu'elle s'appelle en réalité Charlotte. Quand Sam interroge Charly sur les filles, ce dernier répond :

— Oh tu sais, moi, les filles, commence Charly avec une grimace. (p. 31)

Comment se fait-il que ce dialogue ne se poursuit pas et que Sam ne questionne pas ses parents ou Charly sur ce point ? A aucun moment, il n'apparaît une suspicion d'homosexualité.

La lecture de ce livre avec un adulte sera sans aucun doute fructueuse s'il permet à l'enfant de compléter les blancs du texte comme encore « ce détail à éclaircir » (p. 32) dont parle la mère de Charly.

Alors oui, après le lecteur aura les clés pour comprendre le silence de Charly : « j'ai préféré ne rien te dire... et j'ai passé une semaine de vacances géniale. La plus belle de toute ma vie. » (p. 39)

■ Charly de Sarah Turoche-Dromery, Editions Thierry Magnier, 48 pages, 21 janvier 2015, ISBN : 978-2364745476

 

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Virilité remise en cause et homosexualité par Pierre Dommergues

Publié le par Jean-Yves Alt

Pierre Dommergues (1) associe certaines relations homosexuelles à un sentiment de culpabilité dont il estime que l'origine n'est autre que la remise en question par la femme de la virilité de l'homme. Il s'interroge sur cette culpabilité qu'il avance être liée à l'échec des relations hétérosexuelles :

« La tendresse est presque systématiquement dissociée de la sexualité : la puissance sexuelle s'accompagne généralement de brutalités, et le respect du partenaire conduit à une forme d'impuissance. Au rêve d'harmonie entre partenaires hétérosexuels se substitue la réalité d'un cannibalisme où traditionnellement l'homme est dévoré par la femme (ce qui entretient le mythe de la mante religieuse). La tendresse est alors recherchée en dehors des relations hétérosexuelles. L'homosexualité, qui est loin d'être essentiellement physique dans le roman américain, offre une première issue. »

(1) L'aliénation dans le roman contemporain américain, Editions 10/18, 1976

 

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Un épisode des « Martyrs » de Chateaubriand par Robert Dol

Publié le par Jean-Yves Alt

La lecture des textes littéraires passés peut quelquefois nous ramener vers l'homophilie. C'est une surprise.

Mon esprit n'est pas constamment tendu vers la recherche du détail qui fait penser : « Tiens ! Là... » Ce travers est celui de beaucoup de mes semblables. Je me flatte de ne pas l'avoir. Je lis pour l'unique plaisir de lire les auteurs que j'aime.

Chateaubriand m'a séduit depuis longtemps par la beauté de sa prose poétique ample, déroulée comme une draperie aux couleurs variées et nobles.

Les Martyrs ou Le Triomphe de la religion chrétienne : Ce seul titre n'apporte pas l'enthousiasme aux candidats lecteurs ne connaissant pas l'œuvre. Ils pensent : « Cela doit être rasant ! »

S'ils n'ont pas le courage d'affronter ce gros volume, qu'ils arrivent seulement au livre VI.

Le narrateur, Eudore, héros imaginaire, jeune Grec chrétien combattant dans l'armée romaine à laquelle se sont joints des Gaulois, des Crétois, nous dit d'abord :

« La France est une contrée sauvage et couverte de forêts qui commence au-delà du Rhin... »

La France des Francs n'est pas la Gaule. Ce sont « les horizons noirs et plats de la Germanie ».

« Les peuples qui habitent ce désert sont les plus féroces des Barbares ; ils ne se nourrissent que de la chair des bêtes sauvages... »

« Le vent, la neige, les frimas font leurs délices ; ils bravent la mer, ils se rient des tempêtes... »

Les armées romaines sous l'empereur Constance, sont entrées « sur le sol marécageux des bataves, qui n'est qu'une mince écorce de terre flottant sur un amas d'eau (la Hollande). Elles affrontent les Francs. »

« Parés de la dépouille des ours, des veaux marins, des urochs et des sangliers, les Francs se montraient de loin comme un troupeau de bêtes féroces. Une tunique courte et serrée laissait voir toute la hauteur de leur taille et ne leur cachait pas les genoux. Les yeux de ces Barbares ont la couleur d'une mer orageuse ; leur chevelure blonde ramenée en avant sur leur poitrine et teinte d'une liqueur rouge, est semblable à du sang et à du feu. La plupart ne laissent croître leur barbe qu'au-dessus de la bouche, afin de donner à leurs lèvres plus de ressemblance avec le mufle des dogues et des loups... »

La mode parfois a la fantaisie de copier des aspects sauvages guerriers...

« Le jeune roi des Francs, Mérovée, passait pour être le fruit merveilleux du commerce secret de l'épouse de Clodion et d'un monstre marin. Les cheveux blonds du jeune Sicambre, ornés d'une couronne de lis, ressemblaient au lin moelleux et doré qu'une bandelette virginale rattache à la quenouille d'une Reine des Barbares. On eut dit que ses joues étaient peintes du vermillon de ces baies d'églantiers qui brillent au milieu des neiges dans les forêts de Germanie... »

De quoi rêver.

Le jeune Grec raconte qu'une brèche a été ouverte dans « le triangle des Francs ». Ceux-ci sont vaincus.

Voici le récit de l'épisode dont Eudore dit avoir été le témoin :

« Je ne vous oublierai pas, couple généreux, jeunes Francs que je rencontrai au milieu du champ de carnage ! Ces fidèles amis, plus tendres que "prudens", afin d'avoir dans les combats la même destinée, s'étaient attachés ensemble par une chaîne de fer. L'un était tombé mort sous la flèche d'un Crétois l'autre, atteint d'une blessure cruelle, mais encore vivant, se tenait à demi soulevé auprès de son frère d'armes. Il lui disait : "Guerrier, tu dors après les fatigues de la bataille. Tu n'ouvriras plus les yeux à ma voix ; mais la chaîne de notre amitié n'est point rompue : elle me retient à tes côtés." En achevant ces mots, le jeune Franc s'incline et meurt sur le corps de son ami. Leurs belles chevelures se mêlent et se confondent comme les flammes ondoyantes d'un double trépied qui s'éteint sur un autel, comme les rayons humides et tremblants de l'étoile des Gémeaux qui se couche dans la mère. Le trépas ajoute ses chaînes indestructibles aux liens qui unissaient les deux amis. »

 

Rien n'est dit. Tout est possible. C'est l'image pure de l'amitié-amour ou de l'amour-amitié, amis jusque dans la mort.  

Une réminiscence involontaire des combattants des Thermopyles, Spartiates massacrés, couples d'amants, a-t-elle effleuré la pensée de l'auteur, en composant ce récit ?

Aucune tendance homosexuelle n'a été remarquée dans la vie de Chateaubriand, ni dans son œuvre.

Fort critiqué d'une façon générale pour Les Martyrs, il fut obligé de répondre à de nombreuses critiques. Il fut accusé, entre autres objections soit morales, soit religieuses, d'avoir pris des libertés avec l'Histoire.

Pour se défendre et se justifier, il ajouta, à la troisième édition, des notes indiquant l'origine des faits.

En ce qui concerne le passage des jeunes Francs, voici ce qu'il écrivit :

« Circonstance empruntée de la bataille des Cimbres contre Marius. Plutarque raconte que tous les soldats de la première ligne de ces Barbares étaient attachés ensemble par une corde, afin qu'ils ne puissent rompre leurs rangs. »

Il nous a avertis dans sa préface :

« J'ai écrit ces notes avec grande répugnance et seulement pour obéir au conseil de mes amis... J'aurais mieux aimé que l'avenir, s'il y a un avenir pour moi, se fut chargé de ce commentaire. »

« Ces remarques apprendront au moins quelque chose à quelques lecteurs et elles seront un monument de ma bonne foi. »

Sans doute ! Mais il faut avouer que pour nous, à la découverte du « merveilleux homophile », la précision de Plutarque détruit un beau fait d'héroïsme.

Mais l'imagination, le style de Chateaubriand créent un poème de légende.

Arcadie n°301, Robert Dol, janvier 1979

 

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