Samedi 12 novembre 2005

Evocation de la vie du célèbre auteur dramatique anglais Joe Orton, assassiné le 9 août 1967 par son ami et amant Kenneth Halliwell, qui à son tour se donna la mort en avalant une forte dose de barbituriques. C'est en venant identifier les cadavres que l'agent littéraire Peggy Ramsay découvre le journal intime de Joe Orton...


Prick Up Your Ears s'ouvre sur l'issue fatale des amours de Joe Orton et de Kenneth. En commençant par la fin, en se débarrassant d'emblée de la mort, Stephen Frears peut ensuite éviter judicieusement une possible tentation de la tragédie permanente, qui aurait été en absolue contradiction avec la nature même du caractère de Joe.



Prick Up Your Ears apparaît, en réalité, plutôt comme la chronique dédramatisée d'un fait divers tragique dont la longue genèse a beaucoup plus les accents de la tragi-comédie. Avec raison, Stephen Frears n'a jamais surévalué l'intervention d'un inéluctable destin, même si peu à peu on s'aperçoit que ce couple terrible devait craquer un jour ou l'autre, car le succès de Joe renvoie inévitablement Kenneth à sa propre impuissance, interdit tout partage du succès, donc entame son désir de reconnaissance et hypothèque même jusqu'à son identité soudain rejetée dans l'ombre. A ce titre, le film pourrait être une moitié de tragédie : Kenneth seul ressent ce sentiment de tragique.


Cette dédramatisation du drame se traduit par un ton souvent très drôle, imprégné de la personnalité énergique, enjouée et jouisseuse de Joe. Tout ce qui est pour Joe occasion de jubiler est une souffrance pour son ami, sans qu'il en mesure d'ailleurs réellement la portée. Ces deux pôles de sensibilité ne cessent de se répondre tout au long du film, et trois scènes en particulier suffisent à illustrer cette situation insoluble :

- celle où Joe drague un homme qu'il suit jusque chez lui et à qui il impose la participation de Kenneth


- celle de la drague dans la pissotière où Kenneth, traîné là par Joe et emperruqué, est frustré de son plaisir d'une aventure furtive par l'arrivée intempestive des flics (notons au passage comment un lieu présenté souvent sous un aspect sordide peut changer de couleur quand Stephen Frears en fait le décor d'un épisode plus allègre)


- la scène enfin de l'évasion dans un Maroc présenté par Frears comme une gâterie de clichés homos, comme une parodie fantasmatique d'un lieu privilégié de la mythologie gaie



Dans les trois cas, ce qui est vécu par Joe avec spontanéité, optimisme et sens du plaisir provoque toujours chez Kenneth un sentiment de malaise, de frustration, voire de désespoir.


Après "My Beautiful Laundrette", qui s'attachait à montrer la construction d'un couple homosexuel dans un contexte hostile, "Prick Up Your Ears" renverse ici les données en montrant la destruction d'un couple séparé par trop d'incompatibilités fondamentales, dans un milieu pourtant, a priori plus libre, et moins en butte au tabou. Manière pour Stephen Frears de boucler, provisoirement, la boucle.

par Jean-Yves publié dans : FILMS
 

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[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
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