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Rendez-vous en septembre, Anne Vantal

Publié le par Jean-Yves

« Rendez-vous en septembre » est à la fois un roman et une micro étude sociologique. C'est le récit d'une multitude de petites histoires (d'amitié, d'amour, d'indifférence, de mépris, etc.) qui se sont nouées au cours de cette dernière année de lycée entre onze adolescents.

 

Le baccalauréat en poche, chacun pensait que la réalité pouvait alors vaciller et le hasard, l'illusion, le fantastique, le rêve commencer à poindre…

 

Un narrateur externe raconte un très court moment, de l'été post-baccalauréat, de chacun de ces jeunes. Peu à peu des liens se dévoilent. Des désirs. Des besoins. Des tensions. Des attirances. Des regrets. Des renonciations… Les rapports entre les êtres sont décrits en toute lucidité sans amertume particulière. Aucun ne prend le pas sur un autre. C'est la fin d'une vie qui se déroule et une autre qui s'ouvre pour chacun d'eux… pas exactement pour tous, puisque Thibault, un garçon du groupe meurt accidentellement pendant cet été.

 

Ce court roman montre chez chaque adolescent le déploiement d'un espace du rêve qui se trouve lié aux grands thèmes de la vie : l'abandon, la disparition, l'identité, l'amour, la sexualité, la vie après la mort, etc. Anne Vantal, avec beaucoup de modestie, malgré la complexité du monde environnant, invite le lecteur, en toute simplicité, à être.

 

La thématique homosexuelle de ce roman est ténue. Elle apparaît à travers le personnage de Bastien secrètement amoureux de Thibault. Bastien n'a jamais rien dit de sa préférence sexuelle à quiconque.

 

« Soudain il sentit les larmes mouiller le col de son polo. Il n'avait pas eu conscience de se mettre à pleurer. […] Ses joues ruisselaient au rythme de la mélodie qu'il continuait à jouer pour lui-même. Thibault avait cessé de vivre, victime d'un accident de scooter. La nouvelle avait atteint Bastien au plexus, il avait refusé d'y croire. Thibault était un type sûr de lui et plein d'avenir. Malgré lui Bastien imaginait un corps tordu et troué de ferraille. C'était malsain, il fallait repousser ces visions morbides. À la place, il tenta de retrouver l'image du sourire un peu vain de Thibault, quand les coins de la bouche n'étaient pas vraiment relevés et exprimaient davantage le dédain que l'amitié. L'amitié de Bastien, Thibault n'en avait eu cure. Il s'était très peu intéressé à lui. Ce n'était pas faute d'avoir essayé, pourtant. » (p. 90)

 

« Combien de temps lui faudrait-il pour oublier Thibault ? Personne n'avait jamais rien soupçonné. Ils s'étaient rencontrés dès la seconde. Bastien venait d'arriver dans l'établissement, Thibault avait été l'un des premiers élèves croisés à l'entrée de la classe. Ils se connaissaient bien, au bout de trois ans, et pourtant ils n'avaient jamais été proches. À quel moment Bastien était-il tombé amoureux ? Il ne s'en souvenait pas, il ne parvenait pas à fixer une date précise, c'était énervant. Mais il se rappelait bien le premier hiver, quand un matin il avait prêté ses gants à Thibault en affirmant qu'il n'avait jamais froid : c'était faux, bien entendu, mais il était déjà follement épris. Si Thibault l'avait compris, il n'avait jamais fait le moindre commentaire. Thibault était hétérosexuel sans aucun doute possible, il avait du succès auprès des filles et il adorait ça, on n'y pouvait rien. Bastien, lui non plus, ne pouvait rien contre sa nature. » (pp. 91-92)

 

« Dehors le soleil commençait à baisser, le paysage se chargeait de teintes chaudes. Dans la vitre, Bastien vit passer, encore une fois, le visage de Thibault, son visage de vivant, avec cet énigmatique sourire qui le faisait, dans ce cadre improvisé, ressembler à la Joconde. Il reste Bach, pensa Bastien. Bach, Makowski et moi. Je suis peut-être gauche, imparfait et à demi détruit par un chagrin d'amour ridicule, mais je suis vivant. Je suis vivant, se répéta Bastien, tandis que dans sa tête naissait une nouvelle mélodie. » (p. 93)

 

On pense souvent que la brièveté d'un roman est contradictoire avec l'épaisseur des personnages et des relations nouées. On a tort. Le roman d'Anne Vantal n'est certes pas une œuvre d'introspection : il est seulement et déjà un beau récit de détection.

 

Les personnages de « Rendez-vous en septembre » devinent que savoir vivre, c'est raccourcir le temps nécessaire pour dominer ses déceptions. Belles découvertes pour les lecteurs qui l'apprendront à leur tour.

 

■ Editions Gallimard/Scripto, juin 2013, 140 pages, ISBN : 978-2070651115

 


Du même auteur : Villa des oliviers


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com


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