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New York rage, Bruce Benderson

Publié le par Jean-Yves Alt

Nancy Reagan débarque chez des fumeurs de crack. Pas croyable ? Pourtant vrai. Digne et compréhensive, elle ne fait que passer, entre deux cérémonies officielles. Son ourlet s'est défait, peut-on réparer le dégât ? Comme on est tout près de Times Square, le quartier des travelos, on se demande si cette Nancy-là est la vraie.

Suspense... jusqu'à ce qu'elle s'installe aux toilettes. Que voit-on alors par le trou de la serrure ? Une farce grosse comme ça !

C'est dire le ton et le style, la folie et le délire, l'invention et la liberté de ces dix nouvelles qui composent le recueil « New York rage » de Bruce Benderson.

Voici, en vrac, un homo qui couche avec un ex-taulard qui se fait défoncer, un éditeur célèbre qui affabule sur un petit voyou, un père de famille honorable, passablement attiré par son fils adoptif toxicomane jusqu'à le rejoindre dans la drogue...

Scènes de baise nettes et crues, tabous envoyés au diable, putes, gigolos, truands de tout poil, voilà tout l'univers de Bruce Benderson.

« On souhaiterait ne jamais être autorisé à toucher, admirer, embrasser les muscles plats de l'estomac, les seins érigés, la touffe de poils noirs. Savoir ce que ça me ferait de toucher son visage, la balafre sur sa pommette, son masque dur, impassible, les yeux comme deux joyaux sombres, les narines frémissantes, les lèvres plissées, masque glacial d'indifférence, d'habitude perdu dans l'ombre. »

New York rage, Bruce Benderson

Fiction savoureuse et récits loufoques certes, mais aussi une manière violente de désamorcer toutes les bombes souterraines du racisme et de la ségrégation : un livre amplement voué à la transgression, alerte et vindicative.

C'est aussi un bel hommage exalté à New York :

« A cet instant, je me sentais partie intégrante de cette ville immense. J'étais aussi grand qu'elle, aussi fatal, aussi explosif – aussi difficile à tuer. »

Les homosexuels sont omniprésents dans ces histoires, à croire que le désir c'est toujours la fringale du phallus.

Monde de la nuit et de l'épate, « New York rage » semble écrit sur le vif tant le langage colle au réel :

« Je vais te foutre en l'air, sucre d'orge. Je suis une pute et une dealeuse. Tu sais bien. Je vais te planter tout de suite, sale pédé blanc. »

■ New York rage, Bruce Benderson, traduit de l'Anglais (Etats-Unis) par Thierry Marignac, Editions Rivages poche / Bibliothèque étrangère, 176 pages, 2004, ISBN : 978-2743612962

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