Lundi 29 octobre 2007

Reconnaître que l'amour grec a existé, ce n'est pas en définir la nature. Pour Bernard Sergent l'amour grec, c'était un rite initiatique nécessaire à la vie sociale. Comment les Grecs l'ont-ils vécu ?


Cet amour n'était pas considéré comme une relation naturelle et restait entachée de honte. Car tout ce qui est sexuel, chez les Grecs, donnait un sentiment de honte, et c'était vrai aussi pour l'hétérosexualité. Il n'existait pas de mot grec pour dire faire l'amour : on se mariait, on s'unissait.


Mais cette honte ne recouvrait pas une condamnation. A l'origine, il y a eu ce rituel initiatique avec un aspect sexuel. Dans la Grèce historique, l'homosexualité a dépassé ce cadre : c'est une homosexualité vécue couramment, à n'importe quel âge. C'est dans ce contexte que s'est inscrit la réaction des socratiques : ils estimaient qu'on avait négligé, dans la relation entre hommes, l'aspect formateur, et en réaction, ils ont cherché un retour à la pureté originelle en proscrivant l'aspect sexuel, base de l'amour platonique.


Cette même honte se retrouve chez les peuples mélanésiens qui font avaler de la chaux vive à leurs éromènes de peur qu'ils ne tombent enceints et que les femmes ne découvrent ainsi la relation homosexuelle. C'est lié à la même pudeur pour les choses du sexe. Ce n'est pas parce qu'un peuple vit nu, qu'il n'a aucun tabou. Les termes désignant les réalités sexuelles (l'homosexualité, mais aussi les règles de la femme) se sont diversifiés très tôt, ce qui tendrait à prouver qu'on évitait de les utiliser, donc que les réalités sexuelles faisaient l'objet de tabous.


Pour Bernard Sergent, les Indo-européens, comme la plupart des peuples, sauf le nôtre, n'avaient pas d'interdit concernant l'homosexualité. C'était un jeu sexuel qu'on pratiquait depuis l'enfance jusqu'à n'importe quel âge. C'était quelque chose d'évident, qui faisait partie de ce fond humain général dans lequel la société fait des choix :

○ Quand il s'agit de mariage, elle choisit l'hétérosexualité, puisqu'il s'agit de perpétuer l'espèce.

○ Quand il s'agit de signifier le passage de l'enfance à l'état adulte, elle choisit l'homosexualité : l'enfant, considéré comme non-homme, est assimilé à la femme, ce qui est symbolisé par la possession sexuelle. Et c'est par cette mort initiatique qu'il va renaître homme et adulte.

Quand les Grecs parlaient d'éros, il était toujours question de désir et non d'amour. L'amour éternel, l'union des cœurs étaient des conceptions étrangères à la culture grecque. Dans les mythes, l'amour métaphorisait l'attirance sexuelle des dieux-érastes pour voiler l'aspect violent. Mais en fait, il faut prendre le terme grec au pied de la lettre : eromemos est une forme passive, celui qui est aimé, c'était très physique.


Cette conception de l'homosexualité, loin d'être exclusive, pouvait même déboucher sur le mariage. Il arrivait que l'éraste donne sa fille en mariage à l'éromène au terme de l'initiation.


LIVRE-BERNARD-SERGENT.jpgIl reste que la relation homosexuelle était toujours considérée comme infériorisante pour le passif. L'éromène était inférieur en tout : parce qu'il était enfant, parce qu'il était élève, parce qu'il était passif. La relation passive était toujours péjorative comme pour les femmes. C'est ce qui explique que Platon a ironisé sur un couple dont l'éraste est à peine barbu alors que l'éromène est un homme mûr. On n'admettait pas, même si cela devait exister, qu'un homme âgé soit passif. C'est ce qui explique aussi qu'on ait masqué l'initiation d'Apollon, qui était l'éraste par excellence. Il était le kouros, l'homme jeune et beau, modèle de la jeunesse grecque et éraste. La mythologie grecque a donc refusé un Apollon éromène, ce qu'il a pourtant aussi dû être…



Homosexualité et initiation chez les peuples indo-européens, Bernard Sergent, Editions Payot, 1996, ISBN : 2228890529


Lire aussi : L'homosexualité telle qu'on la pratiquait dans la Grèce ancienne vue à travers un mythe exemplaire ainsi que l' article de Lionel Labosse


par Jean-Yves publié dans : HISTOIRE
 

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[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

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Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
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