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Journal d'Alice James

Publié le par Jean-Yves

AU PAYS D'ALICE


Non et non, Alice James n'était pas la sœur de... C'est trop la nier de choisir pour la nommer ceux qui étaient ses frères.


Alice James, c'est d'abord une femme pleine de révolte qui, refusant les rôles que l'on lui destinait, s'est trouvée malade, recette la meilleure pour ne pas être l'épouse, celle qui coud les chaussettes et qui console.


Alice James, c'est en quelque sorte la tante de Proust qui se serait mise à écrire au jour le jour son journal intime en attendant la mort, ce qui est encore la meilleure façon d'exister.


De ce journal, nous n'aurions rien su si une femme - Katharine Loring - n'avait pas fait le lien entre elle et nous en le faisant imprimer en quatre exemplaires. Une femme d'écoute qui, vers la fin de la vie d'Alice, écrivait sous sa dictée. Curieux journal qui fait le lien entre ces deux femmes, un lien d'amour et d'écriture.


Nulle part Alice James ne dit qu'elle aime Katharine Loring et, pourtant, partout le lecteur lit cet amour, où leur vie commune apparaît dans l'emploi des pronoms et par le lien que fait Katharine avec l'extérieur, que décrit et caricature Alice.


Est-ce ce lien qu'a voulu cacher Henri James, son frère, en déchirant son exemplaire ? Ou est-ce une simple jalousie d'auteur ? Dans un monde fait pour les hommes il ne fait pas bon être la sœur d'un Claudel ou d'un James.


En restant malade Alice échappait à son rôle et en même temps gardait Katharine près d'elle, on oublie trop souvent que derrière certaines maladies de nerfs se cache une immense révolte de femme.

Alice James, qui est morte en 1982, a tenu son journal de 1889 à cette date. Un an avant sa mort les médecins découvrent qu'elle est atteinte d'un cancer du sein. Elle nous rapporte leur verdict et se met à vivre avec sa mort, en cherchant le plus grand accord avec elle-même, sûre enfin de son mal et de sa fin proche, sûre aussi que Katharine sera près d'elle.

Si la mort et la maladie sont présentes dans son journal se serait une erreur de croire que le texte est morbide, au contraire. Américaine vivant en Angleterre, elle se plaît à épingler les tics britanniques, d'une plume sévère elle dénonce la misère du peuple, la question irlandaise ou l'égoïsme de la noblesse anglaise. Ses idées sur la démocratie la font réagir à tout moment. Peu d'êtres sont épargnés à ce jeu de massacre mais l'histoire lui donne raison, que d'incapables, que d'imbéciles !


Homme, le destin d'Alice aurait été tout autre, sa plume aurait pu être celle des grands combats. Enfermée dans une chambre, elle a essayé de faire de son écriture une raison de vivre et d'aimer.

Merci à cet amour de deux femmes d'être venu jusqu'à moi, sous cette belle écriture.


■ Introduction de Léon Edel, Traduction de Marie Tadié, Editions des Femmes, 1983, ISBN : 2721002597


LIRE aussi : Journal et choix de lettres 1889/1892 d'Alice James


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