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Hommage à Camille Claudel (1864-1943)

Publié le par Jean-Yves

La sensualité, le tragique vibrent tour à tour dans les sculptures de cette femme, témoignant de son affreux destin.


Grande, belle, décidée, les yeux bleus sous son épaisse chevelure auburn, telle était Camille Claudel jeune. A dix-huit ans, elle commence à sculpter puis rencontre Rodin, devient sa compagne. Les critiques reconnaissent son talent mais sa vie est un échec. Peu à peu elle sombre dans la folie. Elle meurt à l'asile trente ans plus tard.


Trente ans enfermée ! Cette jeune femme volontaire, saisie par une passion, la sculpture. Mais brisée par une rupture, celle que le maître lui a imposée.


Pourtant, l'œuvre qui subsiste reste immense. Terminé le temps où on lui accordait deux lignes dans les histoires de l'art : "Maîtresse de Rodin", "sœur de Paul Claudel". Elle fut bien plus, une artiste à part entière.



Dès l'enfance, Camille a décidé de son avenir. Elle sera sculpteur. Sa famille manque d'enthousiasme. Mais elle tient bon et réussit à arracher l'autorisation de prendre des leçons à Paris. C'est là qu'elle rencontre Rodin. Avant même d'avoir suivi ses conseils, elle témoignait d'une grande compréhension du sujet, d'une force extraordinaire dans le rendu du modelé.



Sakountala (ci-dessus) ressemble étrangement au Baiser de Rodin. Mais Paul Claudel saisit tout ce qui fait la distinction de l’œuvre de Camille. Chez le premier, «l'homme est attablé à la femme. Il est assis pour mieux en profiter. Il s'y est mis des deux mains». Camille, elle, a montré un homme «à genoux, il n'est que désir, le visage levé, il aspire, étreint avant qu'il n'ose le saisir, cet être merveilleux, cette chair sacrée qui, d'un niveau supérieur, lui est échue».

Comment la frémissante Camille aurait-elle pu s'accommoder de demi-mesures ? Rodin, en effet, ne veut pas quitter sa maîtresse Rose Beuret.

Camille donne encore La valse, tourbillon sensuel et enivrant, image de son idéal d'harmonie, mais elle se sépare définitivement de son amant et c'est Clotho, parque décharnée, hideuse de vieillesse, qui succède aux danseurs.


Dans L'âge mûr, elle se représente en implorante, tendant les bras vers l'homme âgé qui s'enfuit. La belle et fière jeune fille est à genoux maintenant...


Les difficultés financières la rongent. Elle n'a jamais beaucoup aimé les salons mais elle est désormais totalement seule. Chaque été, elle casse les œuvres qu'elle a réalisées dans l'année. Les voisins se plaignent de cette folle et la font interner en 1913. A l'asile, l'anormale ! Fini l'art ! Finis la terre glaise, le marbre, le bronze ! Encore trente ans à survivre dans la peau de Clotho.


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